Récit de la course : SwissPeaks Trail - 170 km 2017, par tikrimi

L'auteur : tikrimi

La course : SwissPeaks Trail - 170 km

Date : 8/9/2017

Lieu : Le Bouveret (Suisse)

Affichage : 1092 vues

Distance : 170km

Objectif : Terminer

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Ecrire un CR 27h avant la fin de la course, c'est pas une performance ça???

Est-ce que ça vaut la peine d’écrire un compte-rendu pour à peine 20k de courus sur les 170k prévus ? Vous avez une heure pour répondre… 

Et oui, ça m’est arrivé : pour la première fois je ne termine pas un trail. Oui, moi avec mon mental à toute épreuve, je bâche après 20k.

Nan mais ho !!! Vous croyez vraiment que j’ai aussi peu d’amour propre et tellement d’argent pour me permettre de courir à 10 CHF du km ? Pour ceux qui ne connaissent pas, les CHF c’est un peu comme les €. Personnellement j’en gagne beaucoup tous les mois, et je n’ai jamais vraiment compris où ils partent… j’ai peut-être une piste là.

Donc non, je n’ai pas bâché, j’ai été arrêté après la première barrière horaire que je dépasse d’une heure. Oui oui, vous lisez bien, j’arrive à la première barrière horaire après 5h45 alors que le temps limite était de 4h45. « Nan mais ho, 5h45 pour faire 20k avec 1000m de D+ et 2000m de D-, tu t’es cru en randonnée ou quoi ?»… heu doucement là, j’ai quand même couru sur les 200 premiers mètres, et dans les quelques kilomètres courables de la descente, donc on ne peut quand même pas vraiment dire que c’était de la rando. Et en plus j’avais un dossard (le 99). Vous avez déjà vu des randonneurs avec un dossard ? Bon au niveau de mon allure, je dois l’avouer que je ressemblais plus à un randonneur qu’à un trailer, mais je le répète, j’avais un dossard.

 Bon, allez, je vous raconte tout. Début janvier, après les résultats du tirage au sort négatif de l’UTMB, se pose la question du choix de mon voyage annuel. J’avais des vues sur la traversée nord de l’Echappée Belle, sur l’Ultra-Trail du Barlatay, et sur le 80k de la SwissPeak. Et finalement, je me laisse convaincre par Berit en quelques minutes pour le 170 de la SwissPeak. Je savais très bien que le challenge était très gros pour moi, mais comme j’avais déjà mes points pour l’UTMB 2018, je me suis dis... ben on verra bien. Le parcours à l’air incroyable (c’est d’une grande esthétique de se dire que l’on va descendre la moitié du Valais), et ça me changera du gros barnum chamoniard.

 Les premiers tracés officiels font froid dans le dos, ils annoncent 170k pour 11000m de D+ et 13000m de D- sur des terrains qui n’ont rien à voir avec ceux de l’UTMB.

Au niveau de la préparation, j’ai fait plus ou moins la même chose que l’année dernière : du volume à basse intensité, et des reconnaissances. J’avais reconnu la portion qui faisait le plus peur (entre Finhaut et Champéry), et sur les autres portions, j’ai déjà pas mal randonné ou couru sur ces terrains, donc je pars assez confiant sur le parcours. Je le trouve magnifique, et technique comme je les aime. La seule grosse inconnue sera la section du départ : une montée à près de 3000m, puis on reste un bon moment plus ou moins à cette altitude, puis 1700m de D-. Comme c’est en début de course, et qu’il y a 4h45 pour faire cette section, je me dis quand même que j’ai de la marge, et comme la logistique à mettre en place pour reconnaître cette section était compliquée, je l’ai zappée. Je sais très bien que les altitudes hautes me posent problème, mais j’avais fait durant la préparation une ascension du Mont Buet qui s’était bien passée : une vitesse ascensionnelle correcte, et surtout pas de maux de tête ni cette envie irrésistible de dormir quand je commence à avoir du mal avec l’altitude.

 Arrive la période d'affûtage, et en relâchant le volume, tous mes PRs sur Strava tombent un par un. Pas de doute possible, j’ai la forme. Ça reste un grand saut dans l’inconnu, mais je suis confiant, et comme on dit, j’ai fait le job. Une semaine avant la météo semble bonne (du sec et pas trop chaud). Tous les signaux sont au vert. Bon, dans les derniers jours, les prévisions météo ne sont plus les mêmes, et lors de ma dernière sortie, je prends une lourde chute en descente : un bon œuf à la tête, une plaie au genou, mais j’ai surtout bien tapé dans le dos. J’ai été bien massé le lendemain pas des mains magiques… et non, ça n’explique pas la suite. Je ne me suis absolument pas ressenti de cette chute lors de ma course.

 Il est temps de rentrer dans la course. Berit blessée, je covoiture avec Thierry. Le retrait des dossards est assez chaotique. Avant le départ je croise la grosse délégation gessienne, puis Bubulle, je fais la bise à Elisabeth qui a dû monter à pied au barrage… le début d’un long marathon pour elle, et je rencontre eejit… et c’est là que je comprends qu’il faut aussi le classer dans la catégorie des gessiens : si Berit n’avait pas été blessée, on aurait covoituré ensemble. Sur les 6 kikous bouzinés, nous étions 3 gessiens.

 Le départ est retardé de 20 minutes le temps de monter tous les coureurs au départ avec le téléphérique… en y réfléchissant, une montée tranquille de ces 200m de D+ m’aurait peut-être sauvé mon ultra. J’ai évidemment prévu de partir avec les serres-files : j’ai regardé les côtes ITRA d’un bon nombre de participants, et il faut se rendre à l'évidence: même si j’ai une côte qui me permet théoriquement de terminer la course, il semble bien que je sois le plus faible (et donc le plus présomptueux) des engagés.

Le départ est lancé. Frisson habituel quand on passe la ligne. Ca ne me le fait plus pour les course de 70k, mais là il était bien présent… signe que je pars pour un long et beau voyage. Je commence à trottiner sur le barrage, et je me rends compte que c’est très compliqué de juste trottiner à cette altitude de 2350m, mais bon on rentre tout de suite dans la pente, et je prends ma place avec le serre-file… normal. Thierry reste quelques instants avec moi, puis fait sa course. Sauf qu’au lieu de monter tranquillement à 550 m/h comme prévu, je plafonne à même pas 500 m/h, et surtout je dois m’employer comme rarement. Je passe le 1er col avec un peu de retard sur l’allure théorique de la BH mais bon on devrait enchaîner les petites montées et descentes avant de redescendre 1700 de D-. Ca semble encore jouable. Seulement voilà, chaque petite montée est un calvaire. Je dois m’arrêter souvent pour fermer les yeux quelques secondes avant de repartir tellement l’envie de dormir est forte, et quand ça ne monte pas, c’est un beau bordel que l’on a sous les pieds. J’aime bien les cailloux, mais est-ce que c’était vraiment la peine de les mettre tous là sans les organiser un minimum?

Dans la petite descente avant le deuxième col, je reviens sur un allemand qui a vraiment beaucoup de mal avec les terrains techniques, il me redouble dans la dernière montée avant le col, mais le serre-file sent bien qu’il va devoir changer de client, et me dit que le début de la descente est roulante, mais que les derniers 1000m de D- sont hyper cassants, et que ce n’est pas là qu’il faut espérer gagner du temps. A ce moment, il doit me rester environ une heure pour finir le col et faire 10 bornes d’une descente technique… autant vous dire que je sais que c’est cuit, mais je suis vivant et pas encore hors course donc j’avance. Quand je passe le col, je redouble rapidement l’allemand qui a toujours du mal à progresser dans les éboulis. Concernant la partie roulante de la descente… ben oui c’est roulant, mais c’est aussi très haut en altitude, et je suis toujours scotché. Je m’éloigne cependant rapidement de l’allemand, et arrive dans la partie un peu plus cassante de la descente… effectivement c’est bien cassant: une descente classique en fond de vallée dans les Alpes, mais c’est aussi plus bas en altitude… et c’est le genre de descente que j’aime. Bien qu’étant certain d’être hors course, et bien je prends du plaisir dans cette descente, et double un nouveau concurrent qui avait passé le précédent pointage 30 minutes avant moi. Wahou, je n’ai fait que doubler dans cette course!!! J’arrive en courant au premier ravito avec pas beaucoup d’espoir, mais en courant et la tête haute. Je me dis que comme le serre-file va jusqu'à Champex au km 42 et qu’il doit être au moins 20 minutes derrière moi, ils me laisseront peut-être passer. Une personne me dit d’aller me ravitailler et qu’il allait ensuite m’expliquer. Ben ça va, te casse pas j’ai compris… j’ai mangé la BH bien comme il faut!!!

Ils ont été déjà très souples avec les BH, et la dernière personne à être répartie est déjà 30 minutes devant. Leur principal problème est de trouver un moyen de faire recoller le serre-file à la queue du peloton, car là il va avoir 1 heure de retard.

Voilà, mon aventure s’arrête ici, déçu, mais presque soulagé car je sais qu’après avoir souffert de l'altitude on retrouve pas comme ça ses capacités, et de toutes les façons j’aurais été mis hors course à la BH suivante: la personne repartie 30 avant moi est arrivée sur Champex avec 1h15 de retard sur la BH suivante.

Très gentillement, une personne présente sur le ravito me propose de prendre une douche chez elle en attendant les derniers avant de se faire rapatrier au Bouveret… et oui, en Suisse il n’y a pas que des montagnes magnifiques, il y a aussi des villages accueillants.

Le retour sur le Bouveret a été un autre moment épique où j’ai pu voir le backstage opérationnel d’une telle organisation… et wahou, c’est presque plus reposant de courir.

Voilà, mon ultra se termine le vendredi soir sur un parking au Bouveret où Astrid a fait un A/R depuis Gex pour me récupérer… ça lui a évité 2  nuits d’inquiétude. Il me reste encore à aller chercher mes deux sacs et espérer l’arrivée de tous les copains encore en course avant demain soir.

Un ultra ce n’est pas que le jour de la course, c’est aussi toute la préparation qu’il y a avant, et si j’ai honte de ce que j’ai fait le jour de la course, je suis fier de ma préparation. Je corrigerai évidemment certaines choses pour revenir me frotter à cette course, car j’y reviendrai. Pas l’année prochaine pour sûr… mais j’y reviendrai.

Gros bravo à l’orga et aux bénévoles. C’est vraiment pas simple de se lancer dans une telle aventure. Il y a eu plein de petits ratés bien compréhensibles quand on sait que c’est une première édition, mais ça sera encore mieux l’année prochaine.

Edit du dimanche... et la course n'est toujours pas finie. Les petits ratés l'orga quand tout va bien, se sont transformés en gros manquements quand les conditions se compliquent. Il va y avoir des critiques pas faciles à entendre quand on s'investit autant dans une telle organisation, mais il va falloir des entendre.

6 commentaires

Commentaire de Arclusaz posté le 09-09-2017 à 15:50:11

Faut que je le lise avant la fin de la course alors !!!!

bravo pour ta prépa, ça va te servir...
et merci pour ce CR à chaud-chaud.

Commentaire de Renard Luxo posté le 09-09-2017 à 23:11:14

Le record du CR le plus rapide, et du premier ultra 0 finisher Kikou ? Au plaisir de te revoir Mister Ch'ti, les courses chamoniardes conviennent mieux à nos entraînements en basse altitude ;-), cela étant on a pas fini de parler de ce swisspeaks !

Commentaire de tikrimi posté le 10-09-2017 à 08:31:26

C'est bien ça le pire, je ne vis pas dans le nord mais au pied du Jura à 600m d'altitude. Quand je chausse les baskets au pied de mon appartement, il y a 1000m de D+ qui m'attendent, et les Alpes sont de l'autre côté du lac... pas d'excuses ;).

Commentaire de Vik posté le 10-09-2017 à 00:03:44

Pas de honte à avoir, surtout si tu as des soucis physio avec l'altitude !
faut peut être juste choisir des parcours moins haut ? ou t'acclimater quelques jours avant ?

bonne continuation !

Commentaire de Benman posté le 11-09-2017 à 22:54:20

Bravo pour ton courage d'avoir écrit ça. C'est probablement une excellente thérapie pour repartir plus fort et en terminer plein d'autres de courses. (et puis on a tous connu ça, le jour sans, donc il suffit de savoir que ça, c'est fait...)

Commentaire de tborowiec posté le 12-09-2017 à 15:15:58

Merci pour ton résumé, très intéressant !

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