Récit de la course : La Grande Traversée des Alpes 2020, par La Tortue

L'auteur : La Tortue

La course : La Grande Traversée des Alpes

Date : 11/9/2020

Lieu : Ville La Grand (Haute-Savoie)

Affichage : 1048 vues

Distance : 600km

Objectif : Balade

18 commentaires

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5 jours à pédaler dans la montagne avec les amis

LA GRANDE TRAVERSEE DES ALPES, 11 au 15 septembre 2020.

 

 



 

Le profil des 5 jours : 12 cols, 600 km, 14600 m D+

 

 


Philippe, le Blueb, a tout préparé depuis plusieurs mois pour que cette belle aventure soit un succès :

-          Le parcours : 600 km avec 15000 m de D+ entre Ville-la-Grand (Genève) et Menton

-          Les dates : 4 jours ½ de pédalage, première quinzaine de septembre 2020 pour espérer une belle météo

-          La logistique : une camionnette suiveuse conduite en alternance par tout le monde, avec un grand coffre et un porte-vélo pouvant accueillir 6 cyclos et leurs vélos pour remonter de Menton à Ville-la-Grand

-          9 demi-étapes avec changement de chauffeur à chaque demi-étape et pique-nique le midi sur le bord de la route

-          4 soirées étape en hôtel ou en gite (avec local sécurisé pour les vélos) ; en demi-pension : repas du soir et petit-déjeuner.

-          Le budget : 430 euros par personne tout compris avec la location du camion (assurance multi-chauffeurs comprise), le carburant, les péages, les soirées étape, les pique-niques du midi, les petits extras (fromage de montagne, tournée de bière et de coca, etc…)

-          Le groupe : 6 cyclos aguerris aux longues chevauchées ; des p’tits gars fiables, tant sélectionnés pour leurs qualités sportives que pour leurs valeurs humaines. Les niveaux sont un peu différents, mais chacun montera à son rythme et on s’attendra en haut de chaque col. Les plus rapides pourrons redescendre un peu pour refaire la fin du col avec les moins véloces. Pas question de s’embarquer dans une telle aventure avec des fous de vitesse ou de compétition ou des crackers qui lâchent l’affaire aux premières courbatures :

  • Jean-Mi, solide montagnard de haute-Savoie : cycliste de formation, mais rompu à tous les sports pourvu que ça se passe dans la montagne.
  • Jérôme, haut-savoyard aussi, ami de jean-mi, cycliste de bon niveau.
  • Jeff, collègue de bureau du Blueb, qui ne connait personne du groupe, mais qui se lance dans l’aventure.
  • Papy, inoxydable champenois, présent dans bon nombre de mes souvenirs de sports d’endurance depuis plus de 20 ans, une valeur sure.
  • Votre serviteur, la Tortue, du plat pays nantais, pas bien rapide, pas du tout grimpeur, mais inusable. Sa devise : « là où il y a une volonté, il y a un chemin » (Lao Tseu).
  • Et enfin, last but not least : Philippe, Le Blueb, mi-grenoblois, mi-haut-savoyard. Comme le papy, nous avons une foultitude de souvenirs en commun (et pas que sportifs !). Il est le seul à connaitre tous les membres de l’expédition. Ses talents d’organisateur et son charisme en font le leader naturel du groupe.

 

 

 

 


 Le tracé du nord au sud, des berges du lac Léman à la grande Bleue.

 

 


 

Jeudi 10 septembre, 20h

Toute l’expédition est rassemblée à Ville-la-Grand, chez Christel, pour une veillée d’armes et de présentation. Soirée où la convivialité l’emporte sur tout le reste. Ceux qui ne se connaissent pas encore se découvrent. Aucune appréhension perceptible. La sérénité et la bonne humeur règnent. Une excellente première soirée, à part le Papy qui commence très fort en cassant le vélux de notre chambre. Le briefing du Blueb a lieu autour d’un solide plat de lasagnes à faire pâlir tout un régiment, puis l’indispensable plateau de fromages de montagne, le dessert et…au lit.


 


Vendredi 11 Septembre : Fillinges - Les Saisies - Séez

9h00, devant chez Jean-mi pour le départ officiel, le soleil est au rendez-vous mais très mauvaise nouvelle, Jérôme a été malade toute la nuit (gastro) et déclare forfait, ne se sentant pas les forces d’accompagner le groupe. Comme mon mollet récalcitrant a eu la très mauvais idée de relâcher quelques jours plus tôt, je propose de conduire toute la journée pour lui laisser 24 heures de répit supplémentaires, en espérant fortement pouvoir rouler les jours suivants, sinon, je continuerais à faire le chauffeur.

Sous le regard bienveillant de Françoise, la charmante épouse de Jean-Mi, les 4 cyclos valides se mettent en route vers Bonneville et la vallée du petit-Bornand, pendant que je file faire les courses pour les pique-niques du midi.

La première difficulté de notre périple, le col des Aravis, est escaladée en passant par la Clusaz ; une mise en bouche pour nos cyclos car ce n’est pas un col très difficile par ce versant. Pris dans les bouchons, et ayant fait un gros ravitaillement, je ne rattrape les vélos qu’à Notre Dame de Bellecombe, au pied du col des Saisies. J’ai tout le temps de monter tranquillement le camion et de trouver un coin sympa pour installer le pique-nique du jour devant l’école de ski des Saisies, charmante petite station olympique, bien calme en cette fin d’été.

Le programme de l’après-midi, avec le Cormet de Roselend, est plus costaud, d’autant que la route principale est fermée au-dessus de Beaufort et qu’il faut passer par le col du Pré et sa toute petite route de montagne aux pourcentages parfois sévères. Mais le détour en vaut la peine car la vue sur le lac de Roselend depuis le col du Pré est une féérie, avec toute la chaine du Beaufortain qui se reflète en miroir.

A l’arrivée à l’hôtel à Bourg St Maurice, après avoir patienté en regardant l’étape du jour du Tour de France, je retrouve mes 4 comparses : Jean-mi et l’Papy sont frais comme des gardons, le Blueb a souffert dans le col du Pré à cause de la chaleur et Jeff est bien cramé après cette première journée qui sera la plus difficile du circuit en terme de dénivelé.

Accueil charmant à l’hôtel du Val Joli, où nous sommes pratiquement les seuls clients. Soirée très sympa et après un excellent repas, les grenoblois et Jean-Mi m’initient à la belote coinchée. Les deux équipes sont constituées pour les 4 prochaines soirées : les Grenoblois contre jean-mi et moi. Le papy préférant occuper ses soirées à la méditation. Cette première tentative est un fiasco pour le team jean-mi/tortue, car n’ayant pas assimilé toutes les subtilités des annonces, j’accumule les boulettes qui coutent vitre très chères à la coinchée. Petite promenade d’oxygénation dans les ruelles endormies du petit village de Séez et au lit.

 

 


Bilan jour 1 : 140 km ; 3 cols : Aravis – Saisies - Cormet de Roselend (par le col du Pré) ; 3700 m D+ ; altitude max = 1960 m

 

Les photos du jour 1

 



Au départ : Jeff, L’Blueb, Le papy, Jean-Mi, la Tortue et…le Renault Traffic

 

Ciel de rêve pour les premiers kilomètres

 



Premier col d’une longue série : jean-mi, Blueb, Papy, Jeff

 

 

La Clusaz

 

 


Tout est prêt pour accueillir les guerriers pour le pique-nique du midi

 

 


La petite route du col du Pré avec vue sur la chaine des Aravis

 



Lac et Barrage de Roselend : le Beaufortain qui plonge dans le lac et le Mont Blanc au fond, un peu caché par des nuages d’altitude

 


La pierra Menta qui émerge de la chaine du Beaufortain

 


Papy fastoche dans le Cormet

 

 


Plus que 20km de descente avant l’hôtel

 

 


A l’arrivée, des états de fraicheur légèrement différents…

 


Hôtel du Val Joli à Séez

 

 



Samedi 12 Septembre : Séez – Bessans – Valloire

Après une bonne nuit réparatrice, nous quittons la Tarentaise en direction de la Maurienne via le long col de l’Iseran. Le Blueb part en premier pour prendre un peu d’avance, Papy et Jean-Mi attaquent derrière comme des avions et je pars tout doucement pour tester le mollet dans les premiers km d’approche de l’Iseran, ça a l’air d’aller...

Petite pause et regroupement général pour pause photo/pipi au lac de Tignes. Les travaux de réparation de la route où le tour de France a été arrêté l’année dernière par une énorme coulée de boue rendent le revêtement boueux et glissant sous les pare-avalanches. Puis, nouvelle pause à Val d’Isère avec une petite pensée pour Jean-Claude Dusse et à son fameux « planté du bâton ». J’en profite pour laver mon vélo à une fontaine car il est devenu gris-clair à cause du passage dans les travaux, et je crains que ce soit du ciment qui agresse la peinture.

Au-dessus de val d’Isère, la montagne est sauvage et très minérale, et les innombrables remontées mécaniques gâchent un peu le paysage. La montée est longue, mais les pourcentages restent raisonnables, et le sommet est atteint par toute la troupe en ordre dispersé mais sans problème.

Dans la descente, nous nous arrêtons plusieurs fois pour prendre des photos pour immortaliser la beauté des lieux. Le Toutou nous en avait tant parlé de sa haute-Maurienne…ce n’est pas une légende, c’est réellement splendide.

Le pique-nique du jour se fait au centre de ski nordique de Bessans. Nous y retrouvons la camionnette et Jeff qui a fait le plein de bananes pour jean-Mi, un vrai chimpanzé ce gars-là, c’est incroyable le nombre de bananes qu’il peut avaler en une seule journée ! Nous goutons le célèbre « bleu de Bonneval » acheté par le Blueb dans la descente, mais qui rencontre un peu moins de succès que le Reblochon.

Le Blueb prend le volant pour l’après-midi et nous repartons vers Modane. La pause nous a un peu ramollis, mais le petit col de la Madeleine va nous réveiller les cuisses. Comme la descente de la Maurienne se fait sur une route à forte circulation, je propose un petit détour par le plateau d’Aussois sur une route plus tranquille. Là encore, on profite de vues superbes sur les glaciers de la Vanoise et sur la chaine du mont Cenis qui nous sépare de l’Italie.

Après Modane, très long faux plat descendant sur une belle route, c’est mon terrain de « rouleur » : 40 à 50 km/h sur les prolongateurs et tout le monde en file indienne derrière mes grosses fesses !

St Michel de Maurienne, on remplit les bidons à la fontaine et c’est repartit pour la dernière difficulté du jour, le col du Télégraphe, que chacun monte à son rythme. La pente est régulière, dans la forêt, moment de pur bonheur.

La journée s’achève à Valloire au gite « la joie de vivre », une colonie de vacances ouverte uniquement pour nous 5. Les propriétaires nous accueillent très gentiment. Petit apéro en terrasse où la fraicheur du lieu nous rappelle que nous sommes à 1500 m d’altitude.

Après 2 énormes plats de pates à la carbonara, et une nouvelle déroute à la belotte coinchée, nous allons nous coucher dans nos petits lits de colo avec  la peau du ventre bien tendue. Nuit réparatrice, je me sens bien, les soucis du quotidien s’estompent au fil des kilomètres dans les montagnes qui me reposent l’esprit. Mes jambes ont bien répondu, et surtout le mollet, que j’ai ménagé avec un pédalage le plus souple possible, a bien tenu

 

 

 

Bilan jour 2 : 140 km ; 2 cols : Iseran - Télégraphe ; 3175 m D+, altitude max = 2692 m

 

Photos jour 2 :

 


Le lac du barage de Tignes

 

 

Le Blueb dans l’Iseran. L’isérois va traverser l’Isère proche de sa source.

 

 


Depuis la gare d’arrivée du Laisinant Express : vue sur val d’Isère et le lac de Tignes tout au fond

 

 

Soleil magnifique au col

 

 

Descente de l’Iseran, magnifique haute Maurienne

 

 

Tortue, Blueb, Papy : les 3 zanimos pour une dédicace spéciale au Toutou.

 

 

Les glaciers de la Vanoise

 

 

Chaine du Mont Cenis depuis le plateau d’Aussois

 

 

 La Norma


 

Dans la montée du Télégraphe, dernier effort du jour ; chacun son rythme.

 

 

Vues sur la haute Maurienne depuis le col du Télégraphe

 

 

Toujours le même qui fait le couillon…

 

 

Gite « la joie de vivre », Valloire

 

 


 

Dimanche 13 Septembre : Valloire – Arvieux - Jausiers

8h30, il fait un peu frisquet mais le soleil nous attend quelques centaines de mètres plus haut. Le départ ne convient pas trop à mon gros diesel sans préchauffage, car après 150 m de plat dans Valloire, on attaque tout de suite les premières rampes du Galibier. Ca n’empêche pas le papy de partir fort. Quant à Jeff et au Blueb, ils alternent danseuse et position assise car à l’aube de ce troisième jour de selle, ils ont la peau des fesses qui fument. Je leur fais découvrir mon secret de beauté : la vaseline, à appliquer généreusement et régulièrement, remède infaillible et pas cher. Jean-Mi prend le camion et file directement vers l’Isoard dans le but de laisser le camion en haut pour pouvoir redescendre et remonter le gros Zozo en vélo.

La Galibier, même avec une pause à Valloire, c’est long et c’est raide, mais l’effort en vaut la peine car c’est magnifique. Je l’avais déjà fait plusieurs fois par le Lautaret mais c’est ma première fois depuis Valloire. Un désert minéral à couper le souffle. Seul ombre au tableau, les innombrables motos qui font, elles aussi, la grande route des Alpes ; et aujourd’hui dimanche, le trafic est encore plus important.

Il y a globalement 2 types de motards. Celui bien assis verticalement sur sa grosse moto avec des grosses valises à l’arrière. Le moteur fait un bruit assez grave et il monte en général tranquillement, en profitant du paysage et reste assez respectueux des vélos. Mais il y a aussi le Jacky-milou, couché sur sa moto de sport qui prend la route pour le circuit Bugatti, prenant les virages penchés à très vive allure. On l’entend arriver 3 lacets en dessous et le bruit très aigu de son moteur vous casse la tête pendant un bon moment. Et comme il va beaucoup plus vite que nous, mais qu’il s’arrête très souvent et plus longtemps, la même moto peut nous doubler plusieurs fois dans la même journée puisque tout le monde suit la même route ! Cerise sur le gâteau, ce chauffard éprouve parfois un malin plaisir à mettre un grand coup de gaz en doublant le cycliste ! Le pompon sera atteint par le dépassement de toute une caravane de Porsches  pétaradantes à mi-Galibier. Vraiment très pénible tous ces moteurs.

Ces nuisances sonores ne gâchent pas le plaisir de monter ce col mythique. Un petit répit à Plan Lachat, et arrivent de forts pourcentages pour monter jusqu’au souvenir Marco Pantani. De là, le sommet est en vue, mais il parait encore bien haut et bien loin, avec de longues rampes sans épingle, donc sans répit, pour l’atteindre. Au tunnel, virage à gauche pour le dernier kilomètre qui est moins difficile que celui de l’autre côté et enfin arrive le sommet. La vue est fantastique : au nord le Mont Blanc et les sommets de Savoie et de Haute-Savoie ; au sud la barre des Écrins et les glaciers de la Meije. Je reste longtemps à contempler ces paysages et à profiter de ces moments de plénitude. Le papy qui commence à geler sur place sonne le départ : nous quittons la Savoie pour les hautes-Alpes, direction Briançon en passant par le col du Lautaret et Serre Chevalier,  35 km de descente à vive allure, attention de ne pas prendre froid.

Dans la traversée de Briançon, une moto manque de peu de couper le Papy en deux puis, sans transition, on attaque le col d’Izoard. Je le connais par cœur dans le sens sud/nord pour l’avoir monter 5 fois avec l’Embrunman et 2 fois en touriste, mais dans ce sens-là, je ne l’ai fait qu’une seule fois, et encore c’était en hiver en courant dans la neige depuis Le Laus. Le pied en sortant de Briançon n’est pas très méchant, mais la pente se durcit à partir de Cervière où Jean-Mi, qui a déposé le camion au sommet, me double comme une fusée. Je fais une grande partie de la montée avec une belle italienne, peu bavarde mais qui me donne un bon rythme. Je ne le trouve pas si difficile ce versant, la pente est régulière, et avec de nombreuses épingles qui permettent de reprendre régulièrement son souffle. Au refuge Napoléon, à 1 km du sommet, j’ai une pensée pour le Raspa et sa gazelle qui ont fait de ce lieu le témoin de leur bonheur. Le sommet est atteint plus facilement que par l’autre côté, où après La Chalp, il reste encore 10 km très difficiles dont le terrible passage dans Brunissard. On fait les inévitables photos souvenirs au pied de la stèle. Il y a un monde fou : cyclos, motos, voitures.

Jeff, dans le très dur, atteint le sommet avec courage, mais épuisé, veut récupérer le camion, direction le pique-nique à Arvieux, 1000 m plus bas, où la température estivale rappelle celle du 15 aout de l’Embrunman : bronzette garantie.

Après nous être généreusement ravitaillés, on termine la descente de l’Isoard direction Guillestre, via les gorges du Guill. Comme hier dans la vallée de Modane, c’est à la grosse Tortue de prendre les commandes et d’envoyer du lourd dans ces longs faux plats descendants. Une jolie partie de manivelles. Dans le sens montant de l’Embrunman, les gorges paraissent beaucoup plus longues !!!

A l’entrée de Guillestre, dès la fin de la descente, c’est tout de suite le col de Vars. Il faut passer du 50/11 au 34/23 en quelques mètres. Ce col là je le connais bien aussi. C’est assez dur sur les premiers km, puis il y a un bon répit dans les petits hameaux avant Vars, mais  la pente se corse un peu plus en traversant la station, et ensuite les derniers km dans les alpages sont moins difficiles.

Nous nous retrouvons tous les cinq au sommet pour les photos souvenirs avant la longue descente sur la vallée de l’Ubaye. Nous quittons les hautes Alpes et entrons dans les Alpes de Haute Provence. Au fil de la descente, la végétation et l’architecture changent, ça sent déjà « le sud ». Accueil et soirée très sympathiques à Jausiers, à l’hôtel « le bel Air » où nous gagnons, avec Jean-mi, notre première manche de coinchée contre les grenoblois, l’heure de la revanche a enfin sonné !

 

 

Bilan jour 3 : 140 km ; 3 cols : Galibier - Izoard - Vars ; 3507 m D+, altitude max = 2770 m

 

Photos jour 3 :

 

 

Au petit matin, dans les premiers km du Galibier

 

 

Sommet du Galibier, vue vers le nord

 



Sommet du Galibier, vue vers le sud et la vallée de Briançon

 



La Meije dans le massif des Ecrins

 


Jeff au sommet du Galibier

 

 

Au sommet, avec la cime du grand Galibier tout au-dessus (3228m)

 

 






Le refuge Napoléon au sommet de l’Izoard

 

 

 

 

Le Blueb au sommet de l’Izoard avec une belle italienne qui m’a accompagné dans la montée

 

 


La stèle de l’Izoard

 

 

Jean-Mi, Jeff, Papy, Blueb, Tortue au sommet du col de Vars

 

 

Hôtel le « bel air », Jausiers

 

 



Lundi 14 Septembre : Jausier – St Etienne de Tinée – St Martin de Vésubie

Le gros morceau du jour est le col de Restefond avec la cime de la Bonette, à 2800 m, qui constitue la plus haute route des Alpes. Afin que nous puissions tous faire cette montée mythique, L’Blueb propose que le papy parte seul en vélo devant dès 8h pour monter le col ; puis redescende à Jausiers  pour aller chercher le camion.

Après 2 jours à pédaler dans les montagnes, je me sens hyper détendu et reposé. J’attends avec impatience de monter cette célèbre Bonette que je ne connais pas. Mais comme la veille dans le Galibier, les premiers pourcentages se présentent tout de suite, et il me faut chauffer ma vielle mécanique pendant au moins 1 heure avant de commencer à me sentir bien.

Le début se fait dans les prairies, puis vient la forêt, puis les alpages et plus on monte, plus la végétation se raréfie pour finalement laisser place à un paysage lunaire fait de roches sombres, austères et impressionnantes. 25 km de montée, sans répit, mais sans pourcentage énorme non plus, et pas un seul instant de lassitude, au contraire, je savoure ces moments dans le silence et le calme, avec très peu de motos de bon matin ce lundi. On croise le papy tout frigorifié qui redescend chercher le camion puis, au-dessus du fortin de Restefond, on entre dans le parc du Mercantour et la Bonette est en vue. Je ne l’imaginais pas du tout comme ça. Contrairement à la plupart des sommets alpins qui sont très pointus, c’est un gros tas de cailloux, qui ressemble à une pyramide aux angles très abrasés, un peu comme un volcan. Encore quelques coups de pédales pour arriver au col de Restefond qui sépare les Alpes-de-Haute-Provence des Alpes-Maritimes, puis la route continue encore à monter pendant 1 km très raide pour faire tout le tour de la cime et revenir au col. C’est une petite rallonge qui a dû être faite pour pouvoir dire que c’est la plus haute route des Alpes et qui permet d’admirer les sommets alpins vers le sud et la Méditerranée.

Je me suis fait mal aux pates sur ce dernier kilomètre. Jeff qui était parti un peu avant nous de Jausiers est déjà arrivé, il a du faire une super montée. Jean-Mi est redescendu pour finir la montée avec le Blueb. Il fait un grand soleil, et après les traditionnelles photos, on ne s’attarde pas car le fond de l’air est un peu frais !

Mes trois compagnons prennent très vite de l’avance, car je m’arrête souvent pour faire des photos et car je commence à guidonner (ça m’arrive de temps en temps dans des descentes un peu longues quand j’ai un peu froid). Au petit hameau de Bousieyas, nous nous réchauffons un peu sous les doux rayons du soleil. Nous discutons avec des jeunes mariés qui font Strasbourg / Nice à pied et en autonomie pour leur voyage de noces, c’est beau l’amour ; il sont partis depuis 3 mois !!!

Encore de longs kilomètres de descente et Papy et le camion nous rattrape à St Etienne de Tinée où nous faisons la pause casse-croute au bord de la rivière éponyme ; difficile d’imaginer que 15 jours plus tard ce pacifique petit torrent se transformera en lame de fond dévastatrice dans toute la vallée.

Après la pause, ce sont de très longs faux plats rapides avec des vues splendides sur les gorges de la Tinée. On passe Isola puis à St Sauveur de Tinée, on tourne à gauche vers la dernière difficulté du jour : le col de la Colmiane, emprunté quelques jours plus tôt par le Tour de France.

Depuis 3 jours, je fais toutes les montées en mode plaisir, sans m’arracher, en ménageant mon mollet récalcitrant, juste pour la beauté des paysages et le plaisir de rouler au soleil, mais pour ce « petit » col de la Colmiane avec ses pourcentages peu importants, je décide de passer un peu à l’attaque car les plus grosses difficultés du parcours sont dernières nous et car je veux un peu tester mon mollet pour le Bearman dans quelques jours. Grand plateau assez souvent et relances en danseuse fréquentes, je me bouge ! Il fait bien chaud, je souffle et je transpire dur. Quand j’arrive au sommet, jean-mi qui vient à peine d’arriver, s’étonne de me voir déjà là, lui qui a l’habitude de nous attendre de longues minutes car il monte toujours fort. On redescend 1 ou 2 km pour retrouver le Blueb et Jeff en contrebas et remonter la fin du col tous les 4.

Au sommet se trouve la petite station de ski de la Colmiane. Les lieux ne me semblent pas inconnus et après réflexion, je me rappelle y être déjà passé en 2005 en faisant le grand raid du Mercantour. Sous un soleil splendide de fin d’après-midi, nous redescendons tranquillement vers St Martin de Vésubie, charmant petit village qui sera ravagé par l’orage 2 semaines plus tard. Nous ne pouvons pas imaginer à ce moment-là que le pont que nous empruntons au-dessus du Boréon sera englouti par les flots quelques jours plus tard.

Halte rustique au gite de la Rouguière, mais avec un accueil bien sympathique de sa propriétaire. Ce dernier soir, nous triomphons enfin des grenoblois à la coinchée. Au bout de quelques jours, je commence à maitriser les subtilités du jeu et nous avons aussi été bien aidés par le champagne du Papy qui a mis quelques nébulosités dans les esprits de Jeff…

 

 

Bilan jour 4 : 112 km ; 2 cols : Bonette - Colmiane ; 2695 m D+, altitude max = 2802 m

 

Photos jour 4 :

 


Départ de Jausiers

 

 

Le Blueb dans les premiers km de la Bonette

 

 

Les alpages de la Bonette côté nord

 

 

Le fortin de Restefond

 

 


Il faut monter tout là-haut, le petit triangle noir au-dessus du col, c’est le sommet de la Bonette !

 

 

On se rapproche !

 


Le Blueb en termine avec Jean-Mi

 

 

On y est !

 

 

Jeff

 


2802 m, ça vaut bien une petite photo kakou.

 

 


Panorama vers le sud et la Méditerranée

 

 

Au col de Restefond, on entre dans les Alpes Maritimes

 

 


Descente interminable jusqu’à la vallée de la Tinée tout en bas

 

 


Vue de la cime de la Bonette depuis le sud

 

 

Petite pause dans la descente pour se réchauffer à Bousieyas

 

 

La Tinée

 


Col de la Colmiane

 

 


Piste de la station de la Colmiane

 

 

Jeff vers St Martin de Vésubie

 

 

St Martin et la vallée de la Vésubie

 

 


Gite de la Rouguière

 

 

 


 

Mardi 15 Septembre : St Martin de Vésubie – Menton et retour en camionnette sur Ville-la-Grand

Les premiers kilomètres de cette dernière journée se font en faux plat descendant le long de la Vésubie, ce qui permet de chauffer un peu les cuisses. Après Roquebillière, à gauche, c’est le pied du col de Turini via La Bolène. L’ascension n’est pas très difficile, je la fais en compagnie de Jeff. Les paysages et le climat ont bien changé depuis 24h. Nous sommes dans l’arrière-pays Niçois, avec un soleil qui chauffe plus fort et une végétation plus aride, un peu comme le maquis corse. La descente sur Sospel est magnifique sur une toute petite route escarpée. Et nous voilà dans le dernier col de ce périple. Il s’agit plutôt d’une grosse bosse que d’un col. Je m’accroche à me faire péter les cuisses aux roues du Papy et de Jean-Mi pour ce dernier effort mais je saute à quelques hectomètres du sommet. Nous redescendons avec le Blueb qui a monté le camion au col pour retrouver Jeff qui monte tranquillement à son rythme et nous effectuons pour la première fois du séjour un bout de chemin tous les 5 ensembles ; tous heureux d’être là, tout simplement, entre amis, pour profiter de ces derniers instants sur cette petite route sauvage et déserte car la plupart de la circulation passe par le tunnel pour éviter le col.

Le Blueb reprend le camion et on se donne rdv sur la plage de Menton. La circulation dans cette dernière descente est de plus en plus dense. On retrouve les premiers feux tricolores, la circulation des grandes cités et la civilisation, après 5 jours de routes de montagne. Finalement, on attend le camion  qui a du mal à se frayer un chemin jusqu’à la plage du casino.

Tout cela se termine par un délicieux bain de mer dans la grande Bleue, en cuissards de vélo ; les sourires sur tous les visages font vraiment plaisir à voir.

Après cette trempette rafraichissante, il faut charger le camion pour réussir à caser les cyclistes, leurs sacs et leurs vélos, et c’est reparti dans l’autre sens. Il ne nous faudra que quelques heures pour remonter par l’autoroute via l’Italie et le tunnel du Mont Blanc jusqu’à Ville-la-Grand où Christel nous attend avec une reblochonade de crozets dantesque.

 

 

 

 

Bilan jour 5 : 74 km ; 2 cols : Turini - Castillon ; 1443 m D+, altitude max = 1607 m

 

Photos jour 5 :

 


Jean-mi au pied du Turini

 

 

Le maquis du col du Turini

 

 

Jeff dans le Turini

 

 

Col du Turini

 

 

 

 

Pas grand monde au sommet

 

 

Sospel

 

 


Les derniers mètres du Castillon, tous les 5 ensembles

 

 

Dernier col

 

 

Dans la descente vers Menton

 

 

Et voilà, sur la plage de Menton

 

 

Tout ça valait bien un petit plouf !

 

 

En route vers le nord

 

 

San Remo, celui du Milan-San Remo, vu depuis la corniche italienne

 

 

Les héros sont fatigués.

 

 

L’heure des adieux devant chez Jean-mi

 

 

A l’heure des bilans :

-          Côté trajet : 600 km, 12 cols, 15600 m de D+, 2 régions (Auvergne-Rhône-Alpes et PACA) et 5 départements  (Haute-Savoie, Savoie, Hautes-Alpes, Alpes de Haute Provence, Alpes Maritimes) traversés. Zéro chute, zéro crevaison, zéro incident mécanique, zéro goutte de pluie.

-          Sur le plan sportif : tout le monde a bien tenu le coup grâce à des étapes bien dosées et des haltes suffisamment reposantes, et aussi grâce…à une bonne cinquantaine de bananes ! Aucun bobo à part quelques postérieurs tannés !

-          Sur le plan humain : une entente parfaite entre tous les membres de l’expédition. Une belle aventure humaine, une histoire d’amitié, avec tout le monde sur la même longueur d’ondes. Au final encore plein d’images joyeuses et ensoleillées à ranger dans l’armoire aux souvenirs pour nos vieux jours.

-          Sur un plan personnel : arrivé très fatigué après des mois de travail intense après le déconfinement, je termine la semaine reposé de corps et d’esprit. Tous ces cols m’ont vidé la tête et remis les jambes en forme. Et l’environnement amical décontracté a grandement contribué à la réussite de ces 5 jours. Merci les copains.

 

 

Une dernière photo, le prochain projet : après avoir relié le lac Léman à la Méditerranée, relier la Méditerranée à l’Océan Atlantique via la route des cols pyrénéens, mais c’est au moins 30% d’effort en plus

 

 

 

 

18 commentaires

Commentaire de gpass posté le 07-11-2020 à 10:03:45

Récit sympa !

NB : c'est le lac du Chevril (le lac de Tignes est un peu au-dessus ;-)

Commentaire de raspoutine 05 posté le 07-11-2020 à 10:04:04

Quelle belle aventure dans les Alpes ! Déjà félicitations pour avoir mené votre projet au bout ! Sortis du confinement, ce n'était pas si simple !!! voire carrément difficile.. A l'heure où les rares épreuves maintenues sont plutôt coupées en deux pour voir si il y a encore des furieux pour s'y coller, vous, vous en rajoutez une couche ! Et quand la météo s'en mêle du bon côté, ça devient bien sympa. Bon, tout simplement, ça donne bien envie de tester ce genre de circuit sur le même mode, un peu cool certes, mais exigeant avant tout. A méditer pour la retraite en ce qui me concerne . lol ! en même temps, je serai devenu un gars du cru ! Encore bravo ! vous êtes inoxydables !

Commentaire de BOUK honte-du-sport posté le 07-11-2020 à 15:48:42

Génial !!!
Merci pour le partage !!!

Commentaire de Khanardô posté le 08-11-2020 à 11:18:09

Je vous avais suivis via le FB de Philippe. Merci aujourd'hui pour ce récit qui nous donne tous les détails, et bravo, ça donne envie !

Commentaire de LtBlueb posté le 08-11-2020 à 17:27:26

Hahaha la route des Alpes en 4.5j un truc de pre-retraité 😉 trop fort le Raspa !

Merci à toi ma Tortue pour avoir couché cette aventure en 32 pages !!!

Commentaire de ch'ti lillois d'vizille posté le 08-11-2020 à 18:55:16

Belle balade en nos montagnes et belles photos. Dommage que je n'en ai pas eu vent. C'est au programme pour moi l'année prochaine mais à voir du fait de la catastrophe dans la vallée de la Vésubie.
Les adresses sont a retenir.
C'est marrant de voir que le Blueb a le même vélo que moi.
Chapeau pour ces 4.5 jours.

Commentaire de la buse de Noyarey posté le 08-11-2020 à 19:38:12

Merci la tortue d'avoir pris le temps d'écrire ce super récit .
j'ai meme appris qu'il y avait une stéle Pantani dans le galibier .Vu ma vitesse , je ne sais pas comment j'ai pu la rater.
Ces 5 jours resteront pour moi une super parenthèse dans cette année 2020 de mer.. et ce meme si j'ai eu parfois envie d'arreter le vélo comme dans le col du prés ou au début de l'Izoard .5 jours c'était un peu trop court pour moi . Mais d'un autre coté , quelques jours de plus et on aurait fini par perdre a la coinche avec Philippe.
J.F partant pour les Pyrénées

Commentaire de Arclusaz posté le 09-11-2020 à 13:17:59

ah la la comme ça donne envie !!!!!!!
en atouts, j'ai : j'ai déjà fait tous ces cols et l'intégralité du parcours (...en voiture) ; je sais jouer à la couinche
en faiblesses, j'ai : je ne fais pas de vélo de route, c'est grave ?

j'ai bien conscience que derrière la facilité apparente qui se dégage de ton récit se cache un gros défi sportif que vous avez superbement relevé : bravo les pré-retraités !

Commentaire de la buse de Noyarey posté le 09-11-2020 à 16:37:17

Moi je croyais que je faisais du vélo . Ben ,en fait non vu comme j'ai pris cher. Donc ne pas faire de vélo , c'est pas grave (faut quand meme en posseder un ); Aprés c'est le lieutenant qui fait la selection mais je pense que le fait de savoir jouer a la coinche est un gros plus

Commentaire de Bikoon posté le 09-11-2020 à 14:27:44

Merci pour le récit, et bravo pour la balade !
Un vélo, des copains, la montagne. Le tryptique gagnant pour un bonheur simple :o)

Commentaire de brague spirit posté le 09-11-2020 à 20:01:10

Belle tranche de vie.Sinon,il faudra remonter à la cime de la Bonette.Prendre le sentier pour monter jusqu'à la table d'orientation,et admirer le panoramique.
Il existe une course sur route au départ de St Etienne de Tinée 1er WE Aout.

Commentaire de l'toutou posté le 11-11-2020 à 18:41:29

Merci la tortue pour ce récit qui fait rêver... mais il faudrait que je fasse du vélo.
il y a quelques années nous avions fait à pied, en autonomie, avec Patricia, le GR5, de magnifiques souvenirs !
Content que la plus belle vallée du monde, la haute maurienne, ne vous ait pas laissés indifférent.

Commentaire de jano posté le 12-11-2020 à 09:19:40

Merci pour le récit et les photos. Lire ça un 11 novembre confiné, ça fait du bien.

Commentaire de kirchen1 posté le 13-11-2020 à 15:17:55

Superbe aventure ! Je l'ai faite à pied cette année et tu m'as donné envie de la faire à vélo !!! Bravo ! Vive l'aventure !

Commentaire de philkikou posté le 13-11-2020 à 18:40:22

Lu en plusieurs étapes ce beau récit de "la balade des gens heureux" ou "les copains (alpins) d'abord"; Belle organisation, entente, météo.. et une pensée aux habitants de la Vallée de la Tinée dévastée dont on ne parle plus, mais qui ne sont pas près de retrouver une vie d'avant.. sans parler des morts...

Et dans vos cartons une nouvelle aventure du côté des Pyrénées ;-) C'est ce qui fait supporter ces moments galères

Commentaire de DavidSMFC posté le 14-11-2020 à 11:12:48

Très belle aventure, que ça donne envie ! Et pour autant, de bien beaux cols au passage mais des étapes effectivement bien dosées. Beau projet à venir aussi que cette traversée pyrénéenne.

Commentaire de Bacchus posté le 14-11-2020 à 14:12:57

Sacrée aventure et quel compte rendu fleuve !! bravo pour cette organisation

Commentaire de Rem posté le 15-11-2020 à 13:57:53

Magnifique aventure humaine .. et très belle performance sportive !
Ça fait envie , si un jour j’arrive à enchaîner . Je partirai peut-être du Km 0 , à Thonon et aimerais faire l’intégrale du parcours. Mais le mini bus a conduite alternée , beau moyen de supporter l’épopée

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