Récit de la course : Grand Trail des Deux Amants - 53 km 2017, par bubulle

L'auteur : bubulle

La course : Grand Trail des Deux Amants - 53 km

Date : 9/4/2017

Lieu : Pitres (Eure)

Affichage : 994 vues

Distance : 53km

Objectif : Pas d'objectif

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And then there were nine...

Le titre, vous saurez à la fin...

Grand Trail des Deux-Amants, troisième. Je pouvais difficilement ne pas revenir à ce qui s'établit désormais comme un classique normand aux côtés du Radicatrail et de quelques autres courses qui savent bien exploiter le sournois dénivelé des coteaux de Seine.

Je suis donc totalement dans la continuité de l'année passée, après le doublé Vulcain-Ecotrail mais, cette année, sans avoir improvisé un marathon de Paris une semaine avant (je serais bien en peine : le marathon de Paris tombe cette année le même jour que nos Deux-Amants).

Donc, normalement, je devrais être plus en forme et viser d'améliorer les 6h01 de 2016, voire les stratosphériques 5h53 de 2015.

Sauf que non. Pour des raisons un peu mystérieuses, je ne suis pas dans la même forme, je suis un cran en dessous. Moins bien entraîné avec moins de motivation pour faire de belles sorties les week-end, et un train-train "piétaf" un peu routinier. Le Vulcain et l'Ecotrail ont été un cran en dessous et je m'attends à ce que ce soit pareil pour ces Deux-Amants. Ce n'est pas très grave : les gros objectifs sont cet été, sur des parcours totalement différents et bien plus à ma main.

C'est que, plus ça va....et moins les parcours roulants me conviennent. Conséquence probablement d'un entraînement spécifique un peu négligé, je me traîne dès que la pente est entre -5% et +5%. Et lorsque c'est plat, c'est une catastrophe. Par contre, de plus en plus, dès que ça monte et (nouveauté de l'an dernier) que ça descend, avec ou sans bâtons, ça envoie du steack.

Donc, résolution est prise : je ne me prends pas la tête sur cette course, je vais même volontairement prendre un départ lent et je me fais la promesse de ne pas bouger une oreille avant le 30ème kilomètre.

Une fois cela dit, l'avantage est qu'il n'y a plus aucune pression. Du coup, j'arrive tout "pépou" à Pîtres, je me pose tanquillement dans un coin du gymnase et j'attends le départ. Cela me donne l'occasion de papoter tranquillement, un coup avec Émilie (connue l'an dernier grâce à ses photos et avec qui nous avons imaginé un  sympathique "off GR2" l'automne dernier). Son ami Romain est là aussi, pour, lui aussi, son troisième 50km de suite sur cette course. Je retrouve aussi Laila (notre "ptite_lili" de Kikourou, ex "leptichat") que....je n'avais jamais rencontrée jusqu'ici à part quelques secondes...au Passeur de Pralognan en 2014 !

Je ne rate pas non plus Overnight, notre compagnon de "Off GR2" et arrivé une dizaine de minutes avant moi l'an dernier ici même...ainsi que Jam, héroïque finisher de l'Origole (LUI...oui, je sais, l'Origole m'est restée en travers de la gorge, ça va chier en 2018) et qui se lance à la découverte de nos coteaux normands.

Et même, sur la ligne, je croise l'inoxydable boucanier à qui un trail normand ne peut guère échapper même si, à ce qu'il dit lui-même, il est tout à fait hors du coup (il finira, pourtant).

Les conditions s'annoncent quasi estivales. J'ai toujours eu une belle météo sur les Deux Amants, mais plutôt frais (avec des températures très basses les années précédentes, au départ). Là, je n'hésite même pas : je pars en débardeur et, à l'expérience des années précédentes, avec une simple ceinture porte-bidon (800ml), quelques Pom'Potes, une quinzaine de mini-saucisson et voilà. Il va faire chaud, autant voyager léger.

Partir lentement. Ne pas bouger avec le km 30. Je vais me répéter cela pendant 3 heures....

Déjà, après le briefing (toujours aussi improvisé) d'Éric, le départ est donné sans même que les coureurs ne soient vraiment alignés derrière une ligne de départ..... Tout d'un coup, Éric lance le compte à rebours et, hop, on est partis !

Je vois vite que je suis beaucoup trop "bien" placé, trop devant. Pas la peine de se faire avoir à partir au rythme trop rapide de la moitié du peloton, sur les 5 premiers kilomètres de plat. Du coup, paf, pied sur le frein.

Le départ....et l'arrivée. On longe soigneusement le rivage de la Seine, on fait un crochet pour contourner l'Andelle, on passe aux écluses, avec leur guinguette et on rejoint la route au pied de la Côte des 2 Amants



On freine d'ailleurs tous car, cause plan Vigipirate, on part via l'arrière du stade et non par les routes d'un lotissement. Du coup, au bout de 200 mètres, un single provoque un bouchon.....bonne occasion de démarrer très calmement.

Et jusqu'à l'éclude de Poses, je vais voir tranquillement défiler les coureurs. Après le passage sur l'Andelle, un coup d'oeil vers l'arrière me situe environ dans les 60-80 derniers. Départ "réussi", donc...:-)

De toute façon, sur tout ce plat du départ, je suis une buse, donc je n'ai pas de mal à me faire dépasser.

Bien entendu, les choses s'inversent à la première montée, celle des 2 Amants. Les jambes retrouvent enfin leur terrain favori, et je ne peux m'empêcher de pousser quelques accélérations en mode Uruk-Haï. Bonne façon de se rassurer : il y a la réserve et si ça continue comme ça, les pneus vont fumer à partir du km 30...:-).

Il faut cependant se farcir encore un long plat avant Amfreville, ce qui permet à Jam de me rattraper et se caler sur mon rythme. Nous en profitons pour papoter un peu (enfin....papoter à ma façon, donc avec 3 mots à la minute)....suffisamment d'ailleurs pour que je ne suive pas correctement le balisage qui nous fait abandonner le chemin de halage, en trop mauvais état. Pas de panique : la trace est à 3 mètres à gauche, rien de grave...et on se rejoint plus tard.

La suite au parcours : du pied de la Côte des 2 Amants, on monte à mi-pente, on suit le GR2 vers l'Est, mais on redescend au Val Pitant pou raller à nouveau longer la Seine. L'autre trace....c'est le retour !

 



Amfreville voit le début des montées/descentes sur les falaises et c'est là que j'ai décidé d'arrêter l'hémorragie au classement. Je veux bien me faire dépasser sur le plat, mais en montée et en descente, faut quand même pas exagérer. Jam profitera quand même d'une petite section plate pour prendre une petite avance en me disant que je vais bien le rattraper (ce ne sera pas pour tout de suite !).

Je profite qu'il ne fait pas encore trop chaud pour faire des petits (re)dépassements de petits paquets de coureurs (ceux qui venaient de me passer sur le plat) histoire de ne pas être totalement frustré...:-)

J'ai même essayé de viser de me retrouver en tête de paquets de coureurs sur les débuts de descente de cette partie afin de pouvoir descendre à ma main. Malheureusement, cela rate à Vatteport : je me retrouve bloqué dans la côte sur un single très étroit et je vais ronger mon frein derrière un coureur nettement plus lent en côte. Et donc devoir faire la belle descente acrobatique sur Vatteport (qu'on ne fait qu'à l'aller) derrière un petit groupe vraiment lent. Bon, en même temps, une descente en marchant, ça repose.

La "section yoyo" à Amfreville. A l'aller, on traverse la route au Val Hamet, on monte au Bois de Senneville, on redescend en deux temps sur Vatteport, on remonte au Bois du Noyer, et on redescend désormais à la route au niveau de l'île Motelle, pour remonter une dernière fois à travers la falaise.



Petite innnovation, d'ailleurs, sur cette dernière grosse côte de l'aller, le parcours redescend jusqu'à la route et va chercher un mini single qui passe au milieu des falaises et qui est plutôt violent et moins roulant que le trajet précédent. Une difficulté supplémentaire qui comptera à la fin. Le seul défaut est qu'on le fait un peu en file indienne, donc pas vraiment à sa main (du moins pas la mienne).

Nous voici donc au km 13 et au début de la longue section sur le plateau qui se terminera au km 33. C'est une des caractéristiques de ce parcours que ce contraste assez brutal entre des sections roulantes et des difficultés bien velues.

Les boucles du plateau : on arrive par l'Ouest (la trace la plus au Sud), on passe une première fois à Daubeuf, on prend la "Vallée de Fretteville" (faux plat montant interminable), on continue jusqu'à "Croix Chevalier". Puis remontée sur le plateau à l'Est, traversée du "Bois de la Couronne" jusqu'au ravito au petit hameau (km 22).

Puis traversée du "Bois des Hazis", dont on longe la lisière pour revenir sur le haut de Daubeuf.....et aller faire une grande boucle au Nord jusqu'au Londe, revenir à Vatteville, puis à nouveau (3ème passage!) à Daubeuf et enfin reprendre la trace aller

 



Je dois donc à nouveau entrer dans ma bulle et patienter au moins jusqu'au ravito. Il est désormais 10h, le soleil commence à taper, laissons le brave monde s'épuiser.

Je déroule donc ces passages de chemins agricoles roulants parfois un peu descendants, parfois montants légèrement, à ma main. Le rythme général s'est équilibré, je vois quelques coureurs passer, je n'en passe presque pas, évidemment.

Daubeuf est traversé au km 16 et j'attends avec peu d'enthousiasme la très longue traversée des champs de près de 4km en plat montant. Le tracé innove un petit peu ici : on abandonne le chemin de tracteurs très barbant pour.....un autre chemin de tracteurs un peu plus bas dans le vallon. Cela a au moins l'avantage d'amener une petite côte de 30D+ dans un bois, qui offre un petit répit dans cette section courue en permanence.

Comme d'habitude, j'attends impatiemment la côte qui amène au pointage des dossards (mis en place pour éviter les coupes par ceux qui connaissent le parcours) car elle marque normalement la fin de la section où je me fais encore dépasser.

En fait, je devrai patienter jusqu'au ravito du km 22, atteint après une amusante traversée sur un single en plein milieu d'un champ de colza : à croire que l'agriculteur prévoit le passage du TDA quand il sème son colza. Je m'y fais encore dépasser par 1 ou 2 coureurs dont la future 3ème féminine, une néo-zélandaise venue en famille (je vais voir son mari et ses enfants plusieurs fois le long du parcours).

Surprise à ce ravito du km 22 où je refais le plein (j'avais zappé le ravito en eau du km 10 et j'étais un peu juste) : je retrouve enfin Jam, il ne m'aura fallu que 11 kilomètres, après tout...:-)

Nous repartons du coup ensemble et je fais le rythme. Désormais, l'ambiance a changé. La chaleur est devenue lourde et  le rythme de chacun plus pesant : nous dépassons dans les petites côtes qui suivent le ravito et les relances nous permettent de ne plus être dépassés. De toute façon, comme toujours après ce ravito, la densité de coureurs baisse subitement.

J'annonce à Jam la section qui précède Daubeuf, avec cet irritant zigzag en lisière de forêt, entrecoupés de mini-côtes casse-pattes. Et, justement, les pattes de Jam sont un peu cassées : il me l'indique et me laisse partir. On est au km 25 et, en fait, j'aurais du commencer à compter à cet endroit car.....je ne serai plus dépassé.

Eh oui, je devais initialement attendre le km 30 mais là, le changement radical qui s'opère dans le peloton m'incite à lancer la chasse. La longue remontée vers le Londe, puis le retour (une troisième fois) vers Daubeuf à travers champs me voient commencer à picorer du coureur plus ou moins en difficulté.

Pour ma part, je me sens plutôt bien même si je sais que ça deviendra difficile à un moment car la chaleur est lourde. J'apprécie d'être léger, j'arrive même à faire des relances assez efficaces en plat montant, les voyants sont au vert.

Je dévale donc vers Daubeuf pour ce passage en "U" assez déprimant (quand on n'est pas bien) où on voit les coureurs de devant remonter à 50 mètres sur notre droite.....mais où on fait 1km pour passer où ils passent.

Et le progression continue, on passe le km 30, mais ça fait un moment que j'ai lâché la bride du cheval...:-). Ce qui tombe bien, il y a régulièrement des coureurs à rattraper pour qui ont voit que les relances commencent à être difficiles. Je dépasse même un coureur qui a enclenché le mode "marche uniquement" sur le dernier plat.

Trajet retour : on refait une bonne partie à l'enver, mais on prend la trace au Nord ("Le Mesleray") puis le trajet aller jusqu'au Hamet et la monstrueuse "Roche Bardin"



Et c'est parti à nouveau pour le jeu de yoyo dans les falaises : 5 kilomètres de montées/descentes qui, en général, finissent d'achever les jambes.

Ce que j'aime bien, c'est que ça démarre par une descente un peu large en forêt où on peut totalement se lâcher, ce que je ne manque pas de faire en dépassant un groupe de 5-6 coureurs (où se trouvait apparemment un lecteur de nos forums Kikourou qui me retrouvera à l'arrivée et viendra gentiment me dire quelques mots, notamment qu'il est venu sur cette course...grâce à mes récits précédents).

C'est donc le "moment warrior", celui où on se sent invicible et où on peut dévaler (tant pis pour les cuisses, on verra plus tard) et envoyer un peu en côte (tant pis pour les mollets on verra plus tard....bon, ça, je vais regretter un peu).

Juste un petit agacement au passage : je me fais dépasser une fois par.....le coureur qui était précédemment en mode "marche uniquement". Certes il ne court plus sur le plat, mais il envoie méchamment en montée, avec ses bâtons, et il descend aussi efficacement.

Pas de bagarre : je repasse au ravito en eau (où il est quand même nécessaire de remplir une gourde bien vide) et il repasse dans la côte qui suit, vers Senneville...avant que je ne re-re-passe sur le plat pour envoyer à nouveau bien lourd dans la descendre sur le Val Hamet qui précède....

....la terrible côte d'Amfreville, la Roche Bardin. 100 mètres de dénivelé en....260 mètres linéaires, soit du 40% de moyenne. Le tout exposé plein Sud et à 12h30.

(photo Lionel Vitry)

 


C'est franchement le cimetière, cette côte. Malgré les encouragements des spectateurs (elle commence à être connue, cette côte, on y voit plus de monde chaque année), beaucoup sont totalement scotchés. Pour ma part, je l'adore, c'est un endroit incoyable où on a l'impression d'être perchés au dessus de la Seine. Je dois y dépasser une bonne dizaine de coureurs en 6 minutes (6'36" exactement, un peu moins bien que les 6'14" et 6'26" des années précédentes....il faudra que je garde trace de ces valeurs) et l'arrivée sur la route est exaltante (même si la vue des spectateurs, qui pique-niquent tranquillement pendant que nous laissons nos tripes sur place, est un peu déprimante).

(photo Lionel Vitry)

 

Relance immédiate sur la route. Contrairement à l'an dernier, pas de crampes ici, je peux dévaler vers l'église sans réserves, débouler sur la route, saluer les bénévoles et repartir à l'assaut de la dernière grosse côte avant un bon moment.

De la Roche Bardin (au Sud-Est ci-dessus), on rejoint la route, on redescend sur Amfreville via l'église puis on remonte le GR2 au "Val aux Gueux" jusqu'à la cote 145.



Pas piquée des vers, celle-là aussi : 126m sur 500 mètres, on est sur du 25% de moyenne. Quand je vous dis que les coteaux normands, ce n'est pas de la rigolade.....Eh bien, curieusement, c'est cette année que je vais la monter le plus vite (8 minutes). Pourtant, la fatigue commence clairement à arriver à grande vitesse et la perspective de l'immense partie interminable qui nous amènera au ravito de Flipou n'est pas très réjouissante par ce cagnard.

L'avant-dernier pensum du parcours. Depuis la cote 145 au Sud, on traverse jusqu'à Flipou. A "Le Treval" on voit le pracours retour à quelques dizaines de mètres, on fait cette grande boucle au Nord dans le "Clos Robin", on revient à "Le Tréval", puis on part au Nord, pour redescendre sur l'Andelle.

On longe alors la voie ferrée, on remonte vers le Chateau des Deux-Amants. Le "chemin du Hobbit" (c'est pas écrit sur la carte, c'est Éric qui l'appelle comme ça) serpente en haut du coteau, puis rejoint le GR2 et on repart à l'envers du parcours aller pour croiser la D19.



Et puis là, il n'y a plus grand monde pour se motiver à avancer. La densité de coureurs est extrêmement faible. Au sortir sur le plateau, j'en aperçois un avec un sac orange qui est à environ 200-300 mètres devant. Il va me servir de point d'ancrage pour me motiver à ne pas trop faire de Cyrano (pourtant nécessaire par moments, les jambes commencet à tirer un peu fort). Je vais mettre 2 kilomètres et 15 minutes pour le rattraper, mais j'ai l'impression de mettre une heure.

Cette boucle de Flipou est toujours un peu un supplice : on passe à 100m de l'endroit où on va repasser 3km et 25 minutes plus tard (bin oui, on ne va plus très vite à cet endroit là!), et elle se termine surtout par un infernal plat montant de 1km qui semble ne jamais en finir. J'ai dépassé mon coureur au sac orange et, devant moi, c'est le désert absolu.

Le ravito est enfin là, ce qui va me permettre de refaire à nouveau le plein car la gourde est bien descendue par cette grosse chaleur. D'ailleurs, l'organisation a clairement passé la consigne en route et plusieurs bénévoles signaleurs proposaient de l'eau. Il n'y a vraiment rien à redire sur la qualité générale de l'organisation qui est à la fois très "pro" et pourtant très bon enfant, sans se prendre la tête. Bravo à Éric et à son équipe !

Au ravito, nous nous voyons même proposer de se faire mouiller la tête, ce qui n'est pas de refus car, ici, ce n'est pas Armancette où on croise un torrent tous les 100 mètres (et, de toute façon, je n'ai pas l'éponge magique dans la casquette). Je repars toutefois aussi vite que possible pour en finir avec ces 10 derniers kilomètres et leur 2 uniques côtes.

De plus, j'aperçois un coureur au loin, qui va me faire un beau point de mire pour la descente sur la vallée de l'Andelle. Las.....je le dépasse trop vite, au milieu de la descente que je dévale à toute vibrure, bien que de petites contractures dans les mollets me fassent craindre l'arrivée inéluctable de crampes.

Comme toujours, cette descente passe très vite et il n'y a plus qu'à affronter les 700mètres le long de la voie ferrée, sur du ballast instable, bien évidemment tout plats...et bien évidemment en plein cagnard. Il y a bien un coureur là-bas au loin, mais c'est un tout petit point : je ne le rattraperai jamais. Je respecte la consigne à la lettre : il est interdit de traverser la voie ferrée et aller courir sur la route qui la longe (beaucoup l'avaient fait l'an dernier).

C'est avec un réel soulagement que j'arrive au pied de la dernière grosse côte, qui va nous amener au panorama des Deux-Amants. Mon coureur "tout petit point" s'est transformé en....un grand échalas à tee-shirt rouge......ET BUFF ROUGE KIKOUROU !

Mais oui, c'est Overnight que je rattrape maintenant. Overnight qui est 150m devant (et 50 mètres au dessus) sur ce dernier single montant. Grands signes quand il se retourne, je vois qu'il me reconnaît et pas besoin de se concerter pour tirer la conclusion : rendez-vous en haut !

Cela aide bien de le voir devant...surtout qu'il se rapproche petit à petit : il n'a pas l'air totalement au mieux, et je remonte assez vite sur lui, j'espère ne pas trop lui mettre le plomb à notre sympathique kikoureur du Nord-Mordor.

On se rejoint comme prévu juste en haut de la côte (peut-être m'a-t-il attendu, après tout) et nous entamons tranquillement ensemble le petit single en dévers, en débriefant notre début de course. Il m'avoue être parti bien trop vite et avoir commis l'erreur de vouloir "rattraper" une petite erreur de parcours et que là, il est cuit.

Bon, cuit, maintenant je le suis aussi, surtout que je sens que les crampes sont de plus en plus proches. Tellement...que l'une d'elles me scotche totalement sur place sur une petite marche de 50 centimètres. Pendant 2 minutes, impossible de faire le pas supplémentaire : je fais signe à Overnight de continuer, tant pis....

Finalement, à grand peine, j'arrive à repartir et je vais donc marcher sur des oeufs pendant tout le "chemin du Hobbit" (1,3km de single tournicotant en haut du coteau....très ludique en temps normal, mais un enfer quand on est un peu épuisé et que la moindre relance peut relancer....une crampe).

Je suis plus ou moins Overnight qui va faire la trace sur toute cette section. Il a l'air un peu plus frais et je me demande s'il ne va pas me déposer sur le plat, lui qui y est bien plus performant. La fin de ce single est quand même vécue comme une délivrance : ENFIN, nous revenons en direction de l'arrivée.

Je suis très surpris au début de la descente du GR, quand Overnight me dit de filer : je m'attendais à devoir m'accrocher derrière lui...et voilà qu'il ne peut soudain plus guère avancer. Dans ces cas là, malheureusement, chacun finit comme cela lui est possible, et s'attendre n'est guère productif (et bon, en plus, personne ne m'a toujours dépassé depuis le km 22, à part, très provisoirement, mon "marcheur" du km 32).

Je dévale donc la descente, assez surpris de pouvoir le faire aussi vite : les crampes semblent derrière, je ne vais pas me plaindre ! Du coup, je me prends à rêver de grapiller encore 1 ou 2 places.

Mais voilà....il faudrait qu'il y ait quelqu'un devant !

A l'ultime "coup de cul" de 150 mètres qui nous ramène à mi-coteau, j'aperçois tout en haut un coureur....et je me prends à rêver de le rattraper. J'envoie tout ce qu'il me reste (donc pas grand chose) dans cette côte, puis le faux plat qui suit, puis la dernière petite descente....mais ce n'est pas d'une énorme efficacité et, arrivé à la route, l'autre coureur est toujours à peu près à 150m devant.

Il reste alors un peu plus de 4km totalement plats: toujours ce pensum final ultra-barbant pour moi qui aime quand ça dénivèle dans un sens ou dans l'autre. Là, rien de tout cela. Juste ce coureur devant, cette chaleur accablante, ma gourde à nouveau quasi vide. Et je me fais vite une raison, je ne lui reprends pas un mètre...:-)

D'autant moins évidemment que de m'apercevoir doit le motiver à ne pas baisser les bras et nous voilà donc à nous maintenir à distance en terminant environ à 9km/h. La seule motivation n'est plus que d'arriver, désormais, avec la petite consolation qu'on gagne environ 500 mètres sur les années précédentes.

Je couperai donc la ligne 1'06" après Laurent Algrain....un autre V2, que je n'aurais donc jamais rattrapé, non plus que l'autre V2 qui termine encore une autre minute devant. Et c'est là que je regarde enfin mon chrono, jamais regardé jusqu'ici. Je m'attendais à du 6h15-6h20 et c'est donc un peu déçu que je découvre 6h38, soit 35 minutes de plus que l'an dernier.

Eh oui, mon impression de faire une meilleure fin de course que l'an dernier, ou l'année précédente, était trompeuse. Je suis resté globalement plus lent sur l'ensemble de la course. C'était prévu sur le début de course, mais j'ai au l'impression d'être "meilleur" sur la fin. Comme quoi les impressions...:-)

En réalité, la grosse chaleur de ce dimanche explique sûrement une bonne part de cet écart, ce que confirmeront la plupart des autres finishers et ce que confirme finalement ma place de 56ème sur 197, à comparer avec la place de 28ème sur 96 de l'an dernier.

Il doit donc falloir en conclure que c'était plutôt une bonne course, malgré les apparences et que je devrais presque la considérer comme rassurante. Il me faudra quand même deux bons jours pour en récupérer et il m'a été difficile de courir toute la semaine qui a suivi alors que l'an dernier je courais 66km dès le lendemain, pendant la NFL...pour culminer à 220km dans la semaine (une récup phénoménale).

Et donc "and then there were nine". Il faut que je vous explique. Nous sommes donc en fait désormais neuf "petits nègres" ("And then there were none", c'est "Dix petits nègres" d'Agatha Christie). Neuf trailers à avoir terminé les 3 éditions du Grand Trail des Deux Amants. Je ne nous baptiserai pas "Sénateurs", c'est réservé à une toute autre catégorie de finishers multiples. Je ne sais pas si ce terme de "petits nègres", si peu politiquement correct, sera consacré, mais nous voilà donc 9 : Pierre Lamy (vainqueur l'an dernier et 2 fois deuxième), Cédric Nothias (2ème l'an dernier), Pascal Cordier, David Leprovost, Frédéric Emo, Frédéric Foubert, Serge Saniez, Romain Thierry (qui a fait le Off GR2++ à l'automne dernier avec nous...) et....bin moi...:-)

Je me dis qu'un plan sympa pour l'année prochaine serait de nous réunir tous les 9 et de faire au moins une photo des "9 petits nègres", d'autant plus que nous couvrons tout le spectre des finishers, depuis Pierre Lamy jusqu'à Romain qui s'est accroché jusqu'au bout, cette année, pour terminer tout dernier, avec sa compagne Émilie.

Une bonne motivation pour revenir une 4ème fois, n'est-ce pas ?   

12 commentaires

Commentaire de trailaulongcours posté le 17-04-2017 à 23:14:49

Bon, elle me donne envie ta coursette. Combien de coureurs au total? C'est pas le MdP le TDA, c'est fait pour me plaire. Faut voir si j'arrive à la caler dans le calendrier des courses 2018. Bravo en tous cas pour le récit détaillé, j'ai presque l'impression de connaître.

Commentaire de Overnight posté le 17-04-2017 à 23:41:21

230 partants, 197 arrivants cette année (limité à 250 de toute façon et c'était complet cette année).

Commentaire de Overnight posté le 17-04-2017 à 23:42:29

Enfin sur le 53kms :)

Commentaire de Overnight posté le 17-04-2017 à 23:38:56

Cool on en apprend encore sur le parcours :)... Avec la carte encore mieux :D.
Bravo pour ta course et non sur le plat dans mon état tu ne craignais plus rien ;). Pour la petite histoire, avec Romain vers le km 18 je dirai, on était en train de se dire que t'allais nous reprendre (on sentait déjà que ça le ferait pas :P)...

Commentaire de Jam posté le 18-04-2017 à 10:17:56

Quand je pense que tu m'as mis 1h en 25km...c'est vrai que sur le plat tu t'es diesélisé, mais bon vu comment t'envois après en montée/descente, c'est pô bien grave. Quand je vois comment j'étais scotché dans la montée d'Amfreville (m'y suis arrêté 2 fois !!!), bah je peux te dire que tu avais de bonnes gambettes. Ton CR est comme toujours merveilleux de précision, et j'ai eu l'impression de revivre ma course mètre par mètre en te lisant. Content d'avoir fait cette petite balade en ta compagnie. 3 mots minutes, ça me va bien. Moi je dépasse rarement les 1 ou 2 sur 10 bornes :)

Commentaire de Jam posté le 18-04-2017 à 10:42:37

Quand je pense que tu m'as mis 1h en 25km...c'est vrai que sur le plat tu t'es diesélisé, mais bon vu comment t'envois après en montée/descente, c'est pô bien grave. Quand je vois comment j'étais scotché dans la montée d'Amfreville (m'y suis arrêté 2 fois !!!), bah je peux te dire que tu avais de bonnes gambettes. Ton CR est comme toujours merveilleux de précision, et j'ai eu l'impression de revivre ma course mètre par mètre en te lisant. Content d'avoir fait cette petite balade en ta compagnie. 3 mots minutes, ça me va bien. Moi je dépasse rarement les 1 ou 2 sur 10 bornes :)

Commentaire de --- posté le 18-04-2017 à 16:31:02

Toujours aussi sympas à lire tes CR Bubulle !! :-) (et complets :-p)

ça donne envie d'aller y faire un tour, c'est bien beau par là-bas !!

Commentaire de centori posté le 18-04-2017 à 23:04:06

radicatrail à tancarville le 30/04 c'est dans le même secteur. tu y seras ?

Commentaire de bubulle posté le 19-04-2017 à 06:56:51

Non, je fais l'UTBDM (Brie des Morins, en Seine et Marne)

Commentaire de catcityrunner posté le 19-04-2017 à 22:09:22

Ton CR me donne envie d'aller faire un tour sur ce TDA. L'alternance de côtes bien velues et de sections roulantes c'est pas mal ça ! Même jour que le MDP en 2018 donc choix à faire ;-)

Commentaire de trailaulongcours posté le 20-04-2017 à 22:41:29

Ah zut, même que date que le MdP. Même pas une semaine pour se refaire la cerise. A priori ce sera MdP pour moi, j'y prends goût !

Commentaire de bubulle posté le 21-04-2017 à 06:46:03

Espèce de marathonien bouffeur de bitume !

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