Récit de la course : Saintélyon 2016, par xavdu01

L'auteur : xavdu01

La course : Saintélyon

Date : 3/12/2016

Lieu : St étienne (Loire)

Affichage : 1105 vues

Distance : 72km

Objectif : Terminer

19 commentaires

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La Saintélyon m'a sauvé... et m'a réssuscité

Samedi 3 décembre, peu avant 23h40. Cela fait une heure que je grelotte dans mon sac poubelle afin de prendre le départ dans la première vague. Et que je me retiens  d’éclater  tous les types qui sont arrivés au dernier moment après avoir enjambé les barrières. Maintenant que j’y repense, j’aurai gagné au moins 10O places.

Il fut un temps où l’on  se pointait une vingtaine de minutes avant minuit, et on avait encore en ligne de mire la banderole de la ligne de départ.  C’était en 2004. Ma première Saintélyon.  Ma première course à pied aussi. Jusque-là, je m’étais contenté de courir derrière une balle ou un ballon. Alors pourquoi se lancer subitement dans la course à pied ? A cause de l’alcool. Une soirée arrosée nous avait conduits, avec un amii, à lancer ce pari un peu stupide : faire la Saintélyon. 70 kilomètres de nuit, dans la boue ou dans la neige : franchement, n’est-ce pas la course idéale pour débuter ?

Avant de sceller le pari, j’avais négligé deux détails importants. Le premier concernait ma morphologie. Nettement plus proche du pilier de rugby irlandais que du coureur kenyan. Je ne sais pas à combien j’étais exactement, mais j’étais proche des 105 kilos. Alors que ma tête culmine à seulement 180 centimètres d’altitude. J’avais fait innocemment  un test sur le rapport taille-poids dans la course à pied, dont le résultat avait été sans appel. Dans mon cas, il aurait été préférable de mesurer dans les 2m10 avant de me lancer. Ou bien peser  70 kilos. Sur le coup, j’ignore lequel des deux objectifs était le plus réaliste.

Le deuxième détail concernait mon absence d’entraînement. Il me semble avoir couru 40 minutes d’affilée pour avoir la moyenne à un test d’éducation physique au collège. Mais depuis, plus grand-chose, à part gambader après un ballon de foot une fois par semaine avec des potes. Et un peu de vélo l’été.

Vous l’avez compris. Je n’ai pas abordé ma première Saintélyon dans des conditions optimales. Je me suis présenté, ce premier samedi de décembre 2004, avec comme seul fait d’arme, après trois mois d’entraînement,  une heure de footing sans (presque) m’arrêter. Le travail de côte était réduit au franchissement du pont du TGV qui se trouvait sur mon parcours.

Honnêtement, je déconseille ce type de préparation qui est insuffisant pour prétendre faire la Saintélyon dans de bonnes conditions. La course a été dure. Surtout les 60 derniers kilomètres. J’ai même cru mourir dans les dix derniers. Heureusement, mon pote est parvenu à me traîner jusqu’à la ligne d’arrivée que j’ai  franchie en larmes sous les hourras de l’employé qui s’apprêtait à démonter la banderole d’arrivée. A l’heure où dans les foyers, on découpe le poulet du dimanche.

Voilà pourquoi la Saintélyon m’a sauvé. Sauvé d’une vie casanière, sans ce petit frisson annuel qui t’oblige à te bouger les fesses tout le reste de l’année. Sauvé d’une mort certaine et précoce, si j’avais continué à avaler les hamburgers plutôt que les kilomètres. Sauvé d’une faiblesse face aux difficultés de la vie, parce que venir à bout de ce truc rend plus fort.

J’ai donc refait la Saintélyon l’année d’après. Puis les suivantes. Car j’ai beau me dire, pendant toute la nuit du premier week-end de décembre, que plus jamais on m’y reprendra, je fais comme tout coureur au bout de 24 ou 48 heures : ma mémoire efface tout, au point de me dire « vivement l’année prochaine ». Et cela fait donc 12 ans que cela dure. Enfin presque.

Jusqu’en 2009, tout va bien. Je ne mesure toujours pas 2m10, mais j’ai perdu 20 kilos. Ma vie a changé. Fini la voiture pour aller chercher une baguette de pain à 300 mètres. Adieu les escalators dans le métro et les ascenseurs au boulot. vive les escaliers.  Chaque année, j’arrive ½ heure plus tôt au palais des sports de Gerland. Encore huit éditions à ce rythme et je suis sur le podium.

En 2010, c’est même la consécration. Je suis finisher des 100 kilomètres de Millau, avant de boucler deux mois après ma sixième Saintélyon, cette édition mythique courue parfois dans 40 centimètres de neige. Moi, c’est surtout le verglas dont je me souviens…

2011, puisqu’il faut bien l’aborder, est l’année d’un cuisant échec. Pour la première fois, j’abandonne à Soucieu. J’ai un mal de dos qui m’empêche de courir depuis Sainte-Catherine. J’aurai dû aller au bout, même en marchant, moi qui criais haut et fort que le mot abandon ne faisait pas partie de mon vocabulaire. En fait, j’ai abandonné quand j’ai compris que pour la première fois, je n’allais pas améliorer mon chrono. Je suis devenu con.

De plus, j’ignore à cette époque que c’est peut-être ma dernière Saintélyon. Le 22 juin 2012, ma vie prend un léger virage. J’ai un accident de moto à Lyon. Et à  moto, on ne se casse pas la gueule. On se l’éclate. Deux ans d’arrêt de travail. Cinq opérations. Toutes au bras droit. Evidemment, je suis droitier. J’ai eu aussi très peur pour mon genou droit, mais il a finalement tenu bon. Plus de deux ans sans courir au presque, et des séquelles irréversibles , des doigts jusqu’à l’épaule en passant par un poignet désormais bloqué, qui me valent 30% de handicap. Certes, on ne court pas sur les mains. Mais tous mes rêves de trail, en particulier l’UTMB qui était devenu la source de tous mes fantasmes, se sont subitement envolés.

Je veux reprendre la course à pied, mais c’est difficile. Je n’arrive pas à enchaîner les sorties. J’ai l’impression que tout mon squelette a bougé. J’ai repris 10 kilos durant ma longue convalescence. Et j’ai 46 ans. Je me rends compte aussi de l’importance d’un bras en bon état, notamment dans les montées. Je sais que je ne ferai jamais l’UTMB. Mais pourquoi pas  la Saintélyon, dont je viens de voir défiler avec un pincement au coeur les trois dernières éditions, histoire de finir là où tout a commencé ? C’est comme ça que je me suis à nouveau élancé en 2015. Avec un entraînement qui manquait de régularité, mais qui ne manquait jamais de m’indiquer mes limites. Je me présente sur la ligne de départ rempli d’incertutudes, avec la peur au ventre, mais une immense joie d’être à nouveau là. C’est presque déjà une victoire. Elle sera complète 10h et 53 minutes plus tard, quand j’arrive entier à la halle Tony-Garnier. Comme dans un rêve.  Comme quoi les jambes n’oublient pas. La tête encore moins.

Après m’avoir sauvé, la Saintélyon 2015 m’a ressuscité. Je viens de tirer un trait sur mon accident de moto. Je ne suis pas bon pour la casse. Je peux reprendre une vie normale.

Au fait, je n’étais pas censé faire un compte-rendu de l’édition 2016, où j’ai pris le départ en même temps que les élites ? D’ailleurs, je sais ce que vous vous dîtes : qu’est-ce que cet handicapé en surpoids (j’ai pas reperdu mes 10 kilos) faisait dans la première vague ? Pardon aux 3500 et quelques coureurs qui ont eu le toupet de me doubler et que j’ai donc peut-être gênés dans leur progression, mais il fallait impérativement que je sois rentré à midi, car on fêtait l’anniversaire de deux de mes trois enfants nés respectivement les 1er et 5 décembre.

Mission accomplie. J’ai  bouclé ma 9e Saintélyon en 10h57. J’ai un peu pesté contre les organisateurs dans ce nouveau raidillon après Sorbiers. Leurs oreilles ont dû carrément siffler dans la Croix du Rampeau. Mais le lever du soleil a été somptueux à Soucieu. Et on m’a tellement applaudi et encouragé dans les 500 derniers mètres que j’ai cru que j’étais aux jeux Olympiques. Seule ombre au tableau, et j’en profite pour lancer un message aux organisateurs : à quand un classement sur les critères combinés  Vétéran 2-handicap de 30% et Indice de Masse Corporelle supérieure à 28 ? Peut-être l’année prochaine… Car il est déjà impensable que je ne sois pas au départ de ma dixième Saintélyon. Avant de mettre le cap sur les vingt.

19 commentaires

Commentaire de galak42 posté le 20-12-2016 à 08:10:15

Félicitations et surtout respect pour tout ce que tu as affronté !
je te souhaite encore de nombreuses STL!!

Commentaire de The Breizh Runner posté le 20-12-2016 à 08:17:26

Bravo !!!!

Commentaire de Khioube posté le 20-12-2016 à 09:09:17

Chapeau, c'est une belle revanche ! On a beau être 7000 sur la ligne de départ, il n'en est pas moins vrai que chacun écrit sa propre histoire. La tienne est dure mais belle.

Commentaire de chrislam posté le 20-12-2016 à 10:57:34

Bravo!
Une belle leçon de vie....

Commentaire de canoecl posté le 20-12-2016 à 19:16:26

Bravo... Continue ! respect ! T'es un sacré battant....

Commentaire de xavdu01 posté le 20-12-2016 à 20:34:44

Merci pour vos messages. Mon compte-rendu était justement un message d'espoir à tous ceux qui n'osent pas se lancer, ou se relancer...

Commentaire de samydoc posté le 20-12-2016 à 23:07:04

Bravo!! Je pense quand même que parfois l'abandon lui aussi est un acte de courage.

Commentaire de Albacor38 posté le 21-12-2016 à 08:44:41

Un récit très personnel à la fois attachant et drôle ("La course a été dure. Surtout les 60 derniers kilomètres... :) Le chrono importe peu. Ta revanche sur les aléas de la vie est magnifique.

Commentaire de Arclusaz posté le 21-12-2016 à 13:48:16

Voilà.....
tout est dit, tout est écrit dans ce récit.
Voilà pourquoi, malgré tous ses défauts, cette course est magique.
On peut y mettre le meilleur de soi, le temps d'une nuit ou le temps d'une vie.
Un immense bravo pour ton courage et aussi ta dose d'inconscience

Commentaire de poucet posté le 21-12-2016 à 14:24:36

Une belle bouffée d'optimisme ... BRAVO !!!!

Commentaire de tricky posté le 21-12-2016 à 15:51:00

Bravo !!! Tu résume bien ce que vive la plupart d'entre nous lors d'une course.
Enfin, en tout cas moi ! Je n'aurais jamais les jambes si j'avais pas le mental à tout épreuve. Et la catégorie des lourds, je prends aussi ;-)

Commentaire de tricky posté le 21-12-2016 à 15:56:00

Au fait, à 46 ans, on est encore V1 ;-)

Commentaire de xavdu01 posté le 21-12-2016 à 19:23:27

En effet ! En fait, j'avais 46 ans en 2015. Ce qui me fera 48 l'an prochain. Mais je crois qu'il me manquera encore un an malgré tout. Tant pis pour le podium....

Commentaire de Mamanpat posté le 21-12-2016 à 20:17:54

Si tant est qu'il était encore besoin de démontrer à quel point la SaintéLyon est bien plus qu'une course.... Bravo et merci pour cet ode à l'espoir ! Bonne continuation et vivement le CR de la 20ème...

Commentaire de Mazouth posté le 21-12-2016 à 21:59:43

Bravo, respect mec ! Je t'ai sûrement doublé quelque part au levé du jour cette année... si je t'avais connu je t'aurais volontiers serré la pince. Tu as cette dose de courage et de combativité qui font les grandes histoires des grandes courses ;)

Commentaire de sebsoupe posté le 22-12-2016 à 10:03:36

Super Bravo! moi aussi une chute à moto m'avait fait arrêter la course à pied en 2003, mais pas assez handicapé pour ne pas recommencer (la course, pas la moto ;) )

Commentaire de Davitw posté le 22-12-2016 à 10:26:09

Superbe parcours, et sacrée volonté ! L'avenir est devant toi, bravo !

Commentaire de Benman posté le 27-12-2016 à 18:26:46

Très beau récit, bravo. Tu démontres qu'avec une grosse volonté, on arrive à des choses exceptionnelles.

Commentaire de Eddy_87 posté le 14-09-2017 à 10:32:37

RESPECT ! Très beau CR, même si finalement tu ne parles pas vraiment de ta course, mais au fond c'est ce qu'il y a autour le plus important. C'est vrai que cette course a quelque chose de magique :)

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