Récit de la course : Ultra Trail de Côte d'Or 2016, par Fufanerunner

L'auteur : Fufanerunner

La course : Ultra Trail de Côte d'Or

Date : 28/5/2016

Lieu : Marsannay La Cote (Côte-d'Or)

Affichage : 572 vues

Distance : 105km

Objectif : Terminer

7 commentaires

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La stratégie de l'echec

Travelling arrière, arrêt le 30 mai 2015.

Au programme ce jour-là, l’UTCO (Ultra Trail de Côte d’Or), 105km et 3800 D+ en binôme avec mon pote Charlie. Résultat : un abandon sur blessure (genou en vrac) pour Charlie, et un maillot finisher pour moi pour mon premier « + de 100 km » en 18h17. Super content d'avoir fini, mais bien triste aussi pour mon pote.


Travelling avant, arrêt 11 octobre 2015.

Je retrouve Charlie au marathon de Budapest avec l’équipe de la fac. Il a une revanche à prendre, il me motive, et hop, nous voilà inscrit pour l’UTCO 2016.


Travelling avant, arrêt vendredi 27 mai 2016.

Après avoir récupéré mes 3 affreux après l’école et les avoir confiés à la mamie, je prends la route de la Bourgogne. Je vais passer un petit bout de nuit chez les parents de Charlie qui habitent à 2km du départ de l'UTCO 2016, alias la Revanche de Charlie.

Je me couche tôt, je dors mal. A 1h50, le réveil me déchire les oreilles. Putain, quelle heure t’as dit ??!!

Ben oui, pour un départ prévu à 3h, faut se lever un peu avant quand même.

Petit dèj vite avalé, le Charlie est motivé, moi pareil. J’avais adoré cette course l’an dernier. Le seul point noir avait été l’abandon de Charlie

On arrive motivé pour le retrait des dossards. Nous ne sommes que 171 inscrits en solo sur le 105km.
La pluie qui est tombée toute la nuit s’est arrêtée. Le terrain va être un petit peu boueux.

La nuit est chaude (elle est sauva-a-ge….), je pars léger en manche courte avec juste un top-extrême contre la pluie dans le sac.

Je me rappelle les cours de Maître Gaëtan et me (re)met en tête les 3 objectifs du jour :

n°3 : Finir la course

n°2 : Se faire plaisir

n°1 : Emmener Charlie au bout !!!


2h50, rapide débrief de l’organisation, pour résumer : Y’a pleins de balises, Y’a pleins de boue, faites gaffe et amusez-vous !

3h C’est parti, point n°1 à atteindre, le ravito du km 25, Barrière horaire : 6h15, soit du 7,7 km/h de moyenne. L’an dernier on était passé avec 15 minutes d’avance. Je pars donc à peu près sur les mêmes bases. Mais je sens que pour Charlie c’est un peu tendu…

On sort du village de Chagny à travers la zone industrielle et on attaque direct entre les vignes.
De la grosse gadoue bien collante nous fait des sous-semelles sur les godasses, j’ai l’impression que mes mizuno se transforment en Hoka…
Et je perds Charlie. Je me mets à marcher, il me rejoint un peu essoufflé et continue sur son rythme.

Je prends le temps de regarder derrière nous, je ne vois que 3 frontales. Nickel, on n’est pas derniers.
Je rattrape Charlie, en moyenne on est à 9km/h et on n’a pas encore attaqué la 1ère des 4 côtes avant le ravito…On devrait passer comme l'an dernier. Les BH d'après sont beaucoup plus cool au niveau rythme. On lâche rien
Je décide d’accélérer un peu .
Un concurrent nous dépasse, plus que 2 derrière. Bon, j’ai déjà fini dernier et je m’en fous un peu, mais bon. J’essaie de motiver le Charlie au début de la 1ère côte, je trottine, je plonge un peu dans mes pensées, j’avance sans trop forcé.

Et quand je reviens sur terre, Charlie est loin derrière. Merde, merde, merde. Que se passe-t-il ?!??
D’habitude il monte comme un cabri en marchant vite, et là, rien, je le sens pas avec moi.

Les 2 derniers concurrents nous rattrapent…Mais en fait non, les 2 derniers concurrents c’est nous.
Les 2 autres, c’est les serre-files/débaliseurs…
Je regarde notre moyenne, on est à peine au-dessus de 8km/h…
Un grand doute m’envahit soudain. Je termine cette première montée à mon rythme et j’attends Charlie et le duo des débaliseurs en haut…
Et j’attends, Et j’attends, tout le temps, chaque instant….

Quand ils arrivent enfin, je repars direct, Charlie s’accroche, on a fait 5km.

Je savais qu’il ne s’était pas trop entraîné (moi non plus) mais connaissant le bonhomme je n’étais pas trop inquiet.

Et là au détour d’un virage, il m’apprend qu’il a fait des malaises en début de semaine et que son doc lui a déconseillé de courir…Euh, ok très bien…la journée risque d'être longue alors...

Là, je vacille. Je sens que mon principal objectif de la journée vient d’être nommé au Darwin Awards (Si vous ne connaissez pas, cherchez sur le web !)

Pas le temps de se reprendre, la deuxième montée arrive, un coup d’œil sur mon GPS me dit que si Je veux passer la BH, il va falloir que Je me bouge.

J’attaque la grimpette en laissant Charlie aux mains de Bozo et Pipo. Ma moyenne est tombée à 6,5km/h.

Je fonce. Enfin, avec mon rythme tout pourri en montée ça ne va quand même pas bien vite.

Je rattrape quand même un autre concurrent. Puis un deuxième. Je m’arrête pour mettre mon k-way car l’orage à fait comme Mathilde…

La descente qui suit est super casse-gueule, pleine de gadoue, je rejoins un petit groupe de 3 ou 4 coureurs et je m’accroche au train.

Les kilomètres défilent doucement, la moyenne augmente (trop) doucement aussi.

Traversé d’un petit village, les bénévoles sous la pluie m’encouragent, retour dans les bois, retour à la gadoue, un coup d’œil sur la moyenne : 7,0km/h ; la distance parcourue : 14km…

Et là, c’est le drame, plus envie !

C’est con hein, juste ça, même pas une blessure à la con ou une glissade dans la gadoue, non, juste plus envie.

Mon objectif n°1 est mort, je suis persuadé que Charlie a abandonné au village, Eu du coup mon objectif n° 2 est lui aussi en train de mourir à petit feu. Enfin, vu ce qu’il tombe, il est plutôt en train de se noyer.

Le jour se lève sur ma banlieue, j’ai froid c’est pourtant pas l’hiver…

Et je vous confirme bien que le mental est super important quand tu cours.

Parce que là, au petit matin, au milieu des champs de blé bourguignons, alors que l’aube pointe au loin sous un doux orage de printemps qui ferait passer la saison des moussons pour un simple crachin breton, et alors que le terrain est large, en faux plat descendant et très facilement praticable, Et ben je marche. Ce serait tellement facile de me mettre à courir, mais non, je suis perdu dans le côté obscur.

Maître Gaëtan, je suis désolé, mais quand vos 2 principaux objectifs sont irréalisables, le 3ème n’a plus d’importance.

Je suis bien, la pluie ne me gêne pas (au contraire, j’adore les balades sous la pluie !), les jambes vont bien aussi, le cardio est au repos, aucune raison de ne pas foncer…Sauf que la tête n’y est plus.

Je m’oblige quand même à trottiner après avoir réalisé que je venais de me faire dépasser par un troupeau d’escargots…

Je débouche sur une petite route, où 2 courageux bénévoles sont là, ainsi que Charlie.

J’avais raison pour l’abandon. Et merde.


Je suis au km 20, Pour passer la BH il me faut boucler les 5 prochains km en 15 minutes, après un rapide calcul, et après avoir analysé mon envie débordante de continuer seul, je monte dans le camion balai avec Charlie.

Fondu au noir…

Voilà, un samedi tout pourri pour finir une semaine de ratage…

Le seul point positif ça a été la tête de mes petits monstres quand je suis arrivé à la maison samedi midi au lieu de dimanche matin.

A+ les traileurs, Eclatez-vous (Et pas seulement les genoux!!)

Fufanerunner

7 commentaires

Commentaire de tidgi posté le 31-05-2016 à 20:50:08

Bien dommage, après avoir fini l'an dernier. Mais quand çà veut pas...
Yapluka revenir pour le finir à 2

Commentaire de Bacchus posté le 31-05-2016 à 21:22:55

Ca passera l'année prochaine
les conditions météos devaient y être pour quelque chose

Commentaire de Fufanerunner posté le 01-06-2016 à 09:23:57

Les conditions étaient bien pourries c'est vrai.
Pluie toute la nuit, accalmie au départ, puis gros orage.
Le terrain super boueux, bien glissant.
ça n'a pas aidé.

Commentaire de JLW posté le 05-06-2016 à 11:48:34

Je n'ai fait que le 30 (en fait plutot 28) et je confirme que le terrain etait bien pourri. J'ai un peu souffert meme sur ma distance, je n'ose imaginer sur 105km en plus la chaleur de l'apres-midi a du bien eprouver les organismes egalement. L'abandon fait parti de l'experience du coureur/traileur, on peut certainement en tirer des bonnes lecons pour les prochaines epreuves. Et merci pour le recit.

Commentaire de Jean-Phi posté le 06-06-2016 à 10:25:22

On y va ensemble l'an prochain ?

Commentaire de Fufanerunner posté le 06-06-2016 à 10:51:15

TU risques de t'emmerder avec moi Jean-Phi, je te rappelle que je suis une tortue.
Je tenterai bien le grand Raid de Camargue en 2017...Moins dur niveau dénivelé (180m sur 100km :-) )

Commentaire de Jean-Phi posté le 07-06-2016 à 09:45:18

Je pense également le faire celui là ;-)

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