Récit de la course : 6 heures de Marchiennes 2006, par roudaï

L'auteur : roudaï

La course : 6 heures de Marchiennes

Date : 26/11/2006

Lieu : Marchiennes (Nord)

Affichage : 1330 vues

Distance : 0km

Objectif : Pas d'objectif

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6h de Marchiennes: et vogue la galère!

Digressions d’avant course:
Enfin je l’ai écrit ce CR ! Ce qui permettra notamment de revenir sur mes (nombreuses) erreurs et de dire quelques mots sur une des épreuves d’ultra qui se déroulent dans mon ch’ti Nord.
Fin septembre. Quelques jours après les 100km de Millau, je décide de me laisser tenter par une épreuve horaire, un 6h, en vue de découvrir la discipline, à mon avis totalement différente d’une course en ligne, et surtout de me préparer et de me tester en vue de mon gros objectif 2007 : courir un 24h si l’expérience du 6h ne me déplaît pas trop.
Me voilà donc à chercher dans l’annuaire des courses un 6h sur cette fin d’année. Ils ne sont pas vraiment légion et, comme d’habitude, il faut dire que mon emploi du temps du boulot ne me laisse guère de WE de libre… Il y a bien entendu les 6h de Marchiennes qui retiennent mon attention. Originaire du Nord et qui plus est du village à côté de Marchiennes, courir cette épreuve serait un peu jouer à domicile. Oui mais voilà je suis de garde ce WE. Dommage… Je regarde donc ce qui reste de possible. Les 6h de Flavy le Martel. Très bien. Pourquoi pas ? Seul petit hic, elles ont lieu environ un mois après les 100km de Millau. Même si je me suis rapidement senti très bien après Millau, je ne sais pas si la récup’ est suffisante et surtout si cela me laisserait le temps de faire un tant soit peu d’entraînement à vitesse spécifique. Je demande donc conseil à mon coach, « parrain » et ami Noël (eh oui tout ça à la fois !). Il me dit que c’est effectivement court comme délai, surtout pour une vraie bonne préparation, mais, devant mon envie, me propose de tenter quand même l’expérience et, encore mieux, décide même d’y concourir également ! Ah ah ah, voilà une nouvelle géniale et qui me donne sourire et motivation !!! Je commence donc tranquillement la préparation conseillée par Noël (enfin faut plus traîner là quand même parce que le temps passe…). Mais BOUM, quelque temps après, Noël m’informe qu’il a joint l’organisateur et que, faute de travaux sur le parcours, ces 6h n’auront pas lieu… Et M… !!!!!!! Très très désabusé, je laisse donc tout tomber, me disant que, tant pis, j’arrête là toute compétition pour 2006. Bon, le temps passe (1 à 2 semaines) et finalement je me dis… la Saintélyon… le WE du 2 décembre… pourquoi pas ? En plus pour le WE de mon anniv’ ça serait drôle ! Allez zou ! Me voilà reparti à environ 6 semaines de l’objectif. Sauf que… sauf que… Ce qui mijotait depuis quelques jours finit (tardivement) par se concrétiser : mon emploi du temps au boulot se modifie et je peux être libre le WE du 26 novembre… WE des 6h de Marchiennes !!! Yahou !!! Et c’est donc parti pour un plan d’entraînement en 3-4 semaines (bah oui avec tout ça on est déjà début novembre). Noël me donne donc mon plan d’entraînement et tous les conseils qui vont avec (comme d’habitude… merci Noël !). Il me dit de partir sur 11km/h ou un tout petit peu plus. J’essaye donc consciencieusement de m’y tenir mais rien à faire pour la VS, dès que je ne cours plus le nez sur ma montre je reviens inévitablement à une vitesse d’environ 12km/h. 1ère anicroche. 12km/h c’est trop rapide. Noël me le fait bien remarquer et j’en suis conscient, mais rien à faire, le délai est trop court et bizarrement je n’arrive pas à corriger cette envie d’accélérer. Je me dis qu’après tout on verra bien le jour J, j’essaierai de me modérer… Bah voyons…

Noir c’est noir…:
2è souci : je travaillerai 19 jours consécutifs avant ce fameux WE et j’arriverai bien sûr complètement crevé…
3è « problème » : si à Millau j’avais été plus qu’encadré par mon équipe d’amis, cette fois aucun ne peut se libérer et, même si je me dis que je peux bien courir sans assistance/soutien (quand même !), le fait d’être seul m’ennuie et m’attriste un peu. Même ma douce Florine ne peut se libérer, et, même si je lui dis (et je le pense sincèrement) que ce n’est pas grave je suis un peu triste de ne pouvoir lui faire découvrir en même temps mon Nord et mon engouement pour l’ultra. Seule Gaëlle, mon inestimable suiveuse à Millau, laisse planer le doute. Elle ne peut vraiment pas venir, mais embêtée de ne pouvoir m’accompagner, elle fera tout jusqu’au bout pour se libérer.

Cette liste de petits « tracas » qui se surajoutent va cependant avoir un effet inattendu : mauvaise préparation, fatigue accumulée, etc. font que je me sens soudain beaucoup moins motivé que pour Millau. J’ai toujours plus qu’envie de courir chez moi, « à domicile », bien sûr, mais toutes ces petites choses font que je suis persuadé que je vais me planter. Je me mets à tout comparer avec Millau. C’est idiot je sais mais c’est ainsi. La magie et la vague d’émotions ressenties à Millau se rappellent à moi et je me dis que ce ne sera plus pareil, Millau étant ma grande 1ère. Je me dis que ma préparation est beaucoup moins bonne, que je vais faire n’importe quoi… Je me mets à penser que pourtant ce n’est « qu’un » 6h, que j’ai couru plus de 10h à Millau et que par conclusion ce devrait donc être facile. Je sais pourtant que je ne dois pas calculer ainsi, même si c’est pour essayer de me rassurer, que ça reste un ultra avec ses difficultés propres, et qu’il faut me défendre de ce manque d’humilité. Mais bon… La tête ne suit pas et je ne vois que des problèmes et des mauvaises nouvelles se rajouter à chaque fois. Et bêtement je me mets une sorte de pression : je cours chez moi et pour la 1ère fois mes parents me verront sur une course, je ne veux donc pas me rater. Quelle nouille…

Samedi 25 novembre, 1 heure du matin. Veille de la course. J’arrive enfin chez mes parents. Chez moi.
Je suis exténué et m’endors rapidement.
La journée qui suit me voit régler mes derniers préparatifs. Gaëlle me confirme malheureusement que, cette fois c’est sûr, elle ne pourra venir. Je m’en doutais, mais cette dernière nouvelle finit de m’assommer.
Dernier tri des affaires. Je m’aperçois que j’ai oublié des trucs à Paris. Insignifiants mais voilà j’en ai marre… Je dis et répète que rien ne va, que forcément cette course je ne la sens pas et que je vais me planter… Aux antipodes de Millau…
Je me sens tout perdu, me demande comment je vais faire pour mes ravitos persos, pour donner des nouvelles à Noël comme je l’avais promis, etc.

Et mon horizon s’est éclairé…:
Mais mes parents sont là, volontaires et aimants, et se proposent de m’aider comme ils le peuvent. Me voilà donc à leur expliquer mon plan de course, à leur montrer comment fonctionne mon téléphone, l’appareil photo, quand j’aurai besoin de quoi etc. Et devant tous leurs efforts je me mets à retrouver un peu le sourire. Après tout je suis là pour le plaisir. Peu importe même si je me plante. On verra bien. Finalement si je « dois » bien une chose à mes parents, si je veux leur monter quelque chose de l’ultra, à défaut de pouvoir leur faire comprendre cette passion, c’est bien de courir avec ce sourire qui caractérise tant ce forum ADDM.
Allez, je me sens mieux, rasséréné. Petite douche, puis rasage… Et là je me coupe avec le rasoir… le nez !!!!! Si si, ça paraît incroyable mais je me suis coupé le nez ! Je n’ai pourtant pas les attributs d’un Cyrano, mais pour le coup je ne me suis pas raté : ça « pisse » le sang ! Noir… Je suis noir… Mais qu’est-ce que c’est que ce WE !!!???? Pendant que j’essaie tant bien que mal d’arrêter le saignement, mon téléphone n’arrête pas de sonner. Un mouchoir-compresse sur le pif je décroche : « Gnallo, gni ché ? » (ma Florine), « Gné que tu fé de bo ma chérie ? Gnein ? Ha gné rien, gueu meuh suis coupé gne nez » (ah bah oui avec un mouchoir sur le nez elle a eu du mérite de me comprendre !). Et ma douce, mon cœur, m’annonce (dans une conversation que je vous épargne, vous auriez du mal à me comprendre !) qu’elle a réussi malgré son emploi du temps surchargé à sauter dans un TGV et qu’elle arrive dans 10min ! Que dire de plus… même la plus sombre nuit hivernale peut donc se voir éclairée… Le cœur léger et après avoir de nouveau expliqué le déroulé du lendemain à l’inattendue et merveilleuse nouvelle arrivante, il est enfin temps de se coucher. Je ne me pensais pas spécialement stressé, mais en dépit de ma fatigue je ne dormirai qu’à peine 4-5h… Textos d’encouragement de Gaëlle/Christelle et Géraldine/Jérôme qui ne m’oublient pas, ce dont je n’avais bien entendu pas le moindre doute…

Matin de course:
Petit matin. Il fait beau. Mais frais voire froid. J’hésite beaucoup mais opte finalement pour une tenue collants+maillots manches longues. J’essaie enfin de me concentrer sur la course, de rentrer dans ma bulle. MP3 sur les oreilles : du « Crazy » d’Alanis Morissette au « Lost in space » d’Aimee Mann. Je trouve que les titres caricaturent assez bien mon état d’esprit du moment, ce qui me dessine un léger sourire.
Arrivée sur site. Retrait du dossard. Il y a beaucoup de monde. 126 concurrents, en individuel ou en équipe de 6, venant d’un peu partout : Ile-de-France, Normandie, etc. Et même Belgique, ce 6h est donc international. Au gré des conversations j’entends des concurrents comparer leurs objectifs : « entre 82 et 85km ». Gasp… J’avais dit avoir pour objectif entre 66 et 68km. Je me mets toutefois une barre tout à fait symbolique de 70km même si je sais qu’elle est sans doute trop haute vu ma condition et ma préparation. Devant mon habitude à partir trop vite j’avertis donc mes parents (et surtout mon père, collé au chrono !) que si je pars plus vite que ça ou si au bout d’un quart d’heure je suis dans le trio de tête, c’est d’ores et déjà râpé, j’exploserai à coup sûr. Comme beaucoup de concurrents qui, je n’en doute pas, partiront trop vite. Partir sur une base de 70km, si j’arrive à m’y tenir, permettrait donc de me juguler un peu.
Petit coup de fil à Noël comme promis et pour me rassurer un peu. Ce qu’il ne manque pas de faire et en me disant que ça ira bien pour moi, ce n’est qu’un 6h… Ne me dis pas trop ça mon ami ou je vais partir comme une bombe.
Reconnaissance du parcours : 1660m environ. Il slalome entre les habitations, avec beaucoup de virages ce qui évite les longues lignes droites et avec un tracé quasi aller-retour qui permet de croiser ses concurrents/compagnons en de très nombreux points du parcours. La distance est marquée au sol tous les 100m. Point positif. Beaucoup de trottoirs à escalader si on veut couper les virages et passage sur de gros cailloux pour une petite boucle incluant le stand ravito et le passage de la ligne avec les pointeurs. Gros point négatif. Avec tout ça et préoccupé comme je le suis je n’arrive pas à repérer Yannick, autre membre du forum présent sur la course, avant le départ. ‘Faut quand même le faire…

L’organisateur nous conseille de se faire connaître auprès de notre pointeur et de voir à quelle table il est assis. Le pointage est en effet manuel et chaque pointeur tient les comptes pour 5-6 coureurs. Une charmante et gentille demoiselle pour moi, emmitouflée jusque sous son bonnet.
On s’approche doucement du départ quand l’organisateur nous annonce au porte-voix une dernière nouveauté : pour simplifier la procédure ne seront comptés cette année que les tours entiers. Tout tour entamé non terminé ne sera pas validé. Sur un tour de stade de 400m passe encore, mais pour 1660m je trouve ça assez rude, surtout annoncé à quelques minutes du départ ! Vague de protestations parmi les coureurs mais rien à faire. Me voilà une nouvelle fois tout décontenancé. On avait compté avec mon père environ 8min30s au tour pour réaliser les 70km, soit 42 tours et environ 300m. Cette nouvelle désagréable m’oblige à changer de nouveau mes plans. Je calcule donc, très énervé, à 10min du départ les nouveaux temps de passage nécessaires pour réaliser 43 tours. A posteriori bien sûr je me dis que c’est idiot, que j’aurais dû partir comme prévu (enfin si j’avais su me modérer…) et si tout se passait bien accélérer progressivement sur la fin pour grignoter le temps nécessaire. Mais bon… je me dis qu’il faudra donc sensiblement accélérer pour passer
en 8min22 au tour.




La course (aaah enfin !!!):
Avec tout ça le temps a passé et on se rapproche de la ligne de départ. Florine continue son reportage photo. Moi je m’installe bien au chaud dans la masse des coureurs. Pas du tout dans les premiers qui ont l’air de vouloir partir à fond les manettes. Et à les voir comme ça on se dit qu’ils n’ont pas l’air d’être là pour amuser le badaud… Je démarre ma montre GPS qui… ne trouve pas le satellite… Je lance un soupir désabusé (l’air de dire : tu vois franchement rien ne va) à Florine qui s’amuse de me voir ainsi.



Allez tant pis. Egrainage des secondes par le speaker à l’aide de son porte-voix… 5… 4… 3… 2… 1… BANG c’est parti !!!




Ca part très fort devant. Evidemment il y a les équipes mais aussi pas mal d’individuels. Je laisse partir sans m’affoler. J’essaie de trouver mon petit rythme et de ne pas partir comme eux à plus de 15km/h. Incroyable, je serais donc capable de me calmer. Je réalise ce premier tour très tranquillement en environ 8min20s-8min25s. Je dois être dans le premier tiers du paquet. Passage à la table de pointage je mets bien en évidence mon dossard. Quelques mètres avant quelqu’un annonce à voix haute tous les numéros qui passent, ce qui permet aux pointeurs de gérer plus facilement car nous évoluons encore en formation serrée en ce début de course. Ma pointeuse est à droite, à la 3è des 4 tables. Petit geste de la main pour s’assurer qu’elle m’a vu, auquel elle me répond avec un gentil sourire. Hop passage de la zone où les équipes se relaient et quelques dizaines de mètres plus loin mes supporters de choc : mon père au chrono notant les temps de passage, ma mère qui m’encourage et Florine qui saute dans tous les sens et prend toujours des photos. J’essaie de continuer sur ce rythme, de ne pas m’emballer, de ne pas suivre le rythme des premiers dont les méandres du parcours permettent de jauger l’augmentation progressive de leur avance. Les spectateurs sont assez nombreux. Un petit garçon dans son jardin nous dit bonjour à chaque tour. Il le fera à chaque fois : une fois debout sur une échelle, une fois caché derrière la haie, une fois au milieu de son jardin… J’ai le cœur qui sourit : je suis moi aussi dans mon jardin. Heureux d’être là. De relâcher toute cette pression. De chasser toutes ces idées noires. Je me sens tellement plus léger, tellement plus heureux. Tout est si simple finalement.
Hop passage au pointage. Hop geste. Hop sourire. Descente de bordure. Virage à gauche. Zone-relais. Mes parents et Florine. Hop sourire. Descente en faux-plat. Passage sous l’arche. Rentrée dans la cité de petites maisons. Virage à gauche. Virage à droite. Boucle à environ 360°. Tout droit. Droite-Gauche. Virage à 90° à droite, passage en sens inverse sous l’arche. Remontée du faux-plat (hop supporters à gauche ce coup-ci !). Virage à droite. Bordure. Gros cailloux. Stand ravito. Boucle à gauche autour de l’école de musique. Pointage. Sourire !
Je ne trouve pas cette répétition lassante. J’aime au contraire ce mécanisme de circuit. Et cela permet de multiplier les croisements et les échanges avec les coureurs. J’arrive ainsi au niveau d’un coureur. On discute et, ayant quasiment le même rythme, on fait quelques centaines de mètres ensemble. Il vient de Belgique et me demande à quelle vitesse on va, si l’on est à environ 12km/h comme il le pense. Eh oui c’est bien ça. Faut dire qu’on est sur des bases de 8min15s-8min20s au tour maintenant. Il est un poil plus rapide et, après environ 400 ou 500m ensemble, s’éloigne doucement. On se souhaite bonne course. Hasard de nos évolutions de rythme 1 tour ou 2 plus tard c’est moi qui vais un peu plus vite et je le double à mon tour. C’est peut-être dommage. J’aurais sans doute dû le suivre comme on avait globalement le même rythme : il finira avec un tour d’avance sur moi et 2è au général. Toujours est-il que j’ai pris un petit rythme facile entre 8min5s et 8 min 15s au tour. Mon père tout à fait immergé dans la course me le fait bien remarquer « Tu vas trop vite », « Ralentis ». Mais honnêtement et comme je lui réponds « tant pis ». Je me suis pris au jeu de la course. Et je crois franchement qu’avec tout ce stress que je m’étais infligé courir sans penser à rien me fait un bien fou.
Ce début de course est assez amusant. Il est évident que parmi les premiers ça ne rigole pas vraiment. Et à chaque fois qu’on se croise chacun se jauge du regard, essaye d’évaluer ses adversaires. Ils sont au moins 6 à 8 devant moi. Le premier, collants manches longues et casquette, court léger et vite. Le tout est de voir s’il tiendra le rythme. Suivent pêle-mêle un coureur arborant un débardeur de l’Armée de Terre, un triathlète en tenue complète (avec les lunettes de soleil s’il-vous-plait !) etc. Ils carburent tous très forts et sont tous partis sur une base de plus de 75-80km. Je serais quand même assez surpris qu’il y ait une telle concentration de pointures à Marchiennes… Alors même si je n’ai ni les capacités ni la préparation pour me mêler à la danse, je me mets à me prêter au jeu. Hé hé on est chez moi après tout ! Et j’attends mon heure. Même si j’aurais mieux fait de l’attendre au rythme que j’avais dit et que mon père se désespère de me voir adopter… La première heure se passe tranquille et j’exécute environ 7tours1/3. Ca nous fait quand même partir sur quelque chose entre 72 et 74km ça… Gros malin… Et je continue comme ça toujours aussi régulier (dans ce rythme que je sais trop rapide). Je demande à mon père s’il a pu passer un petit coup de fil à Noël comme j’avais promis. Il me le confirme. Bien…TOUT VA BIEN… HEUREUX !!! Je cours sur mon petit nuage. Tellement que j’en oublie les fondamentaux… Il y a du monde au ravito au j’avais prévu de m’arrêter de temps à autre ? Pas grave je ne veux pas perdre du temps à m’arrêter. Je verrai ça plus tard. Tour suivant, idem. Bon bah on verra le tour d’après… Super intelligent le Rudy…Heureusement mon père veille et me passe de temps en temps mon bidon de boisson énergétique. La manœuvre semble digne d’une équipe qui a répété ses gammes et m’amuse : ma mère me tend le bidon à mon passage et mon père court quelques dizaines de mètres devant pour me laisser le temps de boire (en courant) et le lui redonner sans avoir à faire un tour complet avec ! Mon père est vraiment à fond dedans et je trouve ça génial. Je ne me sens pas tout seul à être pris par cet esprit sportif.



Le temps passe et tout continue comme ça. Comme sur des roulettes. Le temps est passé au franc soleil (ça c’est dommage, j’ai trop chaud maintenant !). Les spectateurs sont présents. Les sourires discrets et chaleureux de ma pointeuse me font du bien. Courir pour la première fois devant mes parents et Florine me réjouit au plus haut point. Environ 1h30 de course, le premier individuel me double. Je lui jette un œil. Il a l’air facile mais je ne pense intérieurement pas qu’il tiendra un tel rythme. Encore 4 ou 5 autres coureurs me doublent petit à petit dans le ¼ d’heure qui suit. Bon… We will see, guys…
La température grimpe doucement. On doit passer les 10° maintenant. J’ai chaud !!!!



Les 2 heures de course arrivent rapidement. On commence à voir les premiers dégâts parmi les concurrents les moins aguerris. Je tourne toujours au même rythme, à un peu plus de 12km/h. Florine nous quitte pour aller bosser un peu. Elle a prévu de revenir vers les 3h30 de course. A tout à l’heure ma douce, moi je ne reste pas loin ! Je tourne en rond en t’attendant en fait ! Je demande à mon père s’il a de nouveau passé un petit coup de fil à Noël. Il me dit que oui et quand je lui demande ce que Noël pense de ce début de course il me répond qu’il a dit que c’était bien. Bah voyons, tu m’en diras tant… Je sais très bien que Noël doit grommeler contre ce départ trop rapide dont je suis moi-même bien conscient, mais qu’il est trop sympa pour le dire. De toute façon maintenant advienne que pourra. Mon père continue de me dire que je suis toujours trop rapide au tour. Eh oui je sais…
Je continue à contempler le monde et les gens, comme à mon habitude. Je souris aux bénévoles qui ferment le parcours. M’amuse avec les pointeuses dont l’une d’entre elles, ch’ti pur jus, me lance « C’est plus la peine de le montrer ton dossard on t’a reconnu ». Ou « Et voici le 708 toujours frais, même pas rouge ! ». On rit ensemble. Il y a des marcheurs. Certains moins fluides que d’autres… Une jeune concurrente qui aura tout fait en marchant à un rythme de promenade, accompagnée je suppose par son ami. Des jeunes. Des moins jeunes. Inventaire à la Prévert de ce que peut être le monde des coureurs un petit matin d’hiver dans le Nord. Je double une dame d’un âge respectable. Qui trottine à un rythme tout aussi respectable. Chapeau bas… Elle me dit « oh la la ! Quelle grâce, quelle foulée, quelle légèreté !» Je lui réponds en riant qu’on en reparlera dans 1 heure ou 2. Franchement il n’y a pas de doute on est chez moi, on est au cœur du royaume des ch’tis au grand coeur…
2h30 de course. Les sprinteurs-fondeurs du début de course commencent à lever le pied. Pas un ne se rapproche de moi pour prendre un 2è tour, l’écart ne semble plus augmenter. Je redouble même le coureur en tenue de triathlète qui semble commencer à marquer le coup.
3h de course. 22 tours avalés. Soit plus de 36.5km… Et toujours personne pour me prendre un 2è tour. Petite révolution dans mon petit monde : ma pointeuse est partie et est remplacée par une autre demoiselle… qui commence très fort ! Occupée à discuter elle ne me voit pas passer. Je le signale donc à mon père qui va vérifier et faire corriger la marque. Scrogneugneu… Elle me refait le coup plusieurs fois au point que je devrai parfois la héler pour qu’elle m’aperçoive... Rendez-moi ma 1ère pointeuse !
Le temps passe. 3h10-3h15. Sans m’en rendre compte je dois moi aussi commencer à marquer le coup et baisser de rythme. Je jette un coup d’œil à ma montre et m’aperçois qu’il me faut commencer à ne plus lambiner dans les derniers lacets du parcours pour passer dans les 8min22s impartis au départ. Tiens tiens… Ca se confirme le tour d’après ce qui m’assombrit un peu. Ce n’est pas possible, pas déjà ??? Je décide du coup de m’arrêter un instant au ravito, histoire d’avaler un morceau de chocolat et un verre de coca. Mon père me prévient dans la foulée que j’ai pris un peu de retard sur ce tour. Je lui dis que c’est normal étant donné que je me suis un peu arrêté au ravito… En me demandant intérieurement si je ne me suis pas en fait accordé un 1er répit déguisé… Le doute s’insinue… Et le tour qui suit n’est pas bon et confirme l’impression. Ca devient dur. Je cours encore facile mais plus du tout dans le même rythme. Passer en 8min30s me semble déjà quasi impossible. On approche de 3h30 de course. Il en reste 2h30. C’est trop. Beaucoup trop pour craquer dès maintenant. Incroyablement tout d’un coup je n’y crois plus. Je me dis que c’est foutu. Pour les 70km j’ai déjà fait une croix. Et je ne sais même pas jusqu’où je suis capable d’aller. A posteriori je suis quand même très surpris. D’abord d’avoir baissé aussi brutalement les bras, ce qui n’est pas mon habitude. Mais également d’avoir craqué si tôt. Après 3h30 de course à un rythme de footing je ne comprends pas… Faut-il y voir là l’effet conjugué de la fatigue et de la mauvaise préparation mentale ? Certes je suis parti plus vite que je n’aurais dû, mais à un rythme quand même très tranquille qui n’explique pas un écroulement si précoce.
Florine et ma mère ne vont pas tarder à revenir. Je suis déçu d’avoir raté, de sentir mon objectif s’évanouir, mais encore plus de comprendre que je vais être dans le dur pour leur retour. Je lance à mon père que c’est foutu, terminé, fini. Lui essaye de me persuader du contraire, me dit que non, que j’ai encore beaucoup d’avance, ne comprend sans doute pas encore vraiment que si je commence à craquer cette avance va fondre…
Je me traîne plus que je n’avance désormais. Le cardiaque ne monte pas vraiment dans les tours. Je ne me sens pas épuisé physiquement, mais inexplicablement les jambes n’avancent plus. Pas moyen de remonter de rythme. Ma mère et Florine sont de nouveau là. Elles se rendent compte rapidement de la situation je pense. Informées autant par mon père que par mon allure de traîne-les-pieds ou mes mots de dépit j’imagine.
Je m’arrête au ravito et repars en marchant. Passe la table de pointage en marchant pour la 1ère fois, puis de la même façon devant mes parents et Florine. Je continue comme ça sur un total de 400 ou 500m. Je me dis « Bon allez un tour complet en marchant. Pour récupérer. » Je n’y crois plus. L’idée d’abandonner m’envahit. Mais l’absurdité de cette hypothèse m’électrise aussitôt. Abandonner. Moi ? Pour la 1ère fois ? Et en plus ici ? Dans le Nord ? Devant mes parents et Florine ? Mais qu’est-ce que c’est que ce gros nul !!!??? Bouge-toi le cul un peu !!! Arrête de gémir !!! Et cours banane !!! Et ça marche ! Les mâchoires et les poings serrés je me relance. Je m’en veux de ma faiblesse. Je veux me venger de moi-même, de ma stupidité. Et je cours. Oh rien de bien rapide mais il est hors de question d’arrêter désormais. J’essaie de réfléchir (!). Me rends compte qu’en 3h30 de course je n’aurais ingurgité qu’1/3 de barre énergétique, 1 carré de chocolat et bu environ 450mL de boisson énergétique et 1 verre de coca (je ne compte pas le verre de coca que j’avais essayé de boire en courant dans la 1ère heure : les 3/4 du verre avalés par le nez ça ne doit pas compter en terme d’hydratation !). C’est idiot évidemment, largement insuffisant. Je me donne donc comme idée de m’arrêter cette fois régulièrement au ravito. Tous les 4 tours un arrêt. Las… le 3è des tours est déjà difficile… Allons-y pour 3 tours un arrêt ravito alors. Ca ferait un arrêt tous les 5km. Ce n’est pas absurde au final. Et j’enquille les verres (2 de coca et un d’eau à chaque arrêt ! J’étais sec !) et les aliments. Me découper la course en morceaux de 3 tours la rend plus facile. Permet de rentrer dans un mécanisme simple avec un horizon toujours proche.
Je sais bien que je ne dois pas avoir une bonne tête. Florine ne prend plus de photos. C’est un signe. Dommage peut-être, j’aurais bien aimé avoir des souvenirs de ces moments-là aussi. Ils font partie de la course. Mes temps au tour sont minables. De 9min à 9min 30s… Mon compère belge ainsi qu’un concurrent arborant le t-shirt des 100km de Millau me doublent. Je devais avoir eu au maximum 1/2 tour d’avance sur eux. Florine, à un de mes passages, s’élance à mes côtés. Volontaire et aimante elle veut m’aider à sa façon en courant un tour ou au moins une partie avec moi. Mais je lui dis que je ne veux pas. Je n’ai pas vraiment le temps ni l’occasion de lui expliquer, mais j’ai besoin d’être seul, de me fermer dans ma bulle. De m’isoler pour essayer de refaire surface. J’espère que ma douce n’aura pas pris mon refus de façon trop brutale… Aune autre occasion j’aurais trouvé ça génial mais actuellement ce n’est vraiment pas le moment.
Chacun de mes passages devant ma « dream team » se fait donc plutôt dans le silence. Mais cette fois ce n’est plus vraiment parce que je suis mal mais parce que je me retrouve ! Car à coup de découpage en 3 tours… je me suis refais !!! 4h40 de course et je suis de nouveau bien ! Pas de quoi tourner en 8min et des brouettes comme au début. Loin de là… Mais tourner sans faillir me semble désormais redevenu facile. Et aller au bout de ces 6 heures être redevenu un jeu d’enfant. Je reprends des couleurs. Je fais le zouave en passant devant mes parents et ma belle. Qui reprend à nouveau des photos ! J’ai retrouvé l’évidence du bonheur d’être là, de courir sans se poser de questions, d’être ainsi entouré… Je plaisante à nouveau avec des coureurs. Je croise une nouvelle fois ma gentille mamie et lui lance dans un sourire « c’est déjà moins léger que tout à l’heure ma foulée, non ? » Elle me répond aussi souriante que non, qu’elle ne dirait pas vraiment ça. Je prends un peu de temps au ravito, y discute avec les bénévoles. Et puisque je me dis que c’est cramé de chez cramé pour les 42 tours et environ 300m qui auraient fait 70km, je dis à mon père que je vais en faire 40. Histoire de faire un joli chiffre rond. Je calcule que faire 40 tours, maintenant que mon gros coup de pas bien est passé, sera facile. Tant mieux. Je peux donc revenir à l’essentiel : profiter de courir, être heureux et sourire !



Les tours s’enchaînent dans le plus grand bonheur. L’heure tourne et on se rapproche peu à peu de la fin de l’épreuve. Tour 38. Pom pom pom… Il ne me reste plus que 2 tours à faire… Et pour la première fois depuis un bon moment je jette un œil à ma montre. Faire 2 tours dans ce qu’il reste de temps sera facile… Hmm… Tournons en un encore, on va voir. Sans trop traîner cette fois. 39 tours. Il reste un peu plus de 17 min 30s… Bon bon bon… On va le faire ce 40è tour, en gardant un petit rythme mais sans être à fond pour pouvoir en garder… pour tenter le 41è !!! 5h51 40è tour. Des concurrents s’arrêtent, n’estimant pas possible de refaire un tour dans les moins de 9 minutes qui restent. Je passe la ligne. Puis file, concentré, devant mes parents et Florine. Sans rien dire, mais je crois qu’ils ont compris que je vais tenter d’aller en chercher encore un. Un peu moins de 9 minutes… ça devrait être jouable quand même. Je suis fatigué certes mais bon… Secoue-toi p’tit gars !!! C’est le moment ! Je hausse légèrement le rythme. Pas trop. Histoire de finir dans les temps mais d’en garder pour les dernières centaines de mètres si nécessaire. Je double quelques personnes. J’invite les 2 premières à me suivre pour rentrer dans les temps. Elles déclinent d’un geste. Dommage… Et je cours, je cours… Le marquage au sol de la distance défile peu à peu dans un grand défi contre mon chrono qui tourne. Allez !!! Vas-y !!! Boucle à 360°. Tout droit. Allez !!! Gauche-droite. Ca y est presque… allez allez ! Virage à droite, passage sous l’arche. J’accélère encore. Remontée du faux-plat. Il reste environ 300m. A L L E Z !!!!! 250m J’arrive devant mes parents et Florine. Il reste moins de 2 min à ma montre. C’est gagné évidemment… Et alors je serre les dents. Je vais me venger de moi-même, de ma course en partie ratée. Me réconcilier avec ces 6h en allant chercher ce qui me reste dans les tripes. Je décide de finir au sprint. Ma douce et mon père m’accompagnent en courant quelques mètres. Mon père hurle « Allez ! Vas-y Rudy ! Vas-y Rudy ! C’est bien ! Tu vas le faire, tu vas le faire ! » Voir mon père aussi investi, autant derrière moi me donne ma plus belle émotion de la journée. J’en frisonne encore. Ca me rappelle tant de choses. J’ai l’impression de revivre nos élans communs, nos envolées lyriques et débiles devant le poste de télé pour n’importe quel événement sportif. Je sens le parfum de ces après-midi pluvieuses d’hiver de mon enfance, où l’on s’emportait en hurlant devant le tournoi des Cinq Nations. Je grimace. Je lance les jambes en avant, monte les genoux, comme un vieux pingouin désarticulé. Mais ça marche, je sprinte comme jamais. Je monte la bordure. A bloc. Ca fait mal.



Je passe en trombe devant le ravito. Je fais des grands mouvements avec la bouche, comme un poisson échoué sur la rive, en quête désespérée d’oxygène. Je contourne l’école de musique. Et passe la ligne !!! TOP !!!!!! 5h59 !!! Le sprint n’était pas nécessaire bien sûr. Mais il me fait du bien intérieurement. J’ai l’impression de finir sur une note positive, de ne pas être passé trop au travers.



Forcément quand je m’arrête quelques dizaines de mètres après la ligne, je pose les mains sur les genoux et grimace après cette dernière « montée dans les tours ». A tel point qu’un des bénévoles de la course vient me demander si ça va. Je lui réponds que oui et souris intérieurement : oui ça va. Je me sens même très très bien… C’est aussi cet instant que choisit Yannick pour venir me saluer. On ne s’était pas vu / pas reconnu jusque là (…) et il me dira que c’est aux hurlements d’encouragement de mon père dans le dernier tour qu’il a su qui j’étais… Ouais on est un peu des boulets là-dessus… Ce qui est un peu dommage c’est que, comme j’essayais de récupérer mon souffle à ce moment-là, je n’ai pas vraiment eu l’occasion de discuter avec lui. Ce n’est pas grave on se recroisera bien dans une prochaine course dans le Nord !
Au final, j’aurai donc parcouru 68.1km (et fini 1er ex-æquo sénior, si tant est que le classement ait une quelconque importance dans ce genre de course. Mystère pour le classement général, on ne l’aura jamais eu…).
Même si je suis quand même globalement très content de cette course, je suis conscient d’avoir fait pas mal d’erreurs. Parti trop vite, manque de ravitaillement, fatigue excessive d’avant-course, mental en forme de yoyo… En corrigeant tout ça je me dis que les 70km étaient sans doute atteignables. Si ce n’était ce jour-là en tout cas réalisables à moyen terme. Avec pourquoi pas la prétention d’aller taquiner les 72km un jour, avec une préparation ad hoc cette fois.


7 commentaires

Commentaire de Manuwak59 posté le 14-03-2007 à 21:04:00

Merci Rudy,
ça me rapelle des souvenirs, c'est tellement bien écrit...Et ça promet une super performance avec une meilleure prépa et gestion de course même si je trouve que la perf y est déjà !!
Depuis novembre tu as déjà dû remettre le couvert !!
A bientôt et bravo.
MANU de ch'nord.

Commentaire de patate posté le 15-03-2007 à 06:12:00

Rudy
Merci pour le CR, d'accord on a attendu un peu.
C'était ta première expérience sur 6H00 et je trouve que tu t'en es bien sorti finalement malgré ton départ trop rapide.
Je suis sur que tu franchiras les 70 kms avec une bonne préparation , voir plus.
Ton coach, parrain et ami
Noel

Commentaire de gali81 posté le 15-03-2007 à 09:22:00

Rudy,

bravo pour ta performance, même si tu as fait des boulettes...
merci pour ton cr, ça permet d'être un peu avec toi.
bon courage pour la suite, je suis de tout coeur avec toi. Mais bon, je sais que tu ne flancheras pas. Déjà quand on était petit et qu'on allait chercher le bus au bout de la rue, on faisait ça au pas de course... t'avais déjà une idée dernière la tête!!
bisous
mag

Commentaire de NoNo l'esc@rgot posté le 17-03-2007 à 14:38:00

Du vrai, du beau, du bon Roudaï, comme on aime !
Merci pour ce récit plein d'énergie et riche en émotions.
Et puis, quelle perf aussi ! BRA-VO !

NoNo_l'escargot_admirative_du_style_roudaï

Commentaire de seb billet posté le 06-05-2007 à 15:43:00

merci pour ce beau compte-rendu , ça rappelle de bons souvenirs

Commentaire de seb billet posté le 06-05-2007 à 15:44:00

merci pour ce beau compte-rendu , ça rappelle de bons souvenirs

Commentaire de horn posté le 23-10-2007 à 22:06:00

beau compte rendu de ta course avec les points de malchance et les remontées;à 47 balais,j'aimerai faire cette course mais pas de préparation speciale à part 2 à 3 entrainements par semaine.
Un marathon est -il différent ,plus dur ou non?

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