Récit de la course : La Petite Trotte à Léon 2021, par Cheville de Miel

L'auteur : Cheville de Miel

La course : La Petite Trotte à Léon

Date : 23/8/2021

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 930 vues

Distance : 320km

Objectif : Objectif majeur

40 commentaires

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La Petite Trotte à Julien, Bertrand et Rémi


Avant toute chose, si vous planifiez de faire la PTL, ne faites pas comme Rémi, lisez et relisez la notice, ceci n’est pas un trail ! :-D




Comment lire ce CR ?


J’écris ce CR avec mon point de vu (Julien alias Chirov). Vous trouverez en différentes couleurs les commentaires de Rémi (en bleu) et de Bertrand (en vert) qui donnent leurs propres ressentis. Bonne lecture !


Cette envie de PTL


Depuis mes débuts dans le trail en 2010, je suivais ces courses de fous et qui me semblaient complètement inaccessibles dans les différents magazines et forums, le TOR et la PTL représentaient pour moi 2 monuments pour le dépassement de ses limites et jamais je n’aurais pensé un jour être en mesure de relever ces défis.

La PTL c’est une course un peu à part dans le milieu des ultras du fait de ses spécificités:

  • Course par équipe

  • Pas de classement (officiellement)

  • Acceptation sur dossier du fait des difficultés techniques et des dangers de l’épreuves


En 2019, avec mon coéquipier Romain, nous avons terminé l’Euphoria (230km/20kD+) sur un format qui nous semblait à peu près similaire à la PTL, Rémi (Cheville de miel) et David (l’écureuil) ont aussi été finisher de la même édition, je pense que c’est à partir de ce moment là où on s’est tous un peu mis en tête que la PTL serait la prochaine étape.


La PTL était en tête pour moi, mais pas avant 2022 ou 2023 où je planifiais de courir avec Romain, mon compagnon de route qui se remettait petit à petit d’une opération. Remi, David et Bertrand, eux, se sont inscrits pour l’édition 2020 qui a malheureusement été reportée sur 2021.

C’est en mars 2021 que les choses se sont accélérées pour moi, lorsque Rémi et David me contactent pour me demander si je voulais remplacer David dans l’équipe (à cause d’une incompatibilité de planning sur les nouvelles dates de 2021). Quoi ?!? Moi qui n’étais pas entraîné, qui traînais une blessure que j’étais en train de traiter, est-ce raisonnable ? Mais le simple fait de penser que je pourrais vivre une aventure unique avec des potes m’a complètement convaincu et j’ai accepté dans la minute (bon, ensuite j’ai réalisé que j’allais devoir expliqué mon nouveau planning lourd de conséquences à ma femme, mais elle m’a tout de suite soutenue :)

L’équipe des “Abdominables Kikourou” pour cette PTL 2021 était désormais figée:

  • Bertrand (le chef, toujours là pour chanter en encourageant l’équipe) qui va devenir “Le boulet”

  • Rémi (le coach, un puit à conseils - attention de ne pas tous les suivre)

  • Julien (le guide, avec son bouton mode “robot” pour donner l’allure)


Juillet 2019, on franchit la ligne de l’Euforia avec David. Je pense que l’on a à peine tenu une bière (Sur les 8 ) pour se dire que la prochaine serait la PTL. Pourquoi, parce que le TOR est plus aléatoire avec le tirage au sort et que de nombreuses connaissances sur le long, (Denis et ses fantastiques notemment, Pat et d’autres joyeux lurons) souhaitent aussi s’inscrire. Une saine émulation dans la connerie. Et puis je reste sur mon objectif débile de faire les 4 grandes, Swiss Peak, Euforia, PTL et TOR pour flatter mon égo. 

En attendant il faut passer sur le Billard pour mon genou qui sans être vraiment douloureux me provoque des gênes depuis que j’ai commencé la course à Pied. Un gros truc qui devrait me tenir éloigner des sentiers pendant au minimum 6 mois.  En fait, plus 9 mois et 12 mois pour réellement démarrer la course à pied. Le Covid est pour moi une chance qui me laisse le temps de faire une rééducation complète et raisonnée. Entre-temps le règlement de la PTL exige de partir à 3, donc en plus de David je sollicite Bertrand avec qui j’ai commencé à m'entraîner un peu avant l’Euforia. C’est un rapide montagnard qui a déjà fait toutes les courses de l’UTMB et qui valide rapidement le fait de partir avec nous.

Le décalage d’un an de la course a éclaté les velléités de nos amis, ils partent finalement s'inscrire sur d’autres courses. 

Pour ma part, je ne veux plus être simplement le mec qui finit les courses au mental mais en lambo, l’Euforia m’a donné confiance et je veux tout mettre en place pour prendre plus de plaisir, surtout en fin de course. Dès décembre je commence une vraie préparation, vitesse sur décembre puis au fur à mesure de l’année de la montagne au moins une fois par semaine avec Bertrand, plus du vélo, de la renfo et musculation avec mon kiné, je veux être prêt. Moins souffrir pour plus de plaisir, je prends même un Coach pour m’aider à partir de Juin pour allier volume et qualité.

Jusqu’en mai on est vraiment en forme avec Bertrand, mais celui-ci en fait un peu trop ou mal et se blesse au genou lors d’une sortie longue. Je pense que pour lui, cet événement à été le premier grain de sable déclencheur de son futur abandon. Je devenais de moins en moins mauvais et Bertrand a vu sa forme décliner en faisant même un complexe d'infériorité, ce qui dans les faits était purement psychologique.

En Parallèle, David a été dans l’impossibilité de faire la course avec nous, j’ai donc sollicité Julien, je savais qu’il avait la course dans un coin de sa tête et c’est quelqu'un qui est 100% fiable. Et la confiance est un truc clef dans ce type de format. En plus c’est un vrai montagnard, amoureux des traces et des cartes et donc avec Bertrand au GPS et Julien à la carte, je n’aurais pas à me soucier de la trace, chose qui ne m'intéresse pas du tout, je suis un suiveur de balises et pourrais me perdre au Malpassant malgré l’intense ponçage du printemps.

Concernant la course par elle même, je regarde vaguement la trace, pour moi ça reste un trail long avec ¾ trucs plus engagés qui nécessite crampons et baudriers et longe, et casques. Mais j’ai plus l’impression que l’orga frileuse de l’UTMB nous oblige à prendre tout un tas de trucs qu’on va pas utiliser et qui vont alourdir notre sac inutilement et alléger notre compte en banque. J’écoute pas vraiment les reports de Julien sur ses recos et David qui reste connecté à notre groupe pour le côté montagnard et engagé du bazar. A vrai dire la seule chose qui m'étonne c’est le peu de CR sur Kikourou alors que cela reste une course UTMB. Je suis vraiment une sombre buse et je mesure maintenant le pourquoi du comment. J’ai vraiment une ENORME chance d’être bien entouré et de ne pas trop me poser de question.

Pour résumer, je suis sans doute Athlétiquement parlant le plus fort des 3 au départ, mais sur ce type de format le mental est presque plus important que les guiboles. J’ai déjà vécu 2 aventures similaire donc je commence à être moins mauvais sur la gestion Bouffe/Hydratation/Gestion des pieds. Mais je reste un novice en montagne, je sais que la gestion du sommeil sera une des clefs et qu’il faudra tenir au moins 48H mentallement sans se projeter sur le reste sinon c’est trop dur.



Comment on prépare une PTL ?


Ayant été ajouté à l’équipe fin mars, et sortant tout juste de blessure (syndrome du piriforme), j’ai repris un entraînement par palier en enchaînant les séances au kiné. Avec le confinement à cette période, j’ai privilégié le dénivelé sur tapis (pente à 10%) puis les footings autour de chez moi. Je réalisais 3000 à 5000m de D+ par semaine et 80 à 100km de marche à pied.

Dès la fin du confinement, j’ai privilégié les randonnées en montagne, les sorties à la journée, puis ensuite des offs sur plusieurs jours, notamment le WE choc chez l’ami JuCB et un WE choc chez Bertrand pour que l’équipe fasse mieux connaissance. Mi-juillet je suis parti 5 jours dans la vallée d’Aoste reconnaître une partie du parcours, je tournais à 2500-3000m de D+ en moyenne par jour. Enfin 2 semaines avant le début de la course, on est parti avec des potes 3 jours en montagne avec nuit en refuge pour aller tâter de la haute montagne avec des grosses étapes allant jusqu’à 3500D+ par jour. De mi-mai à mi-août, je crois que je n’ai pas passé un seul WE sans au moins 1 jour en montagne (j’ai de la chance de vivre à moins d’1h de la Chartreuse et des Bauges).

Pendant toute la période d'entraînement, j’ai en fait très peu couru, 1 à 2 fois par semaine, et rarement plus de 2h. J’ai pris un seul dossard sur le TGV qu’on a couru ensemble avec Rémi et Bertrand.

Je dois dire que ce style de course et d'entraînement me convient très bien, ce que j’aime avant tout dans ce sport, c’est la montagne :-)


Dans la préparation, il ne faut pas négliger la préparation du sac, la liste d'équipements obligatoires est longue, ça coûte déjà cher quand on doit acheter quelque chose qu’il manque, mais c’est encore plus cher quand on doit optimiser. Il faut trouver le juste milieu. Moi j’ai décidé de prioriser la sécurité et d’essayer de réutiliser des équipements que j’avais déjà (crampons un peu plus longs que ceux préconisés, casque et baudrier que j’avais déjà, un peu plus lourd que ceux qu’on peut trouver sur le marché, etc), j’ai opté pour un sac 30L, comme Rémi et Bertrand, et même avec ce volume je me suis retrouvé à accrocher ma veste derrière et bloquer le baudrier à l’intérieur du casque qui était accroché à l’extérieur du sac. Avec l’eau et la nourriture, mon sac devait approcher les 8 à 9kg. Rémi avait bien optimisé, il tournait à 2-3kg moins que moi il me semble (je me demande encore comment il a fait).


Pour la prépa, vu que j’ai pas trop compris le vrai concept de la course, j’ai fait comme si je préparais un 100 miles ou 1 TOR. 4 à 5 sorties CAP par semaine avec 1 montagne, 1 Dénivelé qualité (Travail en côte, Seuil), plus du HT, plus de la musculation chez le Kiné pour bosser  des jambes très affaiblies par l’opération. Le Coach m’a rajouté du travail de PMA et de Force sur le vélo. Au final ça doit marcher de s'entraîner car la seule course de prépa, le TGV, je suis passé de mon dernier Tiers, dernier quart habituel au premier quart. Moins d’une heure en KV et une vitesse à 700D+ à 120 puls avec un maxi à 1100. Au yeux de mes coéquipiers je suis passé de Cheville de Miel la loche à  “Coach”. Mais je sais qu’il est beaucoup plus confortable d’attendre que d’être attendue.



Le jour J


Je suis arrivé à Chamonix le samedi pour m’imprégner de l’ambiance et prendre le temps. Dès mon arrivée à l’hôtel, le ton est donné, la réceptionniste me dit “ah ! Vous vous faites la PTL ! Ca se voit à votre sac et le casque derrière”, on ne va pas passer inaperçu...

Rémi et Bertrand nous ont rejoint le dimanche, on vérifie ensemble le matos, il manque 1 ou 2 trucs optionnels qu’on achète sur place, puis on rejoint le briefing. Le ton est donné, on découvre une nouvelle image de la crête du Taou Blanc où il va falloir mettre les mains, la crête à l’air beaucoup plus gazeuse que l’image que j’en avais, je me dis qu’on se lance vraiment dans une aventure de dingo en fait, puis on nous annonce que le refuge du Truc n’est plus partenaire, on prévoyait de s’y arrêter, il faudra qu’on réfléchisse à un autre plan (bien qu’on sait tous qu’on ne va jamais suivre le plan sur plusieurs jours de courses !).

On dîne ensemble, on donne l’air décontracté à ma femme qui est avec nous, mais on fait on ne l’est pas, d’ailleurs ce que je viens de manger passe mal et je suis pris de mal de ventre, ça va durer une partie de la nuit et ça me rend inquiet pour le départ. Je prend une bonne dose de médicaments pour plâtrer tout ça et on on part le matin à 6h pour rejoindre Orsières: ma femme et ma belle mère nous conduisent en voiture pour voir le départ, ça nous évite d’attendre le bus.

Au départ, on s’impatiente, les bus arrivent en retard, le début est retardé de 15 minutes, on fait des photos, on discute, on regarde le sac des autres, certains ont déjà le casque sur la tête ce qui nous paraît lunaire.. Peut-être n’ont-ils pas de place dans le sac ?!



C’est ma première fois à Chamonix, oui allez faire la PTL pour une première c’est un peu louche, mais c’est comme ça. Et comme je suis méga chanceux, je(on) profite de l’appart de la personne la plus généreuse du monde, Chococaro de Kikourou. On est à 300m de la ligne, logé tout confort, un luxe incroyable pour se poser avant et après une course. Merci, merci et encore merci. 

On récupère le sac d’allégement (Un columbia étanche très chouette), il est grand et je mets facilement tout mon bazar. Mon sac de course est relativement léger, mais sans bouffe, pour être fidèle à ma légende je le blinde de bonbons, barres diverses et variés, noix saucissons, figues et abricots séchés, compote, Gels et autres friandises. Je vais essayer de manger un max pendant 48H car je sais qu’après cela peut être plus difficile.

Je suis un peu déçu de ne pas voir une tête connue au Briefing. Durant celui-ci,  Pépé le traceur, nous répète comme un mantra que c’est “Très facile”. Dans ma tête je suis prêt à affronter ses difficultés spécifiques, rassurés aussi par les compétences montagnardes de mes compagnons, j'aime être portés sans trop réfléchir avec les inconvénient et avantages que cela procure. J’entends sans vraiment écouter. La confiance du groupe.

La nuit se passe plutôt bien, sur la ligne de départ on a vraiment l’impression que 2 mondes s’affrontent. Les Randonneurs avec de gros sacs typés rando et les coureurs plus typés trail. A quel monde allons nous appartenir ? 


Première section: Boveire -> Arolla (57km)



La première section s’avère sur le papier très technique:

  • Une montée de plus de 2300D+ dont toute la dernière partie hors sentier, sur l'arête

  • La pointe de Boveire et sa descente dans les éboulis

  • 3 cols/sommets à plus de 3000m

  • Un passage sur glacier après le col de Cleuson

  • Le col du pas de Chèvres et son approche hors sentier


Toutes ces infos sur la difficulté technique de la section, je les avais assimilé et j’étais préparé mentalement, je n’avais pas reconnu cette partie, mais j’avais regardé pas mal de topo sur internet. Parmi les 3, Rémi était celui qui avait le moins reconnu la difficulté de la section, il se reposait sur nos informations en minimisant ce qui nous attendait “ça ne peut pas être si pire que les autres courses” :-D


Le départ est donné, et comme à l’accoutumé, la course part relativement vite et déjà quelques équipes partent devant en courant ! Sacrilège ! Pas question de courir pour nous, il nous reste 300km à parcourir, on verra à la fin s' il nous reste des jambes… On trouve un rythme de marche assez rapide qui nous permet d’intégrer la première partie du peloton alors que la pente commence doucement à se raidir de plus en plus.

Ce qui est bien avec une montée de 2300D+, c’est qu’on passe par un peu tous les types de paysages: au début on voit quelques paysages urbains, puis la forêt, et viennent les pâturages pour finir sur des terrains beaucoup plus minéraux. On a parfois quelques surprises, comme lorsque avant la cabane de Mille, où ce groupe de vaches se met à suivre les coureurs et s’engagent sur la petite crête.


On garde un rythme soutenu qui correspond à ce qu’on a prévu (et on sait que sur cette première journée, c’est important de conserver ce rythme), avec notre entraînement on a aucune difficulté à le suivre mais on sent vite que la journée va être longue.

L’avantage du début du course c’est qu’on a pas trop à checker la trace du GPS, on suit le mouvement, tout le monde à l’air sûr de soi. On est maintenant dans un groupe de quelques équipes, ça fait déjà 12km qu’on monte, quand tout à coup, un mec s’arrête et sort “On est en train de faire n’importe quoi”, au même moment, on était en train de vérifier le GPS, et effectivement, on s’est écarté de la trace… C’est une première alerte pour nous: ne pas suivre aveuglément, même quand on pense être sur la trace, toujours revérifier le GPS régulièrement. Heureusement pour cette fois-là, on a perdu que 5-10 minutes et on coupe droit dans le pentu pour récupérer la trace plus bas.


On s’approche de la pente complètement hors sentier pour accéder à la crète (en passant par la pointe du Parc - 2988m) , le paysage commence à devenir très minéral, on monte dans un éboulis de rochers assez gros. C’est magnifique, c’est ce qu’on est venu chercher et ça booste encore plus l’équipe, on voit par contre d’autres équipes qui commencent à peiner pour avancer dans ce type de terrain, ce qui nous surprend un peu.


Rémi a pris quelques mètres d’avance, il se retourne et hurle en direction de toutes les autres équipes “Faites gaffe, j’ai miné la zone !”, il sort un obus de l’armée Suisse qu’il pose sur une pierre. On nous avait avertis au briefing qu’on pourrait en trouver et que ça ne craignait pas grand-chose, mais je ne pensais pas voir ce niveau de conservation des engins, c’était assez original !


On accède finalement à la crête qu’on va suivre jusqu’à la pointe de Boveire (3212m), on range les bâtons et on sort les mains, car l’organisation nous a concocté quelques passages acrobatiques dont on a vraiment pas l’habitude mais qui restent abordables pour notre niveau. C’est sur ces crêtes où on commence à voir une grande différence de niveau avec certaines équipes, on double lorsque c’est possible quelques équipes (des anglais et une équipe asiatique notamment), qui ne sont vraiment pas à l’aise et qui ont du mal à progresser: il y a parfois un peu de gaz, mais c’est surtout le rocher toujours en dévers et le fait d’aller chercher certaines prises qui peut être impressionnant.


On atteint enfin la pointe de Boveire ! On est bien, il y a quelques nuages qui empêchent une vue à 360, mais maintenant il va falloir se concentrer sur la descente qui est un gros morceau: un tas de pierres qu’il faut descendre dans une forte pente. Une équipe de français qu’on a surnommé les marseillais et avec qui on a fait connaissance arrive au sommet, l’un des 2 coéquipiers chute et manque de peu de taper la tête sur un rocher, un bon rappel qu’il va falloir faire très attention.



On commence la descente très prudemment, chaque pierre semble bouger, même celles qui semblaient bien en place, ça commence à râler gentillement dans l’équipe “Belledonne c’est en jardin d’enfants à côté” ou alors du “Ah ouais, je m’attendais pas à ça”. La lenteur de la descente nous permet aussi de pouvoir discuter un peu avec les quelques équipes autour de nous, on se lie notamment à une équipe de Suisse qui découvre aussi le terrain, la discussion permet de faire passer le temps plus vite. On regagne peu à peu un sentier, puis après encore quelques kilomètres on arrive enfin à la cabane Brunet (23km) où on avait prévu de manger quelque chose de chaud, c’est le milieu d’après-midi et il faut reprendre des forces.

Sur cette section de la course, tout est à notre charge avant Arolla (sauf Prafleuri où on a l’occasion d’utiliser 1 des 4 tickets repas de l’organisation), donc on peut se restaurer dans un refuge “privé” à partir du moment qu’il est ouvert et qu’ils ont de la place, c’est le principe de la PTL. On avait pris quelques Francs Suisses en prévision et on décide de manger quelques pâtes et un peu de charcuterie/formage, à 25 Francs le plat de pâtes, on s’oriente très vite vers la petite version plus abordable, heureusement qu’on ne reste que 24h en Suisse :-) On se repose un peu, mais on se donne pas plus de 30min pour ne pas tomber dans le piège des pauses trop longue, on en profite pour discuter avec nos amis de l’équipe de Marseillais.


La prochaine étape, ce sera le col de Cleuson à plus de 3000m où il faudra chausser les crampons pour passer le glacier de Grand désert et ensuite rejoindre le refuge de Prafleuri, qu’on espère rejoindre dans le milieu de soirée.

On repart en descente en direction du point le plus bas (Plampro/Fionnay), pour une fois on a un sentier qui est la plupart du temps très clair, ce qui nous facilite la tâche. En arrivant à Fionnay, on commence à se préparer mentalement pour cette montée de 1700D+ qui devrait nous amener au col à la tombée de la nuit, lorsque tout à coup on voit un bénévole se diriger vers nous pour nous donner une instruction qui sera lourde de conséquence par la suite: “Attention les gars, lorsque vous arriverez à Arolla, ne suivez plus votre trace GPS sinon vous allez vous perdre, suivez les balises au sol que l’on a mis en place: on a changé le lieu de la base de vie”, ok très bien, les instructions paraissent claires, on tâchera de s’en rappeler…


On commence tranquillement la montée, le photographe de la course fait un bout de chemin avec nous pour aller se positionner, un mec très sympa avec qui on aura l’occasion de partager à différents moments de la course. On rigole avec Bertrand car Rémi (dit le coach), avance en déversant toute sa science de la gestion/préparation de courses, alors que le photographe est en train de le filmer dans son dos à son insu, ça sent le reportage TV “Les conseils du coach Rémi”.

La montée est assez raide, on a un très beau sentier donc ça ne pose pas de problème, on tient notre rythme régulier de 650m/h d’ascension, on rattrape un groupe de plusieurs équipes lorsqu’on arrive de nouveau sur un passage hors sentier et dans le brouillard cette fois ci, le GPS est de sorti.

On joue tout d’abord à suivre une rivière en s’assurant d’être du bon côté avant que les premières falaises commencent à apparaître, puis on se retrouve assez vite dans une cheminée assez raide qui nous semble dangereuse vis à vis des chutes de pierres, on double une équipe en difficulté dans cette partie en faisant très attention de ne pas décocher des pierres et on arrive à nouveau sur une pente herbeuse tout aussi raide. C’est à ce moment là qu’on entend plus haut “Pierre !!!”, on voit un truc passer à une vitesse folle à 2m de nous et s’engoufrer dans la cheminée où restait l’équipe qu’on venait de doubler, on relaie l’alerte et heureusement la pierre qui n’est vraiment pas passée loin les a épargnée. Le danger est partout !

La dernière partie de cette montée se fait une fois de plus dans un énorme pierrier où on s’oriente au GPS, la nuit commence à tomber et sort les frontales. Ca y est, on a enfin atteint le col de Cleuson.



On marche un peu jusqu’à atteindre le début du glacier pour chausser les crampons, il fait nuit, le brouillard est présent par moment, mais on devine cette énorme étendue blanche avec parfois quelques frontales que l’on peut apercevoir.

Rémi sort ses crampons pour la toute première fois, c'est du 0.8mm (validé par l’orga comme du 1cm), pour Bertrand et moi c’est quelque chose de plus habituel, ayant plusieurs expériences de randonnées glaciaires. Pour ma part j’ai pris des crampons de 15mm pour être tranquille sur les glaciers ne sachant pas trop à quoi m’attendre notamment sur le Taou Blanc.

On vérifie que tout va bien et c’est parti ! Au début c’est plutôt de la neige molle dans laquelle on s’enfonce pas mal, mais plus loin on arrive vraiment sur la glace, les crampons accrochent bien et le dévers n’est pas très important. On fait une légère erreur d’orientation en voulant sortir du glacier qui nous vaut quelques acrobaties avec la moraine, mais on retrouve très vite la trace et on enlève les crampons après peut-être une vingtaine de minutes de glacier. Le brouillard est toujours là et à cette altitude il ne fait pas très chaud, on fatigue, mais on sait que Prafleuri n’est plus trop loin et on va pouvoir se restaurer.

C’est au kilomètre 40 que l’on croisera le refuge tant attendu. Prafleuri est un refuge partenaire où un accueil 24/24h est fait par des bénévoles, un menu spécial est préparé sur présentation d’un ticket. Il n’est pas possible de dormir sauf si le refuge à quelques places à proposer en plus de leurs clients. Pour nous la stratégie c’est simplement de prendre 30min pour manger et repartir sur Arolla pour y dormir.

On pose nos affaires dehors et on rentre, il fait vraiment chaud dedans, on nous propose un menu entrée/pâtes/dessert, certains d’entre nous ont moins d'appétit et n’arrive pas forcément à finir leur assiette, mais je n’ai pas ce problème et j'ingurgite tout ce que je peux pour reprendre des forces, au point de finir les assiettes de mes camarades, faut pas gâcher ! :-D


30 minutes de pause, faut repartir ! C’est toujours difficile de sortir d’un endroit aussi chaud pour regagner le froid de la nuit, surtout lorsqu’on est à plus de 2600m d’altitude…

Globalement, il nous reste une descente jusqu’au lac des Dix que l’on doit longer, avant de remonter sur le col de Chèvres et descendre vers Arolla. A plusieurs reprises j’explique à Bertrand et Rémi que le col de Chèvres va être assez fun mais qu’il va falloir être bien réveillé (j’ai lu sur la topo qu’il y avait une série de grandes échelles et de rampes métalliques), ça n’a pas l’air de trop les marquer, je me dit que tout le monde est confiant et qu’on va vite arriver sur Arolla…

Le lac des Dix apparaît devant nous, le brouillard se lève petit à petit et la lumière de la Lune dévoile la longueur du lac que l’on doit longer sur la droite. Un petit coup d’oeil sur le GPS et on s’aperçoit qu’il faut sortir du sentier, plusieurs équipes ont continuées sans regarder, on hurle pour les rappeler, tout le monde nous rejoint et on se retrouve à guider 5 ou 6 équipes au milieu de la pampa, le lac est à plusieurs centaines de mètres à gauche, un très fort dévers et des falaises qui apparaissent en progressant, on essaie de suivre la trace GPS au mètre près, on fonce avec le GPS à la main, tout le monde nous suit.

On commence la descente vers le lac, c’est vraiment casse gueule, je chute une ou deux fois, pareil pour Rémi et Bertrand, mais c’est que des petits bobos, quelques équipes passent devant, et on retombe sur un chemin de 4x4 qui longe le lac…. Tout ça pour ça !

On décide d’accélérer sur ce terrain 4x4 ultra roulane, Rémi passe devant pour la séance de pique pique (marche rapide cadencée au bâton), ça fait du bien de pouvoir avancer vite, mais le terrain est monotone et on commence à s’endormir, cette partie a durée presque 1h.


On sort de la piste de 4x4 pour attaquer la longue montée vers le Col de Pas de Chèvres (2854m), on a moins de 500m à monter sur plus de 4km. Au début pas de problèmes, on devine assez bien le sentier, on se contente de le suivre en gardant le rythme, quelques passages un peu gazeux par moment mais rien de bien méchant. On se retrouve ensuite vers une sorte de marécage glacière (dure à bien se repérer dans la nuit), qu’il faut contourner par la gauche, une fois de plus on sort du sentier et on se retrouve à nouveau dans un dédale de pierres instables, à ce moment là on commence à être fatigué et on rêve d’arriver à Arolla, ce coup de hors sentier nous met un petit coup au moral, on en a marre des pierres, les petites, les moyennes, les grandes, elles sont toutes instables, on se retrouve à nouveau de sauter de pierre en pierre à la frontale en priant que tout ne parte pas sous nos pieds. A la vue des têtes des équipes qui nous entourent, tout le monde est fatigué, c’est dans ce contexte qu’on approche du col de pas de Chèvres: la pente se raidie, des chaînes de protection apparaissent au bord de la falaise, et même si il fait nuit et qu’on ne devine pas la totalité du gaz sous les pieds, on comprend qu’il vaut mieux être lucide sur cette partie ! Puis vient le tour des échelles, c’est lorsqu’on arrive au pied de la première (il y en a 3 ou 4) que Rémi réalise le discours que j’avais tenu quelques heures plus tôt “Ptain c’est ça tes échelles ? Mais c’est un truc de dingo en fait !”, Allez Go ! Je passe en premier, je trouve ce passage assez joueur, pas de danger particulier en étant lucide, mais le gaz et la construction du col est impressionnante. On arrive assez rapidement en haut où plusieurs équipes font une pause avant la descente sur Arolla.



On commence la descente sur Arolla, environ 900m de dénivelé négatif, il est déjà plus de 3h du matin, on est bien fatigué, la descente n’est pas compliquée mais on décide de ne pas courir, marcher vite et surtout essayer de ne pas s’endormir. Quelques équipes qui ont de très bonnes jambes nous doublent en courant, on se retrouve avec 2 équipes italiennes lorsqu’on arrive enfin à Arolla.


On se rappelle de ce que nous avait dit le bénévole à Fionnay “Ne suivez surtout pas la trace GPS, mais vérifiez le balisage au sol”, on se regarde avec les équipes italiennes, chacun cherche de son côté, on trouve une balise bleue “Columbia” attachée sur un panneau, on ne comprend si ça veut dire de suivre le panneau ou prendre la route où se positionne le panneau, on marche dans l’une et l’autres des directions mais on ne voit pas d’autres balises. 10 minutes passent, Rémi décide d’appeler le PC course, il est plus de 5h du matin et on en a plein les pieds… On nous dit de suivre la trace GPS et qu’on trouvera d’autres balises (ce qui va à l’encontre des précédentes instructions), on suit la trace, on voit une balise, puis 2, on pense qu’on est bien, puis une sorte de barrière faites avec les balises pour dire que le chemin est barré, on ne comprend rien, les italiens explosent de colère et retournent en arrière chercher un de leur collègue qui sait où est la base de vie. Nous on recontacte le PC course qui nous dit cette fois de juste suivre la trace GPS, sans nous préoccuper du balisage… OK, on s’exécute, on trouvera 1km plus loin le ravito tant attendu après avoir tourné en rond 30 minutes. Apparemment on est loin d’être les seuls à avoir été dans ce cas, on prend un petit coup au moral, mais on essaie de mettre cette histoire de côté pour rester positif.


On a prévu de passer 4h maximum à cette base de vie (sur cette base de vie, on n’a pas accès à nos sacs de délestage, on a juste la possibilité de manger et dormir). On veut essayer de dormir au moins 2-3h, mais on se rend compte que ça va être très très compliqué, on a croisé des lits aux 4 vents (on est toujours à plus de 2000m d’altitude…), à priori il existe des chambres, mais il faut réserver très vite car c’est au compte goutte. On se pose la question si on trace jusqu’en Italie en dormant que qqs minutes ici ou si on essaie de récupérer une chambre, mais le prochain refuge partenaire est à plus de 6h de route et on ne sait pas si on peut y dormir... On est vraiment fatigué, il faut qu’on essaie de dormir. Bertrand va négocier avec une bénévole et on est dans la liste d’attente pour avoir une chambre, la seule condition est d’être prêt dès qu’on appelle notre équipe, on en profite pour rapidement manger jusqu’au moment où on appelle notre nom, c’est là où on a cru halluciner, une équipe italienne se lève en prétextant être notre équipe… Heureusement que Bertrand a suivi l’action a pu rectifier la mésentente :-) Finalement on est pas si mal, on a une petite chambre de 3, on soigne un peu les pieds et hop dodo, on se donne 1h30 max, mais tout le monde se lève en moins de 1h15, Rémi n’a pas dormi, moi j’ai fermé les yeux 30min et Bertrand a pu profiter de 1h15 de sommeil, au réveil on est de nouveau d’attaque, le soleil s’est levé !


Comme Bertrand et Julien sont à la navigation, j’essaye de trouver mon utilité dans l'équipe. Je donne le rythme, je pousse mes coéquipiers à boire et à manger régulièrement et tente de faire copains avec les équipes environnantes en racontant des conneries. Pour le Rythme, je me cale sur 700D+ que l’on tiendra bien sur les premiers 2000D+, puis objectif 650 pour la suite, cela nous cale juste dans le premier tiers de participant, juste derrière les “coureurs” mais déjà franchement devant les randonneurs. ça bouchonne un peu et un peu plus quand ça devient plus technique. J’ai pas envie que l’on soit bloqués, je n'hésite pas à doubler dans la crête malgré  la technicité et le danger environnant. La roche est sèche et tient bien sous la chaussure. Bertrand grogne un peu du rythme, mais j’ai l'impression que certaines équipes vont nous faire perdre beaucoup de temps si on ne les passe pas tout de suite. Tactique que je pense payante car au final 17 équipes sur 61 au départ seront "éliminables" dès la première BH, 7 seront sauvées et 10 ne passeront pas l’obstacle. Il faut prendre de l’avance sur les BH, courir après sur 300km prends une energie folle et autant la mettre sur autre chose. Concernant les autres équipes, bah je fais clairement un bide, à part un ou deux sourires, il y a très peu d’échange, la peur, la concentration, la compétitivité, je ne sais pas. Je suis un peu déçu mais ce n'est pas grave. Je suis en méga forme et même si le rythme est bon, je sens que j’en garde énormément sous la semelle.

On passe par pas mal d'endroits où j'ai dû passé à la Swiss Peak, mais je ne me souviens de pas grand-chose. On alterne les sections très technique en navigation, et plus classique sur sentier. Je me force à manger toutes les heures, mais c’est un peu trop, j’aurais quelques irritations  qui disparaîtront heureusement en mangeant un peu moins. J’avais imaginé être plus en autonomie de bouffe mais Julien veut manger à tous les refuges ou c’est possible, donc les 2 cumulés c'était trop. On aurait dû mieux se caler sur ce point, j’aurais pris moins de bouffe et plus d’argent!  Pour le reste tout va bien, ⅔ blagues du traceurs qui nous fait passer dans la pampa alors qu’en sentier est dispo me font un peu grogner et un bon coup de chaud sur la deuxième échelle du pas de la chèvre ou j’ai vraiment dû faire abstraction de l’environnement pour ne pas tétaniser. J’essaye de pousser Bertrand et Julien à aller un poil plus vite sur les sentiers roulants en “pic pic” mais sans grand succès. J’ai déjà l’impression que Bertrand a du mal. On prend un petit coup au moral avec la blague de la base de vie fantôme d’Arolla, je déteste perdre 30 mn pour rien. Et malheureusement pour moi, impossible de dormir malgré les boul quiés et masque. A l’Euforia c’était passé car les bases vies étaient placées de nuit et j’avais pu récupérer à partir de la troisième nuit, là ça va être beaucoup plus aléatoire avec des occasions de dormir pas si nombreuses et pas forcément bien placés. On part avec un capital athlétique, d’hydratation, de sommeil et calorique à 100%, le but des premières 48H est de puiser le moins possible dans ce stock. je sais que ce ne sera pas rédhibitoire tout de suite, mais au fil des heures et des nuits, je le paierai, tout ce paie sur ces formats, et des fois au centuple.



Deuxième section: Arolla -> Saint Christophe (65km)



Cette deuxième section est moins technique que la première, mais est plus longue:

  • On commence par une longue montée de >1000mD+ jusqu’au glacier nous permettant de passer la frontière italienne (col de Collon - 3068m)

  • Rejoindre le refuge Prarayer pour se restaurer avant de partir pour une série de cols jusqu’au Mont Mary et en passant par le refuge Cuney (2 refuges qu’il ne faut surtout pas rater pour se ravitailler)

  • Puis la longue, très longue descente de 10km sur Saint Christophe (2300D- !!)


Le soleil est levé, on a pu dormir un peu et on se sent d’attaque pour monter au col de Collon, on décolle, une fois sortie de la forêt le paysage devient splendide, on croise une équipe de français “Jurassien” très sympathique avec laquelle on prend le temps de discuter, à ce moment là il sont un peu plus rapide que nous on les laisse filer après 30 minutes de course en commun.

Bertrand mène le rythme, lui qui se comparait comme le plus fatigué du groupe le jour précédent est dans un grand jour, tout le monde a le sourir et on avance bien.


On arrive à un torrent qui sort de la langue terminale du glacier, on voit au moins 3 ou 4 équipes bien au loin continuer à gauche du torrent et commencer leur ascension par la gauche de la moraine et du glacier, ce n’est pas du tout ce qu’on lit sur la trace GPS. La trace nous fait traverser le torrent: il n’y a pas de ponts et pas de passages “sec” pour passer, on trouve un endroit avec un peu moins de courant et on décide de traverser jusqu’à avoir de l’eau jusqu’au niveau des genoux par endroits, ça rafraîchit !!! Les pieds sont trempés, mais au moins on est sur la trace GPS qui tente de nous faire contourner le glacier d’Arolla pour rejoindre le glacier sous le col.

On ne comprend pas comment les autres équipes comptent nous rejoindre: au mieux, elles vont devoir traverser un long glacier et beaucoup plus haut pour éviter les crevasses, au pire elles devront faire demi tour…. Et ça n’a pas manqué, on voit au loin 2 ou 3 équipes faire marche arrière réalisant leur erreur de navigation, les Jurassiens eux ont continué pour contourner les crevasses et sortir beaucoup plus haut (c’est là aussi qu’on voit la différence entre une équipe à l’aise sur la navigation sur glacier et les autres).

Nous on continuer notre chemin, on est sur le glacier, mais pas besoin de crampons, à cet endroit ça reste un mélange de pierres et de glaces qui accroche bien, on devine quand même des crevasses plus ou moins importante à certains endroits, on fait très attention à comprendre la trace GPS et à garder le cap.


A un moment on remarque un groupe de 2, on croit reconnaître nos amis italiens qui sont en train de couper sur le glacier en direction d’une énorme crevasse (les Jurassiens l’ont contourné plus loin), on a une belle vue sur le glacier et on essaie de les aider, on leur hurle “No !!!! Not there !!”, et on leur montre un endroit beaucoup plus sûr qui leur permettrait de nous rejoindre facilement, on est soulagé de voir qu’ils nous ont compris et changé de direction. On reprend la route jusqu’au pied du glacier de Collon, là un bénévole nous attend et nous indique qu’il y a un balisage sur le glacier jusqu’au col et qu’on a juste à le suivre. Top ! on va pouvoir ranger un peu le GPS…

On chausse les crampons et on se lance à l’assaut du glacier, la pente est un peu raide sur les dix premiers mètres, puis ça devient plus simple. J’attend un peu Rémi dans la partie raide qui n’est toujours pas rassuré par ses crampons de 0.8mm, mais finalement ça accroche assez bien, les bâtons aident bien.


On marche une dizaine de minutes sur le glacier avant d’atteindre le col qui traduit le passage en Italie, on commence la nouvelle et longue aventure italienne !


La descente n’est pas très roulane, mais elle a au moins le mérite d’être tracée sur un sentier, on descend tranquillement, en faisant une première pause près du refuge Nacamuli. On prévoit de manger au refuge Prarayer qui est un refuge partenaire, il nous reste encore bien 1h30 de descente avant de l’atteindre, ce qui nous permettrait d’arriver là bas aux alentours de 14h ce mardi.

Pas de difficulté particulière sur la descente, on arrive au refuge situé au bord d’un magnifique lac (retenue de barrage) et comme d’habitude on se donne autour de 30min pour manger.

Avec la fatigue et l’appréhension de la prochaine nuit, le groupe a plutôt tendance à favoriser le café que la bière, mais aujourd’hui est un jour spécial puisque c’est l’anniversaire de Rémi ! Pour l’occasion j’accompagne ce repas d’une pinte de bière, un anniversaire en petit comité :-)


Une fois de plus on ne s’attarde pas trop, on veut avancer le plus possible de jour. On a pas encore une stratégie très claire pour cette nuit, le but est d’atteindre Saint Christophe avant le levé du jour et dormir là-bas, mais le trajet semble beaucoup trop long, en discutant avec quelques équipes on se rend compte qu’il faudrait essayé de dormir au refuge Cuney si ils ont de la place (qu’on doit atteindre dans la soirée). On se met tout ça dans un coin de la tête et on repart avec comme prochaine étape le refuge Cuney au kilomètre 92, soit 16 kilomètres plus loin.

Dans l’immédiat on doit attaquer une montée de 800D+ jusqu’au col Livourneyaz (2841m), l’équipe avance assez vite, le repas nous a fait du bien, on monte toujours à notre vitesse de 650m/h.


On reste un moment dans la forêt, puis viennent les pâturages, et enfin une atmosphère beaucoup plus minérale. Malgré les prévisions météo clémentes, il tombe parfois quelques gouttes sous les nuages les plus menaçants, mais ce qui nous inquiète le plus c’est la couleur des nuages au niveau du col, on doit pas être loin de l’orage et un très fort vent s’est levé. On a plus de réseau téléphonique depuis la Suisse, donc impossible de vérifier quoi que ce soit (on a su plus tard qu’il y avait quelques orages sur les sommets de la vallée d’Aoste, relayé par ma femme sur place), on continue d’avancer, on verra bien lorsqu’on sera au niveau du col.

La pente se raidit pour monter sur une moraine, puis dans un dédale de pierre où il faut mettre les mains, qui nous permet d’accéder au verrou du col.

Arrivée en haut, on doit encore marcher une centaine de mètres avant d’arriver au col, il commence à tomber de la grêle, on accélère le pas pour ne pas se retrouver piégé dans un orage surprise. Heureusement l’averse ne dure que 5 minutes et on passe rapidement de l’autre côté du col, dans un épais brouillard. On descend dans un premier temps dans un tas de pierres, comme on a l’habitude depuis le début de cette aventure, puis on arrive dans un pâturage sans sentiers où il faut lire assez loin les flèches jaunes sur les pierres. Avec le brouillard on sécurise notre trajet en vérifiant constamment la trace GPS.

Peu à peu le brouillard se lève, il tombe quelques gouttes par intermittences, mais la nature nous gâte avec un magnifique troupeau de bouquetins qui pensait être tranquille au milieu de nulle part, ça nous redonne le sourir, surtout qu’on sait que Cuney est derrière 2 petites bosses et qu’on devrait y être bientôt.


La fatigue nous gagne avec le déclin de la lumière du jour, mais heureusement nous atteignons le refuge Cuney. On voit par endroit dans l’herbe une accumulation de grêlons, les averses ont dû être plus importantes par ici.

On décide avant tout de vérifier s' il y a de la place pour dormir, et ça tombe bien car c’est le cas, on nous demande d’attendre 10 minutes pour pouvoir nous installer, le temps qu’il nous faut pour nous préparer, on mangera après.

Je crois qu’on se fixe un peu plus d’1h de dodo, l’idée étant juste de reposer les yeux pour pouvoir affronter la nuit à venir, tout en sachant que de toute façon ça ne sera pas suffisant (mais on arrive pas forcément à dormir plus longtemps). Rémi et moi nous réveillons un peu avant, Bertrand dort profondément, je lui laisse 15 minutes de plus et le réveille à son tour.

On récupère nos sacs et partons manger dans la tente dressée à l’extérieur pour l’occasion (heureusement elle est chauffée), je trouve une fois de plus que Bertrand et Rémi ne mange pas suffisamment sur les ravitos où on peut avoir un peu de chaud, mais c’est difficile de se forcer dans ces situations. On fait le plein d’eau et on repart ! On doit être en milieu/fin de soirée, la nuit s’apprête à battre son plein.


Peu après la sortie du refuge, on se retrouve sur une sente herbeuse assez étroite avec du gaz sur notre gauche, cette vire semble assez longue et parfois quelques câbles viennent sécuriser notre avancée, il vaut mieux être lucide dans le coin, et ça tombe bien, on a dormi un peu :-)

On a mentalement découpé les 30km restants jusqu’à Saint Christophe en 3 parties pour que ce soit plus digeste: 10km jusqu’au col Barthelemey, 10km jusqu’au Mont Mary, puis les 10km de descente jusqu’à Saint Christophe.

On continue notre chemin, il y a plusieurs bosses à remonter par moment, totalement hors sentier, on se retrouve par moment à jardiner en cherchant un semblant de sentier à la frontale, mais on se rend à l’évidence qu’il faut juste suivre la trace en priant de retrouver un semblant de parcours lisible. C’est par moment assez usant, puis ça redevient monotone. La nuit faisant son travail, on commence tous à fatiguer avec le manque de sommeil, mais le plus impacté reste Bertrant qui somnole de plus en plus. J’ai épuisé mon stock de conversation pour le tenir éveillé, mais Rémi fait le job, moi je me contente de me mettre devant pour donner le rythme et déjouer les pièges de la trace GPS.

On passe le col Barthelemey, mais Bertrand a toujours du mal à se réveiller, cette lutte devient un peu l’enfer pour lui. A ce moment là, je pense que la fatigue des 2 jours de course, le fait de ne quasiment pas dormir et de réaliser qu’il reste encore tellement de chemin a beaucoup jouer sur son mental. Je me rappelle que c’est dans cette descente du col que Bertrand se retourne et nous dit: “les gars, je pense que c’est ma dernière nuit avec vous, je ne me vois pas continuer”. Avec Rémi, on essaie de le rassurer: “c’est normal, on aura tous un coup de mou”, “on en reparlera à Saint Christophe quand tu auras dormi”, quoi qu’il arrive, il faut de toute façon arriver à Saint Christophe.

Pour rester éveiller, Bertrand nous a servi tout son catalogue de JJ Goldman, Renaud, et de chansons paillardes, heureux les bouquetins réveillés dans la nuit pour l’orchestre ambulant :-) Mais vers 6h du matin, juste avant d’attaquer la montée au Mont Mary, ça devenait impossible de continuer à avancer, malgré le froid, je propose qu’on se pose 10 minutes sur les rochers à proximité pour faire une micro sieste, Bertrand ayant la faculté de s’endormir n’importe où. On s’exécute, et cette pose se révèlera salvatrice pour au moins les 1 à 2 heures à venir.

On repart, Bertrand semble mieux, mais la fatigue n’a pas disparu, on reprend un rythme correct en montée, avec du 600m/h, le Mont Mary culmine à 2814m, on a un peu moins de 700D+ à effectuer, on devrait avoir un joli levé de soleil en haut. Les paysages redeviennent une nouvelle fois minéraux, je reconnais le Mont Mary et sa crête que je suis venu reconnaître en juillet dernier, on y est presque !

Un bénévole est situé juste avant la crête, à sa vue, on se met à chanter tous en chœurs ce qui le fait bien rire, on échange quelques mots et on s’attaque à la crête, puis au sommet. Rien de bien compliqué ou dangereux, il faut mettre un peu les mains et on est assez vite en haut.


On est en haut ! 2814m, mais vient la partie qu’on craint, il faut redescendre à 500m d'altitude sur 10 km ! Heureusement, la base de vie est juste en bas, ça nous motive malgré nos craintes.


La première partie de la descente n’est pas très roulane, mais on voit assez bien le chemin à emprunter dans le pierrier, puis on arrivant dans les pâturages, le chemin devient assez simple à suivre, on décide de ne pas courir pour ne aggraver l’état de nos jambes, mais on adapte une allure de marche nous permettant de descendre 800m/h. Très vite on arrive dans la forêt, et on commence à voir les premières maisons ! La civilisation !!

On doit encore faire un détour dans Saint Christophe pour arriver à la base de vie située dans un grand stade, mais on y arrive très vite. Nous n’avons pas vraiment d’assistance, mais ma femme a fait le déplacement à Aoste pour nous accueillir à l’arrivée de la base de vie (nous on fait la course, elle, elle profite de cette virée comme des vacances :), on prend 5 minutes pour échanger, mais il ne faut pas trop trainer, on doit prendre une bonne douche et se reposer.


Bertrand semble décidé à abandonner, au vue de la nuit qu’il a passé, c’est peut-être la bonne décision par rapport à sa capacité à gérer le sommeil, on ne cherche plus à le convaincre, mais c’est toujours un peu difficile de dire au revoir à un coéquipier, on se donne rendez-vous à Chamonix samedi ou dimanche !

Il fait chaud à Aosta, ça tombe bien, les douches sont froides…. Ça nous perturbe pas plus que ça, une bonne douche et dodo, on se donne 2h max avec Rémi, mais on se lève au bout de 1H15 je crois, on prend le temps de refaire nos sacs, on ne reverra pas notre sac de délestage avant le vendredi, il faut penser à tout: nourriture, batteries, changement de tenue, entretien des pieds.

On est plus que tous les 2, on va manger rapidement et on est de nouveau d’attaque ! Ça tombe bien, on a une montée de plus de 2400mD+ à effectuer pour accéder à la prochaine difficulté de la course: la via ferrata.


Pour cette deuxième étape Bertrand prend rapidement les commandes de la navigation. La cadre est splendide, minéral et alpin, on est bien. Je sais qu’il se sent un peu inférieur et que des événements perso le rendent fragile, donc je l’encourage, le félicite. Le fait de naviguer à deux nous rends pas mal performant et l’épisode du glacier on l’on “gagne” beaucoup de temps sur les équipes qui se sont trompés de route lui donne la pêche. Pour ma part, physiquement, tout va bien, je me suis changé pour éviter les mêmes zones de frottements en passant d’un short à un cuissard, j’ai prévu un change complet dans le sac. Par contre avoir les pieds trempés rapidement pour pratiquement 24H c’est pas top, je remets donc le plus vite possible les premières chaussettes restées sèches et commencent à me protéger l’avant pied, source de tous mes tracas à la Swiss Peak avec un bout de strap. Pas d'ampoule mais quelques échauffements qu’il faut rapidement protéger pendant que l’on est encore lucide. J’ai déjà tapé dans mon capital sommeil, il faut que je garde les autres au max. Le fait d’être bien physiquement permet aussi de rester concentrer également sur l’alternance de la pose de pieds, j’ai tendance à être beaucoup sur l’avant et je me force donc à alterner posé devant, médio, talon, chaque détail compte.

Mentallement c’est la journée la plus dure, je le sais, ne dis rien mais cogite à mort et continue de blaguer et de faire comme ci c’était “très facile”. Je suis encore en mode “course”, montre, allure, vitesse verticale, place, km restant, altitude et j’arrive pas à ne pas me projeter sur ce qu’il reste  et donc tout ça me parait impossible à réaliser, d’un autre côté cela occupe aussi l’esprit.

 L’assurance de Julien est un vrai plus, il est beaucoup plus mûr que moi sur ce point et ne laisse pas de doute possible. Grâce à lui, mais sans le partager, parce que sinon c’est trop dure de garder le morale de l'équipe, je flanche pas. J’ai pas le droit, je suis le plus fort, je ne peux pas lâcher et me laisse porter en continuant de blaguer. Je regarde le message de ma fille derrière mon tel “bonne course papa, n’abandonne pas”. 

Surtout qu’au fil de la journée le morale de Bertrand s’étiole et je comprends rapidement en début de nuit que ça ne le fera pas. Et s’il arrête je dois continuer, “telle est la voie”. Il a le sentiment d’être le boulet, de nous ralentir, surtout que l’on se fait pas mal doubler, mais en fait surtout par des équipes de “coureur” qui ont passé plus de temps que nous en refuge. Il est dans le down, et on a beau lui dire que ça va tourner c’est mort. La nuit est dure, Bertrand n’est plus là mentalement et le sommeil commence sont oeuvres de sap. Heureusement j’ai de la marge physique qui permet de tenir un rythme convenable. On fait une micro sieste salvatrice, même si je ne dors pas, Bertrand a acté dans sa tête son abandon à St Christophe et cela lui donne de l'énergie pour ne pas trop nous “ralentir”. On verra bien à Saint Christophe, la descente est longue et les cuisses souffrent déjà. Mais le ⅓ de course est passé, on est confort sur la BH est on fait plus de 10000 D+ sans bobo notoire. On est fatigué, on a mal aux jambes, il faut juste se dire que c’est pour tout le monde pareil et repartir. On est toujours plus ou moins sur notre objectif de 12H samedi.

Malheureusement pour moi, toujours impossible de fermer l'œil, je me repose mais le sommeil n’arrive pas. Je sais qu’il viendra la prochaine nuit, mais il n'y a rien pour dormir.

Concernant le parcours, mon ressenti c’est  que souvent sur ce type de format, les premiers 24 sont vraiment très durs pour faire le tri, c’est le cas ici, mais version XL avec plutôt 36H très éprouvant, le plus souvent dans des grands pierriers, cheminées et autres trucs instables et pentus.  C’est vraiment très très minéral, le terrain et la navigation use beaucoup. Certaines équipes ont perdu de nombreuses heures. Pour se donner un ordre d’idée, j’ai eu le sentiment d’enchainer 2 ou 3 cols de la vache et de l’aigleton dans la même journée. Il faut être vigilant tout le temps, et ça use énormément. Après, l'environnement est loin des sentiers battus, de la haute montagne, magnifique, encore plus pour un type qui n'aime pas les arbres ;-).


Troisième section: Saint Christophe -> Degioz



On est reparti, on se rend compte qu’il va falloir marcher pas loin d’1h dans la ville pour se rendre au pied de la prochaine montée, on se dit que c'est l’occasion de faire du kilomètre en marchant vite. Rapidement on commence à monter sur l’autre versant, on croise nos amis de l’équipe des Jurassiens avec qui on prend un peu la température, on fait un bout de chemin ensemble, on se rend compte qu’on monte très vite, à plus de 700m/h, on passe un peu devant, ils nous suivent derrière, on suit le sentier sans trop se soucier du GPS, le chemin semble clair. Je crois que c’est à ce moment là qu’en même temps nos 2 équipes se sont rendu compte qu’on est totalement hors de la trace, on a dû manquer un croisement 150m plus bas… Ca ne nous ravit pas de devoir descendre ce qu’on vient de monter, on vérifie si il existe un moyen de couper, l’équipe des Jurassiens prend la décision de couper dans une forêt pour rejoindre plus loin, pour moi cette décision semble très dangereuse car au vu de la topo elle pourrait déboucher sur une falaise, je leur partage mes pensées mais ils veulent quand même tenter. Avec Rémi on choisit de redescendre jusqu’à l’intersection manquée.

Peu après qu’on ait commencé à descendre, l’équipe des Jurassiens nous rejoint en courant “C’est le bordel dans la forêt, on vous suit c’est plus sure”, on retrouve rapidement la trace et reprenons le chemin normal.

La suite de la montée est assez simple, on suit le sentier, on se retrouve sur le plateau, puis on rejoint juste avant la nuit le refuge Arbolle à 2500m, là on va bien prendre le temps de déjeuner avant d’attaquer la via Ferrata à 3100m en pleine nuit.


Les bénévoles nous indiquent qu’il faut s’équiper au refuge, probablement pour éviter de tout sortir dans le froid sur la crête: on sort le casque, le baudrier et les longes.


Rémi propose aux Jurassiens de monter ensemble, pour Rémi c’est la première fois avec un baudrier et pour moi c’est la première fois sur via ferrata sur ce type de terrain (j’avais reconnu seulement 15 minutes de cette via Ferrata en juillet par manque de temps). Très sympathique, ils acceptent volontiers, et on repart du refuge en discutant tout le long, on ne voit pas le temps passer, ils prennent le lead sur la navigation et ils envoient du lourd. On se rend compte qu’ils connaissent le forum Kikourou à travers les récits, ce qui nous permet de rebondir sur d'innombrables sujets (d’ailleurs si vous vous reconnaissez, n’hésitez pas à nous envoyer un petit commentaire, ça nous fera plaisir !!).

Les crêtes sont magnifiques, mais malheureusement avec la nuit on ne voit pas grand chose, on arrive à la Punta Valletta à 3100m, c'est à partir de là que commence la via ferrata en descendant la crête de l’autre côté. On cherche le câble de la descente, on accroche les longes, c’est parti !


Malgré notre manque d’expérience, la via ferrata reste facile, il y a certaines sections où on ne s’attache pas, car sans dangers objectifs, mais la plupart du temps on prend le temps de se sécuriser correctement, surtout lorsqu’on arrive sur des petites portions avec du gaz et des petits pas d’escalades. Il y a peut-être sur toute la via ferrata que 2 ou 3 endroits qui sont un peu plus impressionnants, la nuit atténuant l’impression de vide.


Finalement, peut-être au bout de 45 minutes, on sort enfin de la via ferrata, tout le long on a discuté avec l’équipe des Jurassiens qui ont vraiment été super et bienveillants avec nous. Ils ont besoin d’une pause après avoir rangé baudrier, casque et longes, on propose de les attendre, mais nous font signe de partir devant et de ne pas trop les attendre. On se donne rendez-vous à Degioz, malheureusement, ce sera la dernière fois qu’on les verra.

On attaque la descente vers un col, puis vers Epinel (au fond de la vallée), soit une descente de 1600D- depuis le sommet de la Punta Valletta, on sait que la descente va être très longue, mais on est pris d’un mini moment d’euphorie: la nuit est belle, le passage sur les crêtes nous a bien réveillé et on se retrouve après le col sur un sentier roulane qui donne envie de dérouler, et l’impensable arriva: on s’est mis à courir ! Alors certes, on ne descendait pas à toute allure, mais on a pu avaler une bonne partie de la descente en courant une petite heure.


En approchant près d’Epinel, on revient un peu à la réalité et on se repose la question de la stratégie dodo, l’équation est simple:

  • Il est environ 2h du matin, la dernière fois qu’on a fermé les yeux c’était 1h15 à Saint Christophe 16h auparavant, on va tomber comme des mouches dans pas longtemps.

  • On nous a prévenu qu’il ne serait pas possible de dormir à la base de vie de Degioz (mais on compte bien trouver un coin par terre si c possible), on y sera pas avant le milieu/fin de matinée.

  • Le prochain refuge où on est sure de pouvoir dormir est à Benevolo, à quasiment 1 jour de course, et sutout il est après la grande difficulté de la course (Taou Blanc), il faut dormir avant.


Conclusion: il va falloir effectuer des micro-siestes et on ne pourra pas forcément attendre que le soleil se lève…


Le groupe des Marseillais nous ont parlé de cabanes abandonnées dans la montée après Epinel qu’ils ont vu pendant leur reco, on garde cette hypothèse en tête même si on n’y croit pas trop.

On fait le plein d’eau à Epinel, on regarde si par hasard il y aurait un abri pour dormir, on ne voit rien de spécial, et on continue en partant sur notre prochain col, le Trayo à 2877m, soit 1400D+, encore une belle montée…

Je suis fatigué, mais j’arrive à supporter les somnolences, par contre je sens que Rémi qui a dormi moins que moi sur les 2 premiers jours commence à vraiment avoir du mal. On se dépêche de trouver un lieu pour pouvoir effectuer une micro-sieste, mais les cabanes que l’on croise ne sont pas faites pour pouvoir s’allonger dedans. C’est alors qu’on repère une sorte de chantier de coupe de bois, avec une sorte de plateforme en bois en plein air, on décide de se poser 10 minutes sur les planches, il fait froid et humide, il ne faut pas s’attarder.

A peine le temps de fermer les yeux, nous voilà reparti, on se dit qu’on aura peut-être l’occasion de refaire une micro-sieste plus loin, on traverse la forêt et jetons un regard à chaque cabane que nous croisons. C’est alors que l’on croit halluciner lorsque nous voyons un chalet avec une bougie allumée dedans, au milieu de nulle part, il est 3h ou 4h du matin. Pas le temps de comprendre si on est en train d’halluciner, qu’une femme sort et nous demande si nous voulons boire un thé chaud… Un peu abasourdi par la situation, on met 5 secondes à se regarder et à répondre “oui bien sûr ! C’est très gentil !”, on rentre au chaud, la dame très sympathique nous propose des gâteaux en attendant que le thé chauffe. On essaie de comprendre un peu la situation, elle nous explique que dès qu’elle s’est rendue compte qu’une course passait devant le chalet, elle a décidée de veiller toute la nuit pour proposer un peu de réconfort aux coureurs, elle est gardienne du parc Gran Paradiso ce qui lui donne accès au chalet, vraiment très sympathique elle nous explique avoir déjà aider les groupes précédents, on essaie de ne pas trop s’attarder, on boit notre thé, la remercie chaleureusement pour son initiative et repartons. (Note: on apprendra plus tard d’une équipe qui est passée beaucoup plus tôt dans cette forêt, qu’une femme est sortie en leur hurlant dessus en leur demandant ce qu’ils faisaient là en pleine nuit… Si on parle de la même personne, c’est peut-être à ce moment-là qu’elle a appris l’existence de la course).


La montée est longue, on sort de la forêt, puis l'atmosphère devient plus minérale, on est vraiment fatigué, mais il fait froid, ce n’est pas un endroit où dormir, il faut avancer. On passe le col Trayo pour redescendre dans un énorme dédale de pierres sans nom, le jour commence à se lever et en face de nous se dresse le col de Belleface, dernière difficulté avant de pouvoir rejoindre la base de vie.


J’avais déjà reconnu ce col mais de l’autre côté, il est très raide, et la dernière partie sur la face qu’on s’apprête à monter est encore plus raide.

On descendant tant bien que mal dans le petit vallon avant d’attaquer la montée au col, encore une fois, pas vraiment de chemin, orientation au GPS et au suivi des flèches jaunes dessinées sur les rochers.

C’est dur, on commence à avoir des hallucinations, surtout Rémi qui à plusieurs reprises me sort des remarques qui me font presque rire “Eh ! regardes là-bas, il y a 3 enfants assis sur le rocher.. Si si je t’assure j’ai vérifié plusieurs fois”.

Plus on avance, plus la pente se raidit, on a au début de gros cailloux sur lesquels on doit tester chacun d’entre eux pour vérifier qu’ils ne basculent pas, puis on arrive dans une sorte de sable/cailloux fins où lorsqu’on fait 1 pas en avant, on tombe de 2 pas en arrière: il faut arriver à se caler pour avancer, avec la fatigue tout est devenu compliqué, c’est un calvaire.

Rémi prend 2-3 minutes d’avance, je pense qu’il a accéléré pour se réveiller, j’essaie de suivre, on voit au moins 2-3 autres équipes dans la même galère, la plus proche de nous est une équipe de 3 italiens.

Enfin, on arrive au col, le sourire revient, certes on a une descente de 1600D- à faire sur 5km, mais j’ai déjà reconnu cette partie et je sais qu’on va très vite rejoindre un chemin qui va nous amener à la base de vie.

Les italiens nous ont rejoint, on en profite pour discuter avec eux en anglais, la nuit a été dure pour tout le monde, on partage avec eux les informations que Bertrand nous a envoyé par sms (on a pu avoir du réseau au niveau du col): il a discuté avec le directeur de course et celui ci lui a dit qu’ils ont décidé de mettre en place des lits pour dormir à Degioz. C’est une excellente nouvelle pour tout le monde, on va pouvoir dormir à la base de vie !

La descente est longue, mais on arrive à la base de vie en milieu de matinée, le soleil est présent, mais il ne fait pas trop chaud non plus (on est à 1500m d'altitude). On est super bien accueilli, ici comme pour Arolla, on a pas accès à nos sacs de délestage, on se contente de manger, on se donne 1h30 max pour dormir (on vise une pause plus longue au refuge Benevolo le soir), mais comme d’habitude on se réveille avant, je ne suis pas sûre qu’on ait dormi 1h.

A partir de là, je connais bien le parcours presque jusqu’au pied du Taou Blanc, j’ai eu l’occasion de faire cette randonnée avec ma femme en juillet dernier, je promet à Rémi qu’on va avoir de super chemins, qu’on n’aura pas besoin du GPS et du coup qu’on va dérouler. On sort de la base de vie en super forme et le moral au top !


Nous voilà donc partie, c’est un soulagement, parce que cela veut dire que sauf pépin physique on va finir, même si ça va être long et que l’on va passer des moments difficiles on va finir. C’est comme ça, il faut passer les premiers 48H, faire comprendre à la tête que même si elle est pas d’accords on va continuer. Pourquoi ? Je ne sais pas l’expliquer. Les jambes détruites en arrivant sont neuves, le moral est bon et le prochain objectif est de sortir de ces foutus arbres pour retrouver la vraie montagne. Celle ou l’on est bien. La ville, le bruit, les voitures m’ont oppressés, remonté le plus vite possible la haut.

Et puis on commence à partager avec une autre équipe et ça fait du bien. 

Pour l’instant il n’y a qu’avec les Bénévoles que l'on a vraiment échangé, on les fait rigoler, surtout moi en fait, j’ai besoin de me libérer, d’échanger, de rigoler, sinon c’est trop dure. On retrouve toujours les mêmes, on a l'occasion de parler des “Brignais” quand une bénévole me demande si je suis “Cheville de Miel” et quelle a intérêt de planquer le ravito si c’est le cas. Et puis le cameraman de la course et son assistante avec lesquels, je sais pas pourquoi, ça a tout de suite accroché, comme une évidence, comme envie de se livrer, de se faire confiance, de prendre rendez vous. ça veut dire aussi qu’on sera plus loin, que l’on aura avancé. Le téléphone est mode avion pour ne pas se faire polluer l’esprit par l'extérieur et sortir de sa course, de son aventure qu’il faut vivre pleinement. Un message par jour à me femme pour la rassurer, elle sait que je suis avec Julien, elle a confiance aussi en lui.

et puis le classement qui nous fait accélérer, on c’est pas trop pourquoi mais on progresse vachement TOP 10, puis 7ème. Avec du recul, on aurait dû comprendre que l’on aurait dû s’arrêter quand c’était possible, parce que petit à petit on use notre capital sommeil…..

La fameuse troisième journée, on retrouve des sentiers, le traceurs nous fait relâche mais si ce n’est pas simple en navigation. Et dans les grands pierriers, je suis bien, j’ai de la marge, j'aide Julien en repérant les sentes, les flèches, les moraines propices à une montée moins dure (Toujours à droite, mais à gauche du ruisseau!). Beaucoup de plaisir en fait.

refuge, mangé, boire une bière, via ferrata de nuit, rigoler, prendre des photos que si nos femmes les voient elles nous tuent, en rigoler, partager avec les Jurassiens, profiter du sentier en descente pour accélérer et chasser le sommeil. Je sais que je vais enfin pouvoir dormir au bout de 72H dans le prochain refuge qui est juste là, à une poignée d’heure. Et qu’après c’est direction la dernière base de vie, déjà.


Quatrième section: Degioz -> col du Petit Saint Bernard



On part à une très bonne allure, ça monte doucement sur une piste assez large, on doit monter à 6km/h, on a les jambes et le moral. On arrive assez vite sur le balcon du Gran Paradisio, le paysage est superbe.

Depuis le début de la course on recevait des infos du classement qui nous permettait de nous assurer qu’on était pas trop en retard par rapport au gros du peloton, ce qui pourrait être dangereux sur l’anticipation des BH, on faisait attention de ne pas traîner au delà de la 25ème/30ème place au sur les 2 premiers jours notamment. On a du réseau sur une bonne partie de l’étape d’aujourd’hui, ce qui nous permet de recevoir des informations de l’extérieur: on nous dit à un moment qu’on est entre la 7ème et la 10ème place…  Ce qui nous paraît assez absurde dans un premier temps car on a pas souvenir d’avoir doublé autant de groupes, on pense que c’est peut-être un bug, puis en y réfléchissant on se dit que c’est probablement dû à nos nuits très courtes (et qu’on va forcément le payer). En attendant, même si on ne cherche pas à jouer le classement, cette info nous booste, car ça veut dire qu’on est en train de probablement réaliser une bonne course !

On arrive à un lac, puis au pied du col du Manteau où on retrouve de nouveau quelques pierres hors sentier, mais ça ne dure pas très longtemps, très vite on redescend de l’autre côté, direction le Taou Blanc, la partie technique que je crains le plus: “est-ce qu’ils ont sécuriser les crêtes ?”, “quel temps en haut ?”, …



En regardant l’heure, on se dit qu’on est en train de gagner notre pari: on va passer la Taou Blanc avant la nuit (c’est aussi un paramètre qui nous a fait accélérer toute la journée, on ne voulait pas passer de nuit).

Tout de suite, ça devient moins facile: on sort le GPS pour repérer l’approche, il n’y a plus de sentiers, puis on commence à monter dans une moraine très raide qui débouche dans un pierrier.

On passe les 3000m d’altitude, le temps se rafraîchit, le soleil est complètement caché et en arrivant au pied du glacier le vent se lève et souffle fort par moment. On commence à voir quelques fanions qui nous dirigent au niveau d’un bénévole qui sécurise l’accès au glacier.

Il nous explique qu’à partir de ce point il faut l’équipement complet: crampons, baudrier, longes et casque. On en profite aussi pour bien s’habiller car on sait que là haut ça peut envoyer du lourd, il reste presque 400m de dénivelé à faire.


Le glacier est beaucoup trop incliné par rapport à nos petits crampons, l’organisation a mis en place une corde sur toute la partie raide, il doit bien y avoir plus de 200m de corde. On range les bâtons, s’agrippe à la corde et plante les crampons, tous les 20m environs, il y a des fixations dans la glace qui permettent de sécuriser la section, à chacune de ces sections, on s’arrête pour faire suivre les longes, ça me rappelle les reportages que j’ai pu voir sur les alpinistes qui montent l’Everest avec les cordes déjà en place. C’est assez bien sécurisé, mais le mieux c’est quand même de ne pas déraper:-)

En haut du glacier, la pente est moins raide et il y a de la neige qui permet de mieux accrocher, on garde les crampons et on continue en direction du pied de la crête, j’adore cette atmosphère de haute montagne, mais dans notre cas c’est oppressant, on approche d’une section qu’on sait gazeuse et avec quelques pas d’escalades, on ne sait pas encore à quelle sauce on va être mangé.

On retrouve 2 bénévoles à côté de leur tente, le vent commence à vraiment souffler fort. On enlève les crampons et on parle 5 minutes avec eux: il y a presque 300m de cordes pour sécuriser la crête, les parties gazeuses ont des accroches assez simples, seule les premiers pas pour accéder à la crête demande à faire attention car un peu plus compliqué.

Bon de toute façon il faut y aller… On récupère une première corde pour nous aider à monter dans un éboulis qui nous donne accès à l’épaule, et devant nous se dresse la fameuse crête. Rémi me laisse volontiers passer devant, je vois une corde bleue devant moi, ça doit être le départ.


On accroche nos longes à la corde, mais ça ne sert à rien: il y a bien 20 ou 30m de corde avant une première fixation, donc en cas de chute, corde ou pas, ça ne change rien, j’espère que ça ne sera pas comme ça plus loin :-) J’avoue bien rester quelques dizaines de secondes pour comprendre comment passer la première prise qui faut aller chercher très haut en hauteur, sans avoir la possibilité de mettre les pieds pour pousser, je me cale entre les 2 rochers avec mon dos, je pousse avec mon coude et hop, ça passe.. Bon là c’est plus du trail ! Je vais chercher la première section d’accroche plus haut pour me sécuriser et je donne le GO à Rémi qui suit.

 

Plus loin ça devient gazeux, des petites prises mais qui accrochent bien, avec un petit passage un peu flippant où il faut se retourner pour passer sous la corde. Je vois à un moment un morceau de corde sectionné assez profondément, je ne sais pas comment c’est possible, mais je préfère ne pas tomber pour ne pas avoir à tester la fiabilité du matériel. Mais bon, aucune raison, ici c’est comme une via cordata très facile.

Je devine le sommet et la fin de la section, on sort de la zone d’escalade, une certaine euphorie s’empare de nous, sur le papier on a passé toutes les grosses difficultés techniques et on a réussi à passer celle-ci de jour ! On chante 30 secondes une chanson improvisée sur notre victoire épic sur le Taou Blanc, on enlève le matos et on ne traine pas, il fait FROID !


Au descend au col Leynir (3084m), de ce côté du Taou Blanc, il y a un sentier bien connu des randonneurs, c’est beaucoup plus simple ! Au col Leynir on part direction nord-est, on nous avait avertis que ce col était un peu technique et surtout que derrière nous allions nous retrouver hors du sentier. Effectivement, on trouve des barres de fers et quelques câbles qui sécurisent la descente, avec ce qu’on a vu auparavant, c’est presque roulane ! On rejoint très vite une équipe qui semble ne plus progresser dans la moraine hors sentier: ce sont nos amis belges qui ont du mal à s’orienter sur la trace, on leur propose de nous suivre, on semble plus à l’aise et plus rapide.

Je prends la navigation en main et la nuit commence vraiment à tomber, je me sens pousser des ailes et l’orientation me semble facile: je vois facilement les cairns au loin et la trace GPS me semble claire. On a un rythme soutenu, on court presque, je vois que le rythme convient aux belges alors on continue, ça à peut-être duré 45min-1h et on a beaucoup avancé. On décide de faire une pause de 2 minutes pour enlever les vestes, les belges passent devant et nous remercient pour l’aide sur la navigation, on sait qu’on aura l’occasion de se revoir, surement au refuge Benevolo où on a tous prévu de dormir.

On se retrouve dans une zone entre la forêts et les pâturages,  globalement on descend mais il y a 2-3 bosses à passer avant le refuge, c’est long et surtout il y a par moment un vent de malade, on plaint ceux qui doivent passer le Taou Blanc pendant la nuit…


On aperçoit une lueur dans la nuit, le refuge ! On est jeudi soir, on est exténués, on arrive au refuge, nous ne sommes pas beaucoup d’équipes. On retrouve nos amis belges et on demande tout de suite comment ça se passe pour dormir, on nous propose de dormir tous les 4 ensembles, les belges en haut comme ils pensent dormir 4h, nous en bas, on se donne 1h max en misant tout sur le petit saint bernard.

On mange rapidement, on boit notre bière, le repas est super et l’équipe de bénévole au top comme d’habitude, puis on part au dodo. 45min plus tard on est déjà levé, même avec la fatigue, on a du mal à avoir un vrai sommeil, on prend 2 doubles expresso, et on est reparti ! Avec le vent de la veille, on s’habille bien, on commence par une grosse montée de 800D+ au col Bassac Déré (3082m).


On suit notre rythme de montée: 650m/h, on a quelques passages en névé très dur, mais on passe sans crampons, parfois on contourne sur la moraine toute proche. Enfin, on atteint le col, c’est le dernier col à plus de 3000m qu’on aura à franchir… Derrière, ça à l’air d’un sacré bordel ! la lune éclair des glaciers, des lacs, des moraines instables et des falaises, on ne devine pas vraiment de sentiers, seulement par moment. On repart sur une navigation au mètre près sur le GPS.

On fait à un moment une erreur d’à peine 5 m sur le GPS, on se retrouve très vite embarré, le chemin qu’on aurait dû prendre et sur la falaise 10m plus haut, on trouve une sorte de cheminée pour reprendre le bon déroulé du tracé, il faut vraiment qu’on fasse attention à ce qu’on fait, la nuit complique tout.

C’est fatigant, on aimerait aller plus vite pour avoir l’occasion de prendre un café au refuge Bezzi (qui n’est qu’à 10km de Benevolo), heureusement en arrivant plus bas, on retrouve un sentier et on peut allonger un peu le pas.

Une lumière dans la nuit, c’est le refuge Bezzi, on s’arrête. C’est un refuge privé mais avec une salle et un bénévole qui s’occupe de la course. On demande si on peut payer un café et un petit truc à grignoter, mais on nous fait comprendre que c’est le menu “repas PTL” en entier ou rien, car le refuge étant fermé à cette heure là, on ne peut pas manger ou boire autre chose. On comprend, tant pis (il nous reste qu’un ticket repas qu’on réserve pour le refuge Robert Blanc), le bénévole nous offre quand même un thé et un petit plat de fromage/charcuterie, c’est vraiment sympa de sa part. Une équipe d’italiens arrive, nous on repart, le prochain arrêt ça sera le refuge du Ruitor et ce n’est pas prévu avant la fin de matinée/début d’après-midi.

Le jour commence à se lever, nous on fatigue de plus en plus, les chemins s'élargissent jusqu’à rejoindre une route de 4x4, c’est à ce moment que Rémi casse un de ses bâtons qui devient inutilisable. Ca nous donne un coup au moral, mais il en a 1 de rechange dans son sac de délestage qu’il pourra récupérer au col du Petit Saint Bernard. L’autre problème c’est qu’on est complètement HS, on s’endort, surtout Rémi qui manque de tomber de peu à 2 reprises, on se dit qu’on dormira un peu plus haut lorsque le soleil sortira, il faut qu’on tienne encore 1 ou 2 heures.

On commence notre ascension en direction du col de la Sassière, 1000mD+, où on sait qu’au sommet l’organisation à mis une corde pour passer un névé très raide, à voire à quel point n’avoir qu’un bâton va être handicapant. La montée est longue, on lutte contre la fatigue, les premiers rayons de soleil apparaissent, il fait encore froid, mais ça ne devient plus possible, on trouve 1 endroit dans l’herbe et on décide de fermer les yeux 10 minutes. Je crois que j’ai vraiment dormi qu’une minute, mais ça suffit à pouvoir relancer la machine.

On arrive au Lago di San Grato, le GPS est affirmatif : il faut monter droit dans le pentu, dans la moraine, entre la rivière et une barre rocheuse, ok, on s’exécute, Rémi galère un peu avec son bâton mais il donne le rythme et on arrive très vite au pied du névé. La neige est bien dure, mais ça tient assez bien, d’ailleurs je crois qu’on n’a pas chaussé les crampons sur cette partie. Arrivé à la corde, on a bien forcé sur les bras, et hop ! C’est le col !


On a très vite déchanté en regardant de l’autre côté: descente de le pierrier/névé, pas de chemins et à priori ça va être comme ça un bon moment…

Je me souviens de cette partie comme un vrai calvaire: on s'endormait, on avait mal aux jambes et on voulait absolument rejoindre le refuge Ruitor pour faire une pause. On se retrouvait à passer de cailloux en cailloux une fois de plus à suivre des cairns à peine visible et vérifier la trace GPS en permanence. Heureusement, au bout d’un moment on a repris un sentier et pu continuer plus rapidement en direction du refuge.

Le refuge n’est pas sur la trace, il faut s’éloigner de 200-300m pour le rejoindre, mais ça vaut le coup vu que la prochaine étape n’est pas attendue avant le soir. Le gardien nous explique que son refuge n’est pas partenaire, mais qu’il fait son possible pour aider les coureurs, en se levant plus tôt et se couchant plus tard, c’est vraiment sympa de sa part, on commande une pinte de bière chacun, 2 soupes, un énorme plat de fromage/charcuterie et 2 tartes au myrtilles !

Le gardien super sympa donne même un vieux bâton de ski à Rémi pour le dépanner jusqu’à la base de vie (et vu ce qu’il nous attend après, je pense que ça l’a vraiment vraiment aidé).

Comme nous, le groupe des italiens arrive et se pose, nous on repart, on a pas dormi, mais le temps est radieux, on se dirige vers le col Tachuy et on pense pouvoir dormir là bas.


On reprend le tracé, on croise une équipe de 2 français qui semble faire l’impasse sur le Ruitor, ils ont un bon rythme, on se suit, on échange quelques mots mais sans plus, je pense que tout le monde est dans sa bulle, le passage du col de la Sassière semblait les avoir moins marqué que nous. Ils nous propose de passer devant, on a un bon rythme, par moment on fait des pointes à 750m/h, on s’exécute et assez vite une distance se crée, on se pose des questions sur notre vitesse, on en fait peut-être trop, mais là on se sent bien, alors on continue…

Peut-être trente minutes plus tard, on prend un gros coup de fatigue derrière la tête, on décide de faire une sieste sur un rocher, on se donne 10-15 minutes, mais on sera plus proche des 15-20 minutes. Bizarrement le groupe de français derrière nous n’est pas repassé devant, on se dit qu’ils ont dû eux aussi faire une pause plus bas.


On reprend notre chemin et on arrive au col Tachuy, j’avais déjà reconnu cette partie en juillet, mais pas la partie qui vient après qui était complètement en neige à l’époque.


On ne le sait pas encore, mais c’est ici que va commencer notre descente en enfer, pour nous notre plus mauvais moment de la course.

On est encore fatigué et là plus aucun sentier, on prend la trace GPS, on comprend qu’on doit suivre la crête, puis ensuite il y a une série de petites barres rocheuses dans les éboulis, la trace GPS s'efforce à nous faire prendre le bon chemin pour ne pas se retrouver embarrer: il faut garder l’oeil en permanence sur la trace, pas de cairns ici, chaque pierre est potentiellement piégeuse, bref on avance pas… Je pense qu’on a dû faire moins d’1km en 1h au pire moment ou pas loin. J’ouvre la marche, Rémi suit, parfois il prend le relais avec la montre pour économiser la batterie.

On arrive au col de Serres (2701m), je me rappelle de la tête de Rémi quand il a regardé de l’autre côté “Mais WTF, il faut descendre là dedans ?” :-D Une belle descente hyper raide où il faut réussir à accumuler qqs cailloux sous le pied pour freiner sa chute et ne pas continuer 20m plus bas, c’est le moment de surfer, sauf que les pieds ne sont pas d’accord..

On retrouve des cailloux un peu plus gros plus bas, ce qui permet de mieux maîtriser la descente, on fait une erreur sur un névé, on remonte un peu, et on se retrouve sur une pente herbeuse très raide qu’il faut traverser pour aller vers un autre pierrier. On assure chacun de nos pas en espérant ne pas déraper, ça passe, on commence vraiment à en avoir marre, surtout Rémi qui hurle “J’ai mal lu la notice ! Je ne m’attendais pas à un tel engagement technique !” il est assez énervé et le moral à 0, je le rassure en lui disant que dès qu’on arrivera au sommet du Mont Valaisan, j’ai reconnu l’endroit et il y a un sentier ! De toute façon, il faut avancer.

On se retourne, on voit une équipe de 2 arriver, surement les 2 français qu’on a croisé dans la montée du Tachuy, je crois qu’on a échangé quelques mots, mais ils semblent beaucoup plus à l’aise que nous et fonce, on essaie de leur enquiller le pas, ça fait des heures qu’on a croisé personne, ça serait bien de faire un bout de chemin ensemble. Au même moment une autre équipe de 2 arrive, on est tous ensemble, mais on a décidément pas le même niveau dans la montée du pierrier, on peine et ça leur semble presque facile. On essaie de discuter, mais tout le monde est un peu dans sa bulle, on va plutôt se contenter d’essayer de suivre. C’est raide, très raide, on est dans un pierrier instable et le jeu est d’essayer de ne pas balancer un caillou sur un camarade…

Petit à petit on se retrouve sur la crête du mont Valaisan, puis rapidement au sommet, les 2 groupes de français accélèrent, à partir d’ici je connais car j’étais venu en reco en juillet, mais je ne comprend pas pourquoi ils descendent du côté des pistes de ski alors qu’on est censé longer les crêtes. Rémi hésite à les suivre, je lui dit que ce n’est pas le bon chemin et je hurle dans leur direction. Ils étaient justement en train de vérifier leur trace et remontent aussitôt. Nous on part sur la bonne trace, mais dans mon élan je prends une mauvaise sente, et on se trouve embarré, forcé de faire nous aussi demi tour, le groupe nous repasse devant, je blague devant la situation mais on est vraiment tous fatigué...

Le soleil n’est pas loin de se coucher, il commence à faire froid, on est de nouveau seul, on avance comme on peut, on est crevé. Les crêtes sont magnifiques, mais rien à voir avec le spectacle de ma reco de juillet, là on en profite pas, on arrive de nouveau sur une partie hors sentier, et on voit un groupe de 4 revenir d’une sentier beaucoup plus bas, c’est encore les 2 équipes qui ont pris la mauvaise trace. Mais ils ont l’air tellement en forme que ça ne les empêche pas de rester devant nous tranquillement, ils discutent entre eux comme si de rien n’était, je suis impressionné.

Je dis à Rémi qu’il faut éviter de les perdre, car on va forcément ralentir l’allure sans même le vouloir si on reste seul, on se force à les suivre jusqu’à la crête un peu pourri qui redescend au col du Bélvédère. Tout le monde est assez à l’aise, ça descend vite, c’est la dernière difficulté de la journée.

Maintenant il ne reste plus qu’à descendre la piste de ski et rejoindre le sentier qui va au col du petit saint bernard. Une petite brume apparaît avec le vent, la sensation est vraiment glaciale… On a la flemme de s’arrêter pour mettre les gants, on tremble en essayant d’avancer le plus vite possible, mais avec la fatigue on a perdu le groupe devant nous. La nuit tombe, on a toujours pas mis la frontale, on se perd sur une partie hors sentier, mais en voyant l’hospice du col en bas, je reconnais et reprend les rennes. On met la frontale et on retrouve le sentier, ça y est, on est arrivé !!


Cette fois, pas de chichi, on en a plein le derche, on va faire une méga pause ! ma femme nous accueille sur la route, elle a acheté une pizza pour nous, ça fait trop plaisir. J’ai besoin de couper un peu, je vais dans la voiture bien au chaud manger la moitié de la pizza en profitant de cette pause pour discuter avec ma femme qui a nous a attendu toute la journée, Rémi préfère me laisser seul et commencer à préparer ses affaires, je lui ramènerais l’autre moitié de pizza.

Je rejoins Rémi à la base de vie, c’est très atypique….. Une salle dans une sorte d’ancienne bergerie pour faire nos sacs, et pour manger et dormir, il faut faire 50m dehors et monter 3 étages. Et surtout, la mauvaise nouvelle: pas de douches…. on a pu se doucher 1 seule fois sur toute la course, on ne doit pas sentir la rose :-)

On va manger, boire une bière, et dormir, on se prévoit pas moins de 2h ! Finalement on dormira près de 2h, le lieu est plutôt calme et il y avait peu d’équipes quand on est arrivé, ça nous a aidé.

En tout on est resté un peu plus de 4h au petit saint bernard, on avait besoin de cette pause.




Tout démarrait pourtant parfaitement. Le temps est idéal, ni trop chaud, ni trop froid et on avait enfin un sentier “facile” où l'on pouvait "gagner" des kilomètres. On était encore sur notre RB samedi à 12H, la tête et les jambes allaient bien. On c’est laissé un peu grisé, la dernière grosse difficultés annoncés étaient à portée de main, et puis le classement 7ème, et puis les ⅔ de courses et les ¾ du D+ était fait, il n’y avait qu’à se laisser porter à l’arrivée. “Très facile”. Alors on a “foncé”, franchi ce fameux Taou Blanc avec la banane, ça y est, on est des champions, 1er Français la classe. 

Sauf que le machiavélique traceur nous a joué des tours et que l’on a très mal géré le sommeil. Tout se paye sur un Ultra. Clairement on aurait dû beaucoup plus dormir sur cette section ce que l’on a pas fait. Doucement, en même temps que le terrain devenait de plus en plus dur, la fatigue, le manque de lucidité nous fait faire des mauvais choix. On aurait dû dormir dans tous les refuges rencontrés. Le dernier moment de grâce fut au Ruitor à se gaver et à boire une pinte au milieu des montagnes. Et puis comme je le dis souvent, il faut savoir accueillir les bons et les mauvais moments avec la même bienveillance. Tout ça ce ne sont que des péripéties, un bâton cassé, une chute, les ampoules qui arrivent,il faut continuer à avancer. Au final on se dit aussi que personne nous double c’est que tout le monde est dans la même situation. Je ne sais pas si le terrain était si terrible que ça ou que la fatigue à jouer sur la notion de dangerosité. Un peu des 2 sans doute. Je m'étais préparé aux difficultés “annoncés”, mais pas forcément à ses transitions qui au final étaient beaucoup plus éprouvantes psychologiquement car je n’en voyais jamais la fin. Une succession de montées et de descentes dans des pentes et terrains instables ou l’erreur de navigation se paye cash. Qu’elle chance d’avoir Julien à mes côtés. J’ai eu l’impression d’un bloc de granite que rien ne touche, pourtant je suis sûr qu’il devait autant subir que moi. On est tellement proche de le faire mais si loin en même temps. Pour les points positifs on avance encore pas mal en journée, mais on paye notre dette de sommeil dès que la nuit tombe. L’Objectif est donc d’essayer de faire une grosse pause à St Bernard pour essayer de finir propre. Nos routines sont en place, et même si la base vie est clairement un peu pourrie, on s’adapte avec le sourire et on est prêts pour repartir pour une longue journée. Notre RB est maintenant dans les choux mais il était impossible de prendre en compte une telle difficulté sur le terrain. Demain on sera à Chamonix, même si on sait que ça va être long, très long.


Cinquième et dernière section: col du Petit Saint Bernard -> Chamonix



On repart en mettant la doudoune en plus de la veste, vu le froid qu’il faisait quand on est arrivé, avec le vent et l’humidité, on préfère avoir chaud que froid.

On a reçu un message sur la balise satellite la veille pour nous informer que le tracé principal serait changé à cause d’un accès dangereux avant Robert Blanc (glace sur les dalles autour des ruisseaux): au lieu d’aller au refuge Robert Blanc et ensuite de passer au col de l’Enclave, on va aller directement au col de la Seigne puis au col du Bonhomme en passant par le col de Fours.



D’un côté c’est une bonne nouvelle, car je ne connais pas le col de l’Enclave, mais on m’a mis en garde plusieurs fois sur ce col très raide et technique (d’ailleurs le casque est obligatoire à ce niveau), et je pense qu’on a eu notre dose de technique… D’un autre côté, ça à l’air d’ajouter à vu de nez au moins 5km, mais c’est du roulane. Un bénévole nous a indiqué au Petit Saint Bernard que le refuge de la Croix du Bonhomme prendrait le relais en tant que refuge partenaire au lieu de Robert Blanc (le dernier avant Chamonix), il faudra cependant bien pensé à sortir de 300m de la nouvelle trace.


Désormais, jusqu’à Chamonix, je connais tout le parcours que j’ai fait à plusieurs reprises sur des offs ou des courses, il n’y a plus de surprises. Je prépare Rémi à la dernière difficulté au niveau de la Bassa Serra (surtout le névé avant le col de Chavannes qui va dépendre de la façon dont l’organisation l’a sécurisé - Sur un off l’année dernière, on avait dû contourner ce névé par le haut, et ce n’était pas une balade de santé...), je lui promet que dès le col de la Seigne, on retourne sur le TMB avec des sentiers tellement large qu’on peut y passer avec un vélo d’enfant :-D


Il fait froid, on avance, cette partie jusqu’à la Bassa Serra est juste longue, il y a un sentier qu’il suffit de suivre. Il fait très froid, le vent est tombé, mais tout est gelé autour de nous, les rochers sont givrés, il doit faire entre -1 et -5°, on monte quand même à plus de 2700m. La nuit à la base de vie nous a pas suffit, on tombe comme des mouches, on est très bien habillé, on s’allonge sur les rochers les moins givrés, 10 minutes, on répétera l’opération 1 à 2 fois pendant toute la nuit, on dort n’importe où par n’importe quelle température, on ne fait plus de calculs comme les jours précédents.

On est seul dans la nuit, on arrive au levé du jour au niveau du passage de la Bassa Serra, sécurisé par l’orga (ça passe aussi très bien sans corde), la corde pour sortir avant le petit névé est pratique pour éviter d’avoir à marcher sur la glace.


Il ne reste plus que le passage équipé avant le col de Chavannes, on s’y dirige lorsque j’entend un bruit de chute derrière mois, je me retourne et je vois Rémi rouler sur le pierrier où on se trouve: il a glissé sur un rocher givré, heureusement il se relève sans trop de bobo, si ce n’est que sa doudoune s’est déchirée et que des plumes volent de partout..

On continue en faisant attention jusqu’au fameux passage. On ne voit personne, ça parait bien sécurisé et on hésite à passer sans s’équiper, puis on se dit qu’on est pas à 5 minutes prêts et qu’avec la fatigue il faut faire les choses correctement, on commence à s’équiper: baudrier, casque, longe et crampons… Ca tombe bien, un bénévole apparaît et nous dit “tout l’équipement est obligatoire ici”.



On s’équipe, on passe, on discute avec le bénévole et on file sur le col de Chavannes, un groupe semble arriver derrière nous, on pense qu’il va nous doubler pendant qu’on retire l’équipement, mais ce n’est pas le cas, ils ont dû prendre leur temps dans ce passage.



Du col de Chavannes, nous prenons la direction du col de la Seigne, il y a encore du pierrier, mais bientôt on aura un vrai chemin, je le répète à Rémi qui s’impatiente, mais qui est comme moi de bonne humeur.

On arrive au col de la Seigne, les derniers de l’UTMB sont passés il y a peu (on les voyait depuis le col de Chavannes en contrebas), on croise des dizaines de randonneurs, on rigole: on vient de croiser plus de randonneurs en 2 minutes que depuis lundi !

Rémi est content: un énorme sentier tout roulane ! On descend sur le refuge des Mottets avec l’objectif d’y boire un café, on va vite, mais on n'ose pas courir, les jambes sont fracassées et il reste beaucoup de chemin. Les difficultés derrière nous, j’en profite pour féliciter Rémi pour son mental avec notamment la journée d’hier qu’on a affronté, il y a probablement peu de personnes avec qui j’aurais pu vivre cette aventure jusque là, avec la gestion du sommeil qu’on a mis en place.

On arrive aux Mottets, un petit café et on repart aussitôt, direction le village des glaciers pour attaquer la montée au col des Fours. On croise le photographe de la course et sa collègue avec qui on a beaucoup échangé depuis lundi, il marche 5 minutes avec nous pour discuter, vraiment une personne très sympathique !

On attaque la montée au col, 900mD+, je sais que la dernière partie va faire mal aux jambes, mais en montée on a encore une belle allure de 650-700m/h. En montant on croise un local, une dégaine genre Vik dans 10 ans mais avec des boosters :-D On propose de le laisser passer mais il préfère rester avec nous, on discute un peu, il connaît très bien la région et me confirme que le col de l’Enclave c’est technique et qu’on a de la chance de l’éviter. Peu avant le col, on fait une pause de 2 minutes, le mec nous double en nous souhaitant bonne chance et relie le col en courant… Jusqu’au bout… Une machine en fait.

Peu après on arrive au col, il y a pas mal de vent, ça caille en fait ! On commence à descendre en direction du refuge, on se rend compte que nos pieds ont vraiment un problème dans les descentes, on a du mal à avancer. On croise l’équipe de bénévole qui avait sécurisé le Taou Blanc, ils font la route avec nous jusqu’au refuge, en nous confiant que très peu d’équipe ont fait le détour.


On arrive au refuge, on retrouve toute la petite bande de bénévole qu’on a croisé à plusieurs reprises, on est la seule équipe PTL, on se met à côté de leur table pour discuter et on s’envoie l’équivalent de 4 portions de croziflettes à 2, ça ne rigole pas au refuge de la Croix du Bonhomme sur la nourriture ! D’après les bénévoles, la plupart des coureurs ne font pas le détour et préfèrent s’arrêter au refuge de la Balme (qui n’est pas partenaire). Nous on est bien, on prend 30-40 minutes, on mange, on boit une bière, on discute, il faut faire le plein d’énergie positive pour affronter les 45km restants. Un des bénévole qui s’occupe de sécuriser le parcours nous confie aussi que la difficulté du parcours de cette année a pesé dans la balance de couper le col de l’Enclave (en plus du danger objectif du gel), qu’il ne reste plus à ce moment que 27 équipes en course.


On remercie la petite équipe de bénévoles, on met les vestes et on repart ! En arrivant à la bifurcation du tracé, on croise nos amis Belges qui font route vers le refuge d’où on vient, ils ne souhaitent pas s’y arrêter, mais pensaient qu’il était obligatoire d’y aller pour pointer, et leur dit que non, ce qui leur évite un détour inutile, et on descend tous les 4 en direction du refuge de la Balme.

Ça nous aide bien de descendre en discutant, Rémi à la faculté de toujours rebondir sur des sujets en commun, ce qui fait que personne ne s’ennuie, le temps passe vite quand on discute, et on a pas le temps de penser aux jambes. Nos amis belges ont une partie de leur famille qui les suit sur le parcours, ils nous encouragent aussi à notre passage, puis en arrivant au refuge de la Balme, ils font tous une pause pour manger, on décide de les laisser ensemble et de continuer, on se croisera probablement plus tard vu la vitesse à laquelle ils vont… On croise au refuge une autre équipe de français aux visages bien fatigués, ils me demandent combien de km il reste selon moi, je répond facilement plus de 35km, il me répond qu’il pensait pareil, ça ne rassure pas Rémi qui s’était mis en tête qu’il en restait moins.


Je reçois un message de Bertrand qui pense venir nous rejoindre aux Houches cette nuit pour finir avec nous, ça nous fait super plaisir de lire ça, arriver à Chamonix à 3 en retrouvant notre coéquipier c’est la meilleure façon de terminer la course.

En attendant, on est en grosse galère, depuis qu’on a lâché nos amis belges, chaque pose du pied au sol déclenche une petite souffrance, Rémi c’est pareil et voire pire avec ses ampoules, on ne va pas vite mais on essaie de garder un rythme. C’est à ce moment-là qu’on aperçoit au loin un chapeau orange qu’on connaît bien, c’est un chapeau de l’Euforia ! Puis une chanson se met à raisonner dans la montagne, je ne me souviens pas des paroles, mais de quelques mots:  “C’est la PTL…. on lève bien haut la jambe gauche, puis la jambe droite...”, on se regarde avec Rémi et on se met à danser, on réalise que le poto Julien (JuCB) a fait le déplacement pour venir nous encourager ! Que ça fait plaisir !


On est à ce moment là pas encore arrivé au niveau du refuge Nant Borrant, il reste encore beaucoup de chemin assez monotone, et ça fait du bien de pouvoir parler et avancer en pensant à autre chose.

Le temps passe beaucoup plus vite, je pense bien 1h30 en compagnie de JuCB qui nous a reboosté avec ses chamallow cuits au col de la Perche durant l’Echappée Belle (pour l’anecdote, tous ceux qui ont mangé les chamallow sont finishers !).

Peu avant de passer au-dessus des Contamines, JuCB regagne sa voiture et nous voilà de nouveau seul, on a une bosse à monter avant d’attaquer la montée vers le chalet du Truc, la prochaine destination. On nous a indiqué au briefing que le chalet du Truc a été retiré au dernier moment des refuges partenaires, et vu l’heure à laquelle on devrait arriver (~20h), il ne faut pas imaginer pouvoir s’arrêter, peut-être à la rigueur pour dormir sur un banc à l’extérieur.


L’envie de dormir refait son apparition, et il commence à tomber quelques gouttes de pluie, pas idéal pour s’arrêter dormir sur un coin de la route… On voit nos amis belges arriver comme des flèches, ils sont euphoriques, ils nous laissent sur place, quelle allure ! On tient bon mais on ne cherche pas à les suivre, on attaque la montée vers le chalet du Truc et comme d’habitude, en montée on garde un bon rythme. On voit devant nous une équipe qui passe devant le refuge, à notre grande surprise on voit la gardienne sortir et leur proposer quelque chose… Tiens, peut-être qu’il y a moyen de boire un café… Rémi se dirige vers le refuge, puis demande si c possible de boire un café, quitte à rester dehors sous l’avant toit pour ne pas déranger dedans. La gardienne super sympathique nous propose aussi une soupe chaude, on accepte volontiers. 2 minutes plus tard elle revient en nous disant qu’elle nous a fait une place à l’intérieur, c’est comme dans un rêve !

De voir une telle volonté d’aider les équipes de la PTL nous interpelle sur le fait que le refuge n’est plus partenaire, on lui pose la question et elle nous explique que l’organisation l’avait contactée pour en faire parti, ce à quoi elle a répondu “Ca m’intéresse, mais combien de couchages il vous faut car nous sommes un petit refuge avec 1 seul dortoir”, l’orga devait la rappeler, puis sans réponse de l’organisation elle a repris ses réservations privées, jusqu’à ce que l’orga la recontacte quelques jours avant la course, lui demandant si c’est toujours “OK”, un malentendu puisque ça n’avait jamais été OK. Bref, malgré la situation, on peut se mettre au chaud et boire une soupe et un café avant d’affronter la nuit.

On discute avec une équipe de 3 français à côté, on leur propose de repartir ensemble, ils disent avoir le même rythme que nous, ils acceptent volontiers.


On se prépare, on repart et on remercie chaleureusement la gardienne. Le soleil se couche, c’est bientôt la nuit. La prochaine étape on la connait bien: descendre sur les chalets de Miage, puis remonter le fameux col du Tricot, ensuite ça sera direction Bellevue en passant par la passerelle de Bionnassay.



Le groupe de 3 n’a pas du tout notre rythme, ils vont beaucoup plus vite, on essaie de leur emboîter le pas, on discute un peu mais on a moins de sujets en commun qu’avec nos amis belges. On se dit que dans le col du Tricot on arrivera mieux à suivre avec notre allure en montée.. Sauf que non, ils ont de l’énergie à revendre, ils doivent monter à plus de 750m/h, on suit un moment puis on se dit que ce n’est vraiment pas le moment de s’épuiser, on les lâche en leur souhaitant bonne continuation, on se remet sur un rythme de 650m/h.

On avait oublié à quel point le Tricot sur ce versant est redoutable en fin de course, mais c’est la dernière grosse montée, il nous restera plus que la bosse après Bellevue. On prend sur nous, puis on arrive au col, maintenant il faut descendre… On s’endort en marchant mais on essaie de ne pas s’arrêter, on se fixe d’arriver au moins à Bellevue avant d’imaginer faire une sieste. J’envoie un message à Bertrand pour lui redire à quel point ça va nous faire du bien de le voir aux Houches, j’ai l’impression que Rémi se décompose sous la fatigue et je ne trouve plus de sujets pour le tenir éveillé, notre chef d’équipe Bertrand, lui, a toujours des chansons en réserve ;-)

Je fais une erreur de navigation et part sur la gauche au lieu de prendre la passerelle de Bionnassay, heureusement on s’en rend compte assez vite en ne reconnaissant pas les lieux, on fait 50m de D+ pour rien, on en fait abstraction et on repart en direction de la passerelle, puis de Bellevue. Avec la nuit et la fatigue, il faut qu’on reste attentif.


En arrivant au niveau de la gare de Bellevue, on décide de faire une sieste de 10 minutes, on s’allonge directement sur le plancher de la zone d’attente. On se relève, pas certain d’avoir dormi, pas certain d’être mieux, mais il faut avancer. On monte la dernière bosse qui nous fait basculer du côté des Houches, puis on commence la descente qu’on craint tellement pour nos pieds, ça va être un très mauvais moment à passer mais on a pas le choix. Heureusement, on croise assez vite une frontale en sens inverse, c’est notre Bertrand, qu’est-ce qu’on est content de le voir, il à l’air en pleine forme. Ca réveille d’un coup Rémi qui ressort ses théories pour goudronner toute la montagne et sur le fait qu’il avait mal lu la notice sur la difficulté technique de la PTL. La discussion nous permet de descendre jusqu’aux Houches, là on fait une pause d’une quinzaine de minutes, la famille à Rémi a fait le déplacement surprise, mais comme on est très lent, les pauvres nous attendaient en dormant dans la voiture. On mange un peu et discute, il nous reste encore 10km, ça parait ridicule, mais à la vitesse où on va, ça se traduit par 2h30-3h de course où il va falloir tenir le sommeil.


On repart, c’est un gros chemin de 4x4 avec quelques bosses, très monotone ! Rémi s’endort carrément et à tendance à partir sur la droite, sauf que par moment sur la droite il y a un sacré fossé, on le met sur la gauche et on se place à droite pour faire barrière. J’ai moi aussi des moments où je ne suis pas loin de perdre conscience, mais je ne sais pas comment, j’arrive toujours à vaincre ce sommeil. Rémi chante l’alphabet dans la montagne et invente des chansons qu’il hurle dans la montagne, ça à le mérite de le tenir éveillé !

Rémi commence à voir des formes et des visages dans chaque arbre ou rocher, je vois la même chose que lui, on explose de rire, Bertrand ne voit rien mais ça le fait bien rigoler (et s’inquiéter aussi :-), on est vraiment au fond du trou. Heureusement, on commence à rentrer petit à petit dans Chamonix, on reconnaît les lieux avec Bertrand et on vend du rêve à Rémi. Puis vient le tour de la rue piétonne, à 4h du matin, il n’y a personne, on va arriver incognito, mais c’est pas grave, cette course on l’a fait avant tout pour nous même, et là on veut juste arriver.

On passe devant le restaurant la Moraine, Rémi nous sort “celui là avec son nom, j’y mettrais bien le feu !”, ça nous fait bien rire, on arrive au niveau de la ligne d’arrivée, on aperçoit quelques uns de nos proches, d’autres se sont trompés pensant qu’on arrivait par le même côté que les coureurs de l’UTMB, c’est pas grave, on franchit la ligne, c’est fait, on est finisher PTL !

Pour nous accueillir, il y a le guide italien qui a tracé la majorité du parcours, on discute 2 minutes avec lui, il a les larmes aux yeux, ça nous fait plaisir qu’il soit présent à cette heure là pour partager ce moment.

Je reçois des messages de mes proches qui visionnent à cette heure là le live TV UTMB pour nous voir franchir la ligne, ça fait chaud au coeur.



Ensuite les choses vont assez vite, Rémi rêve d’aller dormir, moi je rêve d’une bière pour fêter ça, Bertrand exauce mon rêve et sort 2 bières de son sac, on trinquera rapidement avant de tous regagner nos hôtels pour un repos bien mérité, on fera la fête demain ! Je crois qu'on a pas encore réalisé à ce moment-là ce qu’on vient de faire…


Si proche et si loin à la fois. On repart de nuit de la base vie, J’ai récupéré mon bâton de rechange, les ampoules ont été traitées et les jambes vont plutôt bien. La journée se passe plutôt bien, on a le moral et on avance finalement pas si mal. Les pieds ont juste été esquintés à cause des appuis en dévers, il faudra faire avec. Et puis on partage un bout de route avec nos champions Belge, et JuCb nous fait l’immense joie de partager quelques km. Tu imagines pas à quel point ta présence nous a fait du bien. On doit même courir pendant pas loin de 1H30. Mais le chemin est encore long et la nuit tant redoutée arrive après notre pause au chalet du Truc. On est passé par équipes plus fraîches qui ont dû mieux gérer le sommeil que nous, et je me rends compte que l’on sera plus près des 320km que des 300 et la fatigue aidant ça me met un bon coup au moral. Je sens que je n'aurais pas le même finish qu’à l’Euforia. Heureusement Bertrand nous fait l’honneur de nous accompagner mais la lutte contre le sommeil est inégale et le chemin monotone n’arrange pas la situation. Ma femme et mes enfants sont là, j’essaye de faire bonne figure, après je suis moins esquintés que d’habitude. Leur présence est apaisante.J'ai juste 2 grosses ampoules qui sont apparus sur l'extérieur des orteils et qui  me font un mal de chien, mais alors que j’ai tout pour les soigner dans la pharmacie le manque de lucidité fait que je ne les ai pas soignées. Qu’elle con en y repensant.  

 J’ai quand même le syndrome de la montre qui n'avance pas, j'aurais dû la mettre dans le sac….Mais on garde un peu d’humour en partageant nos hallucinations avec Julien, au final j’utilise un dernier Joker, j'hurle pour ne pas tomber. L’Alphabet plusieurs fois, à plein poumon, ça doit nous faire passer de 3 à 4 km/h mais ça me tient éveillé. Puis l’arrivée anonyme dans Chamonix, on l’a fait et au final pas si mal. Ma famille et Bertrand me raccompagne au QG Kikourou. Douche et puis, pas dodo, je range mes affaires comme si j’étais encore en base vie et sombre finalement. 


Le jour d’après


Je n’ai pas pu dormir tout de suite, j’ai fini la 2ème bière avec ma femme en discutant avant de dormir, j’ai dû me coucher à 5h30, il fallait se lever à 10h30 pour laisser la chambre, une petite nuit, mais tellement énorme par rapport à ce qu’on a dormi sur la course ! J’ai une légère tendinite au niveau du talon droit, mais sinon pas bobo, juste les pieds que je sens compressés qui font un mal de chien.

On se rejoint tous avec nos familles en ville pour déjeuner et boire quelques verres pour fêter ça, on voit les dernières équipes arriver, dont l’équipe qu’on a surnommé les “Marseillais” ! On a les larmes aux yeux en les voyant passer, on passe les saluer, l’ambiance est complètement dingue par rapport à notre arrivée anonyme de la nuit. C’est sûr que si on était arrivé avec une telle ambiance, on aurait lâché quelques larmes.


En tout, ce sont 25 équipes qui sont arrivées, sur les 61 partantes, 60% d’abandon, c’est énorme ! Surtout qu’on a plutôt été chanceux côté météo, je n’ose pas imaginer le massacre si on se serait tapé de la pluie toute la semaine…

On reçoit un SMS de l’organisation pour l'invitation sur le podium, bien pensé à prendre notre veste finisher. Ce sont tout d’abord les bénévoles avec qui on a beaucoup échangé qui montent, puis le nom des équipes finishers sont appelées par le speaker, on monte sur le podium en prenant notre cloche. On remarque certaines équipes qui n’ont pas fini qui s'invitent aussi, je crois que c’est important pour tous ceux qui ont partagé cette aventure de se retrouver.

Grand moment d’émotion, grand moment de communion, je crois que c’est à ce moment-là qu’on réalise qu’on l’a fait, on a terminé la PTL 2021 en moins de 140h, 13ème au classement indicatif.


Je me réveille à 11H30, même pas un muscle qui tire, juste les pieds mais pas grand chose, j’ai même pas gonflé des pieds ou si peu.

Retrouver la famille, les copains, partager, manger, boire une bière, manger encore manger et boire des bières. Je rentrerais demain, ce serait trop dangereux ce soir. Et puis le podium, et puis l'émotion avec les bénévoles, les larmes qui montent, le fait d’avoir vécu un truc unique, sans chichis, avec les bonnes personnes à la bonne place. 

J’ai encore fait un truc qui étais pas pour moi, j’ai vraiment un don pour ça. Enfin, j’ai surtout un don pour m’entourer des bonnes personnes, merci Julien, merci Bertrand, merci Vik, merci JucB, merci El Numax, merci Antoine, merci Franck, les 2 Caroline, Laurent, et tant d’autres.,  merci de me faire dépasser mes limites, de croire en moi.

Merci à ma famille d’être là, tout simplement.

Et puis une dernière rencontre avec “notre” cameraman. Comme sur la course, on détour d’un virage, toujours au bon endroit, au bon moment. On a finalement peu échangé avec les autres équipes, pas vécu d’émotions communes, mais tant avec les bénévoles et ce cameraman. Au bon endroit, au bon moment, à la bonne place……….à ma place.




40 commentaires

Commentaire de Mazouth posté le 14-09-2021 à 11:19:27

T'es trop fort champion ! Et continue de ne pas lire la notice ça te réussi bien. Si ces courses ne sont pas faites pour toi, force est de constater que toi tu es fait pour elles ;))

Commentaire de Cheville de Miel posté le 14-09-2021 à 14:30:11

C'est pas faux!!!

Commentaire de BOUK honte-du-sport posté le 14-09-2021 à 14:26:35

Tu es mon idole
Mais du coup tu vas avoir quel projet maintenant ?
@ plouf

Commentaire de Cheville de Miel posté le 14-09-2021 à 14:29:51

TOR et si je suis pas trop lent TOR des glaciers. ET puis Terre des Dieux, et pis, et puis, on verra bien!

Commentaire de sylvain73 posté le 14-09-2021 à 14:58:19

Tres sympa votre recit! Ca fait rever! ou pas...

Commentaire de Cheville de Miel posté le 15-09-2021 à 11:01:57

Merci!

Commentaire de philkikou posté le 15-09-2021 à 06:50:47

Original et passionnant votre récit sur cette course hors-norme ! Dingo ( mais bien préparé ) pour se lancer et réussir ce type de défi ! Course à 3 ça peut être une force si l'entente est bonne, en étant complémentaire, mais j'imagine que ça peut-être galère dans les moments difficiles si l'équipe n'est pas soudée ! Encore bravo à vous 3 !

Commentaire de Cheville de Miel posté le 15-09-2021 à 11:01:21

Merci! La constitution d'une équipe complémentaire et homogène est vraiment importante!

Commentaire de Lécureuil posté le 15-09-2021 à 07:12:59

Bravo les zabominables, sacré chantier et jolie perf en plus ! Bon pour le TOR çà te plaira rémi, c'est bien goudronné ou roulant ;-)

Commentaire de Lécureuil posté le 15-09-2021 à 07:38:46

Bon en lisant le CR, on se dit que quand même faut être un malade pour faire ces trucs, et je me dis que c'est peut être pas pour moi non plus finalement, peut être que je ne cliquerai pas en février, peut être que finalement faire le bobo sur 2/3 tours à Tête d'or c'est bien aussi ...
a méditer et rediscuter autour d'une bière

Commentaire de Cheville de Miel posté le 15-09-2021 à 08:04:45

Euforia Ultra roulanne et ultra confort avec les BV par rapport à la PTL.
Mais oui, il faut qu'on boive une bière ensemble ;-)

Commentaire de chirov posté le 15-09-2021 à 20:31:46

T'aimes les crêtes et les pierres, tu peux cliquer les yeux fermés ! à condition d'avoir les bons coéquipiers :-D

Commentaire de Lécureuil posté le 15-09-2021 à 07:40:24

Au fait si tu fais le TOR, t'inquiètes, pas besoin de lire road book etc ici aussi et même pas besoin de GPS , juste des pompes et une frontale, la vallée te fournira le reste ;-)

Commentaire de Cheville de Miel posté le 15-09-2021 à 08:05:09

J'en rêve!!!!

Commentaire de chirov posté le 15-09-2021 à 20:33:51

C'est vrai que de ne pas courir avec 7 à 9kg sur le dos, ça dois changer la fatigue des jambes sur plus de 300km ! :D

Commentaire de TomTrailRunner posté le 15-09-2021 à 08:12:40

Tout l'esprit kikourou et de votre collectif : bravo les gars.

1er récit de PTL que je lis...et je sais pourquoi je ne m'inscrirai pas :) je reste baba devant le truc

Commentaire de Cheville de Miel posté le 15-09-2021 à 11:00:16

ça peut être aussi une super aventure, que je referais d'ailleurs un jour, mais en connaissant le bazars!!!

Commentaire de princedesvoleurs posté le 15-09-2021 à 09:59:36

franchement quelle belle aventure.en lisant ,ça donne envie; même si le niveau de difficulté parait énorme. bravo à vous

Commentaire de Cheville de Miel posté le 15-09-2021 à 10:59:16

Merci!

Commentaire de jano posté le 15-09-2021 à 10:11:02

ouais, bien sympa votre aventure, une pensée pour mazbert quand même, c'est pas facile pour lui et pour vous à ce moment là j'imagine. Bon, t'es vraiment fait pour ces conneries...je me le dis aussi pour moi (bon, j'ai que la SP et le TOR au tableau), c'est quand même pas de pot.

Commentaire de Cheville de Miel posté le 15-09-2021 à 10:56:48

C'est difficile comme décision, si c'est physique, pas de problème ça revient, là c’était plus compliqué, manque de sommeil et morale à 0 en plus. ça peut revenir ou plomber l’équipe définitivement. Il faut quand même être prêt à accepter les moments difficiles car il y en a, c'est obligé, et même pour les premiers. Bah ouais tu vas devoir y passer aussi ;-)
Pour l'Euforia un truc dans le même style devrait renaître en 2022/2023 avec de l'Ariège en bonnus......A refaire donc aussi!

Commentaire de elnumaa[X] posté le 15-09-2021 à 12:11:48

putain qd je pense qu'on devait y aller en 2019 av l'autre zouave .. bien fait de se réorienter sur la "ptite" EB finalement ;-) !!!
vu ta prépa et ton mental , et ton traceur orienteur de ouf , j'ai JAMAIS douté de toi , de vous . mazbert c'est différent , mais jl'ai eu o tel le soir mm et ca m'a rassuré ...
allez , continue comme ça mais fais gaffe qd mm , on y laisse des plumes ( jdis ça aussi pr moi ) et ça se payera qd mm cash qd on sera vieux . si on y arrive ;-))))))))))) ahahahahah triple buse !!!!

Commentaire de Cheville de Miel posté le 15-09-2021 à 13:03:40

Merci Manu! Un bien beau et gros chantier....Bah en fait le soucis c'est que t'as envie d'y retourner ;-)

Commentaire de L'Dingo posté le 15-09-2021 à 14:48:07

Beaucoup de plaisir à lire ce long CR.
Ecrit à 2 mains, il n'en est que plus original.
C'est 2 visions de la même aventure. Celle de Julien est précise , détaillée, technique.
Celle de Rémi est "joyeuse", plus dense et plus courte, à croire qu'il dormait sur le parcours :-))).
On attend plus qu'une vision de Bertrand qui à fait un sacré morceau également.

Bien joué les gars

pour voir d'autre commentaires il y a aussi ici:
http://www.kikourou.net/recits/recit-21483-la_petite_trotte_a_leon-2021-par-chirov.html

Commentaire de chirov posté le 15-09-2021 à 20:39:08

Bertrand a pris la décision d'écrire un récit la nuit même de la décision de son abandon, mais je ne vais pas spoiler ! :)

Commentaire de groscamion posté le 15-09-2021 à 18:16:14

Magnifique aventure très bien narrée et qui me donne envie.....de fuir En plus vos photos sont très belles .Bravo à vous trois et à tout les barjes qui tentent ce genre de ??????

Commentaire de Cheville de Miel posté le 16-09-2021 à 20:49:57

Ce genre.......de super aventure !
Merci

Commentaire de arnauddetroyes posté le 15-09-2021 à 23:20:23

Enorme,vous avez formé une vraie et belle équipe c est encore plus fort pour passer la ligne d arrivé.Vraiement une très bonne idée le partage d écriture du CR; bravo à vous trois .

Commentaire de Cheville de Miel posté le 16-09-2021 à 20:51:00

Merci Arnaud!

Commentaire de Casidescôtes posté le 17-09-2021 à 12:53:07

Magnifique beau long récit, ça fait presque envie!
Je remarque que pas une seule fois le mot abandon n'est mentionné lorsque vous vous retrouvez à 2, BRAVO! Un mental au TOP!

Commentaire de Cheville de Miel posté le 17-09-2021 à 14:03:25

Merci. C'est vrai que ça nous jamais effleurer l'esprit. Dormir, manger, avancer ;-)

Commentaire de bubulle posté le 18-09-2021 à 18:19:07

Le truc qui m'a le plus amusé....c'est votre soulagement à avoir évité le Col d'Enclave. A part la toute fin, c'est le SEUL endroit technique de la course que je connais, et franchement, à côté de ce que tu décris avant, c'est juste une blague...:-). Faudra que tu y ailles, un jour, pour voir (bon, par contre, *entre* Robert Blanc et le Col d'Enclave, là par contre je crois qu'il y a quelques passages un peu olé-olé.

Bon, récit génial, evidemment, j'en ai lu chaque mot, chaque ligne, suivi chaque mètre sur les cartes.....ce qui m'a confirmé que, même avec un coeur qui marche, cette "course" n'est quand même pas pour moi et mon vertige maladif...:-)

J'ai juste regretté qu'on devait partir de St-Gervais le vendredi, ce qui m'a empêche d'aller fair eun bout de chemin avec vous (même si avec mon coeur pas encore réparé, j'aurais bien galéré).



Commentaire de Cheville de Miel posté le 20-09-2021 à 09:28:14

On a souvent parler de toi en imaginant ta tête sur certains passage. Il y a rien d'infaisable non plus! Hâte de partager une prochaine promenade ensemble!

Commentaire de chirov posté le 20-09-2021 à 15:11:12

Merci bubulle, je vois que tu as enfin pu lire ce long récit tout en nous suivant sur la carte :-)
C'est un peu le problème sur ce type de course, quand on ne connaît pas un endroit "technique" et qu'on nous a dit plusieurs fois de faire attention, j'ai tendance à me préparer mentalement à un passage potentiellement dangereux où il va falloir être très concentré, du coup j'irais faire la section col de la Seigne -> Col de l'Enclave pour me faire moi même une idée, mais avec l'état de fatigue général à ce moment là de la course on préférait les chemins UTMB aux passages techniques, même sans danger :-D On avait notre dose.

Commentaire de patrovite69 posté le 19-09-2021 à 17:27:42

C'est énorme ce que vous avez fait. Bravo ! T'es vraiment un grand malade, mais continue ça te va tellement bien!

Commentaire de Cheville de Miel posté le 20-09-2021 à 09:29:15

Merci Caroline! Votre amie bénévole était au top! Je pense qu'on a du verser une larmichette commune sur le podium.

Commentaire de JuCB posté le 20-09-2021 à 06:21:32

Bravissimo pour cette défi hors norme. Sur que le CV commence à faire peur.
La veste est moche mais la cloche est super utile quand tu bénévoles !
Le soucis est que les défis ont évolué ... Faudra faire un chrono sur le Tor, rien de compliqué pour vous mais ça change un peu la physionomie de course, parce que c'est les Glaciers le vrai défi maintenant. Et pis, EB-X évidemment, Terre des Dieux, GTPMB.... Voilou, voilou, je me réjouis déjà des prochaines prépas, WE choc, des pique niques debriefs
Faudrait trouver un autre pseudo : je suggère loche mutante.
Gros becs

Commentaire de Cheville de Miel posté le 20-09-2021 à 09:31:11

Le corps rappelle aussi ses limites.C'est vrai que tout ça c'est des beaux projets et l'avantage c'est qu'on va profiter des copains pour les préparer! merci pour ta présence qui nous a fait tellement de bien en fin de course! Bise!

Commentaire de chirov posté le 20-09-2021 à 14:59:05

Plus on élève le niveau, plus j'appréhende les WE chocs :-D Heureusement qu'il y a les copains et les binouzes

Commentaire de centori posté le 21-09-2021 à 17:28:25

c'est vraiment impressionnant avec le nombre de km et le d+ mais encore plus avec les précisions sur les passages techniques, les glaciers etc... là on est vraiment dans un autre monde. respect.

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