Récit de la course : L'Echappée Belle - 85 km 2015, par franck de Brignais

L'auteur : franck de Brignais

La course : L'Echappée Belle - 85 km

Date : 29/8/2015

Lieu : Vizille (Isère)

Affichage : 1575 vues

Distance : 85km

Objectif : Terminer

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Finalement, tout simplement

Pour ce récit, plus encore que pour les autres, je voudrais partager tout ce que j’ai pu ressentir de mon aventure en Belledonne. Je voudrais qu’à la fin de la lecture, vous ayez les genoux brûlants, le dessous des pieds sensibles au point de ne plus oser toucher les lacets de vos chaussures, que la simple sensation du Tshirt sur vos épaules vous brule à force d’avoir été frottées par le sac à dos, que vos lèvres soient asséchées par la déshydratation et votre visage blanc de sel … mais aussi et surtout que vous vous sentiez bien, reposé, heureux d’avoir fait ce bout de chemin.

Revenir ici c’est d’abord terminer l’aventure commencée l’année précédente. J’ai eu tellement de colère et de remords d’avoir abandonné que je ne voyais, cette fois ci, aucune autre issue que celle de finir. Sans même m’en rendre compte, je suis arrivé samedi matin, sur la ligne de départ, sûr et certain de rejoindre l’arrivée. Aucune prétention, juste une certitude. Bizarrement, contrairement à l’an passé, à aucun moment je n’ai eu un doute ou une quelconque peur.


Il faut dire que tout a bien commencé : En arrivant ce samedi matin vers 5h15 au Pleynet, le café est prêt, un petit dej’ nous attend… et je tombe nez à nez sur Sylvain (Spir) avec qui on avait échangé quelques foulées sur les quais du Rhône et quelques mots sur le site au sujet de cette course. Nos 2 fantastiques épouses sont à nos côtés, elles le seront jusqu’à la fin. Une fois encore, c’est grâce à la présence de ma femme et de mes garçons, soutiens inconditionnels de toutes les aventures dans lesquels je les embarque, que j’ai vécu un moment aussi exceptionnel… merci.

Donc… nous commençons à deviser avec Sylvain sur le matériel, la préparation, l’état de forme du moment, la météo… tout ce qui va avoir un peu d’importance sur les 30 prochaines heures. Sur le matériel, un changement important pour ma part : j’ai décidé, pour cette aventure, de ne pas mettre mon gps au poignet. Il fait partit du matériel obligatoire, je l’ai donc mis dans le sac, mais je ne veux surtout pas retomber dans le même piège que l’année dernière : l’allure est exceptionnellement basse sur cette course, elle est en dehors de tous repère normal, même pour l’élite devant, cette allure devient vite un vrai problème si on ne se met plus à penser qu’à ça. Je pars donc avec, à mon poignet, une simple montre. L’heure et les barrières horaires seront mes seuls repères sur cette course. Je ne veux connaître ni les kilomètres qui ont été fait, ni ceux qui restent à faire, je veux juste savoir l’heure qu’il est lorsque je repars d’un ravito, une seule chose m’obsède : la barrière horaire. Elle seule doit me faire avancer.

Nous rejoignons le départ pour assister au briefing de sécurité. Contrôle des sacs à l’entrée. Le bénévole me demande ma frontale de secours « heuuu… ça fait pas partie du matériel obligatoire… » « Ahh… alors montre-moi tes piles ». Ok, ça j’ai. Je pensais que l’on me demanderait plutôt ma gore tex ou ma couverture de survie, mais va pour les piles.

Une fois dans le sas, nous retrouvons une digne représentation du LUR. En tête l’ami Arthurbaldur qui est là pour prendre 3 points pour l’UTMB, il lui en manque… 6. Il n’a donc pas le choix : il va falloir finir celle là ! Sur ce point je suis serein : j’ai déjà tout ce qu’il faut pour me lancer dans la grande aventure chamoniarde de l’année prochaine, les points et la priorité !

Le directeur de la course nous met dans le bain tout de suite « Les coureurs du 144 ont très mal gérés, il y en a pas loin de la moitié, à cette heure-ci, qui ont abandonné, alors, prenez votre temps, c’est long, c’est dur, gérez !! » Le speaker chauffe l’ambiance et nous donne rdv à Aiguebelle pour sonner la cloche. Intérieurement, je lui donne aussi rdv, j’ai la ferme intention de la sonner cette cloche !!!

La 1ère partie, dès le départ, est bien différente de l’année dernière, et c’est une excellente initiative de l’orga : plutôt que de descendre 6 km sur un vague chemin forestier sans vue et sans saveur, nous partons tout de suite à la montée pour rejoindre le col de merdaret. 400 m positifs, à froid. Nous partons ensemble avec Sylvain, 80m après le départ, la pente commence, je me mets de suite en mode marche. Le jour se lève pendant que nous quittons la station du Pleynet par une forêt. Rapidement nous nous trouvons à découvert, pile au moment du lever du soleil nous passons le col de merdaret. Il fait bon, l’air est pur, je cours maintenant sur un superbe tapis de verdure, à plat. J’en profite un maximum, je sais de quoi est composée la suite… mais là, à cet instant, je suis le roi du monde !!

Enfin jusqu’à ce que, à l’occasion du dépassement d’un monsieur d’un certain âge, j’entende : « hou là, mais je ne me laisse pas dépasser comme ça !! » Je sors de ma rêverie et me retourne, je ne le connais pas. Il insiste « c’est vrai quoi, une place c’est une place ». Je ne veux pas contrarier ma bonne humeur, donc plutôt que de l’envoyer paitre et lui répondre qu’il n’a qu’à se bouger le derrière si il veut récupérer sa place, je lui réponds « On ne court pas dans la même catégorie !! Ne t’inquiète pas !» ce à quoi il répond « ah bon, t’es pas V3 ? ». Alors là c’est le comble, j’ai à peine quelques cheveux blancs qui apparaissent… et je viens tout juste de sauter dans la quarantaine !! Mais il ne me mettra pas de mauvaise humeur, j’accélère à peine, tu vas voir ce qu’il va te mettre le V3 !

Bon, c’est aussi le moment où Sylvain décide de partir. Je sais bien que, pour le coup, face à lui, je ne joue pas du tout dans la même catégorie. Il est bien meilleur que moi et je lui ai rapidement dit qu’il fallait qu’il fasse sa course, qu’il ne reste pas à s’endormir avec moi.

Il nous faut maintenant redescendre sur le hameau de l’épinay, 800 mètres plus bas. Cette descente est très agréable, très peu technique. J’arrive à conserver Sylvain en vue un bon moment jusqu’à ce que je me fasse coincer par une équipe de bretons. Facilement repérables avec leurs fanions arborant fièrement les hermines. Les 3 gaillards sont franchement enjoués, un poil taquins et en font largement profiter l’auditoire. Je me permets une petite taquinerie et leur demande si les Monts d’Arrée (qui culmine  fièrement à 384 mètres d’altitude au cœur du Finistère…) leur avaient permis une bonne préparation. Ce à quoi ils m’ont répondu « T’inquiète pas, on a du chouchen !! ». Plus joliment appelé hydromel à l’époque, cette boisson est, non seulement (à mon goût) assez infâme à boire, mais a en plus la particularité d’accélérer de façon assez franche le transit intestinal !! Je leur souhaite d’avoir pris quelques précautions en ayant sur eux un paquet ou deux de kleenex et je les laisse sur cet échange matinal et philosophique en les dépassant à l’occasion d’un élargissement du single. Si j’avais su….

Nous arrivons rapidement en bas, j’ai pris un grand plaisir sur ce début de course… j’accumule les pensées positives !! et je les stocke… elles me serviront. Nous attaquons rapidement la seconde montée vers le lac Léat. Ici ce sont 1000 m D+, sur un terrain toujours aussi facile, mais un dénivelé beaucoup plus franc. Les allures se stabilisent et nous commençons une lente procession. Je me remémore celle de l’année passée, la grande différence est le temps : l’année dernière il faisait froid et nous avions eu du brouillard jusqu’en milieu de journée. Aujourd’hui rien de tout ça : temps sec, ciel bleu comme jamais, tous les signes sont au vert. Vas y Franck !! jusqu’au bout !!

La montée en single ne permet pas les dépassements, c’est pourtant très tentant : je suis bien, le cardio au plus bas. Je me rends bien compte que je suis mieux que ceux qui m’entourent. Il y a déjà de nombreux arrêts sur le côté avec des concurrents qui transpirent beaucoup ou bien sont très essoufflés. Il n’en est rien pour moi. Le cardio est bas, je monte sereinement, bien en dessous de ce que je peux faire. C’est parfait.

Les bois laissent bientôt place à des paysages de + en + minéraux, signe que nous approchons des 2 000 m. Un pointage au passage du 1er Chalet de la Grande Valloire et nous continuons en direction du lac Léat qui sera le 1er ravito. Au fur et à mesure de l’avancée, le terrain se complique par moment. De plus en plus de roches. Autour de moi les réactions sont diverses, mais certains trouvent ça compliqué, le col moretan risque de leur faire un gros choc ! Le terrain est aussi parfois humide à l’occasion de sources. Je me rends compte à ce moment que la même course, sous la pluie, devient presque impossible à aborder : les rochers c’est compliqué et dangereux, mais les rochers mouillés ça devient une autre paire de manche ! C’est certainement la seule course pour laquelle j’hésiterais franchement à prendre le départ s’il devait pleuvoir.

Nous apercevons finalement assez vite le lac Léat. Je sais aussi que je peux éventuellement voir Caro et Alex qui vont me suivre sur l’aventure. Mais je n’en suis pas certain, nous avons fait un semblant de repérage la veille, mais était ce le bon endroit ? Oui ! ils sont là, Alex me repère de loin.


LAC LEAT – 15,3 km et 1 423 D+ depuis le départ. 09h45, pas de barrière horaire. Pas de classement


Très sympa de se faire prendre en charge : Caro va recharger mon Camel, Alexandre m’apporte 2 morceaux de banane. Je prends le temps de boire quelques verres de Coca pour refaire le plein de sucre… manger salé en prévision de la chaleur à venir. Ils m’expliquent qu’ils ont donné un coup de main aux bénévoles au passage des 1ers coureurs. Je prends quelques nouvelles des kikous en course sur le 144, de Denis. J’avais déjà eu connaissance des abandons de la nuit au petit matin, mais il semblerait que Ch’tiGone ait abandonné au Gleyzin. Il avait pourtant une prépa et une pêche d’enfer, j’étais quasi sûr qu’il serait finisher. Je suis triste pour lui, mais je vois bien par quoi il a pu passer. Le plus dur sera dans quelques jours… comme pour la plupart des abandons (hors blessure ou barrière) Quelle folie cette course !

Je reste moins de 15 minutes et je repars serein sur un terrain que je connais très bien maintenant : rejoindre le refuge de l’Oule, le Moretan, Périoule, Super Collet… L’expérience de l’année dernière et les recos sur le terrain sont un vrai plus pour s’attaquer à ce genre d’épreuve. Ca dédramatise, ça donne des repères de temps. 150 mètres de remontée puis une descente, régulière, qui commence à devenir technique par endroit, en balcon le plus souvent, va nous emmener au croisement du sentier qui remonte de Gleyzin, c’est à partir de maintenant que nous allons commencer à doubler les guerriers du 144. Pour eux, c’est la moitié de la course qu’ils entament. Et c’est un des plus gros morceaux qui se présente : l’ascension vers le col Moretan. J’ai un repère : 2h00 depuis l’Oule. Je devrais donc passer le Moretan vers 12h30 environ.

Cette ascension est longue, mais je la connais bien. D’abord un single assez marqué au dessus du refuge, puis on rentre dans un espace complètement minéral, au pied du col. Aujourd’hui c’est facile : le balisage est présent et très efficace. C’était beaucoup moins simple en repérage. C’est donc sur un trajet optimisé que l’on débute la montée. Autour de moi la montée est silencieuse maintenant, l’euphorie des premiers kilomètres s’est dissipée. Des coups de tête furtifs vers le haut, à la recherche des coureurs qui sont devant et des balises afin de ne pas trop s’éloigner de la trace. De plus en plus de gros blocs jusqu’à mi-distance, c’est compliqué : sur lequel je dois passer. Le pied se pose parfois sur d’énormes morceaux… qui bougent à notre contact ! Je ne suis pas surpris pour ma part, mais autour de moi les réactions sont les mêmes que les miennes l’année dernière : « P…. mais comment ce truc aussi gros peu bouger ??!! » . Les gros blocs laissent bientôt placent à de plus petites pierres, fuyantes, la pente s’accentue encore. Pas mal de chutes de cailloux. On aperçoit 3 tentes disposées sur un replat. « Sympa le bivouac !» me confie mon voisin du moment. Je lui réponds : « Ouai, faut pas oublier le pain ! Non je pense plutôt que ce sont les tentes disposées par l’orga pour le repos ou l’assistance des coureurs». « Ah. Il n’y a pas le place au col ? ». « Non pas vraiment, tu vas bientôt t’en rendre compte ! ». C’est la particularité de ce col de Belledonne, il est très marqué, tout petit, on tient difficilement à plus de 5 ou 6. Très pentu, d’un côté… et encore plus de l’autre. Ca y est, je suis en haut !! J’ai pris ¼ d’heure d’avance sur le repère que j’avais et je suis frais comme un gardon. Impeccable !


COL MORETAN. 20,6 km et 2 454 D+ depuis le départ. 12h15. Pas de barrière horaire. 213ème position.


J’ai la grande surprise, mais aussi beaucoup de plaisir à croiser Jean Louis. Super organisateur des Coursières du Lyonnais, c’est aussi et surtout un coureur d’ultra de grande expérience. Sa présence n’est finalement pas une surprise : il a bouclé le 144 l’année dernière et a proposé sa candidature au bénévolat cette année. Son palmarès lui permet d’être posté à un point clé de la course. Nous discutons quelques minutes, bizarrement de la course et de son actualité. « Prend bien ton temps, la descente est compliquée ». « Oui je la connais, je vais faire attention, merci ! Bon courage pour les prochaines heures ! »

Je regarde les réactions de mes voisins « Comment on va descendre ça ?? y a pas de corde au début » Je pense intérieurement que c’est loin d’être le plus compliqué, que la moraine, en contre bas, qui est pour le moment bien cachée par la barre rocheuse, sera une autre partie de plaisir. Je me lance dans la descente avant les 3 ou 4 coureurs qui sont devant moi. Je vois leur hésitation, mais je sais que ça passe, pas question  de perdre autant de temps que l’année dernière. D’abord beaucoup de petits cailloux fuyants, dans un gros dévers. Puis on passe sur un premier bout de névé. Il est cordé, mais je n’utilise pas la corde. Je repense à la reco de Juillet faite avec quelques kikous et à Miniping qui m’avait conseillé pour cette descente : « Tu te mets en avant et tu te laisses partir, tes jambes vont suivre. C’est si tu te mets en arrière pour freiner que tu te casseras la gueule !! ». Et effectivement, comme je m’en étais rendu compte ce jour-là, ça passe plutôt très bien, et je double au moins 10 personnes sur les 2 névés qui se suivent ! Quel bonheur de courir à toute vitesse dans cette grosse pente (en tous cas d’avoir cette impression !!). Je me rends compte cependant d’un petit détail, que je n’avais pas dû enregistrer à ce moment-là, arrivé à 15 mètres de la fin : comment on s’arrête ?? Il va bien falloir que je freine puisqu’une barrière de gros blocs se présente à moi !! Bien évidemment, l’inclinaison de mon corps partant dans l’autre sens, en arrière donc, c’est une vraie grosse pelle que je me prends en bas de ce névé. Mais je le prends avec beaucoup d’humour, je rigole même comme un bossu. « Tu t’es pas fait mal ??! » me demande le dernier que je venais de doubler. « Tout va bien ! impec’, c’est juste un peu froid !! ». Je regarde tout en haut ce que je viens de descendre. J’aperçois les coureurs devant lesquels je suis passé au départ du col. Ils ont fait moins d’un quart de la descente. Ils tombent sans arrêt en tentant de s’accrocher… ça me replonge dans ma galère de l’année dernière. Je tourne la tête de l’autre côté : à nous 2 la moraine !

Avec un peu (beaucoup….) d’appréhension je gravis les quelques blocs qui permettent de l’atteindre et je découvre…. Une corde !! Ils ont cordé la moraine ! Alors ça c’est une bonne idée ! Le passage est vraiment dangereux et cette corde vraiment utile. Ici il est en effet impossible de se lancer, comme sur le névé. La pente est bien trop raide et surtout le terrain est très fuyant : petits graviers sur de la terre très sèche. Je m’étais bien abîmé en tombant à plusieurs reprises à cet endroit l’année dernière. J’empoigne la corde avec la main droite, les mitaines de mes bâtons vont me servir de protection pour ne pas que la corde brûle, je place mon corps en avant et je me lance. C’est un vrai délice, je prends un pied pas possible. Je cours quasiment dans cette descente pourtant assez vertigineuse et très étroite (une vingtaine de cm de large). Je reviens très rapidement sur un concurrent qui s’est mis position de descente en rappel (en marchant à l’envers donc !). Je ne trouve pas sa solution très efficace. A mon approche il lâche la corde et se range sur le côté. « Merci ! » je passe à côté de lui avec un sourire d’une oreille à l’autre. C’est une succession de 4 cordes qu’ils ont disposées. Seuls le changement de corde me fait ralentir, je dois descendre la moraine en 6 à 7 minutes maximum !! J’ai encore dépassé 4 à 5 concurrents. Quel pied !

J’arrive sur le lac Morétan supérieur. Il fait un temps magnifique, mais malgré l’altitude, il commence à faire chaud. De nombreux coureurs sont en train de tremper leurs pieds dans le lac, l’un d’eux est même en train de se baigner !! Pour ma part je ne veux pas prendre le risque de trop mouiller les pieds pour éviter que les ampoules n’arrivent trop vite. Je pars pour la longue balade dans la mer d’énormes blocs qui va nous emmener jusqu’au prochain ravito. C’est à plat, certes, mais la moyenne horaire dépasse difficilement les 3 km/h dans ce champ de blocs. Là aussi, de nouveau, il faut rester attentif à chaque placement de pied. Chaque faux pas provoquera la chute, et là ce n’est plus la neige qui amortira ! C’est aussi le moment où je rencontre Audrey, une jeune femme au débit de parole assez incroyable (une façon de combler le stress certainement…) qui commente tout, absolument tout ! Elle est accompagnée de 2 jeunes et vaillants chevaliers qui prennent soin d’elle et lui prodigue les conseils nécessaires pour bien avancer. Nous échangeons quelques minutes sur le paysage : ce passage des lacs Moretan et de Périoule est un endroit peu commun, d’abord les lacs superbes aux couleurs vertes et bleues extraordinaires, puis la mer de blocs qui donne l’impression d’évoluer sur d’autres contrées, enfin le plateau de Périoule : une prairie verte et légèrement rocailleuse, entourée de montagnes majestueuses. C’est aussi un endroit où le temps est rythmé par le bruit du canon. En effet les loups sont présents dans ce massif et ces détonations régulières ont pour objectif de les éloigner des pâturages fréquentés par les moutons. Audrey s’étonne de ce bruit et pense d’abord qu’il s’agit de blocs qui se décrochent. Je lui explique qu’heureusement non « Il s’agit d’un canon qui éloigne les loups ». Le débit de paroles s’arrête net. Puis, « Tu déconnes ??!! ». « Pas du tout, la région voit la présence de loups, c’est une espèce protégée mais qui s’attaque aux troupeaux des bergers de la région. Le canon est un moyen de les éloigner ». « Tu veux dire qu’on va passer à un endroit où il y a des loups ? ». « Sans aucun doute, je suis déjà passé à 2 reprises, je n’en ai jamais croisé, mais il doit y en avoir »…. Nouveau blanc…. « Et… ils peuvent s’approcher de nous tu crois ?? » « Non je ne pense pas, nous devons leur faire peur. Et puis j’ai dans l’idée qu’ils attendent la nuit pour sortir et se nourrir ». Puis je rajoute en me retournant avec un grand sourire : « Va falloir qu’on avance vite pour quitter le coin avant la nuit ! ». Elle n’est pas du tout amusée par cette dernière réplique et elle conclue cet échange par « Ohh put…. C’est quoi cette m…. !!» Je la laisse à ses peurs de jeunesse alors que nous arrivons enfin à la fin de ce champ lunaire de blocs. Devant nous s’étend la belle prairie de Périoule. Conforme à mes souvenirs, elle va permettre de recommencer à trottiner, et je ne me prive pas. Un passage à côté de l’étang auprès duquel nous avions pique niqué il y a 1mois et demi lors de la reco. Puis on redescend doucement sur un 2ème plateau. Au loin on devine les tentes du ravito, j’y arrive rapidement et heureux d’avoir passé ce gros morceau aussi facilement. Je regarde ma montre.


PERIOULE. 24,3km et 2 454 D+ depuis le départ. 13h30. Pas de barrière horaire. Pas de classement.


Je n’en crois pas mes yeux : j’ai mis 1h15 depuis le col. Presque 2X moins de temps que l’année précédente ! Je me félicite vraiment de la reco que j’ai faite, un plus indéniable. Je prends du coup mon temps à ce ravito. Je discute avec les bénévoles (qui sont tous exceptionnels !) Je vais apprendre qu’ils ne sont pas relayés, comme je le pensais ; ils vont rester plus de 24 heures sur place à être aux petits soins pour chacun d’entre nous. Mille mercis à eux !! Je confirme aussi l’excellente idée d’avoir cordé la moraine, un « + » pour la sécurité indéniable. Je prends une soupe. Je mange fromage et saucisson. Il n’y a plus de pain, mais ce n’est pas grave. Je finis ce repas gargantuesque par une banane. Je remercie chaleureusement tout le monde et je repars après une bonne trentaine de minutes d’arrêt.

Je sais que la prochaine partie jusqu’à Super Collet n’est pas technique mais avec beaucoup de dénivelé et très longue. Les bénévoles nous préviennent au départ : attention, il n’y aura pas d’eau jusqu’au prochain ravito, prenez vos précautions. J’ai prévu 3h15 à 3h30 pour cette portion. Je sais qu’il y a une grosse remontée jusqu’à Super Collet, mais il semblerait qu’elle ait été « améliorée », nous montons par un autre chemin. Je finis donc en trottinant de parcourir le plateau de Périoule. J’ai une pensée pour ma petite femme qui s’est fait une cheville à cet endroit lors de la reco. Une grosse peur pour moi : aucun accès 4X4 possible, seul un hélico peut évacuer. Dieu merci, c’est une « guerrière » et elle est rentrée à la voiture en boîtant, mais sans hélico !

La descente en sous-bois est très longue et plus nous descendons, plus la chaleur est importante. Je bois beaucoup malgré un cardio très bas… qu’est ce que ça va être à la remontée. J’applique aussi, depuis le bas du Moretan, une excellente technique de refroidissement corporel (merci Bubulle !): j’imprègne une éponge d’eau dès que je croise une source ou un ruisseau et je la place sous ma casquette. L’effet est ainsi prolongé et permet d’être « au frais » un peu plus longtemps. Dans cette descente, je ne suis pas au mieux sur mes appuis : les cuisses commencent à se rebeller et l’expriment très bien ! Je dois être cependant dans une moyenne « raisonnable » : je me suis fait dépasser trois fois dans cette descente, mais j’ai aussi dépassé 3 concurrents, encore plus sur le « frein » que moi.

J’arrive au chemin forestier, je reprends tout de suite le rythme course pour ne pas perdre trop de temps sur cette partie, enfin « courable », et en très légère pente descendante. Quelques centaines de mètres plus bas, nous prenons un chemin sur la droite, effectivement bien plus tôt que sur l’édition précédente. Je ne le sais pas encore, mais cet endroit va être compliqué, très compliqué, pour moi, mais encore plus pour d’autre…

C’est en effet un véritable kilomètre vertical qui nous attend, en plein soleil. Il est environ 14h00, donc au plus chaud de la journée. Je n’ai aucune idée de la température, mais c’est une véritable fournaise ! J’attaque vaillamment cette montée. Il y a de nombreux concurrents arrêtés dès qu’il y a un tout petit bout d’ombre à la faveur d’un buisson plus grand que les autres. Beaucoup de concurrents du 144, mais aussi du 85. A mi-chemin, je suis véritablement « scotché », je ne connais pas ma vitesse, mais elle est extrêmement lente. Pourtant je double, je ne fais que ça. Nous sommes sur ce qui devait être un chemin forestier. Relativement large, pas entretenu et très, très pentu, nous n’en voyons pas le bout… Je bois énormément d’eau, toutes les 5 min pratiquement et, malgré mes précautions, je n’ai plus une seule goutte d’eau au ¾ de la montée, ça m’inquiète beaucoup.

Les quelques ruisseaux permettent de mouiller la casquette et l’éponge, mais l’eau des ruisseaux est impropre à la consommation à cette altitude. En tous cas je ne veux pas prendre le risque d’une diarrhée qui compromettrait la suite, donc j’avance et j’essaie d’oublier la soif qui tenaille.

La pente finit par s’adoucir, d’abord doucement, puis nous nous retrouvons sur un single en balcon. Au loin nous apercevons le refuge de la Pierre du Carré. En arrivant sur place, je me rends compte qu’il s’agit d’un mouroir : plusieurs concurrents sont au plus mal, complètement déshydratés. Quelques bénévoles proposent de l’eau qui coule de la source, derrière le refuge. Il s’agit d’un faible filet d’eau. L’attente pour avoir de l’eau est donc longue, je demande la possibilité de remplir ma gourde. Je crois que c’est la meilleure eau que je n’ai jamais bu !

Je repars dès que je peux, la bénévole m’annonce 45 min jusqu’à Super Collet, prochain ravito. J’ai vraiment envie de me reposer, je sais aussi que je vais revoir la famille et ça, ça va faire du bien !! Un single en balcon et en sous-bois nous fait contourner la station de Super Collet assez rapidement, j’entends au loin le micro de la sono, j’ai hâte d’arriver, la pente s’incline enfin dans le bon sens, le chemin devient très facile, je cours de nouveau. J’aperçois d’abord l’arche du ravito, puis quelques minutes après Caro et Alex en contre bas. Ils sont venus à ma rencontre. Nous trottinons ensemble jusqu’au ravito. Ca me permet de prendre des nouvelles des autres coureurs. Bubulle est passé il y a un peu plus de 3h00, Denis est partit en forme de Val Pelouse il y a déjà un petit moment. Spir est arrivé il y a un peu moins d’une heure, il a du repartir. Je suis surpris par le fait que je n’ai qu’une heure de retard avec Spir. J’ai du bien tourner, ou bien lui être très prudent.


SUPER COLLET. 34km et 3 113m depuis le début. 16h25. 1h35 d’avance sur la barrière horaire. 191ème.


Je m’installe à l’ombre sur un banc. La « team » prend le reste en charge : remplissage du camel, un isostar dans la gourde. Alex m’apporte des gobelets de Coca jusqu’à ce que j’étanche ma soif. Je prends aussi le temps de prendre une soupe, je mange salé, encore du fromage, du pain, une banane en guise de dessert. Je dis à un moment à Caro que je ne veux pas prendre trop de retard. Elle me répond « Sylvain (Spir) n’est pas encore repartit lui ». Quoi ? il y a plus d’une heure qu’il est là et toujours pas repartit ? « Ben oui, regarde il est en face, là bas, avec sa nièce ». Super, ça va être l’occasion de partager un peu de temps avec quelqu’un de connu !! Je finis de me préparer et le rejoins. Il est surpris de me voir aussi, mais m’avoue qu’il avait envie de faire une grosse pause ici et de profiter de sa famille. Nous décidons de repartir ensemble. Je donne un délai approximatif de 5h00 pour rejoindre Val Pelouse à la petite famille, délai basé sur mon expérience de l’année dernière, soit une arrivée vers 22h00. Sauf que j’avais oublié un petit détail : l’année dernière le ravito était tout en haut de Super Collet, cette année il est tout en bas. Il manque donc 3 km environ… et 450 m D+ !!

Bref, je prends déjà 45 min de retard sur l’objectif donné ! Mais ce n’est pas grave, nous entamons, avec Sylvain, la rude et large montée qui se présente à nous en discutant comme des filles. Nous échangeons sur nos rencontres de la journée, sur les moments compliqués. Je lui redis qu’il ne doit pas hésiter à faire sa course et qu’il n’hésite pas à partir dès qu’il le souhaite ! Nous faisons toute la montée ensemble. Arrivé sur le replat, Sylvain s’envole, mais je cours moins vite et il s’éloigne rapidement. Je descends sereinement sur le col de Claran. Il y a un peu plus d’air qu’en bas et nous basculons dans la descente en direction du refuge du même nom, à l’ombre, et ça, l’ombre, à ce moment-là, ça n’a pas de prix !!

Cette fraîcheur retrouvée est un véritable délice, du coup, les jambes et l’esprit sont légers. Je sais que je pars pour la crête des Férices qui est l’endroit où j’ai décidé d’abandonner l’année dernière, mais je suis serein. Cette descente nous emmènera 600 m plus bas sur un single en forêt. Beaucoup de racines, de pierres et, bizarrement, d’humidité. Elle permet de préserver un peu de fraîcheur. J’arrive à la passerelle du Bens qui signe le point bas de cette portion, mais aussi qu’il y a une montée de 800 mètres positif pour arriver au prochain point haut : le col d’Arpingon. Je prends le temps de manger une barre et de boire. La première partie de la montée, jusqu’au refuge des Férices, se fait très facilement dans ce single à la végétation luxuriante.

Arrivé au refuge, l’atmosphère change : le paysage redevient minéral. Mais le jour commence aussi à tomber doucement. Le vent s’est levé, il fait presque frais. Je salue les bénévoles qui nous propose un peu de coca, du chocolat et du cake. Un « goûter » bienvenu avant d’attaquer le vrai morceau : la crête des Férices, un single montant qui va nous emmener vers un endroit bien plus minéral encore ! En tournant j’aperçois un coureur, assis à l’abri du vent qui envoie des sms : Sylvain est là ! Je suis super content de le revoir ! Lui, aussi semble t’il. Je lui pose la question, parce que le trouver ici m’étonne, je le pensais bien devant « Qu’est ce que tu fais là ? ». « Et ben je me pose 5 min ». « Bon, on repart ensemble ? », « Avec plaisir ! ».

Quelques minutes après Sylvain me dit « Bon… je sens bien qu’on va passer la nuit ensemble ! ». Au-delà de son double sens discutable, cette phrase, d’un coup, me soulage de toute la peur qui monte au fur et à mesure que la nuit arrive. Je serai accompagné pour passer « LE » passage qui me fiche les jetons ! Je savais que je le passerai, mais de savoir que ça sera avec Sylvain, d’un coup, ça fait disparaitre complètement le problème. Je réponds sur un enjoué : « Et tu me proposes ça comme ça toi ?! On court ensemble quelques heures et tu me proposes la nuit directement ! Quel tombeur ! ».

C’est très enjoués que nous entamons la crête des Férices, nous discutons avec une concurrente que nous dépassons. Elle nous confie que son mari est un peu devant, mais qu’elle n’est pas très pressée de le rejoindre : il fait la tête. « Ah bon ? ». « Oui, il n’était pas très motivé pour faire cette course, c’est moi qui l’ai forcé à venir… là, il est pas au mieux, du coup c’est un peu tendu… ». Etonnantes les rencontres que l’on peut faire sur ce type de course. Le soleil est en train de se coucher sur le massif de la Chartreuse, c’est magnifique, absolument extraordinaire, le plus beau moment de la course. J’ai beaucoup de plaisir de le partager avec Sylvain.

Nous arrivons au col d’Arpingon et la nuit est quasiment tombée. Nous nous posons quelques minutes pour passer en mode « nuit ». Nous mettons une couche chaude, le vent est frais à cette altitude. J’en profite pour manger un peu avant « d’affronter » le passage délicat. Je chausse la frontale… et nous repartons. J’ai laissé Sylvain se placer devant, ma crainte du passage monte au fur et à mesure que nous avançons. Je le suivais parfaitement jusqu’à présent, mais voilà qu’il s’éloigne de plus en plus, j’avance moins bien, mes pieds sont moins stables alors que le terrain n’est pas plus technique qu’avant. « Où est ce que tu es tombé l’année dernière ?». « C’est plus loin ». Il voit que je suis un peu derrière, il ralentit. Nous continuons, mais, comme si mon esprit ne voulait pas y aller, je marche de moins en moins vite.

Ca y est, nous y sommes, la descente commence, avec le vide sur la gauche, le terrain est fuyant, ça glisse, je manque de tomber à plusieurs reprises. Sylvain s’éloigne sans s’en rendre compte. « Tu vas trop vite pour moi » lui dis je d’un ton faussement détendu. Il doit sentir que ça ne va pas bien, il ralentit son allure et m’attend. Il est de bon conseil. « Pose tes pieds complètement à plat, pas que le talon ». « C’est vrai que c’est un peu bordélique, mais on avance bien ». Les 10 petites minutes de ce début de descente compliqué, sur un single très étroit, me paraissent une éternité.

Enfin le terrain redevient un peu plus simple. Je me détends un peu et l’allure augmente doucement. Nous rattrapons 4 concurrents du 144. Ils avancent, et c’est bien normal, très doucement. Le terrain n’est pas propice à les doubler sans prendre des risques pour nous ou pour eux, nous restons donc sagement derrière une bonne vingtaine de minutes. Au fur et à mesure d’autres concurrents arrivent derrière. Nous nous retrouvons quasiment une petite quinzaine à nous suivre. J’entends une voix féminine qui n’arrête pas de parler. Audrey ! Je me retourne, c’est bien elle ! Toujours accompagnée par ses fidèles chevaliers servants. Je souris, je suis heureux qu’elle soit toujours en course. Le gars qui se trouve derrière moi est agacé par le rythme très lent et nous double avec difficultés sur le single. Il me met en colère : prendre et faire prendre de tels risques est ridicule sur une course de ce type là !

Le single fini par s’élargir et, à cette occasion, nous dépassons les courageux coureurs du 144 en leur souhaitant bon courage. S’en suit une longue route jusqu’à Val Pelouse. Nous nous faisons doubler par un concurrent qui semble avoir la pêche. Je le félicite pour ça et il me répond « oh mais c’est de la frime ! ». Sans même nous concerter, nous décidons de le suivre. La route est terriblement longue. Chaque lumière au loin nous fait penser que c’est le ravito, mais non, à chaque fois c’est une déception. A un moment je pense reconnaître le chemin et j’annonce fièrement un petit kilomètre max… 2 km plus tard notre compagnon du moment me demande si ma blague précédente était censée nous amuser ! Je m’excuse et nous devisons sur les annonces faites par les bénévoles pour rassurer les coureurs sur la proximité des ravitos (les « 5 minutes » qui en font 30 dans les faits,…). Nous finissons enfin par entendre le bruit d’un groupe électrogène et nous apercevons, au loin, le providentiel ravitaillement de Val Pelouse. Sa lumière est un vrai phare dans la nuit et je suis heureux d’y arriver. Encore plus heureux d’y arriver aux côtés de Sylvain et dans une forme quasi olympique ! Nous entendons au loin « Kikourou ?! » C’est la femme de Sylvain qui lance dans la nuit et au hasard des annonces pour tenter de savoir qui arrive. Nous répondons en cœur « Oui, on est là !! ».


VAL PELOUSE. 50,7 km et 4 575 m D+ depuis le départ. 22h38. 3h20 d’avance sur la barrière. 139ème.


Nous sommes accueillis par la famille de Sylvain, la femme de Bubulle qui vient à l’instant de repartir, Caro et Alex ! C’est une vraie joie de tous se retrouver ! Tout le monde est excité et content de se revoir ! J’affiche pour ma part une grande forme, je le montre à ma petite femme qui pourrait avoir la crainte, légitime, de me retrouver, au même endroit que l’année dernière à vouloir abandonner. Là il n’en est rien, je veux continuer, et je vais finir !! Ma team adorée s’occupe de moi. Ils refont le plein. M’apporte à manger, j’ai très faim, je mange une soupe, du saucisson, du fromage, du pain et, de nouveau une banane en dessert. La prochaine portion est longue : encore 4 heures au moins avant le prochain ravito. Il faut faire le plein.

La femme de Bubulle nous confie qu’elle n’est pas très sereine : Il est partit vraiment pas au mieux, je la sens inquiète. Elle aurait aimé qu’il reparte avec nous je pense. Nous la rassurons avec Sylvain : on va essayer de le rejoindre et on va tester sa bonne forme ou pas. Je prends l’engagement auprès d’elle de l’amener à bon port jusqu’au prochain ravito.  

Nous restons presque 30 minutes à ce ravito. Je vois que Sylvain ne finit pas ce qu’il a à manger devant lui. Je m’en étonne, mais peut être a-t-il trop mangé. Je suis obligé de le rappeler à l’ordre. « Bon Sylvain !! on a un peu de route, je te rappelle ! Il faudrait qu’on y aille ! ». Nous repartons après avoir remercié nos teams respectives, un petit bisou et en avant pour la suite des évènements. Et c’est (encore !) un gros morceau : 18 km, 850 m D+, 1 300 m D- et 4 cols à franchir. Nous appréhendons la descente : la précédente a déjà bien entamée les cuisses ! Nous nous enfonçons dans la nuit noire à l’assaut de la 1ère montée.

Sylvain prend la tête. Il monte cependant très lentement, je ne lui fais pas remarquer, mais je sens qu’il a un coup de moins bien. Nous discutons un peu, mais je le sens nettement moins blagueur et enjoué. Nous nous faisons doubler par 2 coureurs qui nous remettent sur le droit chemin : nous avions, sans nous en rendre compte, perdu le balisage. Nous arrivons doucement au sommet des crêtes, il fait froid, le vent s’est levé, Sylvain grelotte. Je n’ai pas très chaud non plus, malgré l’effort fournit à la montée.

Je prends la tête mais je sens que Sylvain suit de moins en moins. A un moment il fait une pause pour boire. 2 minutes après il est pris de vomissements et, à plusieurs reprises, il rend « à dame Nature » tout ce qu’il a pris au ravito de Val Pelouse. Ce n’est pas une super nouvelle : il y a un gros morceau à passer et il ne faudrait pas que son état s’aggrave. Les vomissements ne sont pas grave en soit, c’est surtout qu’ils accélèrent la déshydratation. Je propose à Sylvain de s’asseoir quelques minutes pour qu’il décontracte son estomac et de se couvrir en mettant sa Gore Tex : le fait d’être malade et de nous arrêter va inévitablement lui donner froid encore plus qu’avant. Nous nous faisons doubler par un kikoureur dont j’ai oublié, le nom, je suis désolé, mais qui m’a reconnu grâce à mon buff !

Après ce petit repos, je lui demande si il est ok « On y va ! » me répond-il « C’est qu’on a un Bubulle à rattraper !!» lui dis-je pour lui faire penser à autre chose. Le 1er col est finalement assez proche. Une tente est installée pour porter secours ou proposer du repos aux coureurs. Deux bénévoles sont présents pour nous pointer. Nous les saluons, plaisantons un peu et continuons notre route. Nous prenons un rythme de marche rapide sur ce single sans difficulté et en légère pente montante. Sylvain semble aller mieux et plaisante de nouveau.

Nous rejoignons doucement un concurrent du 144 et restons quelques minutes derrière lui. Nous sommes étonnés de ne pas voir Christian. Il a dû retrouver une sacrée pêche ! Malgré notre arrêt forcé, il n’est toujours pas en vue ! Le gars de devant nous dit soudain « Bubulle il est derrière, il était complètement KO, il s’est arrêté pour dormir quelques minutes dans la tente, au col ». Ah bah voilà, on comprend mieux !! « Mais comment tu connais Bubulle ?! » « Ben moi c’est Cyss, je suis un kikou aussi ! » Cyril de son vrai prénom a pas mal joué au yoyo avec Christian toute la journée. Il nous raconte la 1ère partie, nous lui posons plein de questions sur ce qu’il a vu, ce qu’il a traversé. Il semble très fatigué, mais relativement lucide. Je pense qu’il est content de nous trouver aussi, nous avançons ainsi pas mal ensemble. Nous passons le col de la Perche.

Nous dépassons une femme qui, dans un anglais hésitant nous demande si nous pouvons l’attendre pour l‘accompagner. Nous allons comprendre qu’il s’agit d’Angelica. Elle est arrivée avec Christian à Val Pelouse et est repartie avec lui aussi, mais du coup son arrêt au col de la Perrière l’aura laissé seule. Nous voilà donc à reprendre le relais auprès d’Angelica.

Nous sommes dans un état de fraîcheur, bien sûr, nettement meilleure et la descente se fait très doucement, il nous faut,  à plusieurs reprises attendre Angelica qui a beaucoup de difficultés dans les descentes. Cyril aussi a beaucoup de mal, mais il suit plus ou moins le rythme du groupe que nous formons maintenant. Je surveille aussi la consommation d’eau de Sylvain : il faut qu’il reboive, même si il n’en a pas envie, si sa déshydratation s’accentue, ça peut devenir un vrai problème. Je lui conseille de boire par toute petite gorgée, toutes les 5 minutes. Nous continuons notre chemin.

Col d’Arbaretan, le sommet du Grand chat. Nous n’avons pas la vue à cause de la nuit, mais nous distinguons la vive lumière de la pleine lune qui se reflète sur le Mont Blanc !! Un moment unique et magique !!

Nous redescendons vers le col du Champet, et nous arrêtons au point de contrôle. Là encore des bénévoles adorables nous proposent de chauffer de l’eau pour faire un thé, je refuse pour ma part, mais j’incite Sylvain à essayer : chaud et liquide sont fortement recommandés dans son état. Nous restons un bon quart d’heure ici, assis auprès du feu. Puis, d’un coup, nous voyons arriver… Bubulle !! Pleine bourre, il me reconnait. Je lui demande si tout va bien. Il me répond vaguement quelque chose que je ne comprends pas. Il propose à Angelica d’y aller… et elle le suit !! Nous restons interloqué par ce que nous venons de voir ! Incroyable, tel le phoenix, le voilà repartit, et il emballe notre Angelica en 2 coups de cuillères à pot !

Nous reprenons donc nos affaires et nous voilà partis derrière eux. La descente continue, elle n’est pas technique, d’abord un single puis un chemin forestier, mais Cyril accuse sérieusement le coup, il a de plus en plus de mal à descendre. Nous l’encourageons au mieux et le rythme, même si il est lent et que nous aurions pu courir si nous avions été seuls avec Sylvain, reste correct. Nous finissons par apercevoir les 2 frontales de notre couple partit en escapade. Il me semble même apercevoir Christian qui trottine ! Il est vraiment incroyable !

Nous finissons par les rattraper. Nous prenons quelques nouvelles de Christian. Il est difficile d’évaluer son niveau de lucidité, mais il n’est vraiment pas frais ! Je lui dis que nous allons l’accompagner jusqu’au Pontet, dernier ravito avant l’arrivée. Il n’est pas d’accord « partez devant, je me débrouille ». Pas question Christian, nous t’accompagnons jusqu’au Pontet, c’est sans discussion. Nous entamons notre descente, nous calons notre rythme sur celui de Christian qui essaie, courageusement, de maintenir un rythme de marche rapide. Ses gants blancs dans la nuit noire le montre tel un pantin désarticulé. Le moment est étrange, un peu surréaliste. Mais vaillamment nos 3 héros du 144 avancent. A l’occasion d’une pause Angelica va même nous fausser compagnie : nous nous faisons doubler par les 2 bretons que j’avais dépassés tôt ce matin. Nous nous chambrons un petit peu au passage, mais ils passent bel et bien devant !.. et Ils embarquent la fille !!

Nous repartons. Le chemin n’en finit pas jusqu’au ravito : c’est une large route forestière, puis un single, puis encore un chemin… nous tentons de voir une lumière au loin, mais rien n’y fait. Nous sommes doublés à plusieurs reprises. A chaque fois l’échange est le même : « Vous savez où est le ravito ? » « Ben non on espère le voir bientôt ça commence à être long… » A un moment Sylvain jette un coup d’œil à son GPS. « On a dépassé le kilométrage théorique, j’espère qu’on ne l’a pas loupé ». Je pense surtout beaucoup à Christian qui n’arrête pas de nous demander où il se trouve. « On arrive, encore un effort… » Mais le ravito n’arrive pas...

« Tiens une lumière à gauche ?! » Non… c’est une ferme. « Encore, regarde là bas ! » Non une autre maison. Puis, enfin, nous apercevons plusieurs lumières regroupées, il semble bien,… oui c’est bon ! on entend des voix au loin ! Ayé, on y est ! Nous nous rapprochons doucement. Il faut tourner à gauche, enjamber un pont. Nous entendons de nouveau la femme de Sylvain « Kikourou ?? ». « Oui, c’est nous !! on est avec Christian ! ». Nous sommes heureux, une fois de plus de les retrouver là. Elles ont du beaucoup s’inquiéter : nous avons plus d’une heure de retard sur les prévisions : la rencontre avec Christian et Cyril a bien sur baissé la moyenne. Mais que fait Christian ?! Il vient de s’arrêter au virage et semble regarder en arrière, d’où nous venons. Je lui demande « Christian tu fais quoi ? viens, c’est par là ». « Attends j’attends quelqu’un… ». « Qui ça ? Angelica est devant » « J’attends je te dis ». Je vais voir sa femme et lui confie en souriant qu’il attend quelqu’un… mais qu’il n’y a personne ! Nous lui préconisons, avec Sylvain, qu’elle l’oblige à dormir à minima 30 minutes et qu’il mange bien avant de repartir !

C’est le cœur léger et heureux d’avoir fait cette belle route avec tout ce monde là que je rentre dans ce dernier ravito, Les Pontets.


LES PONTETS. 67,7 km et 5 432 m D+ depuis le départ. 04h52. 3h10 d’avance sur la barrière horaire. 132ème.


Nous prenons plus de 30 minutes pour nous restaurer. Toutes les personnes qui sont ici, à cette heure ci, savent qu’elles vont finir. Ce dernier morceau n’a rien de compliqué. Il y a encore une montée un peu raide et… surtout… plus de 1 200 m D- à faire encaisser aux cuisses. Il faut bien redescendre à un moment !

Nos épouses, toujours à nos côtés nous expliquent leur organisation. Elles ont dormi dans les voitures. Mon fiston est d’ailleurs toujours en train d’y dormir ! Je prends de nouveau une soupe. Je constate avec beaucoup de plaisir que Sylvain fait de même. L’appétit est revenu, il a une meilleure tête. Nous prenons vraiment notre temps. Nous savons que nous terminerons quoi qu’il en soit. Arthurbaldur arrive à son tour. Il a, comme à son habitude, un grand sourire sur les lèvres. Je suis content qu’il soit, lui aussi, arrivé ici. Mais ce n’est pas le seul représentant du LUR : Taldius arrive à son tour ! Tout ceci ressemble quand même assez à un gros off lyonnais !!

Nous croisons aussi nos camarade bretons ! On se chambre encore un petit peu, mais il partent nettement avant nous. Au moins 15 minutes devant.

Une fois de plus il faut que je rappelle à Sylvain que nous avons une course à terminer et nous nous remettons en route. Nos femmes nous accompagnent sur 100 mètres. Il resterait environ 16 km, 600 m D+ et 1 200 m D-. Il est 5h30, à voir notre moyenne depuis le départ, je pense que nous serons vers l’arrivée entre 9h30 et 10h00. Nous donnons ces horaires à nos accompagnatrices, nous assurons que Bubulle soit toujours bien en train de se reposer et nous repartons pour cette dernière étape.

J’ai le cœur léger, je suis heureux d’être arrivé à cet endroit, dans ma tête la course est terminée. Plus rien de technique, il n’y a plus qu’à mettre un pied devant l’autre et sonner cette fichue cloche à Aiguebelle ! La montée  est d’abord douce et agréable sur un large chemin. Puis, au fur et à mesure, la pente s’accentue très nettement, le chemin se rétrécit et nous arrivons à un moment sur un sacré raidard, en sous bois sous quelques centaines de mètres. Les corps doivent vraiment être épuisé, parce que la relance, même à la marche rapide, est compliquée. Nous sommes maintenant sur un large chemin, nous tournons autour du Fort de Montgilbert. Le jour est en train de se lever, il fait bientôt jour.

La descente tarde à arriver. Nous passons un dernier point de contrôle. Puis, enfin, nous attaquons un single en descente, assez pentue mais facilement praticable. Nous nous faisons doubler une 1ère fois. Nous continuons la descente ce single fini par faire place à un plus large chemin forestier. Nous essayons de deviner Aiguebelle en contre bas, mais on ne voit pas grand-chose. On entend bien un bruit de musique au loin, est ce l’animation ? On se fait doubler une deuxième fois par 3 coureurs qui dévalent littéralement la pente !

Je sens Sylvain agacé par la situation, à la faveur d’une route goudronnée (oui, oui ça existe, voilà quelques heures qu’on en avait pas croisé !!) Sylvain me propose de trottiner de nouveau. Je suis pas très chaud : 1° Je veux profiter de cette fin de course 2° Mes jambes sont franchement réticentes à cette proposition tout de même indécente dans les circonstances. Il me répond que : 1° on se fait doubler comme des ânes  2° Si on veut apercevoir plus vite Aiguebelle, la course est quand même la meilleure solution ! Les arguments sont indiscutables, nous voilà donc à trottiner sur cette descente.

C’est d’abord très dur, ça fait mal partout, le sac n’est pas assez serré, bref, c’est pas le pied. Le moindre single en terre est propice à la remise à la marche. Et puis, sans que je comprenne ce qu’il se passe, l’envie de courir devient plus forte que tout. C’est moi qui propose à Sylvain de se remettre à courir. Nous y aloons donc de nouveau. Et plus ça va, plus la vitesse augmente. C’est en tous cas la sensation que j’ai, je n’ai aucun GPS sur moi. Même les derniers singles en terre, un peu raides, n’arrête plus notre course.

Je trouve un autre sujet de motivation : nous apercevons au loin nos amis bretons qui sont en mode marche rapide. Une ou deux vannes (Vannes...) plus tard, nous les dépassons. Je mets maintenant un point d'honneur à ce qu'ils ne nous repasse pas devant, j'accélère donc encore !

Je consulte cependant régulièrement ma montre. Je finis par prévenir Sylvain « Il faudrait que l’on appelle nos épouses, parce que on a juste une heure d’avance sur le meilleur scénario : on va arriver vers 8h30 à force de courir comme des dératés !!"

Ca y est, le terrain s’aplatit, nous arrivons sur une route goudronnée (sur laquelle des voitures roulent, si si !!). Nous distinguons un panneau qui signe l’entrée d’un village « Aiguebelle ». Nous décrochons nos portables, appelons pour prévenir que nous entrons dans Aiguebelle. Nous nous remettons à courir. On est heureux, tous les 2, pas plus de débordements ou d’expression. Juste content de voir l’arrivée. Pour ma part fier d’y être arrivé. Heureux, vraiment, de ces heures passées en montagne de tout ce que j’ay ai vu, des personnes que j’y ai croisé.

Un parking aménagé sur notre gauche. Nous cherchons nos voitures mais ne les trouvons pas. Un virage à gauche. Certains coureurs, douchés et changés nous félicitent. Une route à traverser. Caroline est là, Alexandre à ses côtés. Je les vois heureux eux aussi de me voir rallier cette arrivée. Je suis bien, je n’ai pas envie d’accélérer, juste de continuer à courir. Sylvain est toujours à mes côtés. Nous rentrons dans le parc qui accueille la ligne d’arrivée. Nous nous prenons la main pour signifier notre arrivée ensemble, pour se montrer l’un à l’autre, pudiquement, que nous avons apprécié ces moments partagés.

Nous passons simplement la ligne en levant ces 2 mains unis. Pas de cris, pas d’explosion de joie, juste, pour ma part, une saine plénitude. J’arrive sans blessure, je suis bien dans mon corps, dans ma tête.

J’entends enfin le speaker qui nous propose d’aller faire valider notre arrivée en flashant une dernière fois notre dossard sous la tente. Puis il nous propose de faire retentir la cloche. Je suis d’abord timide, puis j’y mets plus d’envie : je fais retentir la cloche d’arrivée à Aiguebelle !! Je viens de finir l’échappée belle !!

 


Voilà mon échappée belle. Pas d’exploit physique, pas de grandes phrases, rien d’extraordinaire. Juste le temps qui s'est écoulé. Simplement de belles rencontres, vraiment. Des moments d’une beauté fantastique que je veux garder le plus longtemps possible dans mon esprit. Et puis une subtile envie aussi, celle de tenter de prendre, un jour, le départ de la traversée complète. Je veux voir ces autres paysages, rencontrer d’autres belles personnes, vivre d’autres moments importants, voir plus de monde, vivre encore plus d’émotions. Là encore, simplement.

 

Franck




61 commentaires

Commentaire de Japhy posté le 09-09-2015 à 07:09:20

Merci Franck pour ce CR très détaillé, qui semble restituer très fidèlement la difficulté du parcours. Du coup deux conclusions:
1°) un énorme bravo pour ta course
2°) c'est pas pour moi c'est trop dur ! :D

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 10:56:53

Merci Japhy. Le plus difficile est la patience qu'il faut tout au long de la course. Quand, en plus, tu as soif de revanche. ..

Commentaire de fred_1_1 posté le 09-09-2015 à 07:42:08

Bravo franck !
Ton échec de l'année dernière est maintenant effacé de tablettes.
Je te souhaite de trouver un autre beau défi à relever pour l'année prochaine .

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 10:58:47

L'année prochaine va voir un sacré autre morceau : je suis prio UTMB. Je prends donc le départ de Cham' fin Août. Mais là il va falloir courir beaucoup plus... et ça c'est pas mon truc !

Commentaire de Vik posté le 09-09-2015 à 07:48:33

Eheh excellent ce récit ! T'as fait une bonne balade sans jamais te mettre dans le rouge, t'en garde de magnifiques souvenirs... une seule chose m'attriste: tu n'as pas picolé de chouchen avec les copains bretons ;-)

Commentaire de Namtar posté le 09-09-2015 à 08:31:52

Le chouchen les Bretons ils n'en boivent pas : c'est pour les touristes tellement c'est dégueu ;)

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 11:45:01

J'aurais préféré partager un peu de Chartreuse avec toi, mais la belle brune qui t'accompagnait sur la ligne d'arrivée a, bizarrement, retenu tes faveurs ;) !!

Commentaire de Namtar posté le 09-09-2015 à 08:38:55

Je me rappelle de ton compte rendu de l'année dernière et de ta détresse lors de ton abandon. Félicitations pour avoir persévéré !!!

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 11:46:38

Merci ! OUi, la même course, par le même bonhomme, vécue bien différemment. Comme quoi la tête est peut être à ne pas négliger lors de la préparation...

Commentaire de patrovite69 posté le 09-09-2015 à 08:39:47

Ça y est tu l'as bouclée cette course ! On était très fiers d'être là à t'accompagner....Bravo!
On est déjà prêt pour la prochaine. :-)

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 11:47:52

Sans vous je ne finissais pas. Merci pour le soutien sans faille et quelque soit l'aventure !!

Commentaire de bubulle posté le 09-09-2015 à 08:41:03

Je cherche encore et toujours qui je pouvais bien attendre au Pontet, tout de même...:-). On verra bientôt dans mon compte-rendu ma vision de cette descente mémorable du Grand Chat, et de ma quête désespérée d'Angelika (où j'apprends donc au final que c'est avec tes bretons qu'elle est partie). Vous avez tout de même bien fait de vous dépêcher un peu avec Spir, car à même pas 30 minutes près, vous alliez vous faire enrhumer par un avion renaissant de ses cendres. En tout cas, respect pour cette course. J'étais persuadé que tu ne me rattraperais pas mais il faut bien croire que cette Échappée Belle n'est vraiment pas une course comme les autres.

Et comme il semble que nous soyons désormais destinés à passer nos fins de mois d'août ensemble, rendez-vous à Chamonix en 2016. Là, il est hors de question que tu me rattrapes.

J'ai gagné tant de choses sur cette Échappée Belle, mais pendant ces jours partagés avec Caro et toi, je sais que j'ai gagné un super couple d'amis.

À bientôt, cher V3...;-)

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 11:55:29

Merci Christian pour ces supers moments passés ensemble. Nous avons, nous aussi, trouvés de nouveaux amis et ça c'est chouette ! Encore un immense bravo à toi... et à Elisabeth !!

Commentaire de paulotrail posté le 09-09-2015 à 08:41:16

Ton récit me rappelle quelque chose.....je finis 6mn derrière toi !
Pour ma part, la montée sous la pleine lune (sans frontale) après val pelouse restera un grand moment de bonheur.
Tout pareil pendant la grande traversée après le refuge des Férices avec un splendide couché de soleil.
En résumé : que de grands moments pendant cette aventure :)
Merci pour ton récir

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 11:57:14

Merci Paul ! Oui la crête des Férices au soleil couchant... ça ferait presque oublier le passage de m.... juste après !!

Commentaire de Free Wheelin' Nat posté le 09-09-2015 à 08:44:08

Ce type de récit me laisse toujours un brin:
-envieuse
-rêveuse
-l'oeil humide ...
Merci pour ce très chouette CR, tu as vraiment dû vivre de belles choses...
Ca fait envie, même si, vu la date, ça ne reste pour moi qu 'un rêve, bravo Franck!

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 11:59:34

Explique à tes élèves ce que tu peux vivre, ils te feront un billet d'absence ! Et viens nous rejoindre !! :)

Commentaire de paulotrail posté le 09-09-2015 à 08:48:04

Ton récit me rappelle quelque chose.....je finis 6mn derrière toi !
Pour ma part, la montée sous la pleine lune (sans frontale) après val pelouse restera un grand moment de bonheur.
Tout pareil pendant la grande traversée après le refuge des Férices avec un splendide couché de soleil.
En résumé : que de grands moments pendant cette aventure :)
Merci pour ton récir

Commentaire de philippe.u posté le 09-09-2015 à 09:52:53

Je ne vois aucun moment souffrance dans ce récit. Chapeau à toi, c est moi le kikou dont tu as oublié le nom dans la montée au col de la Perche. ça doit être très agréable d avoir pris ta revanche sur la course.

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 12:01:50

Ah bah voilà !! Enchanté !! Je t'avoue qu'à ce moment, en plus de la fatigue, j'étais très attentif au camarade Spir qui n'était pas au mieux, donc moins attentif à l'environnement !! Bravo à toi en tous les cas, au plaisir d'une prochaine rencontre !

Commentaire de cyss posté le 09-09-2015 à 09:54:14

Bravo pour ta course. J'ai pris plaisir à lire ton CR, tout comme j'ai pris plaisir à partager quelques instants de course avec spir et toi.
Il est toujours interessant de lire la perception des autres sur son propre état. J'étais effectivement très fatigué mais relativement lucide... Et j'ai eu de bons moments de rigolade en votre compagnie! ;-)
A une prochaine :-)

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 12:03:26

J'ai adoré cette étape qu'on a partagé à plusieurs !! On s'est bien marré effectivement. Tu m'as épaté par l'énergie que tu avais encore à ce moment de ta course. J'espère pouvoir prendre exemple suivre tes traces si je tente la grande traversée prochainement !

Commentaire de Philippe8474 posté le 09-09-2015 à 10:36:43

Quelques jours avnt de prendre le départ du 85 cette année, j'avais lu ton récit de l'an dernier...
Je suis vraiment très heureux pour toi de la conclusion, des souvenirs et des sensations,des partages de ton édition 2015.

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 12:04:30

Merci, c'est gentil. Oui, comme je le disais plus haut, 2 courses identiques, faite par le même personnage, mais avec un état d'esprit, donc un résultat bien différent !

Commentaire de arthurbaldur posté le 09-09-2015 à 12:00:07

J'avais bien essayé de te convaincre de poursuivre l'année dernière mais sans succès. Cette année tu termines tranquillement. Un grand bravo à toi. On se donne rendez-vous à Chamonix en 2016 et à Vizille en 2017.

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 12:06:37

Avec beaucoup de plaisir. Les chemins autour du massif du Mont Blanc seront bien plus adaptés au chevalier Arthur ... et il fera un bien meilleur UTMB que moi, c'est sur. Merci pour ton sourire qui a été très réconfortant tout le long de nos échanges sur cette course !! (on se reverra avant Chamonix 2016, mon petit doigt me l'a confirmé...)

Commentaire de Jean-Phi posté le 09-09-2015 à 13:55:13

Très joli CR et le signe indien vaincu. Bravo.
Ca fait envie, mais pas pour moi.

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 12:07:34

Merci Jean Phi. C'est pourtant largement à ta portée. Tu as un bien meilleur niveau que le mien ! Il suffit juste d'être patient. A très bientôt !!

Commentaire de coco38 posté le 09-09-2015 à 13:55:55

Immense Bravo !!! Très rapidement via les premiers retours du terrain (sur le fil de suivi), j'étais sur que tu irais au bout. D'abord parceque tu as encore progressé et surtout parceque tu affichais cette serénité indispensable. Le tout organisé aux petits oignons par ton "team" familial. Si on se croise sur ce terrain ce sera en rando, car c'est clair pour moi, je ne me lancerai pas dans une telle aventure. A bientôt.
Jean-Claude

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 12:09:24

Il y a des dizaines de randos superbes à faire. Celle du Moretan depuis Gleysin doit impérativement être faite, elle est exceptionnelle. ET j'ai bien l'intention de découvrir la 1ère partie lors de offs à venir !!Je crois qu'on se revoir avant la fin de l'année... on pourra parler de tout ça !

Commentaire de anthodelb posté le 09-09-2015 à 15:46:31

Merci pour ce CR très agréable a lire et très bien détaillé. Du coup ça a l'air vraiement difficile et ça me met le doute pour m'inscrire sur le long en 2016 !
Bravo pour ta course et peut être a bientôt sur un Off Lyonnais.

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 12:10:20

Ne te pose pas plus de questions, si tu as envie, inscris toi, mais prépare toi. Prépare toi surtout à être patient !

Commentaire de polosh posté le 09-09-2015 à 17:31:24

Salut Franck! Ton récit l'an passé m'avait déjà donné des frissons, mais là tu es passé à un niveau supérieur :) un grand bravo, ce ne pouvait être qu'une réussite avec une telle team! Une belle aventure comme on aimerait en vivre tous! Merci pour ce CR et à bientôt!

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 12:11:36

Merci Paul ! Oui je me rends bien compte que ce sont des moments exceptionnels que j'ai la chance de vivre. Et quand est ce que l'on recoure ensemble ???

Commentaire de Arclusaz posté le 09-09-2015 à 18:02:45

quelle sérénité ! quelle classe !
et quelle joie tu nous a procurée ! Très très content pour toi.

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 14:08:14

Merci Laurent. De la classe, je ne pense pas, de la sérénité, oui, sans conteste. J'ai souvent pensé à toi pendant cette course, ces massifs sont fait pour toi. Prend le temps de te retaper et prends un dossard ici, c'est un grand pied !!

Commentaire de Arclusaz posté le 12-09-2015 à 14:26:31

partant pour un off en juin-juillet 2016. Montée à la Croix de Belledonne, le lac blanc, passer à Jean Collet, le lac de Crop, le Col de la Mine de Fer, ... Quand j'étais grenoblois, j'avais imaginé plein de belles boucles que je n'ai pas toute faites !!! et bien sur, si on pouvait monter au Grand Colon.....

Commentaire de tidgi posté le 09-09-2015 à 18:56:04

Chapeau Franck ! Tu l'as eu ton échappée !
Un grand bravo car moi dans autant de cailloux... Non merci ;-)
Respect l'ami.

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 14:10:12

Merci Thierry ! Oui, je l'ai eu. Ca rassure un peu pour les prochains objectifs... Je pense au contraire que tu serais très bon sur ce genre d'épreuve. Tu as un mental en acier trempé, 1er facteur de réussite de cette course !

Commentaire de xian posté le 09-09-2015 à 20:17:43

grosse grosse classe !
j'ai fait toute la course avec toi (enfin, avec vous :-)), scotché à mon écran. La sérénité qui se dégage de ton texte ne donne certainement pas la réelle difficulté de cette course et de ton engagement, mais ça donne sacrément envie de chausser un paire de chaussures et de sortir courir.
Franck, t'es un champion !!!

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 14:11:30

Merci à toi et aux autres pour le soutien à distance. Quand parfois ça va pas super, on pense qu'il y a peut être un encouragement sur le fil vers nous... et ça fait du bien !

Commentaire de Spir posté le 09-09-2015 à 21:04:10

Pour sûr, c'était une belle aventure ! Très heureux d'avoir partagé tous ces moments avec toi. Ça aurait été dommage d'être tout seul à traverser une nuit aussi belle ! Ingrid a adoré découvrir l'ambiance "suiveuse" aux côtés de Caro et Alex.
A très bientôt !
Sylvain
Bon, faut que je finisse mon CR aussi maintenant...

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 14:33:32

Merci encore Sylvain pour ces bons moments partagés. Ta présence aux Férices m'a vraiment réconforté. Je peux te le dire, maintenant, puisqu'on est entre nous : quelle nuit exceptionnelle !! :)

Commentaire de bruno230 posté le 10-09-2015 à 16:48:21

Encore bravo Franck,y'a pas t'es un grand!!!
J'espère vraiment être à tes côtés en 2017 pour manger la grande boucle.
Au fait en classement V3,t'es combien? :)

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 14:48:49

Et ben on peut prendre rdv dès maintenant ! (il faut se fixer des objectifs pour avancer !) : rdv à Vizille fin Août 2017 !! Et je finis... 1er V3 !!!

Commentaire de le_kéké posté le 10-09-2015 à 19:46:05

Bravo Franck, bien géré, très beau compte rendu.
Ca fait drôlement envie cette histoire

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 14:49:26

Faut viendre alors !! C'est un truc pour toi ça !!

Commentaire de ch'ti Gone posté le 10-09-2015 à 21:59:01

Quel maitrise!
Tu as géré ta course de main de maitre et tu as, à plusieurs reprise, était en soutien de traileurs en difficulté...la Classe!
Tu as parfaitement su tirer les enseignement de ta première tentative.
Il y a de fortes chances (je l'espere pour moi!) que nos objectifs 2016 et 2017 soient communs. Quelques reco communes?

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 14:51:04

Merci l'ami !! Bien sur quelques recos communes !! J'ai 2 ans pour me familiariser avec la 1ère partie... j'ai bien l'intention de faire quelques allers/retours en Belledonne !!Et puis si l'after est aussi sympa que celui de Juillet !!

Commentaire de JuCB posté le 12-09-2015 à 08:35:56

Bravo pour t'être lancé à nouveau dans ce "machin". La différence avec l'an dernier est hallucinante. Ta prépa a porté ses fruits, ton plaisir fait plaisir à lire.
J'avoue que pour lire ton récit de cette année, j'ai fait comme toi, des recos.
Connaissant l'épilogue, j'ai d'abord lu le Moretan et l'Arpingon, puis le début pour finir avec Val Pelouse - Aiguebelle. :-)
Descente de Clarans - remontée sur Férices fut une micro-bricole pour toi. Comme quoi, on n'est pas égaux devant les coups de mou, chacun les siens !!

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 14:55:33

Merci ! Honnêtement, pour moi en tous cas, les recos (et la connaissance de l'an passée !) ont été des + indéniables. Ca m'a aidé à relativiser les passages compliqués : "serre les dents, derrière c'est plus simple".
Le coup de mou arrive à tout instant et est très différent selon, chacun. Même si il y a des endroits un peu propices au déclenchement quand même !!

Commentaire de Fimbur posté le 12-09-2015 à 09:40:06

Quelle différence par rapport à l'année dernière, Bravo Franck !
Y a quelques passages qui rien qu'a te lire m'impressionne déjà

Merci pour ton récit passionnant

Commentaire de franck de Brignais posté le 12-09-2015 à 14:56:03

Merci Franck ! Je sens comme l'envie de tenter l'aventure ? Je me trompe ?

Commentaire de Trimoreo posté le 14-09-2015 à 23:31:32

Bravo ! bravo ! Bravo!
La 2ième saison de Amour-Gloire-Trail-Echappée Belle était top, vivement la saison prochaine : "l’intégrale, même pas peur!!!".
En espérant se croiser bientôt sur une course de la région

Commentaire de franck de Brignais posté le 16-09-2015 à 22:41:32

Oui... enfin l'épisode "l'intégrale même pas peur" est encore loin d'être tourné... :)
Merci pour tes encouragements !

Commentaire de sebmelalix posté le 17-09-2015 à 21:19:29

Bravo Franck,
Impressionnante cette sérénité dont tu as fait preuve, une course sacrément bien gérée.
Une progression presque "logique" tellement c'est maitrisé!!!
Par ton intro, je pensais ressentir bcp plus de souffrance, mais je t'ai accompagné presque aussi sereinement tout au Long de ta course jusqu'à cette arrivée en toute plénitude...
Mais pas si simple quand même ;)
Merci pour ton recit
Et à très bientôt,
Seb

Commentaire de franck de Brignais posté le 20-09-2015 à 22:10:46

Merci Sébastien !
Il y a bien eu de la souffrance, il faut être honnête. A l'arrivée, les pieds étaient en feu, le visage blanc de sel, le dos brûlé par le frottement du sac... mais effectivement la traversée à été sereine, comme si il ne pouvait pas y avoir d'autre issue.

Commentaire de duduf07 posté le 19-09-2015 à 18:56:22

Bravo Franck, cette fois cette traversée Nord est vaincue et apparemment parcours tranquille, sans forcer. Je t'attend dans les années futur toujours en haut du Morétan mais cette fois sur l'Intégrale. Bonne récup, j’espère te voir sur l'Hivernale

Jean louis DUFOUR

Commentaire de franck de Brignais posté le 20-09-2015 à 22:14:46

C'était super et très réconfortant de voir une tête amie et souriante en haut de Morétan.
J'espère bien moi aussi t'y voir une prochaine année. .. ça voudrait dire que je suis bien parti

Commentaire de snail69 posté le 04-10-2015 à 21:26:11

Quel contraste avec le CR de l'an dernier ! Tu nous fais qd même de sacrés trucs de ouf... On ne boxe définitivement plus dans la même catégorie ;-) Un immense bravo !

Commentaire de franck de Brignais posté le 05-10-2015 à 22:22:05

Oui une approche bien différente de la même course. Comme quoi la tête ! Mais tu verras que tu vas me mettre une belle déculottée au Puy !!

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