Récit de la course : High Trail Vanoise - 70 km 2021, par centori

L'auteur : centori

La course : High Trail Vanoise - 70 km

Date : 10/7/2021

Lieu : Val D'Isère (Savoie)

Affichage : 334 vues

Distance : 72km

Objectif : Se défoncer

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Une progression pas linéaire

Une progression pas linéaire

 

Partie 1 - 2013 à 2021 du marathonien au trailer.

En 2013 je découvre le Icetrail tarentaise qui se courre sur Val d’Isère et Tignes, passe par la grande motte et les endroits les plus beaux de l’espace Killy. Je trouve l’idée géniale, et j’ai envie de faire cette course, comme j’en ai un peu assez du marathon, je me décide alors à me lancer dans le trail.

En 2013, je courre mon dernier marathon (j’ai depuis couru des Maratrail…), et je découvre le trail en Normandie, j’y prends gout, c’est dur c’est différent, mais j’apprécie le changement.

2014 : Altispeed 30km et 2500d+, je me dis que ça va passer facile, et ça casse au bout de 20km, je suis totalement épuisé, je n’en reviens pas. Le chemin va être long.

2015 : Altispeed 30km et 2500d+, après une belle augmentation de la dose d’entrainement, je boucle le parcours sans trop de difficulté.

2016 : création du High Trail Vanoise, je suis sur le trail des 6 cols. 39km et 3200d+. La marche est trop haute, re abandon après 25km, mal au ventre trop chaud, rien ne va.

2017 : Trail des 6 Cols. 39km et 3200d+. Je boucle le parcours en 8h30, après avoir sérieusement augmenté ma dose d’entrainement.

2018 : Trail des 6 Cols. 42km et 3500d+.Je préfère ne pas sauter le pas vers le grand parcours à raison de l’augmentation de la distance. Parcours une nouvelle fois bouclé en 8h12.

2019 : La bascule vers le HTV 72km et 5400d+. Mais je me casse l’épaule fin février, 6 semaines d’arrêt, seulement 2 mois d’entrainement, c’est trop peu et à mi-parcours je mets le clignotant.

2020 : Course annulée. Je boucle néanmoins mon 1er ultra en off avec des copains 90km et 1500d+ en Normandie. Je sais donc désormais que je peux le faire.

2021 : HTV 72km et 5400d+/d- j’augmente très sérieusement la dose d’entrainement.

 

Partie 2 : Préparation HTV

Après avoir bouclé une année de jogging 2020 à 3257km et 44285d+ ce qui est pas mal pour un Normand, je vais mettre le paquet pour ne pas me rater. J’attends ce HTV depuis trop longtemps. Alors je tourne à 50-60km la semaine dès Janvier 2021 et je vais augmenter la dose d’entrainement progressivement.

Tous les samedi matin, entrainement sur une cote de 30m pour faire 600d+. Et un dimanche sur 2 virées en suisse normande pour une sortie de 25km et 800d+.

Progressivement, cela va se transformer en tous les dimanches en Suisse Normandie pour 25km voir 30km et 1000d+. La saison de ski va être très tronquée cette année, mais ce sera l’occasion de faire du ski de randonnée ce qui est aussi très bon pour l’entrainement D+ en altitude courant mars. Et au final cela donne en jogging :

Avril : 301km et 4072m d+.

Mai : 341km et 8409m d+

Juin : 309km et 8901m d+

1er semestre : 1677km et 33064m d+. Je n’ai jamais fait autant. J’ai fait plusieurs sorties au-delà de 40km en solo ou avec un pote et en autonomie totale. L’idée étant évidemment de faire de la distance pour pallier à l’absence de course de préparation.

Je me suis même concocté 3 weekends choc :

Weekend choc 1 les 22 et 23 mai : samedi 30km 1000d+, dimanche 20km et 2000d+.

Weekend 2 les 5 et 6 juin 2020 : samedi 30km 1000d+, dimanche 20km 2000d+.

Weekend 3 le 19 et 20 juin : samedi 30km 1000d+, dimanche 30km 2800d+.

J’estime être fin prêt de toute façon faire du d+ en Normandie est une gageure, le seul moyen sur Caen est de répéter la côte dite du « physicien » du côté de Clécy. 1km pour 200d+. C’est la côte la plus raide.

 

Partie 3 – HTV la course.

La Course est programmée le samedi 9 Juillet, tous les voyants sont au vert, le soleil est annoncé, ainsi que le froid ce qui est pour moi idéal. J’ai même bien dormi, sans stress particulier ce qui est presque étonnant compte tenu du programme.

Le HTV est annoncé comme l’un des trail les plus durs d’Europe, à raison de son altitude moyenne 2600m, et de ses 6 cols à plus de 2800m et ses 2 sommets glaciaires Aiguille Pers à 3327m et la Grande Motte à 3654m d’altitude !

Le plan de course était construit pour 15h30, mais voilà cette année on monte au sommet de Grande Motte donc l’ambition est révisée à 16h15 !

voilà le programme des rejouissances.

 

A – Départ à Funiculaire.

4h Matin du départ il fait 6 degrés, ce n’est pas chaud, mais vraiment parfait pour moi cela augure une journée très sage au niveau température ce qui est idéal pour moi qui ait du mal avec la chaleur.

Je pars directement avec la casquette ROUGE Kikourou visée sur la tête, j’anticipe le lever du soleil. La frontale est bien accrochée au-dessus de la casquette.

La première partie se fait tranquillement du centre de val d’Isère vers la vallée du Manchet, c’est un faux plat montant qui incite à courir, puis nous remontons vers le vallon du Charvet sur un chemin à 4x4. La piste est facile, il est tenant de courir, mais je m’y refuse le plus vite possible pour éviter de me griller. Nous remontons ensuite vers le secteur dit « Bellevarde » dans le noir tranquillement, je vois devant et derrière un serpentin de lumière dans la nuit, c’est vraiment magique d’être là tranquille. Personne ne parle, nous sommes tous dans notre course, seuls les Pics Pics des bâtons troublent cette quiétude.

Je m’applique alors à aller le moins vite possible et être totalement sans effort. J’ai l’impression que si je vais moins vite je vais être à l’arrêt et de fait je me fais doubler quasi en permanence, cela n’a pas d’importance, je suis ma stratégie.

Bientôt le lever du jour vers 5h-5h15, nous débouchons alors sur la plaine en direction du col de Fresse, et au loin se dresse le Mont Blanc, la Dent du Géant, le Mont Pourri, le Dôme de la Sache, c’est vraiment magnifique, j’en prends plein les yeux. Je ne me souvenais pas de ce passage en 2019 et pourtant c’est peut-être l’un des plus beaux moments du trail.

Nous arrivons au col de Fresse, 1er pointage, 1h46 soit 10 minutes de plus qu’en 2019 ce qui est parfait ! Classement au point 153.

Nous entrons ensuite dans le parc National de la Vanoise, nous abordons rapidement la Neige et montons vers l’arrivée du Funiculaire de Grande Motte. Dans la neige je suis facile. J’ai attrapé un rythme, je suis cool, mais plus personne ne me double. Je commence à grapiller un peu tout en restant vraiment facile.

Arrivée au ravito du Funiculaire 2h41 de course contre 2h30 en 2019. Parfait je suis encore en retard. Mais je suis pile dans mon plan de course 2021. Une pause de 5 minutes pour manger et refaire les niveaux et c’est reparti. Je troque aussi les lunettes de vue contre les lunettes solaires.

Distance parcourue : 15km. 1200d+.

 

B – Funiculaire à Funiculaire.

Pendant le ravito, j’en profite pour mettre les crampons, je sais en effet que 500m plus tard il faudra les mettre alors autant ne pas s’arrêter deux fois.

Je repars tranquillement et j’ai le plaisir de croiser Mickael PASERO qui lui est déjà à la descente, je l’encourage et il m’encourage aussi vraiment sympa. Et c’est la montée vers la Grande Motte, je sais que je me suis flingué sur cette montée en 2019 en allant beaucoup trop vite, alors je me refuse à doubler qui que ce soit !

Ça monte vraiment cool sur le glacier c’est superbe, il a bien gelé, la neige porte remarquablement bien. Comme je suis hyper facile, je profite pour regarder alentour, les sommets, le soleil est déjà haut, c’est magnifique. En vrai, je vais quand même doubler 3 coureurs qui sont un peu lent. Il se trouve que sur cette partie, je vais faire la connaissance de SAMPAYO qui avise de suite ma casquette KIKOUROU (Rouge !). Nous faisons un bout de chemin ensemble et nous nous retrouverons au sommet.

Arrivée au sommet du téléphérique, 3500m d’altitude, et là le bonheur, on sort de la piste sur le glacier pour entrer en zone glaciaire. Il y a de la neige fraîche, nous parcourons 300m dans la neige en direction d’une barre rocheuse que nous allons devoir escalader, certains coureurs ne sont pas à l’aise visiblement, je préfère les doubler craignant d’être bouchonnés dans les rochers.

Le passage des rochers c’est un bonheur indescriptible pour moi. Tout d’abord, le passage a été équipé par les guides de Tignes, et celui qui tient le point je le connais c’est mon guide. J’en profite évidement pour lui dire bonjour et discuter un peu. Sur ce passage les consignes sont claires, interdiction de doubler, les battons doivent être rangés dans le sac et on se tient à la corde.

Nous sommes là dans un passage d’Alpinisme, certains coureurs galèrent vraiment (voire râlent, j’entends le guide rappeler que le HTV est un Trail de haute Montagne), mais pour ma part je me régale, sortie de ce premier passage, je profite rapido pour doubler 3-4 coureurs en difficultés dans la neige avant d’accéder au deuxième tronçon en rocher. La clef de ce type de passage est de ne surtout pas chercher à tirer sur les bras avec la corde, car c’est épuisant, mais au contraire de continuer à monter avec les pieds en utilisant les cailloux comme des marches. Je donne des conseils au gars devant moi vu qu’il bouchonne et cela va directement mieux.

Et ensuite c’est FOU, on arrive sur la crête finale et nous voilà en short à 3654m d’altitude au sommet de la Grande Motte. Je n’avais jamais gravi ce sommet, c’était le dernier qui me manquait en Vanoise. C’est un bonheur incroyable d’être là, une chance inouïe. Comme le dit alors un coureur, une fois que tu as vu ça tu peux bâcher à Tignes en redescendant on s’en fout !

Je fais quelques photos, je remercie les pisteurs qui sont sur place pour organiser notre passage et c’est le moment de descendre. Et là c’est encore magique, nous sommes sur une arête de neige, avec du gaz des deux côtés, il ne faut pas tomber c’est assez cool, puis il y a de nouveau un passage de rocher avec des cordes. Après 3-4 minutes d’attente c’est mon tour, je descends dos à la montagne ce qui est le plus efficace. Vraiment excellent.

Et nous revoilà au sommet du Téléphérique de Grande Motte, pointage 4h02 classement 115. J’ai gagné pas mal de place, mais je ne m’en rends pas compte. Je n’ai vraiment pas le sentiment d’avoir fait le moindre effort.

C’est la redescente vers le funiculaire, attention interdiction de descendre sur les fesses sous peine de disqualification. De toute façon cette année la neige est dure et il était exclu de descendre ainsi. Je descends pépère et je suis doublé par une fusée nommée Sampayo, je le reverrai 40km plus tard !

Arrivée au funiculaire 4h20 de course, je suis plutôt très bien et en avance sur mon planning.

Distance parcourue : 22km et 1800d+.

 

C- Funiculaire à Daille.

Après le ravito et 5 minutes pour me restaurer, c’est parti vers la descente, je conserve mon plan de marche, y aller tranquillou sans m’embêter. En plus c’est encore gelé donc la neige porte bien.

J’arrive tranquillement vers la fin du glacier et une grande dernière descente en neige qui est cette fois toute molle, c’est dur de tenir debout et il y a un hélicoptère, un coureur a fait une très mauvaise chute dans la neige et les pierres, il est donc évacué (le coureur s’est apparemment très amoché le visage dans la neige et les pierres). Je ne sais si c’est cet événement qui va tétaniser mes jambes ou juste la descente, toujours est-il que je vais avoir mes premières douleurs dans les cuisses. C’est incompréhensible.

Ces douleurs m’agacent prodigieusement et malheureusement, je me concentre d’autant plus facilement là-dessus que cette descente est chiante au possible sur la piste dite Double M qui nous permet d’arriver à Tignes.

Nous passons ensuite autour du Lac, évidement c’est superbe mais à cette heure il n’y a personne, et ensuite petite remontée vers le Pas de Toviere, environ 300 d+ à monter, je n’ai pas trop de jus, je laisse filer. J’ai soif je bois, j’ai mal aux cuisses, j’ai envie de chier, bref le sentiment que rien ne va. Je commence à marcher même en descente pour économiser les cuisses.

J’arrive à la Daille, je fais le plein d’eau, je mange un peu, j’attrape deux compotes, je dis à mon père que je n’avance pas et que ça me gonfle !

Temps : 6h20 (j’avais prévu 6h15 ! bref n’importe quoi).

Classement : 107.

Distance parcourue : 34km et 2000d+.

Bref dans ma tête ça ne va pas, dans les jambes non plus, alors qu’en vrai ça va mais je ne le sais pas. Suffirait que je regarde le roadbook qui est dans ma poche, mais je n’en ai même pas l’idée…

Je change la casquette Kikourou pour le Bob Hooka et ainsi être mieux protégé du soleil qui commence à taper fort.

 

D – Daille – Fornet.

Et c’est partie pour l’enfer de Picheru. 4km et 1000d+, un foutu KV en plein milieu d’un ultra trail. J’ai envie de chier, mais je n’y arrive pas, par contre je n’arrête pas de péter ! J’ai la sensation de me trainer et je me fais doubler, bref je m’agace, je finis par m’essouffler dans cette putain de montée, comme si je n’avais plus rien à donner, et ça commence à gamberger dur.

Je me dis alors que les gamins vont se foutre de ma tronche si j’abandonne, et qu’en plus je ne me suis pas entrainé comme un forçat pour abandonner après 35km de course ! Je continue et puis merde je m’assois sur une pierre, je ferme les yeux et je dors.

Je suis réveillé toutes les 3 minutes par les coureurs qui me disent « oh ça va », je grommèle un « ouais ouais », je reste comme ça 15 minutes je pense, je suis mieux, je me décide à repartir.

Je vais rester littéralement dans les pas d’un coureur qui se trouve être un Avalain. On va finir par discuter, ça monte tranquille ça me va. J’ai encore ces foutus hauts le cœur, je n’arrête pas de péter (j’ai pété pendant toute la course inouï !), mais ça monte et ça monte ! Et cette satanée montée de Picheru se termine.

Temps de course : 8h17

Classement : 115.

J’ai la sensation d’être beaucoup plus loin au classement bien entendu. Cette fois au timing j’ai 15’ de retard, mais je ne regarde même pas le plan de course, je m’en fou. J’ai toujours mal aux cuisses donc je décide de descendre vers le Lac de la Sassière en marchant. Je me dis t’façon, je finirai même en marchant, pas question d’abandonner ! Et donc je descends ces 250d- en marchant alors que mon compère lui descend en courant. Surprise il ne me prends que 150m de distance pendant cette petite descente. Je me dis tiens finalement je ne vais pas si lentement que ça.

J’attends avec impatience le ravito pour refaire le plein de flotte et de nourriture, j’ai du mal à avaler mon Isostar bonjour les hauts le cœur, et je n’ai quasi plus rien à manger. Vu que j’étais énervé à la Daille, je suis parti en mode arrache sans trop rien prendre. (Quand tu es débile !)

Résultat, pas de ravito à Picheru et me voilà devoir tenir environ 4h de course avec seulement 1L d’eau et 2 compotes ! C’est mal barré !

Oh mais un torrent, tout le monde se précipite pour faire le plein j’en fait autant. Et là c’est le miracle, je me gave de flotte, terminé les hauts le cœurs, l’eau coule toute seule, je repars avec mon compère Avalain, nous continuons à discuter, mais voilà mes jambes s’améliorent d’un coup et à un moment, je vais passer devant et décrocher mon compagnon de route sans le faire exprès, je ne le reverrai plus. Du coup avec cette flotte qui passe à merveille terminé l’Isostar j’ai fini la course à l’eau plate et vichy !

Je dois dire que j’adore cette zone, nous sommes au cœur de la réserve naturelle de Tignes, et les sommets de Grande Sassiére 3747m, la Tsanteleina 3602m nous surplombent, nous profitons de la vue sur le glacier de Rhemes Golette qui donne sur l’Italie. C’est absolument magnifique, quelle quiétude. En plus quand on commence à être bien c’est encore mieux.

Arrivée au sommet du col de la Bailletaz 2827m, je me dis que je vais descendre en marchant vu que j’ai toujours mal aux cuisses, j’escompte 1h de descente, mais un pisteur me fait remarquer qu’en ce cas arrivé au Fornet je n’aurai plus que 1h d’avance sur la Barrière Horaire ! alors là Horreur ce n’est pas possible. Donc je décide de trottiner dans cette descente qui donne une vue directe sur la montée suivante vers le glacier du pissailla.

En fait de trottiner, je m’aperçois que même avec un peu mal aux pattes, je peux descendre correctement, et je me mets à courir dans la descente, le tout de plus en plus vite, parce que je me prends au jeu. Et je vais finir par grapiller quelques places. La descente n’est pas mon fort, mais sur cette section, je vais être plutôt bien. Je m’étais donné 50’ pour cette descente, je vais la faire en 37’, et j’avais prévu 2h10 de Picheru au Fornet, je vais boucler ça en 1h40.

J’étais à moitié mort dans Picheru, arrivé au Fornet je suis survolté.

Temps de course : 9h56 prévision 10h00 ! Je suis en avance mais je ne regarde pas le plan je suis persuadé d’être en retard !

Classement : 96 !

Ravito, je dis à mon père que comme je n’ai pas eu de ravito à Picheru, je fais double ravito au Fornet donc ce sera 10’ d’arrêt. En vrai, je vais me gaver et rester 13 minutes. Je vais avoir des rôts et haut le cœur ensuite, je crois que j’ai un peu trop mangé.

 

C – Fornet – Aiguille Pers.

Cette section c’est 10km et 1400d+ donc ça grimpe encore dur. La section démarre dans la forêt c’est de ce fait très différent des précédentes zones qui étaient totalement sans arbre. A un moment, je me demande si je ne me suis pas trompé de chemin, tant le fanion directionnel était placé de manière plutôt étrange, et c’est d’autant plus compliqué qu’il n’y a personne devant et derrière. Je me fie à l’expérience, je suis déjà passé par cette zone en 2018 pour le trail des 6 cols alors j’y vais puisque le parcours est commun.

Il faut profiter des couleurs, jaune, rouge, rose, les mélèzes, la vue sur val d’Isère en contre bas bref c’est facile ça monte doucement et c’est beau.

Puis ça tourne à gauche et là je le sais, ça ne va plus rigoler. Le chemin monte droit dans la pente en mode KV, c’est de nouveau très dur spécialement après 50km de course. Je me fais rattraper par un coureur, mais curieusement il ne veut pas passer et me laisse faire le rythme.

On va remonter gentiment ainsi, et doubler 2 coureurs du HTV, nous croisons ensuite la route qui monte vers le col de l’Iseran et à partir de là je sais que la pente est moins forte. Nous allons alors doubler le dernier du Trail des 6 cols. La suite sera une longue remontée des coureurs de ce trail pourtant parti à 7h30 du matin et qui ont 35km de course de moins dans les jambes.

La remontée vers l’Iseran est globalement sans intérêt sauf à admirer les constructions faites il y a 200 ans par les soldats de l’armée Napoléonienne qui se dirigeaient alors vers l’Italie.

Arrivée au col de l’Iseran, j’ai lâché sans le faire exprès mon acolyte et je retrouve mon père qui ne m’attendait pas aussi rapidement. J’ai monté cette section en 1h50 là où j’avais prévu 2h.

Temps de course : 11h49

Distance parcourue : 55km et 4400d+.

Je mange en 5 minutes comme à chaque ravito, et mon père me dit « tu as idée ton classement », je réfléchi 3 secondes, on était 350 au départ, je ne sais pas trop et comme j’ai eu un gros moment de flottement je lui réponds « ben ça ne doit pas terrible environ 250 ». Et là il se marre et me réponds « 98 » ! Et là je n’en reviens pas, c’est le choc.

Il ne me vient pas à l’idée de consulter le roadbook pour voir ce qu’il en est, mais si je l’avais fait j’aurai constaté que je suis encore pile dans le timing prévu.

Je passe le check livetrail et PAF : 90eme !

Je vais donc repartir avec cette idée et maintenant le propos c’est d’en croquer le plus possible. Opération PAC MAN !

En plus, comme il y a les coureurs du Trail des 6 Cols, il y a du monde à doubler, le truc c’est qu’il faut à chaque fois vérifier le dossard pour être sûr de prendre une place ou pas.

Cette partie de la course en direction de l’aiguille pers c’est 4km et 600d+ à gravir, sauf que le début est relativement plat c’est courable, qu’au milieu vers 3200m il y a aussi une portion plate et vraiment par endroit c’est très raide, outre que le terrain est pourri, soit en neige soit en ardoises brisées et donc on patauge dans une mélasse dingue on monte et on redescend en même temps c’est épuisant.

Le truc c’est que quand on est bien, on avance, on double, on se fixe un objectif, on l’avale, et on passe au suivant. C’est comme ça que je vais doubler Sampayo (vous vous souvenez la fusée de la descente de la Grande Motte), je double aussi un pote de Honfleur je ne m’attendais pas à le voir là (Les normands sont dans la place) et je vais passer cette section à doubler et encore doubler.

Verdict, l’objectif était de faire cette section en 1h20, je la croque en 1h00 !

Temps de course : 12h58

Classement : 72 !

Les efforts ont payé au classement.

 

D – Aiguille Pers – Finish.

Je profite de la vue 2 minutes, la vue à 360 est épatante sur les sommets de la Maurienne, le Mont Blanc au fond, et côté Italien le Grand Paradis, plus près la frontière avec l’Italie et tous ces lacs encore gelés. C’est magnifique.

Il faut maintenant redescendre vers le col de l’Iseran en passant par ce qui reste du glacier du Pissailla. Tout au loin au fond on aperçoit la Grande Motte. Nous avons fait les deux extrémités du domaine skiable. C’est fou, c’est loin, on se dit comment c’est possible !

Petite descente dans les rochers et la neige et on accède tranquille sur le glacier, c’est plat dans un premier temps, je suis en mode marche rapide, inutile d’essayer de courir je vais me bruler.

Ensuite ça descend plus franchement dans la neige, il est possible soit de descendre en glissant sur les chaussures soit trottiner. Nous accédons enfin sur la moraine et là je peux envoyer. J’ai des coureurs dans le viseur, je suis décidé à les reprendre. Une grappe de 4 ça ne se refuse pas.

L’idée était de faire cette descente en 1h10, je vais la claquer en 40’ ! Paf le gars est en forme.

Passage au col de l’iseran temps de course : 13h40

Classement : 76 !

Là je dis il y a bug livetrail, j’ai doublé et personne ne m’a doublé bref !

Ravito pause de 5’ je me dis alors que les 16h c’est gagné, je suis vraiment en avance sur mon planning.

Allez c’est reparti, dernière montée (pas sur) vers le fameux tunnel des Lessières. Encore une montée dans la neige et dans une mélasse de caillasse dingue. Il faut là encore se ménager car la montée est en réalité très raide. Ce tunnel permet d’accéder au secteur « solaise » des pistes à Val d’Isère. C’est un moment unique ce passage car le Tunnel est fermé depuis 15 ans, la piste n’ayant pas ouvert faute de neige suffisante, et de ce fait le tunnel n’est ouvert que pour le trail.

Après le tunnel nous sommes à 3000m d’altitude c’est parti pour 1200d- entrecoupés de bossellettes non loin du sublime lac de l’ouillette. Cette partie de la course est très enneigée. Je double d’ailleurs un coureur qui a les genoux plongés dans la neige et qui semble attendre. Il me dit se faire une petite pause cryo ayant les genoux qui chauffent. Ok, en tout cas moi je le double.

Nous courrons encore dans la neige, à cette heure avancée de la journée, cela fond beaucoup et de ce fait nous avons encore les pieds encore totalement trempés à force d’enfoncer dans une neige ultra humide et profonde, voire parfois gorgée d’eau.

Ensuite ce sont les petites bosses de l’Ouillette, à chaque fois 50m, 20m et 30m, ce n’est rien mais ça fait quand même mal à ce stade de la course, sauf quand il y a du monde devant et qu’on a l’idée de les doubler.

Nous arrivons ensuite au Lac de l’Ouillette, il y a encore de la neige à 2800m c’est magnifique, j’adore cet endroit tout simple, tout calme, un sandwich et ce serait l’idéal de s’arrêter juste pour regarder. Mais il faut finir la course, alors je profite en passant en trottinant, il n’y a personne devant et derrière ça ne me pousse pas à aller trop vite.

J’engage ensuite la dernière descente, 1000d- d’un coup et je me fais déposer par un gars qui va vraiment vite, je n’ai pas vu son dossard, je n’ai pas compris là ! j’ai essayé de suivre mais impossible alors je reprends mon rythme, je me dis que d’ici 30 minutes c’est terminé alors je pousse.

Vers le finish alors qu’il reste 500d-, surprise au lieu de descendre tout droit, clignotant à droite dans la forêt de Solaise. On retrouve là des sensations de couleurs, rouge, jaune, rose, c’est très agréable, sauf qu’en vrai on en a marre et ce putin de chemin serpente à mort dans la forêt, on a l’impression de ne pas descendre vers le but qu’on voit à travers les branches, il faut relancer à chaque virage en épingle et c’est finalement assez fatiguant.

Heureusement, j’entends du monde devant et je rattrape encore des coureurs du T6C principalement. Cette section est inutilement longue même s’il est vrai que pour les pieds c’est plus agréable et ça brule moins dans le sens ou la pente est beaucoup plus douce que par le chemin utilisé précédemment. Toujours est-il que mon cerveau commence à entendre des bruits je me retourne pour check et en fait c’est mon propre bruit que j’entends et prend pour un concurrent qui me rattrape.

Et enfin, on sort de cette fichue forêt pour déboucher directement sur la place principale de Val d’Isère, j’entends un bruit (le mien en fait) et je crois qu’un gars essaie de me doubler, cela me force à accélérer et ces 300 derniers mètres je vais les faire en 11km/h après 15h de course ce n’est pas mal.

Je passe la ligne c’est fini, photo finish, la médaille ! Pas de T-Shirt ! quoi pas de T-shirt mais une foutue médaille qui ne sert à rien. Je ronchonne.

Non en vrai je suis heureux, 7 ans pour réussir à le faire ce foutu trail et j’ai réussi et je crois de belle manière.

Temps de course : 15h28

Classement final : 69eme. 6eme M2.

Nombre de coureur au départ : 350 / 119 à l’arrivée. Le taux de finisher est incroyablement bas !

Cote : Betrail : 52,64

cote ITRA: 554