Récit de la course : 100 km de Metz Métropole 2019, par marathon-Yann

L'auteur : marathon-Yann

La course : 100 km de Metz Métropole

Date : 7/9/2019

Lieu : Longeville Les Metz (Moselle)

Affichage : 284 vues

Distance : 100km

Objectif : Pas d'objectif

4 commentaires

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ils laissent passer la lumière

On revient toujours sur les lieux de son crime. Un an après être monté sur la 2ème marche du podium vétéran aux 100 km de Metz, au prix d’un petit hold-up, je reviens sur l’ultra-messin. Honnêtement, je ne pense pas faire aussi bien que l’an dernier (8ème en 9h09, 3ème V1 et 2ème sur le podium, le premier étant primé au scratch), mais je me dis que si j’éprouve ne serait-ce que la moitié du plaisir éprouvé l’an dernier, ce sera déjà un weekend formidable. Et puis, on n’a pas souvent l’occasion de disputer toutes les éditions d’une course !

Préparation accélérée, avec quelques 450 kms parcourus depuis le marathon de San Francisco, fin juillet. Avec une petite inquiétude : en déménageant un canapé, je me suis pris un choc sur un genou qui m’a gâché ma dernière sortie longue. J’espère que la douleur me laissera tranquille.

Même organisation que l’an dernier. Arrivé à Metz vendredi en fin d’après-midi, retrait des dossards (remis par Nathalie, membre du club organisateur et de l’équipe de France), et soirée sympa chez mes parents. Le samedi, mon père me conduit dès l’aurore au départ (et retourne se coucher), ce qui me laisse plus d’une demi-heure pour décider de ma tenue. Il faut dire que la météo n’est pas franchement optimiste pour aujourd’hui, avec de la pluie annoncée par intermittence toute la journée. Mais la température est agréable, et je décide de partir sans coupe-vent, malgré l’averse qui commence dès que je pose mon sac. Elle ne durera pas.

Le cent-bornard n’est pas pressé. Personne ne se place sur la ligne de départ, les plus optimistes d’entre nous se tenant 5-10 m derrière la ligne, curieux décalage, comme le peloton voulait faire un peu plus que les 100 kms prévus, ou comme si les coureurs signifiaient qu’aujourd’hui, ils ne sont pas à quelques secondes près.

Le jour se lève au moment où nous prenons le départ. Le moment est venu de découvrir le nouveau circuit de  10 kms, que nous devrons parcourir 10 fois. Pour éviter les travaux du stade Saint Symphorien, et quelques chemins caillouteux, celui-ci a été légèrement modifié par rapport à l’an dernier, avec quelques demi-tours au niveau du plan d’eau qui nous obligent à autant de relances. Sur le papier, ceux-ci ne me plaisent pas, donnant le sentiment un peu absurde de faire des kms pour faire des kms (alors que tourner en rond pendant 100 kms me semble avoir plus de sens). Mais sur le terrain, cela passe très bien, ces aller-retours étant autant d’occasions de croiser les autres participants.

Je me retrouve tout de suite dans les premières positions, ce qui n’aide pas à une gestion prudente de la course. Heureusement, un caillou dans la chaussure m’oblige à me déchausser après 500 m, me replaçant au fond d’un peloton tranquille que je vais remonter doucement.

Je ne le sais pas encore, mais cette course sera placée sous le signe des rencontres. La première, dès le second km, avec François-Xavier, que j’avais croisé sur la NFL il y a deux ans. Il me raconte qu’il en est à son 27ème 100 bornes (respect !), mais que ce n’est rien en comparaison de Stéphane, qui en est à son 281ème (et on ne parle pas de parties de cartes) ! Nous discutons aussi du terme « ultra », que nous trouvons tous les deux trop cliquant, FX proposant le terme d’outre-marathon pour désigner ce genre de courses. Pourquoi pas ?

A force de papoter, ce premier tour passe rapidement, en 53 min (malgré l’arrêt « caillou »). J’avale 2 fraises Tagada (ces 2 fraises constitueront ma seule nourriture solide durant la course) et repars pour le deuxième tour. La météo est clémente, je n’ai pas de douleur au genou, tous les voyants sont au vert.

Au milieu du second tour, je rattrape Rémi, avec qui j’entame la discut’. Nos foulées s’accordent parfaitement, et nous aussi d’ailleurs, ça tombe bien, nous allons passer près de 3h ensemble, discutant de tout : des  100 km de Belvès, qu’il a couru cette année et qui vont s’arrêter l’an prochain ; de la ville de Metz, dont je lui parle avec enthousiasme ; des autres coureurs : Fabienne, qui nous surprends en nous disant viser 10h30 alors qu’elle avance avec une telle facilité sur une base de 9h, Stéphane, dont je lui apprends le palmarès que je viens moi-même de découvrir, … A chaque km, notre montre bippe, et nous avons plus ou moins le même dialogue :  « - 5 :13, c’est trop rapide » « - soyons positifs, c’est bon signe de courir à cette allure après 3h de course sans forcer » « -Peut-être. On en reparlera à la fin ». Un spectateur, la main bandée, nous encourage à chaque passage « Toujours ensemble ?! » « Oui, ce matin on ne se connaissait pas, et maintenant on est les meilleurs amis du monde ».




Les tours s’enchainent, régulièrement (entre 52 :33 et 53 :19 pour les 4 premiers). Nous pouvons également contrôler notre classement à chaque passage sur la ligne, nous sommes maintenant dans les 8 premiers. Rémi s’arrête un peu plus longuement à un ravito, me laissant continuer seul. Seul ? pas longtemps, je vois mon  père enthousiaste deux kms plus loin, pour sa première visite sur le circuit (il viendra 4 fois). « Bravo, tu es 7ème, 4ème dans ta catégorie ».

Il faut savoir chercher la motivation où elle est. A ce moment, me rappelant que les coureurs ne peuvent recevoir qu’une seule récompense, je réalise qu’une place dans les 6 premier me garantirait un podium vétéran, même symbolique. On n’a pas souvent l’occasion de monter sur la boite ! Je garde donc la même motivation. Cinquième tour en 52 :50, pour un passage à la mi-course en 4h25. L’an dernier, j’étais passé en 4h15, est-ce à dire que je mettrai 2x10 min de plus, soit 9h30 ? Ou au contraire que j’ai mieux géré ma course ? On verra à la fin, comme on se disait avec Rémi.


6ème tour bouclé en 52 :40, je suis maintenant 5ème. Surtout, je suis encore bien physiquement, pas de douleur, pas le sentiment d’être en surrégime, mais la douce sensation de pouvoir continuer des heures comme cela. La routine est bien installée, 2 verres de coca tous les 5 kms, parfois un verre de sirop de citron, les repères bien établis sur le circuit. La connivence s’est installée avec les autres concurrents, avec les bénévoles et le fameux spectateur à la main bandée. Au début du 7ème tour, un concurrent m’informe : « ils ne sont pas loin devant ». C’est gentil, mais je me dis qu’il doit encourager de la même façon mes poursuivants, et c’est plus flippant !

Mais il n’est pas temps de regarder dans le rétroviseur. Effectivement, après avoir reçu les nouveaux encouragements de mon père, je vois la casquette rose de Stéphane 200 m devant moi, et la rouge du 3ème 200 m devant lui. Taïo !

Casquette rouge est dans un moment difficile, Stéphane puis moi le dépassons rapidement. Encore 2 km et je rejoins Stéphane. Je reste à sa hauteur pour engager la conversation.

Ce type, c’est une légende. Quand Stéphane vous parle, 281 100 kms (et quelques autres courses mythiques) vous contemplent, comme dirait mon ami ze man. Il m’inspire un respect infini. Nous discutons de 100 kms, de nos courses passées et à venir. Il me raconte que, voyant qu’aujourd’hui il avançait bien, il a changé son billet de train (en courant) pour rentrer plus tôt. Il se renseigne « c’est le 3ème que nous avons dépassé ? » « Oui, maintenant le 3ème c’est toi, (j’accélère), là c’est moi, (je ralentis) c’est toi de nouveau ».

Je n’ai peut-être pas couru 280 100 kms, mais je sais reconnaitre quand un coureur est plus frais que moi. Quand Stéphane me dit qu’il court d’une façon irrégulière, je comprends qu’il veut accélérer et le laisse partir.

La prochaine rencontre sera avec moi-même. La foulée est maintenant moins légère, je passe un peu plus de temps aux ravitaillements, mais je maintiens un tempo correct (54 :38 puis 56 :57 pour les deux tours suivants). Curieusement, je ne fais appel à aucun des calculs savants que j’utilise d’habitude pour m’occuper l’esprit, je n’en ai pas besoin aujourd’hui. En quittant le stade pour mon 9ème tour, j’entends le speaker annoncer que le 1er entame son dernier tour. Il faut savoir chercher la motivation où elle est : pas question de me faire prendre un tour par le premier. Je maintiens la meilleure cadence possible. Mission remplie 56 :53 minutes plus tard, après 8h06 de course.

J’essaie de tout donner pour voir si je ne peux pas accrocher la barre des 9h. Après 92 km, mes supporteurs (mes parents, ma tante, mon oncle, sa mère !) sont là : « Allez Yann ! Plus que 5 tours ! » Je sais bien que c’est n’est pas vrai, qu’ au contraire il ne reste que 8 kms à parcourir, la course est presque finie. Comme si mon corps se relâchait, mon genou commence à me gêner, puis à me faire mal, m’obligeant à boiter et à ralentir. Heureusement, le ravito n’est pas loin, j’utilise une méthode éprouvée à l’entrainement pour éloigner le bobo (m’arroser le genou d’eau froide est suffisant).

Ce dernier tour est presque un tour d’honneur, et j’en profite d’autant mieux sur la dernière partie. Je salue joyeusement les bénévoles, je savoure sans cesser complètement de me bagarrer pour accrocher sinon les 9h mais mon record personnel. Pari gagné, je finis en 9h04, 4ème  au général, 4ème V1. Si je compare mes temps avec ceux de l’an dernier, c’est dans ce dernier tour que j’ai fais la (petite) différence, 58 min au lieu d’1h04. J’ai bien fait de me battre.


L’arrivée n’est pas la fin. Comme je l’avais imaginé, je peux monter sur la plus haute marche du podium pour une jolie photo, sous le regard radieux de mes parents. Je ramène une belle coupe pour décorer mon salon, sous le regard amusé de voyageurs qui entament à la gare la chanson des footeux « on ramène la coupe à la maison ». Et dans le train, je fais la rencontre d’Emmanuel, autre 100 bornard qui me fait rêver en racontant ses histoires de marathon des sables. En rêvassant à toutes ces rencontres dans le RER, je repense à la phrase d’Audiard que j’avais utilisée pour mon récit des 100 kms de l’an dernier : "Heureux les fêlés, ils laissent passer la lumière."


4 commentaires

Commentaire de Ze Man posté le 17-09-2019 à 22:39:11

Mais quelle caisse ! C'est impressionnant la façon dont tu arrives à courir vite et longtemps, le tout avec une régularité de métronome... Chapeau bas. Sympa la citation, aussi 😉

Commentaire de galak42 posté le 18-09-2019 à 13:51:09

Jolie course et superbe chrono . Félicitations et bonne récup.;)

Commentaire de VieuxFred posté le 18-09-2019 à 16:22:50

bravo pour le chrono, ça fait rêver.... j'adorerais tenter un 100km plat, mais la date, 3 semaines avant Millau, quel dommage...

Commentaire de Runphil60 posté le 21-09-2019 à 21:32:47

Bravo a toi, je ne suis pas peu fier d'avoir qq minutes a tes côtes au Grand Raid du Ventoux !

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