Récit de la course : Marathon de Reims 2016, par Rag'

L'auteur : Rag'

La course : Marathon de Reims

Date : 9/10/2016

Lieu : Reims (Marne)

Affichage : 1080 vues

Distance : 42.195km

Objectif : Objectif majeur

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Winner is coming!

Pour toi, frangin.

 

Prologue

 

Voilà presque 10 ans qu'ayant quitté le monde du rugby, je me suis mis à arpenter routes et chemins à la recherche de …......... à la rencontre de …...... du …........ À la rencontre de qui, de quoi, tiens ? Cette question n'appelle pas de réponse définitive, celle-ci évoluant au gré des envies, des succès, des échecs. L'unique dénominateur commun réside dans l'envie de partager ces expériences. Les partager a posteriori dans la rédaction de compte-rendus humoristico-épiques dans un premier temps, puis, au fil du temps, provoquer des rencontres humaines et nouer des liens. Certaines de ses rencontres se sont muées en amitié, en complicité, en fraternité. Fraternité.

        

La Genèse

 

Cela faisait bien longtemps que l'idée de courir avec mon frère me semblait évidente. Depuis ces footings en duo, il y a plus de quinze ans, j'étais persuadé qu'un jour viendrait où ma foulée répondrait à la sienne sur une épreuve conséquente, marathon, trail ou raid multisports. Il a suffi d'attendre que les 40èmes Rugissants grondent au loin pour que le frérot m'interpelle : « Offre-moi un dossard avant mes 40 piges sinon je le ferai jamais ce marathon! » Mon sang ne fit qu'un tour, son cadeau d'anniversaire était tout trouvé ! Ne me restait plus qu'à dégoter un marathon en septembre ou octobre. Le choix restreint se porta sur l'épreuve Run in Reims plutôt que sur celui de Bruxelles. Ne me demandez pas pourquoi plutôt l'un que l'autre, je n'en sais strictement rien. Ou plutôt je ne m'en rappelle plus. Les deux inscriptions en poche, ne me restait plus qu'à planifier une préparation « aux petits oignons » qui mènerait le frérot à un succès assuré. Le pack « Marathon d'anniversaire » étant all inclusive, je mettais un point d'honneur à l'accompagner du premier jour de la préparation jusqu'au jour J. Malgré ses qualités physiques et mentales indubitables, propices aux efforts inhérents à la course à pied, son inexpérience dans ce genre d'effort et sa virginité de toute épreuve étaient un défi que lui et moi allions relever.

Naïf ? Peut-être.

Inconscient, prétentieux ? En aucun cas.

Ambitieux ? À coup sûr !

         Les mois de printemps voyaient Florian faire l'acquisition de ses premières runnings et d'un équipement de base nécessaire à une pratique agréable. Les quelques entraînements partagés au sein du JCW (Jogging Club Wormhout) me confortèrent dans l'idée que ce premier essai sur la distance mythique n'allait pas être qu'un « one shot ». Finir le marathon ne lui suffirait pas. Se fixer un objectif chronométrique optimal était nécessaire. Même si j'estimai que 3h30 serait jouable à la fois pour lui et pour moi, nous nous fixâmes une marge de sécurité de 15 minutes. Marge nécessaire si nous ne voulions pas ajouter une pression supplémentaire à la préparation Heubiesque de 10 semaines qui nous attendait. En optant pour un chrono « rond », je voulais mettre toutes les chances de notre côté en profitant d'un meneur d'allure et du peloton agglutiné autour de celui-ci.

 

La préparation

 

Mi-avril, j'avais accompagné deux amis sur le marathon d'Anvers et, même si l’objectif fut rempli,  la préparation m'avait quelque peu laissé sur ma faim, je décidai donc de dépoussiérer le Courir longtemps de Bruno Heubi, ouvrage dont les plans ne m'avaient jamais déçu, même si l'investissement physique et chronophage de la planification pouvait en rebuter plus d'un(e)...

Estimant que travailler la VMA n'était pas primordial eu égard aux observations faites lors des sorties printanières en compagnie du frangin, j'apportai quelques modifications à un plan « clé en main » : il nous fallait travailler avant tout le volume ! Et du volume, j'peux vous dire qu'on en a bouffé, à s'en faire crever la panse. Trois séances  par semaine, entre 60 et 75 bornes : de la récup', du seuil et du long spécifique. Malgré quelques alertes physiques, TDA pour moi, douleurs abdominales pour Flo, nous égrainâmes consciencieusement le calendrier au rythme des sorties des mardi, jeudi et dimanche. La montée en puissance que nous ressentions (lui plus particulièrement, n'étant pas habitué à ce genre de planification) ajoutée à l'impatience d'en découdre avec l'objectif nous poussa à d'irraisonnables choix tels que courir par 32°. Bourrin un jour, bourrin toujours... C'est une qualité (sic) que nous cultivons de père en fils. Une deuxième nature que l'on pourrait illustrer par la célèbre citation d’Aristote « Qui peut le plus peut le moins. » avec tout ce que cela peut comporter comme excès... Cette sortie mémorable, bien qu'écourtée, me servit de leçon : lorsque tes semelles collent au bitume, il est temps de rentrer te vautrer dans la piscine des gosses.

Les sorties longues furent l'occasion de sillonner les chemins de l'Houtland tout en engrangeant une bonne dose de confiance tant celles-ci se déroulèrent relativement facilement. À S-3, la séance paroxystique de 3 heures (D'aucuns diront que c'est beaucoup trop long, personnellement, j'aime beaucoup et les résultats obtenus confirment que cela ME convient) n'en finit plus de me rassurer sur l'issue de notre histoire : j'étais certain que nous irions au bout et que nous remplirions notre objectif chronométrique !

Les trois dernières semaines nous permirent d'atterrir en douceur et c'est gonflé à bloc que nous nous alignâmes sur la ligne de départ.

 

J-1

 

La logistique étant le domaine réservé de nos compagnes respectives, nous n'avions qu'à nous préoccuper de la course. Les chambres d'hôtel étaient réservées, la météo s’annonçait clémente et le moral était au beau fixe.  Seul bémol à ce constat idyllique, une grosse frayeur alors que nous étions à 150 bornes de chez nous : j’avais oublié ma carte d’identité et je ne disposais d’aucun papier « officiel » nécessaire au retrait du dossard. À l’heure de l’État d’urgence et des multiples règles de sécurité imposées aux organisateurs d’évènements sportifs ou culturels, je me voyais déjà refoulé, blacklisté, fiché S voire maîtrisé par le GIGN pour non-présentation de papier d’identité ! Pendant dix minutes qui me parurent une éternité, je tentai, tant bien que mal, de gérer la panique qui me vrillait les intestins. Méthode Coué, autopersuasion, relaxation par inspiration/expiration, … ah, si j’avais eu sous la main des comprimés de Lexomil, de la Marie-Jeanne ou de la coke ! Et soudain, la Lumière ! Je crus me souvenir avoir archivé sur espace de stockage virtuel un scan de mes papiers d’identité. « Au cas où… » m’étais-je dit en ce jour béni où cette idée me vint à l’esprit. Ben, le kazou, c’était maintenant !!! Smartphone en main, mantras aux lèvres et peur au ventre, je réussis à me connecter au sacro-saint «  Machin Drive » et retrouvai le document omis. Le soulagement procuré fut néanmoins assombri par l’idée que l’on puisse quand même me blackbouler sous prétexte que je ne présentais pas les originaux. Je peux vous assurer que j’aurais pu faire de l’huile si je m’étais fourré quelques olives entre les fesses…

Nous arrivâmes sans encombre à Reims et, avant de poser nos valises à l’hôtel, nous fîmes un crochet rapide par le stade de la ville où je pus retirer (ouf !) mon dossard. Ne nous restait plus qu’à occuper la fin d’après-midi et trouver un troquet où nous sustenter avant une bonne nuit (sic) de sommeil…

 

Jour J

 

Le réveil à 5 heures du mat’ ne se révéla pas si difficile, en effet, pour se réveiller encore faut-il s’être endormi… Excitation post-course + syndrome du « lit inconnu » = nuit de merde, ajoutez à cela une atmosphère climatisée assez sèche pour transformer langue et muqueuses en carton-pâte, eh bien, on ne peut pas vraiment dire que les sensations des 5 premières minutes me faisaient sentir l’âme d’un conquérant du bitume !

Le petit-déjeuner est vite expédié, le gâteau-sport « maison », une rasade de café, un verre de jus d’orange et un croissant pour les papilles suffirent à nous sustenter jusqu’à l’heure H.

C’est vers 7h15 que nous affrontâmes la fraîcheur champenoise, 3° au thermomètre. Malgré cela, nous avions décidé de ne pas nous charger avec un coupe-vent ou autre maillot manches longues, l’unique concession à notre bien-être fut une création « haute-couture » à base de sac poubelle recyclable que nous projetions d’utiliser lors de l’attente dans le sas de départ. Les 45 minutes d’échauffement léger prévues nous permettraient de monter graduellement en température et de supporter la fraîcheur automnale. Malgré les mesures de sécurité exceptionnelles, nous n’eûmes aucun problème à regagner l’aire de départ, toutes les rues perpendiculaires à l’avenue où serait donné le départ étaient bloquées et de nombreux agents de sécurité filtraient les coureurs et coureuses qui voulaient accéder aux différents sas en fonction de leur prétention chronométrique. Lors de l’inscription, j’avais, par sécurité, opté pour des dossards « 3h30 » me disant à l’époque qu’il serait probablement plus facile d’accéder à un sas « inférieur » plutôt que le contraire. C’est ce que nous fîmes et à 20 minutes du coup de feu, nous nous installâmes dans le sas « 3h45 » non sans avoir repéré notre meneur d’allure. On en reparle plus tard de celui-là…

 

7h30. Après avoir subi les gesticulations intempestives de deux énergumènes juchés sur un échafaudage, chargés d’échauffer (mes oreilles) la foule grâce à des mouvements de Cross-fit (je suis certain que quelques personnes y ont laissé une rotule ou un ménisque : les séries de 10 squats complets, c’est pas vraiment ce que je conseillerais en guise de « chauffe »), le coup de starter est donné ! … Pour le premier sas «Élite». Il nous a fallu patienter encore 8 minutes avant que nous pûmes nous élancer dans les rues de Reims. Quelle bonne idée ces départs échelonnés ! Même si cela fut à l’origine d’un sacré bordel pour désigner le vainqueur du marathon (allez jeter un œil sur le net, c’est assez cocasse !).

7h38, le départ est enfin donné, on piétine quelques secondes avant de passer l’arche et nous voilà partis pour l’aventure ! C’est une sacrée poussée d’adrénaline que ces départs d’épreuves où tu fais un pari. Un pari sur le chrono, la distance ou les sensations, cela est d’autant plus intense que Florian m’a fait confiance et que j’ai passé les dix dernières semaines à lui rabâcher que cela allait être une « formalité », une mission « sans accroc ». Durant les 500 premiers mètres, l’on est obligé de slalomer parmi les coureuses et coureurs ; même si nous ne sommes pas très nombreux sur la distance « reine », nous devons partager le bitume avec les « semi-marathonien(ne)s ». Durant 7 km, le parcours nous permet d’emprunter les grands axes de Reims et de profiter ici des encouragements des badauds, là des chefs-d’œuvre architecturaux de la cité rémoise (Cathédrale Notre-Dame de Reims et Basilique Saint-Rémi). Et au km 10, nos chemins se séparent. Semi d’un côté et Marathon de l’autre, je dois avouer que c’est à ce moment-là que ma course a commencé, j’apprécie de me retrouver entre « pairs », même objectif, même ligne d’arrivée, communion dans l’effort.

Depuis le départ, nous tentons tant bien que mal de raccrocher le groupe « 3h45 ». Le meneur d’allure, appelons-le Régis, semble avoir des fourmis dans les jambes, celui-ci embarque une bonne vingtaine de coureurs et coureuses à un rythme bien supérieur à la moyenne prévue, j’estime qu’il doit tourner en 5’10’’/km contre 5’25’’ en théorie. La sagesse et un peu d’expérience m’empêchent de forcer l’allure, il sera toujours temps d’accrocher le wagon, nous n’en sommes qu’au début... 12ème kilomètre, alors que nous sortons de l’agglomération rémoise, Flo et moi profitons d’une petite succession de bosses pour rattraper Régis. Notre rythme immuable de 5’20’’ au kilomètre est un modèle du genre alors que chaque mouvement de terrain voit le groupe 3h45 s’étirer dans les montées et se contracter une fois le sommet atteint. Ce petit jeu de l’élastique ne me plait guère, chacun sait qu’à force de tirer sur le dit élastique, il finit tôt ou tard par vous péter à la gueule… Et Régis qui en remet une couche… Je m’approche et lui demande courtoisement « Quelle est (sa) stratégie ? (son) plan de course ? ». Il me répond que comme cela va un peu grimper entre les 20ème et 30ème kilomètres, il compte engranger quelques minutes précieuses afin d’éponger les pertes futures. Pas con Régis… Y’en a là-dedans ! Pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt !? Un semi en 1h15 puis le reste en Moonwalk, avec l’apéro au 30ème kilomètre, une partie de Twister au 35ème et une Piñata à exploser au 40ème kilomètre. Le marathon en mode Régis, ça aurait de la gueule et ça serait moins fatigant. Autant vous dire que j’ai un peu tiqué sur sa stratégie. Un jour, Saint Bruno Heubi a dit : « Dans la régularité tu auras foi. Le meneur d’allure Hong Kong Foufou  tu éviteras. ». Eh ben, moi, je suis la voie de mon Maître (Pates et Marathon©). On suit le plan 5’20’’- 5’25’’ au km. Nous pénétrons dans les vignobles et jusqu’au km15, je bavarde un peu avec Régis qui, comme vous l’avez compris, n’est pas très régulier. Naturellement nous nous portons aux avant-postes du groupe et profitons d’une longue descente vers Rilly-la-montagne pour leur fausser compagnie. Florian se sent bien, je le préviens que nous sommes bien au-dessus du rythme, qu’il est dangereux de s’enflammer si tôt ; il me rétorque que tout va bien, que l’on peut continuer ainsi. Même au-dessus du rythme prévu, nous sommes très réguliers.

Le parcours très vallonné emprunte la Route du Champagne. Les côteaux du Champenois et la forêt se détachent sur un ciel bleu vierge de tout nuage. Le soleil d’automne nous gratifie d’une chaleur douce. Les conditions sont idéales et nous bouclons le premier semi en 1h46. Et là, après un rapide calcul, vous allez me dire : « Mais qu’est-ce que vous branlez ? Vous êtes beaucoup trop rapides ! Tu nous fais chier avec ton Régis qui est un piètre meneur d’allure au demeurant et vous voilà, les deux frérots, Tic & Tac, Pit & Rik, Elle & Vire, avec près de 7’ d’avance sur votre tableau de marche !!! Tu te foutrais pas un peu de notre gueule ?! ».

Effectivement.

Certes.

Bah ouais, c’est un concours de circonstances, M. le Juge ! On se laisse porter dans les descentes, on veut pas baisser le rythme dans les montées et sur le plat on garde les mêmes sensations… De plus, je sais que le frérot est en deçà de ses possibilités, les sorties longues se sont faites à allure marathon (voire plus vite) avec une facilité non feinte. Ajoutez à cela que je me prends au jeu du coach qui veut mener son poulain à une réussite glorieuse ! He ben voilà, on s’enflamme. Encore une fois, j’avertis Flo de la tournure des choses : si on continue à cette allure, ça peut coincer… mais on peut aussi taper un 3h35 facile. Il n’y a pas à tortiller du cul pour le frangin, on fonce ! Bourrin, un jour…

Des portions très roulantes nous emmènent très rapidement au km24 où nous empruntons sur plus de 3km des chemins à travers les vignes, quelques-uns s’en plaindront… Le terrain est accidenté, de nombreux cailloux affleurent mais peu nous chaut, le km30 est en vue ! On bavarde, on plaisante, on est beaux !

Peu avant le km30, nous rentrons en zone urbaine et profitons de la présence de poubelles sur les trottoirs pour nous délester des bouteilles d’eau glanées sur le ravito de Ludes (km21). « Rhoo putain, le relou, le rev’là avec ces histoires de gels, de bouteilles et autres déchets jetés par terre… » me direz-vous. Ne vous inquiétez pas, je ferai court (pour celles et ceux qui ne connaitraient pas encore mon cheval de bataille, je les invite à lire ce précédent CR). À 20 m devant nous, une coureuse se déleste d’un gel vide sur la voie publique. Pauvre connasse ! (Pauvre connard aussi ! Je suis pour la parité chez les connards) Une question surgit alors :

 

Après 28 km à trimballer un tube de gel plein, qu’est-ce qui peut pousser une personne sensée à jeter un tube vide en évitant soigneusement toute poubelle ?

a)    La paresse

b)    La connerie

c)    Les deux

d)    La réponse d)

 

Je referme la parenthèse au moment où nous franchissons le km30. À notre grande surprise, nos compagnes respectives sont présentes et nous encouragent d’autant plus qu’elles sont étonnées de nous voir aussi tôt… On gueule, on fanfaronne, on est beaux !

Pour avoir un peu étudié le parcours, je sais que cette coulée verte longeant le Canal de la Marne est très roulante, rectiligne et peut permettre de gagner encore quelques précieuses secondes. Ou bien se révéler d’un ennui mortel si notre bonne étoile nous abandonne (clin d’œil appuyé de connivence).

Un quart d’heure plus tard, je remarque que Florian et moi ne courons plus sur la même ligne : il est un peu en retrait et je peux entendre sa respiration qui trahit une baisse de régime sensible. Pendant 7-8 kms, notre moyenne passe de 5’/km à 5’15’’ puis 5’25’’… Je ne parle plus, Flo est dans le dur. Il peste sur lui, tente de se relancer, maudit cette ligne droite de 10 km qui n’en finit plus. Rien n’y fait. J’assiste impuissant au chant du Cygne. Je ne peux que l’accompagner, rester devant pour jouer le rôle de point de mire, donner un rythme. Le saouler de paroles d’encouragement ne servirait absolument à rien, il est dans la zone de turbulences. L’avion de chasse des 30 premiers kilomètres est à court de carburant, un réacteur est en feu, les commandes ne répondent plus, le pilotage automatique est défaillant. Le vol DECROO 1978 à destination de Reims est en perdition. Mayday ! Mayday !

Km40, nous traversons le canal, sous les encouragements des badauds qui se font de plus en plus nombreux à mesure que nous nous rapprochons de l’arche d’arrivée. SOS ! SOS ! Le dernier réacteur fume puis rend l’âme également. Flo n’est plus qu’un rictus de douleur monté sur basket. Quelques marathoniens auparavant doublés nous repassent devant. Surtout la pétasse du gel… On ne court plus, on ne marche pas non plus, on avance tant bien que mal de manière chaotique. Flo nous fait un Zombie run sur les deux derniers kms, ne manquent plus qu’un bras pendouillant et une énucléation sanguinolente pour compléter cette déchéance soudaine. La difficulté de ces deux derniers kms réside à mon humble avis, dans le fait que nous rejoignons le 10 km et que, d’un seul coup, nous nous retrouvons dans un anonymat tout relatif. Certains spectateurs nous repèrent toutefois à notre couleur de dossards et ne manquent pas de nous encourager, de nous féliciter. Un peu de baume au cœur pour Flo « The Walking Dead » runner qui souffle, éructe, sanglote. La douleur est à son paroxysme, deux ou trois fois, il m’a proposé de continuer ma course sans lui. Que nenni ! On n’a pas fait tout ça pour se laisser crasher comme un Jumbo Jet sur une piste d’atterrissage ! Vindiou.

Tant bien que mal, à 6’30’’/km, nous franchissons la ligne main dans la main en 3h37’18’’. Flo me saute dans les bras. Il sanglote, pleure de joie, de douleur, de soulagement. C’est pour vivre ces moments que je cours. Fraternité.

 

Épilogue :

 

Il a fallu quelques heures à Florian pour digérer cette fin douloureuse et se rendre compte que l’objectif était amplement rempli même si l’apprentissage des longues distances peut se révéler très douloureux. Cette performance est d’autant plus remarquable que Flo n’avait jamais couru aucune épreuve ! Rien, que dalle, nada.

Ce marathon est la première pierre d’un « palmarès » qui ne demande qu’à s’étoffer, prochain objectif : le Megatrail des Ardennes en juin 2017.

11 commentaires

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 10-04-2017 à 20:39:49

Quel plaisir de retrouver le Rag' et sa verve haute...
Bravo à vous deux et surtout à Flo qui doit savoir qu'il a réalisé un petit exploit car un tel chrono pour un débutant, ça ne se trouve pas sous le pied d'un cheval.

Commentaire de Rag' posté le 16-04-2017 à 20:17:33

Merci Lutin. Le CR n'est pas à la hauteur de l'émotion, un peu écrit à la truelle. En revanche, je me devais de laisser une trace de cette aventure. Merci de prendre le temps de lire mes quelques apparitions sur le site. Le lien avec Kikouroù, même ténu, persiste. Au plaisir, peut-être lors de la NFL.

Commentaire de Arclusaz posté le 10-04-2017 à 22:50:14

oui, c'est impressionnant ce temps pour un gars qui n'avait jamais accroché un dossard : il a du potentiel le frangin (et son frère aussi !).
Par contre, je n'ai pas compris pourquoi spontanément, tu as appelé Régis, le meneur d'allure......
c'est nul de ne pas trouver la réponse à cette question.

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 11-04-2017 à 12:37:05

Parce que "REGIS AD EXEMPLAR TOTUS COMPONITUR ORBIS" : l'exemple du Roi est la loi sur Terre.

??? ;)

Commentaire de Rag' posté le 16-04-2017 à 20:20:13

Un gros potentiel le frangin, sans aucun doute! Une tête de mule, comme moi.
Merci de lire et de commenter, ma modeste notoriété ne suffit pas à attirer le lecteur... ;) J'apprécie d'autant plus!

Commentaire de Rag' posté le 16-04-2017 à 20:20:48

Tout le monde sait que "Régis est un con"!

Commentaire de Arclusaz posté le 18-04-2017 à 09:52:48

je voulais te le faire écrire. je cours deux fois par semaine avec un Régis !!! le pauvre, son adolescence a du être terrible....

Commentaire de brague spirit posté le 11-04-2017 à 18:15:50

"Fratérnité-fratérnité",je vote.Belle union,à Reims.

Commentaire de Rag' posté le 16-04-2017 à 20:21:34

Un sacré moment et un moment sacré. Du début de la prépa à l'arrivée.

Commentaire de philkikou posté le 14-04-2017 à 15:41:48

"préparation Heubiesque" et pas Ubuesque ;-)...

1° course : un marathon fallait oser !! Heureusement bien conseillé ;-)

Sport et partage : je suis en train de connaître ça avec ma fille qui a pris le virus de la course à pied. Quelle joie de partager cette passion commune

..et l'après marathon? remis çà sur d'autres courses ??...

Commentaire de Rag' posté le 16-04-2017 à 20:30:22

Merci Phil pour ton commentaire. La volonté est la clé, le tout est de faire les choses dans l'ordre sans prétention.
Les meilleurs souvenirs sont ceux que l'on partage.
Après avoir goûté à la distance reine sur bitume, nous voilà embarqués sur le 54 km du Trail des Ardennes. Une autre paire de manches... Je maîtrise moins les paramètres du trail.

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