Récit de la course : Raid Le Puy - Firminy 2017, par bubulle

L'auteur : bubulle

La course : Raid Le Puy - Firminy

Date : 19/11/2017

Lieu : Le Puy En Velay (Haute-Loire)

Affichage : 899 vues

Distance : 136km

Objectif : Terminer

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Tant que les urines sont claires, tout va bien...

Cela commence à être difficile de raconter un Le Puy-Firminy quand on l'a déjà raconté 6 fois. Ce récit risque parfois de manquer d'originalité. Il va par contre essayer de vous faire percevoir pourquoi je persiste à penser que notre communauté de coureurs Kikourou est si unique.



En fait, c'est tout simple : grâce à Kikourou j'ai passé mes 24 heures de course à pied les meilleures de toute l'année. Plus précisément, c'est grâce à deux kikoureurs que cela a eu lieu.

2017, année sans Origole.....c'est l'année idéale pour un nouvel aller-retour sur LPF.  Je ne fais évidemment que recycler un concept inventé par Michel Poletti sur Saintélyon en 2004....puis pérennisé par Arthur Baldur depuis 2009.

A mon petit niveau, je l'ai déjà expérimenté en 2015 lors d'un mémorable aller-retour dont l'aller s'était fait avec l'incroyable Jean-Michel. J'en avais gardé le souvenir d'une journée certes difficile mais tellement enthousiasmante qu'il fallait le refaire.

Et, cette année, j'ai eu la grande chance d'être rejoint par la crème des TALC en la personne de zeze et tidgi (tidgi est, avec Arthur Baldur, le recordman des "180", avec 8 étoiles à son palmarès). Autant dire que c'est en confiance que je pars avec eux : aucun risque de niveau disparate, aucun risque que l'un d'eux se soit surestimé et nous mette en galère sur l'aller.

En confiance.

Enfin.....j'ai quand même un petit poil de doute en partant. J'ai juste enchaîné, sans grosse coupure, depuis fin juin : 90km du Mont-Blanc, Silverheels 100, Swisspeaks 170, Fauvettes. Même si les 2 100 miles n'ont pas été terminés, cela fait 3 courses successives de 100km et plus et ceci sera donc la quatrième de la série. Donc, difficile de nier que je suis un peu usé. Je vais donc partir dans l'esprit de gérer à l'extrême cet aller-retour, avec l'avantage que la pression est faible pour le retour puisque nous avons 15 heures pour le faire.

C'est un départ à 9h au CLCS de Firminy qui a été convenu. L'expérience 2015 a prouvé que c'est suffisant car nous estimons mettre entre 10h et 11h. J'ai par contre mieux anticipé et ai prévu un transport de nos sacs au départ, grâce à la complicité de l'organisation (ça aide quand c'est le cousin qui organise !). Et, surtout, nous avons de nouveau notre Kangoo Team en la personne de mon infatigable maman.....et de ma non moins infatigable (ou presque) Super Suiveuse Elisabeth....qui, il faut l'avouer, se fait quand même un peu de souci sur ma capacité à ne pas me mettre dans le rouge sur ces objectifs ambitieux.



Nous partirons donc à trois, finalement, du fait de défections de dernière minute (ce sera pour une prochaine fois, Phil !), et deux "rendez-vous Kangoo" sont fixés, avec le ravito, à Monistrol (18km, au bout de 3h environ) et à Beaux (38km, au bout de 6h environ). La météo semble favorable, même s'il fait assez frais. Nous échapperons cette fois-ci aux bourrasques de neige qui avaient agrémenté le voyage en 2015.



C'est avec un retard prévisible que nous partons finalement. Nous avons un peu attendu l'ouverture du CLCS pour pouvoir déposer nos sacs et quand même saluer la petite équipe de bénévoles qui démarre sa très longue journée. La bise à la mythique borne, la photo traditionnelle type "départ 180" et nous voilà élancés dans les rues de Firminy.

 

Le contrat est simple : dès que ça monte, on marche. Sur ce type de défi en aller-retour, encore plus que sur une course, la difficulté est de gérer les départs. On a beau se dire qu'on part pour 136km est plus de 20 heures de course, il est difficile de ne pas s'enflammer.

Et donc, on marche dès le début de la côte au dessus de Fraisses. Comme on marche d'un bon pas, ma troisième couche tombe très vite et la deuxième ne va pas tarder non plus. Par contre, les bâtons (que j'ai emportés comme la dernière fois sauf que là, je vais bien veiller à les garder pour le retour) restent dans le sac. Sac finalement assez peu chargé puisque nous avons deux ravitos assurés, ce qui évite de transporter trop de nourriture (juste les Pom'Potes de rigueur pour ce qui me concerne, et 1,5l d'eau dont je sais qu'elle sera amplement suffisante pour des étapes de 3 à 4 heures à cette saison.

Ah, l'hydratation ! J'apprends dans notre papotage de début de course que tidgi est à pau près aussi mauvais élève que moi, et donc que zeze surveille son hydratation (et la mienne), avec ce qui semble être son mantra : "Tant que les urines sont claires, ça va". Evidemment, cela va devenir une running joke à chaque arrêt....ce qui vous explique le titre de ce récit.

On fait semblant de courir pour Sandrine, la journaliste de la Gazette de la Haute-Loire



Toute la première étape va se dérouler sans histoire. Mes compères découvrent (ou redécouvrent, pour zeze) la section la plus "trail" de ce parcours, dans les Gorges de la Semène. Les côtes sont avalées d'un bon pas, les plats sont trottinés et les (rares) descentes donnent l'occasion de se dégourdir un peu les jambes.

Le tout se terminera par un cyrano sur la section de route du Pont Tranchard à Monistrol, seules sections montantes que nous allons courir, tout simplement pour rester le moins possible sur cette départementale au trafic notable (nous sommes avant midi et cela change tout par rapport à 2015). C'est le seul point noir de cet aller que ces longues sections de route où le trafic de jour rend les choses moins drôles.

L'arrivée à Monistrol marque heureusement la fin de ce passage. Nous atteignons la place du ravito en 3 heures tout juste, comme annoncé. Notre Kangoo-ravito arrive peu de temps après, après avoir un peu erré dans la ville à la recherche de la place du rendez-vous.

Le ravito est gargantuesque : il y en a pour 10, quasiment. Saucisson du Pilat, Tome des Bauges, Gruyère, pain frais, de quoi remplir les poches à eau (hum hum hum....j'ai tellement peu bu que j'en remets à peine, mais.....les urines sont claires). Et, surtout, nous pouvons être à l'abri du sournois petit vent frais qui sévit depuis le début du parcours.

En plus, y'a pizza et binouze !



C'est donc au bout d'une demi-heure que nous nous résolvons finalement à rendre à nos suiveuses leur douillet refuge et que nous repartons un peu congelés dans les rues de Monistrol, pendant qu'elles vont à leur resto "habituel" (bin oui, au bout de deux fois, ça devient une habitude, non ?).

Il va nous falloir un bon moment pour nous réchauffer. Pour ma part, j'ai les mains gelées et je regrette les grosses moufles québécoises que j'ai mises....dans le sac pour ce soir !

Thierry apprend les spécificités du parcours et découvre notamment la fameuse "ligne droite de la mort", celle qu'au petit matin, à Monistrol, on déteste quand on émerge du vide intersidéral altiligérien.

Bien entendu, on fait un peu de tourisme au Pont de Lignon et à Confolent et on n'oublie pas ce que j'instaure d'ores et déjà comme une tradition officielle de la 127 : le selfie du Pont de Confolent.



Malgré tous ces arrêts touristiques (où les urines restent claires), le rythme reste bon. Nous conservons notre stratégie prudente et toute montée, même courte, est prise à la marche. La descente sur le Pont de Bransac sera par contre une belle cavalcade où on peut se lâcher enfin un peu (j'y repenserai au retour : on va en reparler).

Avantage par rapport à l'aller-retour d'il y a deux ans : nous n'aurons pas 5 kilomètres de route pour monter à Beaux. Le tracé inauguré l'an dernier nous fait emprunter une belle côte bien technique où je peux m'amuser à monter un peu à un "bon" rythme. Mes compètes ironisent sur mon style de marche avec des pas de 3 mètres et en rajoutent même un peu sur le mode "on est obligés de courir pour suivre".

Cette montée de Beaux sera un des moments les plus agréables de la journée car nous sommes accompagnés d'un beau soleil et je suis à deux doigts de passer en mode tee-shirt (il y a bien longtemps que je n'ai plus qu'une couche).



Nouveauté à Beaux : une petite variante de parcours nous fait économiser 200 ou 300 mètres de route, ce qui est, là aussi, apprécié....d'autant que cela nous amène directement au ravito-Kangoo (laquelle nous a dépassés 1 kilomètre avant Beaux : quelle gestion du timing !).

Nous voilà donc à Beaux en 6h10, ce qui correspond peu ou prou au temps de 2015. Là aussi, le ravito sera apprécié, servis comme des princes et bien au chaud, à l'abri du méchant petit vent frais (il ne doit pas faire plus de 3 ou 4°C).

(bon, OK, c'est à Monistrol, mais à Beaux, c'est pareil, sauf qu'on avait fermé les portes de la Kangoo !)



Elisabeth peut constater que je suis très bien et que les inquiétudes qu'on pouvait avoir sur ma capacité à ré-enchaîner encore une longue distance sont levées : nous convenons qu'il n'est plus indispensable qu'elles continuent à nous suivre pour les 4h-4h30 de trajet qu'il nous reste. C'est donc "à demain matin" qu'on se souhaite.

La section Beaux-Le Puy qui nous attend n'est pas la plus drôle de jour. Après la petite montée au dessus du village, qui permet au moins de se réchauffer à nouveau, nous passons le lieu désormais appelé "le cairn du tidgi" avant de dévaler sur Malataverne et commencer le long pensum qui suit : les 5 kilomètres de route jusqu'au point culminant de la course (885m d'altitude).

Il y a deux ans, il neigeait à gros flocons et, au moins, avec Jean-Michel, nous étions du coup assez tranquilles. Là, malheureusement, c'est la circulation de fin d'après-midi sur la route du Puy et le flux de voitures est très (trop) régulier. Vraiment pas drôles, nous avalons ces kilomètres aussi vite que possible (mais ça monte quand même bien : il nous faudra 3/4h).

Mais au sommet, soulagement, nous vérifions tous trois le Théorème du Saint-Bernard : "tant que les urines sont claires, tout va bien". Et c'est désormais parti pour les 23 derniers kilomètres que j'annonce "globalement descendants" à mes petits camarades.

Un petit arrêt-photo à l'abribus de Coindet, qui sera aménagé tout à l'heure par Fabien pour le deuxième ravito, mais nous ne trainons guère. Les frontales sont désormais sorties, avec en prime l'indispensable lampe rouge arrière pour les sections sur route. Je cherche un peu mon chemin dans Rosières car le nouveau parcours est nettement moins évident à trouver à l'envers, et le recours à la carte IGN sur le téléphone, avec la trace, sera parfois précieux. Avantage, par contre de ce nouveau parcours : bien que sur des routes bitumées, il nous tient à l'écart de la départementale sur quelques kilomètres, ce qui n'est pas un mal.

"Globalement descendant" ne nous évite cependant pas....quelques côtes sévère jusqu'à Malrevers et surtout le deuxième gros gros pensum de ce trajet aller : 2,5km à 8% le long de la départementale, de nuit. Thierry gromelle à propos de mon "globalement descendant" (il y a en gros 400D+ pour 560D-, donc c'est "globalement descendant", non ?) mais nous ne sommes pas mécontent d'en finir en arrivant à la cote 800. Et, en plus, les urines sont toujours claires comme de l'eau de roche.

Là aussi, le nouveau tracé va nous amener à l'écart des routes pour les 8 derniers kilomètres qui seront cependant un peu longuets pour tous : les 2-3 kilomètres le long de la RN88 près des zones artisanales de Blavozy semblent ne jamais en finir, avant la plongée finale sur Le Puy.

Et, dans un dernier élan de courage, nous finirons le long du stade en courant, pour ne pas avoir l'air, et faire les beaux sur la photo que va nous faire Mazouth, qui est déjà là pour immortaliser cette arrivée. Plus de 7 km/h de moyenne sur les 21 derniers kilomètres, on voit que nous avions hâte d'en terminer. Au final, cet aller sera bouclé en 10h57 (dont 2 arrêts de 30 minutes chacun), ce qui me satisfait car pas si éloigné du temps de 2015, année où j'étais dans une forme exceptionnelle.

Le stade vient tout juste d'ouvrir et nous profitons très vite de la salle encore quasi déserte : un "nid des kikous de la 127" est créé à grand renfort de chaises, les stratégies de détente se mettent en place dans l'attente de l'arrivée de la fourgonette qui apporte nos sacs et......la bouffe !



J'ai beaucoup mieux préparé mon coup qu'en 2015 et c'est une monstrueuse plâtrée de salade de riz qui va me remettre en état. Le reste des 3h30 d'attente est consacrée à de la détente, un changement complet de tenue avec un oeil sur le match de rugby.

Nos autres amis kikous arrivent petit à petit : Mazouth qui était là avant notre arrivée, puis coba, coco38 et, je crois 2 ou 3 autres que, malheureusement, je n'ai pu associer à leur pseudo. Du coup, ces 3h30 passent finalement bien vite : j'y ai vaguement somnolé, mais pas assez, cela sera un problème plus tard.

Pas facile de se jeter à nouveau dehors à minuit, bien évidemment. On est bien dans cette salle, on y passerait bien la nuit.

Comme souvent, même si ce n'est pas la foule d'une Saintélyon, je perds le contact avec mes compères : c'est assez difficile de ne pas se perdre au milieu de plus de 300 concurrents, marcheurs et coureurs. De toute façon, je m'attends à ce qu'ils partent plus vite que moi car je me suis vraiment raisonné à prendre un départ prudentissime.

Gérard nous fait le briefing, comme d'habitude et on n'entend rien...comme d'habitude. Et le départ est donné sans chichis....comme d'habitude....

Il faut vraiment se faire violence pour rester à un rythme ultra-cool. Je suis déjà largement à l'arrière mais, même là, tous les coureurs  et même certains marcheurs vont vite....bien trop vite, pour moi en tout cas.

Je vais sortir les bâtons dès la première côte. Tant pis, cela fera du bruit, mais ça va me forcer à rester raisonnable. Dans cette côte, c'est impressionnant, je me fais passer par *tous* les coureurs, c'est du moins ce qu'il me semble. Et comme, de plus, je m'arrête pour enlever la couche de trop, je me retrouve....tout seul.

Tout le peloton de ceux qui courent....est désormais passé devant....et tout le peloton de ceux qui marchent.....me semble être derrière ! En résumé, sur le replat de la zone artisanal, je suis en chasse-patates. C'est même déprimant : la joëlette me rattrape et me dépasse, l'impression d'être un escargot est désespérante, mais je sais que c'est à ce prix que je ne vais pas exploser.

Petit regain de fierté, quand même dans la première côte sérieuse, avant Malrevers : je marche quand même plus vite que la joëlette et que quelques coureurs que je reprends progressivement....avant qu'ils ne me redépassent dans la descente sur Malrevers que je fais en mode ultra-économie.

Le ravito sera par contre l'occasion de remettre un peu de moral : pas mal de monde s'y attarde alors que, comme souvent, je prends 3 pains au chocolat au vol, je fais tamponner le carton et je repars.

Mais cela devient encore assez désespérant sur la suite : je maintiens tant bien que mal les écarts sur les côtes, mais sur les sections roulantes (descentes, plats, plats montants), je vois des coureurs passer régulièrement. On a beau dire : en marchant, même à 7km/h, on va moins vite qu'un coureur. Les urines sont-elles toujours aussi claires ?

Je ne marche même pas si bien que cela, d'ailleurs. Focalisant sur les longues sections descendantes qui vont suivre, je me force dans un mode ultra-économique qui n'est vraiment pas efficace dans la grosse montée vers Coindet. J'y ai même du mal à avancer....en côte et en marchant ! Et le fait de voir les autres avancer plus vite est vraiment désespérant pour le moral, même si on se dit qu'avec 85km dans les jambes, c'est peut-être normal.

Je partage tout cela avec Fabien à Coindet : "je suis vraiment cuit, ça va être très très long". Il est vrai qu'il est 2h du matin, que j'en ai plein les jambes....et qu'il reste 8 heures à galérer, au bas mot.

Il reste surtout cette immense descente de 5km vers Malataverne. Pendant toute la montée, j'ai gambergé sur la moins pire façon de l'aborder pour ne pas exploser les cuisses et augmenter la fatigue générale.

Finalement, je décide de m'y occuper la tête : je vais faire un Cyrano mais....en comptant les pas ! Non seulement ça m'économisera, mais peut-être est-ce que je trouveraai le temps moins long. Donc, 750 pas courus....250 pas marchés, je débranche le cerveau et je compte, compte, compte.

Bonne tactique, finalement. Bien sûr, il ne reste probablement plus beaucoup de coureurs derrière moi (il y a au moins la joëlette, qui me rattrapait progressivement dans la montée de Coindet), mais aucun ne va me dépasser. Et je reprends même un autre concurrent qui marche (je crois qu'en fait c'était coba). L'un dans l'autre, Malataverne est atteint sans que cela ne me semble être une éternité...et la côte qui suit confirme le "mieux", même si je n'ai quasiment personne pour me repérer. J'arriverai toutefois à rattraper et dépasser un autre concurrent dans la petite descente sur Beaux.

Beaux, moralement, cela marque la mi-parcours, même si ça ne l'est pas tout à fait. Et, dans la tête, je peux me dire que j'en suis à quasiment 100 kilomètres et qu'à partir de là, on va bientôt dépasser, en distance, tout ce que j'ai couru cette année.

Grosse pause à Beaux. Je sais que j'ai peu besoin de m'alimenter : la salade de riz est toujours là. J'engloutis donc plusieurs bols de soupe, ce qui permet de remettre une hydratation décente : je bois très peu, mais j'ai vérifié avant Beaux, à la lueur de ma frontale : les urines sont claires, donc tout va bien !

Mazouth est là, mais malheureusement il a abandonné et attend le rapatriement. Il m'indique que zeze et tidgi sont "largement devant, au moins 1/2h". coba arrive peu après moi et nous passons quelques minutes ensemble. Je passera au final pas loin de 20 minutes, il me semble, à ce ravito. Il est largement plus de 4h du matin : quel contraste avec les éditions 2013 et 2014 où j'y passais en moins de 3 heures.



Très difficile de repartir : nous ressortons avec coba, mais il me largue sans coup férir sur le chemin qui rejoint la route (quel marcheur !). Je ré-adopte mon Cyrano en comptant les pas et c'est finalement ce qui va me remettre la tête à l'endroit : plusieurs coureurs sont passés en mode "marche" dans cette descente et j'ai *enfin* l'impression d'avancer, juste parce que je "reprends des places" (et pourtant, cela n'a aucune importance....si ce n'est que ça fait du bien à la tête).

La "nouvelle" descente technique est l'occasion de confirmer ce bon passage. Je m'y sens bien à l'aise et je peux descendre à bonne vitesse....et même relancer fort en marche nordique sur le plat qui suit.

A nouveau, je n'ai pas trouvé le temps long jusqu'au pont de Bransac....joli coup de mieux.

Qui ne va pas durer. Tout à coup, très brutalement, dans la côte vers la Croix de L'Horme, un énorme coup de fatigue me tombe dessus sans prévenir. Le sommeil tombe brutalement, je suis à la limite de dormir debout et, alors, que je revenais sur un concurrent  et que j'en étais à une quinzaine de mètres.....je me mets presque "soudain"  à tituber, ne plus avancer, avoir les yeux qui se ferment.....et les deux coureurs dépassés dans la descente technique repassent sans coup férir.

Cet énorme coup de pompe va durer pendant toute la partie montante puis sur la crète. L'impression de ne plus pouvoir avancer est terrible et je me demande comment finir sans me poser quelque part pour dormir. Mais il n'y a pas de "quelque part", il faut arriver à Confolent.

Bizarrement, ce coup de barre va disparaître aussi vite qu'il est venu : il me suffit de la descente un petit peu technique qui suit pour me réveiller. Je suis vraiment toujours étonné de la façon dont on peut soudain s'écrouler dans ces courses longues.....et dont on peut y renaître. Tidgi décrira d'ailleurs exactement les mêmes symptômes, à peu près au même endroit.

Résolution est prise : ne plus trop m'atttarder sur les ravitos. A Confolent, donc, je prends juste le temps de boire deux cafés, d'envoyer à nouveau un SMS à Elisabeth (j'en avais envoyé un à Beaux car il lui suffisait alors d'ajouter environ 6 heures 30 pour connaître mon heure d'arrivée que j'estimais alors à 11h), de voir passer coba qui est toujours dans un rythme d'une grande régularité, et je me jette dehors.

Il est quand même encore trop tôt pour lancer ses forces à courir : je m'applique donc à bien marcher sur la route désertique qui mène au Pont de Lignon.



Je suis contrarié, d'ailleurs, car un de mes bâtons a perdu un de ses embouts et dérape règulièement sur le bitume. Comme quoi de petits détails sont souvent pénibles. Mais, globalement, je me sens progressivement revivre dans la remontée vers le rond-point de Monistrol. A tel point que je décide de ne pas traîner sur la "ligne droite de la mort" : toute à la "course" (bon, ça reste le trottinage qu'on est capable de faire après 110 kilomètres, mais ça avance plutôt bien). Il n'y a malheureusement personne à des centaines de mètres devant et derrière, pour me faire une idée de la façon dont j'avance, mais je me sens moins en galère.

Ma résolution initiale pour Monistrol est de quasiment zapper le ravito, mais quelques signes me font veiller à y prendre à nouveau du café et un peu de nourriture solide. Ce n'est pas le moment que le coup de barre revienne.

Tiens, quelques images d'ambiance de ce ravito, prises par une photographe locale :


Tiens, on les connaît, ces deux là !


Bogossssssse !

Du coup, j'en repars en même temps qu'un petit groupe....à qui je vais servir de point de mire pendant toute la côte et le début de descente vers le Pont Tranchard.  Je les laisse toutefois filer, mais en les gardant à petite distance : ils vont m'être très utile pour commencer à envoyer les chevaux dans la côte vers La Chapelle d'Aurec.

Résultat : 6 dépassements dans cette côte. Comme le jour s'est levé, on y voit plus loin et je distingue d'autres "cibles"....je sens que l'adrénaline commence à s'accumuler. Et si je revenais sur tidgi et zeze ? Je n'y crois pas une seconde, ils ont probablement près de 1h d'avance, mais ça se tente, d'autant que je n'ai pas du tout les cuisses en bois comme souvent à ce moment de la course.

Le ravito de La Chapelle va être passé en coup de vent : un tampon sur le carton, c'est reparti. Je distingue à peine coba (que je n'avais même pas vu me passer devant) et je sors remonté comme une pendule.

Je ne sais plus si les urines sont claires, je n'ai plus le temps de vérifier, mais elles doivent être transparentes.

Du coup, j'apprendrai plus tard dans la journée qu'Elisabeth qui voulait me faire la surprise de m'y retrouver (elle me suivait à la balise Capturs) s'est retrouvée le bec dans l'eau pour quelques minutes. Quel dommage ! Mais ça, je ne le sais pas et je n'ai qu'une envie : FINIR.

Oh, certes, c'est encore beaucoup de la marche, ici...mais tout le monde marche et, du coup, mes "cibles" se rapprochent....et quand j'en passe certaines....on en découvre d'autres devant. Tout sera finalement couru/trottiné jusqu'à Ouillas, je ne pense plus qu'à arriver et chaque coureur dépassé est une motivation supplémentaire. Je revis !

C'est à peine si je salue coco38 à Ouillas, d'autant plus qu'il m'indique que zeze et tidgi sont "pas loin devant". Il n'en fallait pas plus pour me mettre le feu où je pense. La descente sur les gorges de la Semène sera une cavalcade de dingue, d'autant plus que je reviens pile sur un petit peloton égrené sur cette route. Comme les cuisses ne font absolument pas mal, je dévale comme un fou, comme si j'étais en train de jouer un podium. C'est un peu débile évidemment, mais ces moments sont uniques et il faut profiter pendant qu'ils sont là.

Juste un petit peu de prudence dans la descente car les Sintson ne sont pas des modèles d'accroche : cela permet à un autre coureur, qui a l'air plutôt bien, de revenir et de me repasser pendant que je reste sagement derirère un couple. Il m'agace d'ailleurs, de descendre ostensiblement en sifflotant façon "bin moi, les gars, d'abord, même pas mal, je rigole, c'est trop fastoche".

Si ça se trouve, c'est pas ça du tout mais il m'a agacé. Faut pas agacer Raoul quand y'a une grosse côte bien raide derrière. Raoul empoigne les bâtons et se lance derrière le sifflotteur à grandes emjambées, dans le mur vers Lafayette. Bim, raoulifié. Je suis une horrible teigne.

Du coup, teigneux j'arrive au ravito avec la ferme intention de continuer à foncer comme un forcené pour rattraper les deux zouaves lyonnais.

Bin, ils sont là, bien tranquilles.

Et là, honnêtement je ne sais pas ce qui me prend. Franchement, zeze et tidgi, c'est complètement impardonnable et lamentable, mais tout à mon mode "teigneux qui ne veut pas voir revenir le siffloteur", bin je vous plante là avec un vague "j'en ai trop marre, je veux finir au plus vite", je fais tamponner le carton et zou, je file.

Honnêtement, a posteriori, je crois que ça devrait valoir le coup de voir leur tête...:-). Mais bon, franchement, y'a pas trop de quoi être fier, ça ne se fait absolument pas (surtout que le siffloteur, apparemment, il a pris son temps ensuite).

Mais à ce moment là, une seule idée en tête : faire moins de 10h30. A quoi ça sert ? A rien, mais c'est comme ça. Déjà, un petit coup d'oeil au carton me rend tout guilleret : j'ai mis 55 minutes pour La Chapelle-Lafayette, je crois que j'ai égalé mon meilleur temps sur cette section.

Bref, une fois la côte initiale avalée, je me lance à nouveau à corps perdu dans la descente sur Fraisses, la dernière descente. C'est juste au niveau du dernier lotissement que j'entends des appels derrière et que je vois....zeze et tidgi, qui ont du être un peu piqués par mon impolitesse totale et ont décidé de ne pas se laisser faire par le parigot, quand même. Un grand bravo, les gars, car il fallait envoyer.....et vous n'étiez même pas rancuniers alors qu'il y a franchement de quoi.

Bref, le trio est rassemblé, il n'y a pas de siffloteur à l'horizon, on peut souffler un peu : ça tombe bien parce que je n'ai à nouveau plus grand chose dans les jambes. Hheureusement que zeze relance sur les plats dans une tentative totalement inutile d'arriver en moins de 10h20.

Un coup de fil à Elisabeth et, bien sûr, elle nous attend au bout de la dernière ligne droite pour importaliser l'arrivée groupée de la 127 et en profiter un petit peu, elle aussi, qui a tant donné pour le succès de ce défi.



C'est au final un grand bonheur que de retrouver cette arche et pousser un grand cri de soulagement en arrivant à tous les trois (les coureurs présents doivent un peu se demander quelle mouche nous a piqués).



J'ai vécu une journée superbe. Merci à Bernard et Thierry pour l'avoir partagée avec moi : nous étions vraiment faits pour faire cet aller-retour ensemble. Arclu vous a bien formés !

Plus globalement, cette course conclut presque une "saison" 2017 que j'ai voulu très ambitieuse avec exclusivement des longues distances. Je sais que cela est parfois un peu difficile à vivre pour ma famille, et très particulièrement Elisabeth, qui se fait logiquement du souci pour ce plus si jeune fou qui ne cesse de se mettre des défis plus difficiles. J'ai appris, cette saison, ce que peut être l'échec. C'est un apprentissage difficile, mais indispensable quand on prend son plaisir dans l'ultra. Dans ces échecs, j'ai toujours été soutenu, et très particulièrement sur cette "petite" course qu'est Le Puy-Firminy. Ma chérie savait que c'était difficile, s'en inquiétait, même. Mais elle savait aussi que c'est mon plus grand bonheur que de réussir ces paris, juste pour ces moments inoubliables qu'ont été nos ravitaillements à Monistrol et Beaux, pour ce passage au plus bas à certains moments...et dans l'euphorie à d'autres, pour ce stupide esprit de compétition qui m'anime et que vous retrouvez encore dans ce récit.....et pour le partage vécu une fois de plus à la remise des prix si simple et authentique de cette course.

Et puis....les urines sont restées claires, donc tout allait bien !

Les défis de 2018 seront nombreux et difficiles.....mais le 50ème Le Pu-Firminy en fera forcément partie.

A l'année prochaine (mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir vous raconter ?). 





10 commentaires

Commentaire de PhilKiKou posté le 28-11-2017 à 22:15:20

""" 50ème Le Pu-Firminy en fera forcément partie.

A l'année prochaine (mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir vous raconter ?) """

=> prochain récit une suggestion de titre : " 50 nuances de tu Pu-Firminy "

**Quel équipe épique !! Bravo à vous

Commentaire de Benman posté le 29-11-2017 à 00:27:52

Les urines noires sont pis sotteries que ces fines claires et gouleyantes pisserades, d'autant plus zeze à produire que l'on assouvit son penchant pour la boisson.
D'un grand rien altiligerien, tu fais un tout archi aérien et esthétique comme un jet 127. Bravo pour cet aller, l'hourra l'emporte sur le haro. Et bravo pour le retour at home, hissé sur tes bâtons, d'abord en mode boulet, puis en mode canon.

Commentaire de Phil01 posté le 29-11-2017 à 13:11:31

Toujours un plaisir de lire tes CR ! Quelle course !! et j espère pouvoir être présent pour celle de 2018

Commentaire de franck de Brignais posté le 29-11-2017 à 16:04:31

Quel moral ! Faire le retour seul !!... un exploit en soi !
Bravo pour cette grosse saison... un peu de repos sera bien mérité je crois !
Et puis Tidgi et Zeze ne t'auraient pas laissé terminer devant : on les avait briefé !! :)

Commentaire de coba posté le 29-11-2017 à 18:14:51

Bravo pour l'aller retour et content d'avoir fait un bout de chemin avec toi.

Commentaire de coco38 posté le 29-11-2017 à 19:39:50

Quand je t'ai dit "ils sont pas loin devant..." j'ai tout de suite compris que je t'avais reboosté ! Quand j'ai vu que tu trottinais en t'éloignant, je me suis dis que tu allais les rattraper ! Sinon quelle gestion de course... c'est impressionnant un tel retour !
Bravo et rendez-vous pour la 50 ème c'est sur !
JC

Commentaire de tidgi posté le 29-11-2017 à 21:40:50

Profiter de notre faiblesse pour les crêpes, tant bien vendues par ailleurs, pour essayer de nous déposer là... A défaut de ne pas avoir pu en reprendre une, je n'allais pas (nous n'allions pas) laisser un bubulle devant non ?!!

Merci une fois de plus pour la logistique bien agréable lors de l'aller, avec ta team de choc.
Il se peut que je revienne voir la Haute Loire pour la 50°...

Commentaire de zeze posté le 30-11-2017 à 12:23:13

Bravo Bubulle c'est toujours super agréable de te lire.
Comme Thierry je te remercie ainsi que la Kangoo team pour cette orga aux petits oignons

Au fait.... j'ai failli oublier, tu me dois une crêpe .....ce sera pour la cinquantième =;) ah aha ah

Commentaire de Spir posté le 02-12-2017 à 23:12:16

C'est clair que tu as dû donner envie à quelques kikous de tenter l'aventure ! Quelle année en tout cas ! Cette course accompagnée de la plus prestigieuse équipe de suiveuses et de la crème de l'ultra lyonnais, C'est une belle façon de la conclure.
Bonne récup maintenant!

Commentaire de Arclusaz posté le 05-12-2017 à 21:55:54

nan, mais tu te rends compte du nombre de minutes que tu as passé avec deux lyonnais ?
bon, l'un est quasiment bauju mais quand même : petit à petit, tu es en train de te civiliser malgré la dé-crêpitude du dernier ravito.
bravo pour cette belle année. Bises à Moman et SuperElizabeth.

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