Récit de la course : Saintélyon 2016, par charlesvls

L'auteur : charlesvls

La course : Saintélyon

Date : 3/12/2016

Lieu : St étienne (Loire)

Affichage : 1250 vues

Distance : 72km

Objectif : Pas d'objectif

4 commentaires

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Saintélyon 2016

Quel ami suis-je donc pour avoir le droit à un cadeau pareil ?! Voilà ce que je me suis dit lorsque qu'au mois d'avril dernier j'ai découvert la surprise que m'avaient concoctée mes amis et partenaires de course à pied : une inscription pour la Saintélyon ! La grande ! La vraie ! Je les revois tous les 3, Guillaume, Thomas et Clément, le sourire jusqu'aux oreilles, très contents de leur effet ! J'accepte le défi car Guillaume et Thomas m'accompagneront dans cette aventure. Mes amis me connaissent bien, ils savent que c'est un défi qui me fait envie mais que je n'aurais sûrement pas l'envie (le courage ?) de m'inscrire sans y être un peu contraint.
Il faut dire que je ne suis pas un collectionneur de dossards. J'aime courir pour prendre l'air, me changer les idées ou éviter de devenir (trop rapidement) un gros plein de soupe, mais la compétition nécessite de se faire mal et je n'aime pas vraiment ça...

Début septembre, je décide de commencer ma préparation en suivant plus ou moins un programme d'entraînement. Le mot d'ordre et de faire des sorties longues : c'est clairement mon point faible par rapport à mes coéquipiers. L'automne a été doux, la préparation fut agréable même si mes sorties longues se concluent toujours de la même manière : comment vais-je pouvoir faire 72 km alors qu’au bout  de 25 km je ressens déjà de la fatigue et de la lassitude ? Heureusement, mon fidèle Clément me propose de m'accompagner pour faire la plus longue sortie du programme, soit 4h. Il est toujours de bon conseil avec son expérience et  me connaît tellement bien qu'il sait comment me rassurer.

Lorsque le réveil sonne, le samedi 3 décembre, je sais que la journée sera longue. L'avant-course est déjà une épreuve pour moi : départ de Lyon à 18h, bus pour Saint-Étienne et ensuite une très longue attente jusqu'au départ. On tue le temps comme on peut : je m'amuse à alimenter mon compte Instagram en publiant des photos de l'avant-course, l'application de crème anti-frottements sur les parties intimes est propice aux blagues et permet de faire baisser la pression. L'arrivée de mes amis ardéchois qui font la Saintélyon en relais est aussi source de divertissement. 

0h00. Le départ est donné. Nous sommes dans la troisième vague et avons la chance de partir tout devant. Tom décide de nous suivre, alors qu'il souhaitait partir plus lentement. Finalement c'est nous qui devons le freiner dans les premiers kilomètres ! J'ai peur qu'il soit dans l'euphorie du départ et qu'il le paye plus tard. Aucune euphorie pour moi, les premiers kilomètres ne sont pas très agréables, je sens que mon organisme n'est pas habitué à courir au milieu de la nuit. Guillaume se plaint d'avoir un point de côté mais je ne suis pas inquiet, l'animal est anxieux à chaque départ bien que cet année je le trouve plus zen. Sûrement les bienfaits de la paternité. Je vais donc y songer...

Une fois sortis de Saint-Étienne nous attaquons vraiment la Saintélyon. Le parcours a changé par rapport à l'an dernier. Bien plus exigeant, on est de suite dans l'ambiance. Arrivés au premier ravitaillement nous décidons de boire un thé chaud rapidement et de repartir. La foule est dense, mais rien d'insupportable comme on peut parfois le lire dans certains comptes-rendus de course. Bientôt 2h que nous sommes partis et force est de constater que j'en ai déjà marre. Mon moral n'est pas bon, je me demande comment je vais pouvoir faire encore plus de 50km. L'objectif était d'arriver frais au prochain ravitaillement (Sainte-Catherine, km 28) ; or, je sais déjà que ce ne sera pas le cas. Pour ne rien arranger je chute en descente sur une partie verglacée. Je me fais mal au genou mais je râle surtout d'être un âne et d'être incapable de rester sur mes pattes. Cerise sur le gâteau, je me fais engueuler par une participante qui était derrière moi et que j'ai failli entrainer dans ma chute. Je lui réponds gentiment que je n'ai pas vraiment fait exprès de me vautrer lamentablement. On est loin du fameux « esprit trail » dont on entend souvent parler. Heureusement Guillaume et Tom sont des partenaires formidables, ils prennent soin de moi et ne me lâchent pas d'une semelle, bien que je ne sois pas très bavard car plutôt de mauvaise humeur.

Arrivé au ravito  de Sainte-Catherine, le moral va un peu mieux mais je sens que j'ai les jambes qui commencent à tirer et malheureusement nous ne sommes même pas à la moitié du parcours. J'essaye de ne pas y penser, de me forcer à faire divaguer mon esprit pour penser à autre chose mais le mélange de boue, d'herbe et de cailloux dans la lueur de ma frontale me ramène inévitablement à ce parcours qui me semble interminable.

On est vraiment dans le dur de la Saintélyon. La partie entre Sainte-Catherine et Soucieu et une vacherie. Le froid est mordant sur les parties dégagées alors qu'en sous-bois on a presque chaud. Je sais qu'au km 35 une grosse difficulté nous attend, mais j'ai l'impression d'avoir des sensations un peu meilleures. Par contre Tom n'est pas au mieux : il est pâle et dit se sentir très fatigué. Étrange sensation de ne plus être le « maillon faible » du groupe ! Cela semble me redonner de l'énergie : assez égoïstement, je me dis que je ne suis pas le seul à souffrir et cela me rassure un peu. Je m’attache à rester avec lui tout la montée et essaye de lui remonter le moral au mieux.

Heureusement, un petit ravito à Saint-Genou vient casser la monotonie. Je me force à  m'hydrater et m'alimenter correctement, même si rien ne me fait vraiment envie. Je teste un barre énergétique goût tomate pour changer du sucré : mauvais choix. Je tente un gel goût caramel beurre salé... mauvais choix, encore ! Finalement le Tuc reste ce qui passe le mieux alors que je trouve toujours cela triste et sans grand intérêt dans « la vraie vie ». Nous repartons avec l'idée de rejoindre Soucieu, à 20 km de l'arrivée, d’où nous pourrons envisager la suite des événements. Je me dis que je pourrai facilement abandonner si je le souhaite, donc que je n'ai plus que 10 km à tenir. Au fond de moi je sais bien que c'est uniquement mon cerveau qui s'invente une échappatoire mais au moins la fin semble plus proche. L'aube pointe lorsque nous approchons  de Soucieu. J'ai désormais très mal aux jambes. Mes ischios me font souffrir à chaque foulée, j'ai l'impression de courir comme un petit vieux. Je regrette de pas travailler ma souplesse plus fréquemment car je sais que c'est une des raisons de mes douleurs.  Une route interminable (que j'ai copieusement insultée d'être aussi longue) à travers les vergers nous amène au gymnase de Soucieu. Un banc pour s’asseoir au chaud ! C'est exactement ce dont j'ai besoin. Je me change pour enfiler des vêtements secs, je consulte mon téléphone et constate que j'ai de nombreux messages de soutien,  ce qui me fait énormément de bien. Plus question d'abandonner ! Je vais finir cette satanée course. Guillaume est toujours aussi facile, il a le visage peu marqué, la foulée toujours très souple. J'ai la sensation de ne pas vivre la même course que lui. Une énigme, ce bougre de Guillaume, capable du meilleur comme du pire. Il aura été impressionnant tout au long du parcours et d'un soutien inestimable. Tom, quant à lui, est dans le dur mais la présence de son père et de Marie l'empêche de songer à l'abandon. Il fait preuve de beaucoup de détermination et est  clairement plus solide que moi mentalement sur ce genre d'épreuve. Il m'arrache un sourire à toujours s'excuser de nous retarder alors que je n'avance pas plus vite que lui.
Nous décidons de repartir, après une pause qui aura fait du bien au moral et aux jambes. Je décide de mettre de la musique pour essayer de me changer les idées. Cela m’embête un peu vis-à-vis de mes coéquipiers avec qui j'aimerais partager la fin de course mais il faut absolument que je casse la monotonie. Cela est plutôt efficace et, la dernière partie étant plutôt roulante, nous arrivons au dernier ravitaillement sans encombre. Il fait désormais grand jour. La nature est belle au petit matin,  recouverte de son voile de givre, mais la douleur dans les jambes m'empêche de profiter du spectacle. Je me demande bien ce que je vais pouvoir raconter dans mon compte-rendu, tellement la nuit m'a paru monotone. 
La pause s'éternisant, j'encourage mes partenaires à repartir : autant  en finir une bonne fois pour toutes !

Je fais le décompte des 10 derniers km, je regarde ma montre sans cesse ; rarement les kilomètres auront défilés aussi lentement. La dernier difficulté est là, je sais qu'après c'est gagné. Une fois en haut nous plongeons littéralement sur Lyon. J'arrête ma musique pour profiter des derniers instants avec mes amis, sans qui j'aurais jeté l'éponge depuis bien longtemps.

J'essaie de savourer les derniers mètres mais je ressens surtout un mélange de souffrance et de joie. Je vois mon oncle Gilles qui est là pour m'encourager, lui qui m'a donné de nombreux conseils pour préparer cette aventure. Je rattrape mes coéquipiers pour que l'on puisse passer la ligne tous ensemble. Enfin l'arche ! Je tombe dans les bras de Guillaume et Thomas, tellement fier d'avoir réussi avec eux.

Je me demande si 10h43 de souffrance valent les quelques minutes d'euphorie de l'arrivée mais je ressens une grande fierté en retirant mon tee-shirt « finisher », que je compte mettre très souvent pour crâner sur les quais ou au parc de la tête d'or !

Il est encore un peu tôt pour faire le bilan de cette course mythique et sur mes envies de continuer ou non les courses longues. Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas une course facile : malgré son profil plutôt roulant, la nuit et le froid dilatent le temps et font que tout semble plus long. Pour l'heure, j'ai juste envie de dire « Vivement l'année prochaine »… que je puisse suivre les performances de mes amis au chaud dans mon lit !


4 commentaires

Commentaire de Khioube posté le 07-12-2016 à 23:08:11

Oh mon Charlie sur kikourou, on aura tout vu ! Tu vas connaître tous mes secrets de fabrique, maintenant, va falloir que je me méfie !
Encore bravo pour ta grinta, vu comme c'était parti je ne pensais pas que tu tiendrais le coup mais tu t'es magnifiquement repris. Costaud !

Commentaire de Arclusaz posté le 07-12-2016 à 23:29:45

Moi, je n'ai qu'un conseil à te donner : change d'amis !!!! surtout ce Guillaume qui n'a vraiment pas l'air fréquentable et que je suis bien content de ne pas connaitre....
Bravo de t'être accroché pour réussir ce défi dans un temps très honorable. A l'année prochaine !

Commentaire de Khioube posté le 08-12-2016 à 09:11:47

Cher Laurent, dis-toi bien que pendant une bonne partie de la course je me suis dit qu'il allait nous en vouloir à vie mais visiblement il s'en est bien remis...
En attendant, je n'aurais sans doute pas fait la Saintélyon si tu ne m'avais pas assuré que c'était un bon ultra pour débuter, donc au fond c'est à toi que Charles devrait en vouloir ! ;-)

Commentaire de Jean-Phi posté le 08-12-2016 à 10:41:43

Ca s'appelle mettre le doigt dans l'engrenage ! Ca va être difficile de ne pas revenir surtout si tu viens fréquenter Kikourou !!!
Bravo à toi en tout cas. Faire sa 1ère STL, ce n'est pas rien, bien au contraire ! tu as bien le droit d'être fier de toi et de ton t-shirt.

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