Récit de la course : Altispeed 2013, par franck de Brignais

L'auteur : franck de Brignais

La course : Altispeed

Date : 14/7/2013

Lieu : Val D'Isère (Savoie)

Affichage : 882 vues

Distance : 32km

Objectif : Se dépenser

5 commentaires

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

ALTISPEED... enfin speed, faut le dire vite !!

"On fait un sport formidable"... cette expression (déposée à l'INPI) me vient à l'esprit alors que je suis dignement avachi dans l’herbe devant le centre nautique de val d’Isère à déguster une fantastique boisson fermentée à base de houblon…

Boisson synonyme du devoir accompli (en plus de ses merveilleuses facultés médicinales !!). Les 2500 m de dénivelé et la trentaine de km faisaient partis du programme d’accès à la ligne de départ de la TDS. C’était la dernière course de préparation à l’ambitieux objectif de fin Août.

Je voulais une course très technique, avec beaucoup de dénivelé. Les 32 km me convenaient : pas trop, pour ne pas tenter la blessure… assez pour rester une bonne partie de la journée à crapahuter. Le tout 1 mois et demi avant le départ de balade autour du Mont Blanc… on ne réfléchit pas plus et nous voilà parti pour un sympathique WE en haute tarentaise en famille… et entre amis ! Denis et sa famille font partie de l’aventure !


Une mini rando confirmera mes craintes : la fonte commence à peine et dès 2 400m il faudra composer avec de la neige… beaucoup de neige… Les altitudes en course vont varier de 2 000 à 3 360 m, ça sera ma plus haute altitude en course, mon plus gros ratio dénivelé/distance, 3 passages à + de 3 000m… que de choses à découvrir !!

Briefing de sécurité le samedi soir. Le responsable de la sécurité fait son boulot à merveille : chacun se demande s’il doit prendre le départ le lendemain même… La liste du matériel obligatoire est impressionnante, ça tombe bien, ce sera aussi pour moi l’occasion de me mettre en « configuration » TDS. Tout l’équipement sera sur le dos. Dawa Sherpa et Kilian Jornet sont les invités de marque de cette petite course (seulement 800 participants sur l’ITT et l’altispeed).Très sympa de les approcher de si près !! A ce moment-là, je me suis fait la réflexion : si l’ami Kilian prend le départ, c’est que ça doit être un peu technique…mais une bonne croziflette a bien vite raison de mes états d’âmes et c’est l’estomac plein et l’esprit à peu près serein que je m’endors.


Dès mon réveil je pense aux « vrais », qui sont ont pris le départ de l’ITT à 4hOO, ils sont déjà dans le sujet… eux s’attaquent à 60km et 5 500 D+… à la vue des conditions, ça va être un sacré morceau !! Petit dej’ sympathique, l’hôtel est rempli de traileurs et les discussions, bizarrement, sont assez centrées sur les mêmes sujets : neige, dénivelé, matos,… J’ai à ce moment une énorme pensée pour ma petite femme, qui est à mes côtés pour nous emmener sur la ligne de départ : 6h45, un dimanche, devant son petit dej’, à devoir supporter des discussions dont l’intérêt, pour elle, est très limité : Caro, merci !!!


Le matin est frais, et lorsque nous rejoignons la ligne de départ, il ne fait pas plus de 5°. L’occasion rêvée de tester ma « 2ème couche chaude » (textuellement indiqué dans le règlement de l’UTMB…). Contrôle draconien des sacs… enfin suivant le contrôleur… pour ma part l’examen a été léger… Denis a été à deux doigts (sans mauvais jeu de mot…) de passer à un examen très poussé !! Nous croisons un actif kikoureur, coco38 prend le départ, j’ai beaucoup de plaisir à échanger quelques mots avec lui. Il m’avait beaucoup rassuré sur ma capacité à finir la 6000D l’année dernière, il avait eu du nez !!

Le départ est donné après une annonce consciencieuse, par le speaker, des forces en présence. J’avoue être assez peu concentré sur ce sujet : j’ai décidé de ne pas chercher un podium cette fois ci ! (j’en vois quelques un qui ricanent au fond !!). Les 2 premiers km ne laissent rien présager de ce qui nous attend : goudron, faux plat montant gentillet… l’échauffement idéal. Puis nous voilà rapidement sur un sentier qui va nous emmener sur notre premier passage à 3000m : le col des Fours. Cette montée est fantastique, le paysage est magnifique, je prends beaucoup de plaisir. Je me retiens beaucoup, mes jambes tournent bien. Le cœur tape fort, le souffle est court… l’altitude y est pour beaucoup. Je pars très prudemment à la fin du peloton et prends un rythme rando très active. Je relancerai en courant à chaque plat quasiment jusqu’à la fin. Une 15aine de personnes derrière moi tout au plus. Je bois régulièrement.

Je double pas mal de monde dans cette montée… mais je vais surtout passer au moins une dizaine de personnes au 1er ravito (1h30 de course, 7km). J’y resterai moins de 2 minutes. La neige arrive rapidement. Les premières chutes commencent autour de moi. Je ne ressens pas le besoin de chausser les Yatrak… la neige n’est pas trop dure, ça passe pas mal de mon côté. Arrivée au Col des Fours, km 10, 2h10 de course.

Beaucoup de personnes récupèrent, reprennent leur souffle, l’altitude rajoute effectivement à la difficulté, mais pour ma part tout va bien, je veux conserver un rythme régulier et je bascule immédiatement de l’autre côté et plonge droit sur le glacier du Grand Pisaillas, d’abord à flanc de montagne (un peu de gaz sur la droite…) puis droit dans la pente pour redescendre à 2 500m.
La descente est ludique les 10 premières minutes : la neige jusqu’aux genoux, il faut lever les jambes… mais rapidement je m’essouffle. Et puis je me prends pelles sur pelles !! Je me décide enfin à mettre les Yatraks… Ca va un peu mieux, mais la neige reste très usante et je perds énormément d’énergie. J’arrive en bas KO… et c’est bien dommage…


2ème partie : Ce sont 800 mètres positifs qui nous attendent pour atteindre l’aiguille Pers à 3 360m. D’abord gentiment sur une route pas très agréable (passage de voitures, moto) puis après le 2ème ravito (km 15 ; 3h15 de course), les choses sérieuses commencent.

Ca monte raide, très raide, sans discontinuer, d’abord sur la terre, puis sur la neige de nouveau. Cette montée est très compliquée pour moi, je suis obligé de m’arrêter pour reprendre mon souffle très régulièrement. Je me sens complètement vidé (Note pour fin Août : même quand tu n’as pas faim,  aux ravitos : tu manges !!) Une dizaine de concurrents me passent. Et puis l’énergie et l’envie reviennent doucement, je finis la partie la plus compliquée (juste avant d’arriver en haut) avec une patate d’enfer. Nous croisons toutes les personnes qui ont déjà fait demi- tour en haut et qui, pour certaines, nous encourage. En haut, il fait froid, beaucoup de vent. 4 à 5 concurrents se sont posés pour récupérer. L’endroit est magnifique, le point de vue sur les chaînes montagneuses est incroyable.

 Je préfère profiter de mon retour en bonne forme pour avancer. Et je repars comme un cabri à la descente. J’arrive à un maintenir un bon rythme de descente malgré les névés et la pente très abrupte. J’ai quelques dispositions pour la descente, j’en profite. Je double 3 à 4 concurrents. Nous redescendons vers le mythique col de l’Iseran. La pente finie par s’adoucir et je maintiens un rythme correct en trottinant sur 2 à 3 km le long d’un sentier. L’endroit est de nouveau superbe. Arrivée au 3ème et dernier ravito. KM 23, 5h20 de course.


Je prends le temps de récupérer, discuter avec les bénévoles qui nous chouchoutent, manger, boire. Il reste plus de 10km… dont une montée, de nouveau au-dessus de 3 000m très intense avant d’accéder au symbolique tunnel qui nous fera redescendre vers Val d’Isère. Je me rends compte, une fois de plus, de la douceur et la gentillesse des précieux bénévoles : un concurrent de l’ITT arrive au ravito. Il est très mal en point. Il doit passer un sale moment. Il demande de l’eau gazeuse, il n’y en a plus… il râle. Il demande de l’eau fraîche sucrée… l’eau n’est pas assez fraîche, il la recrache… « vous ne savez pas ce que c’est !!... vous savez d’où je viens… ce qu’on a traversé…. Patati, patata… » Je n’aurai certainement pas dû, mais je n’ai pas pu m’empêcher. J’ai pris la parole « Ces gens font tout leur possible pour t’aider, tu n’as pas le droit de leur parler comme ça ! ». il me répond « de quoi tu te mêles ?!... fais des vraies courses, on en reparlera après !... ». J’arrête là  l’échange. Je n’aurai certainement pas dû me mêler de cette conversation… mais… cet esprit me gêne…

Je repars contrarié et en bougonnant… ça me permet de ne pas trop voir passer la 1ère partie de la montée, dans la neige de nouveau. Mais les 200 derniers mètres pour atteindre le tunnel sont carrément incroyables : c’est de l’escalade ni plus ni moins. Le terrain est très instable, les pierres chutent. C’est bien la première fois que ça m’arrive en course : j’ai peur de tomber. Je vois un concurrent de l’ITT me doubler assez facilement. Je prends le temps de me calmer, de trouver la bonne voie pour passer et je finis par arriver au tunnel. 3 secouristes attendent… le passage n’était donc pas si serein que ça !! 6h25 de course. IL reste 9 km.


Très sympa de passer sous la montagne, nous découvrons de l’autre côté une vue splendide sur le domaine de Val d’Isère. Ce sont aussi 1 200 mètres négatifs à encaisser pour rejoindre la station. Je vais faire ce « finish » (presque 1/3 de la course !!) en une heure !!

D’abord une descente très abrupte dans la neige… je ne me pose plus de questions, je me mets sur le dos et je descends en luge tout le long, sur pas loin de 5 à 600 mètres !! Personne de doublé, mais je mets une sacré distance avec mes prédécesseurs qui s’obstineront à rester debout. J’arrive sur une portion moins pentue, toujours aussi enneigée et je cours dans une neige fraiche. Je me mets volontairement en dehors des traces pour ne pas subir les différentes hauteurs. Je me sens super bien, je double 1 couple et 1 concurrente.

Nous sortons de la neige, quelques parties vallonnées se présentent à nous : les descentes en courant, le plat en trottinant, les montées à un rythme incroyable avec une super gestion des bâtons. Nous arrivons sur le lac de l’Ouillette, je connais : nous y avons pique-niqué la veille. C’est aussi là que m’attendent Caroline, les garçons et la femme de Denis et ses enfants. Quel fan club !! Les enfants courent à ma rencontre et m’accompagnent sur tout le tour du lac ! Ils m’encouragent, c’est un vrai bonheur. Arrivée au bout : « on prend le télésiège, on te rejoint en bas » « Prenez votre temps, j’en ai plein les bottes, je vais pas descendre vite ».

Et puis… la forme reste au rdv, j’entame la descente sans me poser de questions, elle commence doucement, puis de plus en plus raide. Je cours tout le long… bien en avant, comme dans mes nombreuses séances de travail en côtes… Je pose bien les bâtons, ils m’auront énormément aidé sur cette course. Les cuisses sont au rdv, ça commence à tirer, mais tout tient bon.

Je vais passer 3 à 4 concurrents. La station est juste à mes pieds, une dernière descente, très pentue, je « skie » sur la terre, mes chaussures ne tiennent plus… J’entends les enfants dans les télésièges au-dessus de moi « ralentis !! tu vas arriver avant nous !! ». Je passe double un randonneur et lui fais partager mon point de vue « c’est les mêmes enfants qui me demandaient d’accélérer tout à l’heure !! » Le bonhomme éclate de rire et me souhaite une bonne fin de course.

Le plat arrive, il reste 500 mètres. Je n’arrive pas à repartir en trottinant tout de suite. Je me fais doubler par un dernier concurrent. Caro et les enfants sont là pour m’aider sur les derniers mètres, je confie mes bâtons à mon épouse et prends la main de mes enfants. Nous passons ensemble la ligne d’arrivée… 7h28 après mon départ ce matin.

 

Quelles conclusions je tire de cette très belle escapade ?

Tout d'abord un grand bravo à l'organisation !! préparer, baliser, sécuriser un tel parcours relève d'un trvail de titan. Merci aux bénévoles pour leur gentillesse et leur dévotion !!

Une course TRES exigeante, TRES technique. Cette exigence et cette technicité m’auront appris à relativiser ma vitesse moyenne : sur ce type de course, celle-ci n’a aucun intérêt. Je ne suis pas sur un Marathon.

Une descente n’est pas forcément synonyme de vitesse : certaines m’ont fait perdre beaucoup de temps.

Point positif, j’ai pu valider le matériel : chaussures (nouvelle marque…) OK, sac et contenance de tout le matériel OK, la « 2ème couche chaude » tient… chaud, gants à changer (il faut qu'ils soient imperméables).

Je gère parfaitement bien mon hydratation (pas de crampes). Par contre, je dois absolument apprendre à manger plus régulièrement (mais je n'ai pas faim... je suis toujours à la limite de l'écoeurement...). Les petits coups de moins bien seront plus simples à passer si je n’ai pas une hypoglycémie à gérer.  

Je n’ai pas rempli mon objectif initial : moins de 7 heures. En effet j’ai fait le calcul suivant (pour savoir si je rentrais dans les BH de la TDS) : cette course représente 1/4 de la distance et 1/3 du dénivelé de la TDS. Si je prends le temps de cette course, je le multiplie par 4 et j’ajoute le facteur fatigue grandissant, je suis sur une arrivée en 31h. En arrivant 30min après l’objectif, je n’ai plus de marge avec la barrière max : 33h. C’est donc plus que chaud pour fin Août…


Maintenant, je vais continuer l’entrainement, en baissant le volume au fur et à mesure. Je viens de passer le point haut. Je dois gérer un volume minimum sans aller à la blessure ou à une fatigue excessive. Et puis… fin Août verra une aventure bien différente... 

 

Franck

 

5 commentaires

Commentaire de coco38 posté le 18-07-2013 à 22:27:37

Belle course bien gérée malgré ce petit problème d'alimentation. Difficile d'extrapoler pour la TDS. Ce sera moins technique, moins raide, moins haut en altitude et... certainement moins enneigé. Que la météo soit favorable et ce sera que du plaisir !
A Bientôt

Commentaire de totoro posté le 19-07-2013 à 14:20:48

Bravo Franck ! Tu fais toujours preuve d'une belle détermination : un moral de champion ! Pour manger, c'est simple, ne compose qu'avec des choses que tu aimes (et que tu as testé !), c'est toujours plus simple à avaler ;-)

Commentaire de celestcyr posté le 19-07-2013 à 21:31:43

Merci pour ton récit qui m a permis de revivre ma course ;-) et pour l incident au 3 ème ravito avec le coureur de l ITT laisse tomber y a des aigris partout....et je suis entièrement raccord avec toi au sujet des bénévoles...de véritables anges gardiens à qui nous devons notre plus grand respect...car sans eux point de course...alors un grand merci à eux et à leur chaleureux sourire ;-)

Commentaire de P38 posté le 19-07-2013 à 22:24:26

Lors du briefing, on se disait qu'il y avait beaucoup de "frime" chez certains concurrents. Il y en a qui se la pétait vraiment...
Par contre, au départ de l'Altispeed et pendant la course, c'était plus détendu! J'ai essayé de m'écarter pour laisser passer les coureurs de l'ITT qui allaient plus vite et certains ne disaient même pas merci...
Moi, je ne peux dire que du bien des bénévoles aux ravitaillement qui étaient d'une très grande gentillesse.

Commentaire de Arclusaz posté le 05-01-2015 à 20:06:49

Tiens, je l'avais loupé ce CR, incroyable !

c'eut été dommage car je n'aurais pas fait la connaissance de ce mec vraiment sympa qui recrache l'eau pas assez fraiche.


sinon, comme d'hab, même 1 an et demi après, c'est impressionnant de gestion.

Et au fait, pour les lecteurs, la TDS...... (allez, j'dis rien allez lire le CR.... et préparez les mouchoirs).

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Accueil - Haut de page - Version grand écran