Récit de la course : Raid 28 2013, par La Tortue

L'auteur : La Tortue

La course : Raid 28

Date : 19/1/2013

Lieu : Bures Sur Yvette (Essonne)

Affichage : 995 vues

Distance : 85km

Objectif : Pas d'objectif

9 commentaires

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la raid 28 vu de l'arrière de la course

Le raid 28, toujours il revient en janvier et dès la saison de triathlon terminée en septembre, je ne pense qu’à ça !

Comme pour beaucoup, le raid 28, c’est une longue histoire d’amour, avec ses hauts et ses bas :

2005 : première participation et la victoire aussi inattendue qu’incroyable. Capitaine de l’équipe, je reçois la coupe des mains de monsieur le maire, un peu hébété, moi qui n’ait jamais rien gagné de ma vie en CAP !

2006 : cruel abandon à 15km de l’arrivée après que notre féminine ait lutté pendant des heures pour essayer de finir

2007 : 6 mois après mon opération de ma tumeur au cerveau, je suis au départ pour soutenir mon équipe de toujours, mais même si ce n’est pas l’envie qui m’en manque, il m’est impossible de prendre le départ car je suis encore trop faible.

2008 : je le fais comme ouvreur avec le Poc pour s’entrainer aux Rogaines, des moments de très grande complicité partagée avec mon maitre qui m’a tout appris en orientation

2009 : ma première édition comme orienteur. édition dans des conditions météo apocalyptiques, on termine au courage…à 2 avec Ouster à 3’ de la barrière horaire !

2010 : première année avec le Blueb au capitanat. Initialement, je suis promu co-orienteur, mais avec la défaillance physique d’hémérodrome, j’oriente pratiquement tout le temps et on termine à une plus qu’honorable cinquième place avec hémé et nono qui termineront au courage

2011 : le Sprolls est à la boussole, du grand art, on a qu’à suivre (difficilement)  ses pas. Je termine à la limite de l’épuisement, et 6 ans après 2005, on remonte sur le podium (3ème)

2012 : orienteur unique, on ne termine qu’à 4 mais on s’est bien amusé quand même, très vite libéré de la pression de la course suite à la défaillance précoce de notre féminine.

2013 : les 20 ans de la course, avec un format spécial « ultra » sur 120 km ! notre capitaine Blueb ne voulant pas faire l’édition de trop, nous nous inscrivons à 3 : la libellule comme pitaine, le papy comme poinçonneur et moi à la boussole (ma huitième participation !) ! je m’en réjouissais les babines depuis longtemps ! avec 2 grognards pareils, si je suis correct à la boussole, c’est sûr qu’on va finir et bien finir ! un podium en vue ? pourquoi pas !

 

MAIS, après un été bien chargé (3 ironman en 6 semaines, dont 2 des plus difficiles : Altriman et Norseman) et malgré un très gros allègement de l’entrainement sur aout/septembre/octobre que je pensais à tort largement suffisant, mon corps a commencé à me lâcher à partir de novembre quand j’ai voulu commencer ma prépa raid 28.

Une première élongation aux adducteurs va m’arrêter trois semaines en cap puis, je reprends l’entrainement mais au bout de quelques jours,  une petite contracture  à un mollet va engendrer une réaction en chaine catastrophique : hématome, compression du mollet, phlébite puis…embolie pulmonaire : THE merdouille !

Le médecin me parle de 6 mois de mise sous anticoagulants et d’arrêt quasi total de sport, d'arrêt de travail et même éventuellement d’hospitalisation ! inconcevable pour moi, tant professionnellement que psychologiquement ! je vais finalement m’arrêter 15 jours professionnellement car c’était les vacances de Noel qui était programmées de longues dates, mais je refuse tout autre forme d’arrêt. D’ailleurs, je ne vois pas pourquoi je m’arrêterais, une fois la douleur terrible de la phlébite passée, je peux mener une vie quasiment normal à condition de tout faire lentement sinon, c’est l’essoufflement garanti (forcément, avec un seul poumon en état de marche, le diesel est mal alimenté !). Je peux faire de bonnes marches avec mon toutou et même un peu de vélo pour peu que je ne fasse pas monter le cœur.

 

Et le raid 28 dans tout ça ?! Bien évidemment, il m’a fallu prévenir mes deux camarades de mon forfait : pas entrainé, avec un seul poumon et sous traitement anticoagulant à haute dose, il était impensable de prendre le départ en espérant voir l'arche d'arrivée. ma plus grande tristesse est qu’ils ne m’aient pas trouvé un remplaçant et que mon forfait ait finalement provoqué le forfait de toute l’équipe !!!

Mais, comme il était hors de question que je loupe cette édition collector des 20 ans, je me suis donc proposé comme bénévole dans le team Turoom dans lequel je vais être accueilli à bras ouverts comme débaliseur. Une fonction très intéressante car elle m’a permis malgré des moyens physiques très limités de voir quand même le raid28 de prêt cette année et de pouvoir faire joujou avec les ¾ des balises du parcours !


Me voilà donc sur la place de Chartres, enneigée, aux pieds des flèches de la Cathédrale pour le départ de l’ultra. Je retrouve le castor junior, the ouster et le lapouneur et secrètement j’espère voir mon papy et ma lib au départ car je pensais qu’il m’avait trouvé un remplaçant et qu’ils voulaient me faire la surprise au départ. Et bien non, Ouster récupère donc le dossard laissé libre des « amis du zoo » et le met au fond de son sac avec la promesse de l’amener à l’arrivée.

castor/ouster/lapouneur, fins prets


papy turoom au micro pour le départ de l'ultra


Je vais suivre en marchant les dernières équipes jusqu’à la première balise que j’enlève et je retourne au départ récupérer ma voiture, me changer et commencer à étudier le parcours. Je possède exactement le même road book que les concurrents, à une différence majeure prêt. Sur le mien, toutes les balises sont cartées ! ce sera la première et la dernière fois que je fais le raid 28 avec toutes les balises correctement reportées ;-)

balise 1 :une porte ouverte vers l'inconnu !


Estimant  que toutes les équipes ont largement eu le temps de sortir de la ville et d’atteindre le PC1. Je débalise donc la 2, puis la 3. La progression s’effectue en voiture prudemment sur les routes enneigées. Je gare la voiture au plus près et je termine à pied jusqu’à la balise.

La 4 se situe au fond d’un vallon, je descends tranquillement  sous la ligne à haute tension et j’ai la surprise de retrouver l’équipe du castor sénior en train de poinçonner, complètement à la bourre  sur ce coup-là Robert et son team. Je leur laisse un peu de temps et je m’équipe pour la nuit qui arrive le temps que tout le monde soit passé à PC1.

Ensuite je file en voiture retrouver Astro , le Bagnard et petit franck qui tiennent le PC2, juste à temps pour voir passer les premières équipes et l’équipe d’OUster. La nuit noire est tombée, un vilain vent de Nordé s’est levé et il fait un froid de canard ! je me dis à ce moment-là que la route va être bien longue pour eux ! Je retourne en arrière débalisé depuis PC1 jusqu’à PC2 et quand je reviens à PC2, le PC est fermé mais la bagnole du bagnard refuse de démarrer. On s’y met à 3 ou 4 pour pousser son tas de ferraille, mais rien n’y fait, impossible de démarrer. Je les laisse à leur sort et je continue à débaliser jusqu’à 20h30 et je fonce à Maintenon pour assister au départ du raid8 « normal ». je salue rapidement tous les copains ; j’assiste au départ. Je vais voir où en sont Ouster et ses copains ; le castor junior est complètement frigorifié et il se lance dans un solo de castagnettes du plus bel effet avec ses dents.

Je m’achète une bonne pizza  que j’avale goulument puis je débalise les dernières balises de l’ultra en amont de Maintenon. Retour à Maintenon 2 heures plus tard, tout est calme, la course a suffisamment d’avance sur moi. A partir de maintenant, je vais débaliser dans l’ordre normal. En restant toujours 1 à 2 heures après tout le monde. C’est curieux cette sensation de passer après la bataille. Et les traces de pas dans la neige accroissent ce sentiment. On voit parfaitement les zones de passage des équipes, les zones de jardinage sur des balises un peu plus techniques. La nuit va se passer comme ça, tout seul. Moment féérique, parfois sous la tempête de neige avec des flocons qui arrivent dans le visage fortement poussés par le vent de nord. Jusqu’à maintenant, je me suis toujours garé à moins d’1 km de la balise, mais à l’approche du bois de Baionceau, je me rends compte que pour aller chercher les balises 26/27/29 ; il va falloir que je m’enfonce plus profondément dans la forêt. Seul, par ce froid, avec mes pépins physiques, j’hésite un instant. Je vérifie que le portable passe bien, je mets une couverture de survie dans ma poche « au cas où » et je m’enfonce dans la forêt. Il faut que je reste prudent car il est hors de question qu’il m’arrive quelque chose car à 4h du mat, alors que toute le course est passée et que je suis tout seul dans cette forêt et qu’il neige maintenant à gros flocons.

 Voilà plus d’un mois que je me morfonds à nantes mais dans cette forêt glaciale et enneigée, je « revis ». Je me surprends même à trottiner et à faire la course comme si j’y étais. Bon assez joué la tortue, pas d’enflammage, je te rappelle que le toubib voulait t’arrêter 3 mois il y a 15 jours, ce n’est peut-être pas le moment de cavaler sous la neige ;-))

8h du mat, le jour se lève : Rambouillet. Jusque-là, je n’ai pas chômé, j’ai débalisé tout ce que Christian m’avait demandé. Je m’accorde une bonne pause café/croissant et j’étudie le reste du road book. Le semi raid est parti depuis plus de 3h. Je vais pouvoir débaliser la forêt de Rambouillet. Avec le jour qui est levé, on découvre un paysage féérique tout blanc. Quelques promeneurs matinaux viennent troubler ma solitude de toute la nuit.

forêt royale de Rambouillet : immaculée !


Tous les ans, la difficulté dans la forêt de Rambouillet, ce sont ces longues allées cavalières pleines d’ornière et de boue ; cette année, le sol est gelé mais une mince pellicule de 5 à 10 cm de neige fraiche adoucit la foulée. Ce sont des conditions de course idéales. En plus, dans la forêt le vent ne se fait pas sentir et la température est beaucoup moins basse. Comme il faut garer la voiture loin des balises, je vais me faire de bons  passages en trottinant et en marchant pendant de longs km, toujours en jouant avec le road book et en essayant de me mettre le plus possible dans les conditions de la course !

un petit autoportrait avant que je l'enlève


non, on est pas en Savoie mais bien dans les Yvelines !


elle est mignone celle là !


et celle là ? c'est pas joli ?


La Tortue Mobile : pas trop fréquentées les routes ce matin là !


Dampierre en Yvelines, je commence à être fatigué. Il est 14h et je m’accorde une deuxième grosse pause café/croissant. Une fois rassasié, je continue à débaliser jusqu’à la tombée du jour du dimanche. Cela fait près de 26h que je suis sur le pied de guerre, je préviens Christian que j’arrête à la balise 81 et que je rentre à bures.

une jolie moisson au final !


Hélas, j’arriverais un peu trop tard, toutes les équipes ou presque sont parties. Il reste les bénévoles qui s’affairent au nettoyage de la salle. J’ai beau essayé de terminer les 10l de soupe qu’il reste, je cale au bout de…6 bols ;-) Une bonne douche bien chaude, et il me faut prendre congé de papy Turoom et de sa fantastique équipe car il me reste encore 400 km de route pour rentrer à nantes, que j’atteindrais finalement à 2 h du matin après plusieurs pause dodo nécessaires.

En conclusion, je pense que cette 20ème édition restera dans les annales, tant par le tracé que par les conditions sous la neige. Personnellement, j’en garderais un sentiment double. D’abord une grande joie d’avoir quand même vu plein de balise et d’avoir eu l’honneur d’intégrer le team Turoom comme bénévole, mais le sentiment de frustration restera dominant car ce fut une édition extraordinaire et mes potes papy et lib n’ont pas pu la courir à cause de moi ! Désolé les amis, mais promis, l’an prochain, je me rattraperais !!!


une pensée spéciale et une dédicace du coeur à mon copain l'ourson qui vous salue bien depuis son lit d'hopital !!!

 

9 commentaires

Commentaire de Françoise 84 posté le 25-01-2013 à 15:23:08

C'est géant ce que tu as fait...!!! Va mollo quand même pendant tes arrêts maladie! Retape toi vite (et bien surtout), l'Ourson idem (quand on dit, quelquefois, qu'on est des grands malades, c'est vraiment à prendre au sens littéral...). Bisous et RV au Raid 28 2014!!!

Commentaire de Philkikou posté le 25-01-2013 à 22:34:48

Ouais, un récit de La Tortue, ca faisait longtemps !!

Et merde, au bout de qqs lignes de lecture l'horizon s'assombrit avec une pluie de blessures ;-(( Belle aventure quand même sur ce 20° raid 28

Bonne convalescence à tous les éclopés !!!

Commentaire de leptitmichel posté le 26-01-2013 à 08:25:05

Le raid 28 vu de l'autre côté de la barrière est une toute autre chose... Content de t'avoir croisé avant notre départ...

Commentaire de Astro(phytum) posté le 27-01-2013 à 00:19:29

Bien content de t'avoir recroisé ;-) Ménage toi quand même !!!

Commentaire de bubulle posté le 27-01-2013 à 12:36:48

Alors, ce matin, avec patfinisher, on a retrouvé la balise 82, entre Voisins le Bretonneux et magny les Hameaux. On s'est demandés si on la ramassait...:-)

Commentaire de raspoutine 05 posté le 27-01-2013 à 20:13:21

Une grande édition of course ! Les équipes avaient bien du mérite de se lancer !
C'est toujours un objet de curiosité de voir l'autre côté des courses et, des courses d'orientation vues du dé-baliseur, c'est du nouveau ! donc merci à toi ma Tortue
Hum;.. faut-il redire de prendre soin de toi ?

Commentaire de Sprolls posté le 28-01-2013 à 18:26:23

Voilà une manière originale de débusquer les balises du Raid 28. Ça doit faire bizarre de s'aventurer en solitaire dans les traces des équipes passées par là. Dommage qu'on ne se soit pas croisé, ce sera pour le prochain sans doute :)

Commentaire de LtBlueb posté le 29-01-2013 à 06:50:11

un facon originale et bien utile de jouer quand meme au raid28 cette année . bonne bourre amigo :)

Commentaire de bubulle posté le 15-01-2015 à 17:11:21

Comment ai-je loupé ce récit, moi qui me suis constitué débaliseur du Raid 28 depuis l'an dernier et vais recommencer cette année ?

Le plus marrant est de lire ton passage sur le débalisage en forêt de Rambouillet car je me rappelle parfaitement que, ce jour là, je suis parti de chez moi faire un immense tous du côté des étangs de Hollande, en me demandant si j'allais croiser des "morceaux" de Raid 28..:-)

En fait : j'aurais pu te croiser, finalement, ça aurait été marrant. En tout cas, impressionnante ta performance de passer 26h *tout seul* à débaliser (et je confirme que partir en pleine pampa yvelinoise de nuit pour une grande boucle en forêt, seul.....faut avoir le moral : l'an dernier, j'avais la chance d'être accompagné sur la partie de nuit).

Objectif perso, cette année : tout ramasser (enfin, tout ce qui m'est assigné, soit plus de 70 balises). Mais j'ai deux avantages : je serai tout le temps avec Loul et....j'ai eu le parcours à l'avance donc j'ai pu me faire une préparation millimétrique....:-)

On verra bien le résultat. En tout cas, si un jour ça te dit de rempiler au débalisage...ou si jamais tu cherchais un coéquipier pour vraiment faire le Raid une fois de plus......

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