Récit de la course : 6666 Occitane 2014, par Free Wheelin' Nat

L'auteur : Free Wheelin' Nat

La course : 6666 Occitane

Date : 30/5/2014

Lieu : Vailhan (Hérault)

Affichage : 992 vues

Distance : 105km

Objectif : Pas d'objectif

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Le récit

Toi, le monsieur en bleu devant, si tu sors de mon champ de vision, je m’assieds sur le bord de la piste et je pleure…

Non.
En fait , c’est hors de question.

Monsieur Guillon l’a bien dit avant le départ de la 6666 , hier, vers 21h , « passé Lamalou les Bains, c’est trop tard pour abandonner » .
C’est idiot comme certaines formules marquent les esprits, et le mien a gardé celle-ci bien au chaud (hem) pour me la ressortir au moment où j’en avais le plus besoin …
L’abandon, je connais, comme nous tous et toutes . Sous quelques formes les plus diverses et opposées : par exemple l’abandon qui vous laisse nu et confiant face à l’humain comme à la nature, comme celui qui vous balance à la figure vos insuffisances et votre orgueil très certainement mal placé…

Si j’y réfléchis bien, j’ai bien eu l’occasion à nouveau d’appréhender les deux visages cet abandon sur l’Occitane. Pas forcément besoin d’en avoir peur , il suffit juste simplement de laisser venir, le second effet kiss cool n’est jamais loin .

La préparation a été comme à mon habitude un peu courte, et passablement polluée vers la fin par des soucis que je croyais de « vieux » (et non…même jeune, ça arrive), à savoir un début de déformation courant concernant mon pied gauche que je nommerai sobrement H.V .
Je trouve ce terme très moche et très long à écrire , et j’ai un mal de chien à me faire à cette idée que ce satané pied gauche déjà farceur va encore une fois de plus m’empoisonner la vie, aidé de ce vicelard de H. qui a décidé de pointer son nez juste avant un ultra, comme par hasard.
Peuvent essayer , les garçons … la sainte trinité du Trail, de l’Ultra et de Saint Dawa sera plus forte, et moi aussi, même si ça fait mal.
J’ai dit.

Dans tout ça, j’attaque l’épreuve avec un moral assez moyen : je n’ai pas mon gingembre confit, j’ai laissé ma bouffe dans la voiture (pas compris que j’aurai pu laisser la gamelle dans le sac « Arrivée »), et vu le courant d’air qui règne à Vailhan en ce vendredi 30 mai 2014, je vais très probablement devoir enfiler en public la goretex rose que je n’aurais souhaité porter que dans l’anonymat, la solitude ou l’obscurité les plus totales.

Ah, et puis aussi, un Monsieur Démoralisator-man a cherché à nous instiller le doute à moi et David (ça n’a pas marché avec ce dernier) , en affirmant péremptoirement que nous étions trop chargés.
Oui, presque le même qu’à St André les Alpes où un vieux truc du même genre sentençait à qui voulait entendre au déco que « houlààààà, non, c’est pas sain, hein, faut pas décoller « .
Le doute était bien planté, et plus personne n’osait étaler sa voile pour partir…
Bon ben, là c’est moi qui ai commencé discrètement à enlever quelques bricoles du sac qui oui, je le réalise maintenant , pèse un âne mort , encore et toujours…
Il a fallu plusieurs ultras et quelques trails pour que je comprenne enfin que oui, je bois assez, et que s’il reste du liquide dans la 2 litres, ce n’est pas que je j’ai foiré mon hydratation, mais que je mets tout simplement moins de temps qu’avant pour rallier deux ravitos…

Ca tombe bien, j’ai une 1,5l.

Donc, enseignement numéro 1 de cette 6666 : « tu ne te chargeras point ».

C’est vrai quoi, c’est juste un sac que j’ai sur le dos, pour la croix c’est marque déposée, je n’ai pas les moyens de payer des royalties et je n’ai pas du tout le physique de l’emploi.

Par contre, le poids de la seconde frontale dont je me suis ceint (bon, après celle-là j’arrête, promis) la taille ne m’a pas gênée du tout et a plus que bien rempli sa fonction d’éclairage d’appoint, je n’ai pas eu à changer la batterie de la Stoots en cours de route.
En montée franche (il n’y en a pas eu énormément sur cette partie nocturne) , je baissais le potard d’un cran, laissant le soin à la Petzl d’éclairer juste devant avec son faisceau étroit, et en mode rapide, je repassais en mode « ++ » large pour augmenter le confort visuel sans être au max de puissance donc au minimum d’autonomie, pas envie de me prendre la tête à changer la batterie, c’est que j’ai besoin de lunettes , moi , maintenant...
J’avais déjà testé cet appoint auparavant et je n’ai pas regretté ce choix pour cette nuit là.
Donc, ça, c’est validé . Sauf les piles rechargeables qui ne tiennent pas bien la charge pour la nuit entière, j’ai fini au petit matin avec la Petzl à l’agonie.

Enseignement numéro 2 donc, « tu ne te chargeras point, mais deux lampes, c’est pas mal » .

Pour revenir au départ, je pars avec un moral plutôt dans les pompes, je trouve même le moyen de presque sangloter à mon homme au téléphone que je ne suis pas bien, que je n’ai pas mangé, que le téléphone déconne , que je suis trop chargée, que je vais devoir sortir mon truc rose parce que ça caille, bouh bouh bouh…
Diversion avec la rencontre de Badgone, Martine la Véloce, Ute Baird et une autre dame , toutes de la catégorie « tu ne verras pas mes Vibram très longtemps… ».

Cette fois-ci, je dois m’y résoudre, j’enfile la Chose, j’ai trop froid.
C’est comme les assurances en fait, ce type de matos : on achète ça pour ne pas avoir à s’en servir, ça coûte un œil et ça ne ressemble à rien, mais quand ça sert, on est content quand même.

Le départ donné, il ne me faudra quand même pas plus de 10mn chrono pour m’arrêter , enlever et ranger le machin dans le sac, les températures sont plutôt clémentes à l’abri du vent ( prévu d’ailleurs pour bien souffler lors des heures à venir… ).
Il en sera ainsi toute la nuit, tempérée à point, nickel.
La tombée du jour sera bien sympa, fondu-enchainé entre un départ animé et joyeux et une pérégrination sereine dans le silence et le recueillement . C’est vraiment un moment particulier.
Après quelques essais de réglage de lampe, le rythme est pris, et c’est presque avec surprise que je vois arriver le premier ravito.
DCA m’avait annonce 3h pour y arriver, et j’ai bien l’impression d’avoir mis moins que ça , impression confirmée par la poche à eau encore relativement remplie.
Echange rapide et sympathique avec un anglais ou allemand au sourire radieux d’au moins 1,95 m avec qui j’ai yoyoté un bon moment , lui avec ses foulées d’un mètre cinquante, moi avec mes foulées de bergeronnette . Egalité, one point ! lol

Et c’est reparti . Enfin, pas de suite, le temps que je retrouve la sortie.
D’ailleurs je suis repartie par là où je suis arrivée.
Ah ben non, c’est pas par là , hé m’dame c’est par où la sortie ah ben c’est de l’autre côté de la salle hé je dois vous biper ha mais non je suis déjà passée c’est juste que je ne sais pas par où on sort et j’ai fait demi tour mais vous êtes sûre ah mais oui heu mé non je veux pas être bipée deux fois le machin y va rien comprendre je veux sortiiiir hé merde ça fait trois fois que je traverse la pièce j’espère que personne ne m’a vu putain la honte…

J’ai définitivement un problème avec les sorties de ravitos. Je n’arrive pas à m’en extraire , ou alors jamais par le bon côté .

Enseignement numéro 3 : tu établiras pour tous les ravitos, et ce , très précisément, un plan d’accès, de circulation et d’évacuation des locaux et numéro d’urgence à composer en cas de naufrage ou de gel cérébral persistant.

J’ai parlé du vent tout à l’heure et en ressortant du ravito , un vent, mes aïeux…qui secouait les vignes autant que moi !
Ventoline… Ventilateur…Ventricule… Vantail (ah non, marche pas celui-là…) Ventripotent… Ventru… Vampire (grrrr…) .Vendetta…Vente… Vendeur…
Il y en a eu d’autres mais je ne m’en souviens plus.

Ce que je retiens de la nuit, c’est qu’elle fut assez rapide et tellement riche ! A croire que l’abscence (enfin, réduction) de « visuel » laisse à l’esprit toute latitude pour s’amuser, sentir , ressentir, s’échapper, revenir, introspecter …
Il y a eu le silence et la solitude (ô combien appréciés aussi !) rompus par le vent, la discussion à bâtons rompus (pliés encore dans le sac ) avec un pyrénéen jeune papa, le noir d’encre dans la forêt avec juste dans le halo chemin , rubalises, feuilles et troncs .

Toujours avec le jeune homme, du bitume puis Lamalou, je crois bien. Forêt, puis route, puis petit urban trail et ravito .
Rhôôô, je me serais cru à Cannes sauf qu’il n’y avait pas le tapis rouge.
Re scan du dossard en haut des marches.
»… «
Ces pointages sans parole m’ont laissée un peu frustrée… J’aime bien quand ça fait « tirpoueêt » …
Nostalgie quand tu nous tiens…

J’ai bien rigolé aussi avec une bénévole (j’ai adoré son sourire et sa bonne humeur qui nous réveillait un peu la salle ) qui m’a fait chanter « donneéééé do do donnééééé, do do donné mooââââ… Dieuuuu vous le rendra.. !! »
J’adore balancer une chanson de préférence en faisant l’andouille, après un dernier mot entendu au hasard, et là , je ne pouvais rater ça.

Ressortie de l’endroit (après quelque hésitations, je me suis méfiée cette fois-ci et j’ai évité la loose en demandant direct « céparoulasorti ? »

J’ai bien râlé peu après lorsque j’ai vu ,à moins de 200m du ravito ( !) plusieurs gels vides posés là, dans le bois au début de l’ascension vers Madale .
Poukram, quand on emmène plein, on peut ramener vide, non ?? Ou profiter du ravito pour larguer les déchets ?
En début de course , j’en ai ramassé, et plus d’un… C’est si dur que ça d’ouvrir une benne et y jeter ses merdes ?
Ben c’est ce que j’ai fait, et avec les merdes des autres en arrivant à Lamalou, et je n’en suis pas morte !!

Peu de souvenirs précis avant Colombières si ce n’est une descente un peu particulière avec ses marches de pierres…
Seule un bon moment, je finis par rattraper un groupe, et je double, jusqu’à rejoindre un couple devant moi dont une femme à Hokas et bâtons.
Détails mémorisés, car, mon Dieu (oups…) que sa manière de descendre m’a perturbée !
Je suis (et puis bon, vu le terrain, c’eut été suicidaire de tenter un dépassement) restée derrière un moment, et je me demande encore (comme quoi, comme je me plais à le dire, peu importe la technique, tant que c’est efficace…) comment elle faisait pour ne pas se faire une cheville à chaque foulée et se déboîter une épaule à chaque appui de bâton.
Je ne n’ai retenu de sa progression, vu de derrière, que de l’instabilité sur tous les axes , une allure saccadée , heurtée, et j’ai fini par me violenter un peu pour forcer le passage tellement je craignais que moi je me désunisse !

Je n’étais pas irritée, juste désorientée par cette drôle de progression juste devant moi (et si je n’ai pas mes mini 1,50m de champ libre devant moi, ça ne va pas…).
Par contre, là où (désolée madame, j’espère me tromper…) j’ai pris les tours, c’est quand j’ai fortement subodoré qu’elle ne voulait pas me laisser passer.
Elle savait que j’étais là , (et elle devait sûrement sentir mon souffle sur sa nuque vu l’écart…) car juste avant, nous avons reçu des encouragements bien sympas qui disaient « allez LES FILLES » !
J’espère ne pas l’avoir bousculée, auquel cas j’en suis désolée, car je n’aime pas ça, mais là j’ai forcé le passage.
Et Monsieur devant n’a pas cherché non plus à me faciliter la tâche…
Je ne sais pas moi, mais quand j’ai quelqu’un juste derrière (et même des fois bien plus loin ) , je laisse passer dès que c’est possible !
C’est pas plaisant ni pour le suiveur ni le suivi de se coller et de se gêner, non ?

Enfin, bref : Action–Réaction .
Durant la dizaine de minutes peut-être qui ont suivi, ce fut concentration intense comme café serré , car je devais aller vite et bien pour les distancer .
"Appui bref … " " centre de gravité bas… " " on oscille en vertical le moins possible… " "… ne pense pas !!! "

Il a fallu un certain temps avant que je ne me décontracte à nouveau, c’est le genre d’incident qui me pollue passablement le moral.
Ca m’a rattrapé au ravito-sacs de Colombières quand , à la fin de mon remplissage la dame est rentrée dans la salle en râlant, très probablement après moi…

Allez, on s’échappe.

Merde, il est où mon sac poubelle « 178 » que je prenne les sticks et puis…et puis… finalement rien d’autre, je garde mes Inov, mon pied va à peu près bien.
J’essaie de rester cool, mais je ne suis pas dans mes baskets quand même.

Eject.

En partant, je vois un traileur allongé dehors à coté des sacs 6666 . Coureur du Grand Raid ? En tout cas, pioncer au milieu de ce binz, ça me laisse admirative !

Descente des escaliers, un coup de « c’est bien par là, hein ? » et on attaque ce qui pour moi restera une des étapes les plus sympas , juste au lever du jour .
Dans ma tête je pense vaguement à cet instant que « tiens, le jour se lève déjà ? » , car je m’étais imaginé rejoindre Colombières en milieu de nuit .
L’heure qu’il est ? Aucune idée .
Sur 21h à peu près, j’aurai regardé au moins 126 fois ma montre pour picoler en temps et en heure, enfin en minutes !
Et zéro fois pour savoir l’heure qu’il est.

On monte sur un chemin étroit avec une paroi rocheuse à gauche et un torrent à droite en bas.
Ca ressemble fort à un chemin qui passe à l’intérieur des thermes de Berthemont les Bains près de chez moi, sur un des parcours que j’emprunte souvent au printemps quand la neige est encore en altitude.

La lueur du jour se fait plus franche et c’est bien agréable.
J’aime cette transition qui vous réimprime tout doucement sur la rétine et les tympans les sons et les formes du jour . Pour les couleurs il faudra attendre encore un peu.
La B.O est assez monotonale mais très chouette : « glouglouglou !»
Je passe Ute (elle n’est pas bien ?), et un monsieur…
On monte toujours et la roche verticale laisse place à la forêt.

Passage au bitonal, non seulement ça fait toujours « glouglouglouglou »en bas à droite , même un peu plus fort, mais en plus, de partout , ça fait « CUICUICUICUICUICUICUICUI !!!!!!!!! »
Hoooooo , les piafs , on se calme, là, on se s’entend plus !!! (mais d’un autre côté, qui se plaindrait d’entendre pareil opéra au soleil levant, hein ?).
Des bruits de bâtons, quelque part un peu en bas à droite.
A droite ? Le monotrace est pourtant à gauche ?
Tiens, je la reconnais… et lui indique le chemin à rejoindre.

Oh, les couleurs se pointent ! Et apparaît enfin la chanteuse de glouglous à ma droite toujours, une sorte de pré herbu au milieu des bois vers la gauche et en haut du dévers, une magnifique baraque en pierre qui surplombe la rivière (un moulin, une grange ?).
Pas besoin d’appareil photo, l’image restera . Vivre là…le pied !
Du gris , du jaune, du vert pomme , du marron, du bleu au dessus …
Ce n’est que le début d’un festival de couleurs qui vont accompagner notre route.

Le vent réapparaît en haut du Caroux (comme dirait Japhy, « vavavavoum fatcha que c’est bô » et c’est pas fini… ), j’en remets même direct la veste sur le sac, tant pis.
Naaaaannn… En bas de la descente y’a un photographe, j’sus grillée.
Avec ma Lafuma rose pas fermée qui me descend sur les bras j’ai l’air fine, tiens…

Il fait bon et toujours plein soleil quand j’arrive à Mons.
Ravito, petite soupette en attendant le remplissage de ma poche, et j’échange agréablement avec un raideur assis sur une des chaises de la salle.
Je dois le regarder comme les apôtres (ça m’a échappé, pardon…) on regardé le probable ascendant de Jean Baptiste Tellier, c’est à dire avec grande déférence.
J’ai le plus grand respect pour ces gens.
Pour ma part, je me contente de poser juste mon sac sur l’une d’entre elles pour y remettre la veste et sortir mes sticks.
Une fois sortie, sur le chemin qui part de la salle je sors mon portable, « des fois que « , j’ai la belle surprise de lire un message d’Aurely (tu as failli m’avoir ma belle, mais je n’ai pas pleuré, nan mé…) plus des encouragements de mon homme qui m’annonce je ne sais plus quelle position.
Passe en voiture DCA qui m’interpelle. Je suis très contente de le voir mais vu là où il est, la 6666 est finie pour lui, et son genou doit y être pour quelque chose …

J’ai retrouvé ensuite l’Occitanie que j’ai pu la connaître dans le Périgord il y a un paquet d’années : les maisons en pierres, les chemins dallés et petits hameaux nichés vraiment dans la verdure et sous les chataigners .
Plus tard d’ailleurs , à la sortie de l’un d’eux (Léon ! Léon !!) , j’ai failli moi aussi rater le chemin à gauche…
C’est en voyant un collègue remonter le chemin que j’ai percuté que j’étais en train de passer la bifurcation à gauche… Rien, mais alors, rien vu non plus !

Toujours du plaisir malgré l’ascension vers le pic du Montahut, j'adore ce secteur.
Le petit groupe dont je fais partie double une féminine qui m’avoue être bien mal et qui pense abandonner.
J’essaie de lui remonter un peu le moral en lui disant qu’après le dur , ça redémarre comme en quatorze mais je vois bien qu’elle aura besoin de plus que quelques mots d’encouragement pour finir le Grand Raid…
Je vais bien mais ne peux m’empêcher de compatir et de tenter d’imaginer l’effort qu’il lui reste à faire, c’est quand même un truc de malade ce Raid… J’espère qu’elle a pu boucler.

Encore du plaisir sur ces sentiers verts et encore verts, avec même des monotraces avec de la terre bien souple et bien marron planquée sous la graminée qui vous chatouille le mollet , siiiii !
Ca change de ma caillasse habituelle !
On commence à avoir un peu chaud et ça grimpe toujours . Les arbres se raréfient pour laisser place à une pelouse d’alpage et aux cailloux.
Un peu comme chez moi , mais avec un soupçon d’exotisme.Normal , d’Oï , je suis passée en Oc .

Devant moi , une féminine à nouveau , Agnès, et quelques messieurs. Elle s’arrête devant moi, elle a des soucis de mollets et s’inquiète un peu pour la suite.
J’aime bien doubler mais ça me gâche un peu le plaisir quand c’est pour blessure…
Et ça descend, youpiii !

Vers Olargues… Là , pour l’instant, peu de souvenirs jusque là… je me souviens juste de la vallée en bas avec l’Orb, le remarquable pont rouge à rivets qui le traverse …

C’est là que ça commence tout doucement à bugger… j’ai bien le profil dans une poche mais je ne le sors pas.
Je n’ose même pas demander où je suis .
Dans la salle de la mairie , je le vois bien, mais il me semblait qu’il y avait un ravito assez peu avant l’arrivée, mais avec kinés et masseurs, je ne comprends pas trop (là, je l’ai oublié le grand Raid…).
Dans le doute, je complète à fond la poche à eau et sous dose au passage, je ne sais pas qu’elle heure il est , mais dans la vallée, fait chaud .
Pas envie de m’asseoir, mais y’a comme un léger ras le bol et j’ai ce doute qui me travaille le mental .
Le grand bonhomme en noir que je double , qui me double etc… est assis lui et me sourit.
Aurelien.
C’est bien ces prénoms sur les dossards…


J’ai trouvé de suite par où sortir et reprendre le parcours. C’est pas normal.
On reprend une route qui nous élève doucement au dessus de l’Orb. Je tente de localiser Roquebrun, pas moyen… on dirait que c’est à gauche, mais pourquoi on part à l’opposé ??
Là, je dois me rendre à l’évidence, je me suis fourvoyée grave, et commence non pas la descente aux enfers (par la face… Nord … ) , mais de la grimpette à la Sisyphe avec qui je me sens d’un seul coup TRES proche.
Mais bon, c’est beau quand même !
En plus d’Aurelien, il y a devant moi un monsieur en bleu que j’avais déjà doublé , visiblement un routard puisqu’il a une casquette Marathon des Sables ou un truc du genre. Un V2 , on dirait.
Là je craque et je sors les bâtons du sac, ces immenses marches à rondins m’ont sapé le moral pour de bon.
Le temps que j’y arrive , mes lièvres sont hors de vue.
Meudeu.
Grouille.

Accélération, et je débouche sur une piste où , ça y est, je les retrouve à une bonne centaine de mètres . Je cours.
Oh naaaannn, la montée…Genre tracé forestier coupe feu droit dans le pentu. En plein cagnard avec plein de cailloux qui roulent , sinon ce ne serait pas marrant.
Puis de la piste, et de la piste…
Un point de contrôle-mini ravito avec plein de gens sympas ! Je refais un petit plein, pique un tuc , et finis par m’asseoir un peu à côté d’Aurelien .
Pffff…J'ai chaud.
Je jette un oeil sur un profil exposé sur la table . Bon bah il ne reste pas grand chose, juste une petite côtelette et on y est.

On repart sur un monotrace descendant, et voum voum, je me fais doubler par du rapide, c’est la Saute Mouflon qui nous rattrappe.
Le ras le bol devient physique, je commence à souffrir de la chaleur. Mais d’un autre côté , je reprends un rythme à peu près correct.
Bon, là , j’ai un peu vu le profil, il n’en reste pas beaucoup, une petite côte et c’est fini.
Ouais, tu m’en diras tant… j’aurais dû me souvenir de la fin de mon UTV l’année dernière où je ne voyais pas le bout des 10 derniers kilos qui en fait étaient15.
Ca change tout avec 300m de D+ sur la dernière « petite côte » !

Bref, on arrive dans un village qui ressemble à Roquebrun, mais merde c’est PAS Roquebrun.
C’est pas grave ça se tire quand même, je reprends la pêche.
Ca se voit d’ailleurs sur la photo où je traverse le dernier pont avant…nan…c’est pas vrai… ça remonte…
Quelques mots échangés avec Aurelien que je remercie au passage de m’avoir tracté sur la portion précédente.
On attaque une piste qui sera …la piste de la mort qui tue, lentement mais sûrement que si tu sais pas ce que c’est que d’être dans le dur là tu vas comprendre.
C’est bien simple, je n’avance plus. Avec ou sans bâtons, j’ai beau sortir les rames , je vois mes deux collègues foutre le camp foulée après foulée.
Les miennes devient non pas micro, mais nanométriques, et les bâtons deviennent béquilles, y’a plus de jus.
Et je bois, je bois, et commence à craindre le manque de flotte, j’aurais du compléter au dernier point d’eau…
Des filles me doublent à mach 2 (enfin, c’est l’impression qu’elles m’ont laissé), la première ne me calcule pas mais je discute un peu avec la seconde qui en bave aussi (mais qui avance , ELLE).
J’ai beau savoir que ce sont les filles du court, qu’elles ont encore la pêche et que c’est normal, ça ne me console pas vraiment !
Elle n’en finit pas cette piste… j’ai l’impression un instant que si j’accélère , je vais casser quelque chose à l’intérieur tellement je suis dans l’inconfort à cause de la chaleur.
A chaque fois que je crois qu’on arrive au bout, ça repart pour une épingle à cheveux, mais on finit quand même par rejoindre une portion, pour un coureur en bon état, roulante puis enfin un monotrace dans les bois qui semble aller enfin dans la bonne direction.
Bon, là je commence à désespérer autant que me mettre en boule, il remonte, ce con !
Ah non, c’est bon , il redescend ! Ouiiii !
Oh noooon ! Ouiiii ! Noooon !!!
Rhâââ...On bascule, ça y est , c'est fini, oui??

Pas de doute , on arrive en surplomb de la vallée avec Roquebrun là et bien là , mais je ne me réjouis qu’à moitié, il semble bien loin, et j’emploie toute mon énergie à suivre le monsieur bleu, Aurélien a fini par partir devant.
Dans le monotrace plongeant vers le village, une fille me double et me demande de l’eau.
A moi qui suis sur le long, elle vient me taxer de la flotte… ( alors qu’en plus on arrive ? )
Là je dis non, désolée, (il ne doit pas me rester grand-chose) et je n’ai pas le temps, j’en ai suffisamment perdu jusqu’à présent…
Et puis j’sus pas d’humeur là…

Bon, d’accord, mon remarquable dispositif maison d’hydratation pipette par bouteille de Pulco (en remplacement des petites bouteilles de cristalline trop souples et a goulot moins large) est redoutable d’efficacité et de légèreté , mais je le prête pas !!!
Je comprends qu’il fasse des envieux, mais non. Et puis il est vide.

Tout en descendant, je rumine sec. J’ai mal à un orteil, et ça chauffe dur sous les pieds, mais c’est gérable. Et un ras le bol, mais un ras le bol !
Le pire, c’est ce sentiment d’échec qui me fout le moral à zéro.
J’ai péché par orgueil, point barre.
J’ai bêtement joué au chat et à la souris avec une nana en me croyant plus forte qu’elle , j’ai cru que ce serait facile de boucler un ultra, et j’ai magistralement foiré ma gestion de course.

Dernière ligne droite, et ça y est .

David m’attend et me félicite et pour mon podium en V1 et pour ma 50ème place au scratch.
Tout ce que j’arrive à lui répondre, c’est un truc du genre « quelle gourde, j’ai été nulle, j’ai complètement raté ma fin de course p…n, je m’en veux …etc etc « , limite au bord des larmes.
Je suis un peu contente , en rogne, mais complètement rincée surtout ! lol

D’où le dernier enseignement , le numéro 4 , et pas des moindres : ta fin de course tu soigneras .

Ben oui, il serait temps que je grandisse un peu … Mais je n’en n‘ai pas vraiment envie en fait !
Il me faut juste un peu plus de plomb dans la tête concernant la gestion de fin d’épreuve, car quand la fatigue arrive, il faut plus que de l’enthousiasme pour compenser la tête qui part en vrille, bref, un minimum de prépa.
Je ne pense pas que j’aurais gagné de temps ou de position,la question n’est pas là , mais sûrement plus de sérénité en cette fin d’épreuve, c'est ça le plus important pour moi.

Mais bon , 85km libre comme l’air pour 15 un peu (!) lourdingues, la balance reste plus que positive pour cette 6666 qui est une course superbe, technique comme je les aime, et même si la dénivelée peut sembler « modeste » par rapport à la Montagn’Hard par exemple, elle n’en n’est pas moins fabuleuse à courir !

Et que c’est beau le Caroux…

10 commentaires

Commentaire de Rudyan posté le 22-06-2014 à 15:27:59

Bravo Nat! Même si ton récit, guidé par ta modestie, laisse ton résultat en second plan, c'est une superbe perf!
Et puis les fins de course difficiles, on en a tous connu...et c'est sûr que ce n'est pas drôle ;)
Merci pour le récit!
A+

Commentaire de Arclusaz posté le 22-06-2014 à 19:32:50

Bon, t'as pas eu les« tirpoueêt » et nous, on n'a pas eu la photo en rose (à moins que...........).

Toujours un plaisir de lire tes récits et bravo pour cette belle perf.

Commentaire de Mustang posté le 22-06-2014 à 20:22:02

Bravo pour ta course, exemplaire de ténacité!
Cela dit, monsieur Guillon a oublié de dire qu'il est allé cherché le vainqueur en rade en 4x4, curieuse vision d'une course!

Commentaire de Free Wheelin' Nat posté le 23-06-2014 à 07:31:03

Oui, je l'ai su bien après, et j'en suis bien désolée... Laissons Mr Guillon face à ses responsabilités, ce qui n'enlèvera rien aux qualités des épreuves.

Commentaire de heidi posté le 23-06-2014 à 10:17:35

T'es trop cérébrale, tu penses trop :)) Tu as fait une magnifique course, point barre. Il y a eu des moments difficiles, mais pourquoi te les reprocher? Tu t'en es sortie comme un chef. Bravo!
Je suis sûre que je vois de qui tu parles quand tu évoques la nana en hoka. Comment dire?… spéciale? :))

Commentaire de philtraverses posté le 23-06-2014 à 12:19:14

Ton intelligence transparaît dans le doute qui imprègne tout ton récit, tant dans les préparatifs, que dans le déroulement de la course et jusqu'aux derniers mètres.
Pourtant, tu as fait une très belle course et, au final, c'est la fierté de ta performance qui doit prédominer.

Commentaire de Japhy posté le 25-06-2014 à 14:00:52

Je suis d'accord avec Heidi, là où il "faut que tu grandisses" (comme tu dis), c'est juste en apprenant à être super contente de toi! Nan mais dis donc avec ce classement scratch et ce podium, c'est bien la preuve que t'as pas fait trop de conneries non?

Sinon, pour les oiseaux, on ne les entend pas beaucoup chez nous, finalement, on se dit qu'il n'y en a pas beaucoup. Sauf au tout petit matin, ils chantent pour toute la journée, puis ils s'arrêtent.
Bon, dernière chose, la Goretex rose, la GORETEX ROSE, je veux voir, des photos, des photos, des photos!

Commentaire de millénium posté le 26-06-2014 à 12:49:22

et voilà...J'ai du dossier sur Nath ;-) :
https://picasaweb.google.com/108860960273798630319/66662014#
Bravo pour ta perf ! Et ta bonne humeur (bon , c'étais avant que je publie ce dossier !)

Commentaire de Japhy posté le 26-06-2014 à 21:36:48

Haaaaaaa merci Badgone!
Elle est très bien cette Rosetex!

Commentaire de crazy_french posté le 07-07-2014 à 16:37:12

Je me reconnais dans cette insatisfaction chronique. Ma fin de course a été la même que la tienne, et malheureusement on retient trop souvent que le final. Bravo pour ton podium.

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