Récit de la course : Eco-Trail des Lacs 2008, par seapen

L'auteur : seapen

La course : Eco-Trail des Lacs

Date : 27/4/2008

Lieu : Clairvaux Les Lacs (Jura)

Affichage : 1119 vues

Distance : 30km

Objectif : Pas d'objectif

1 commentaire

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30kms géants

Un trail de 30kms et 1100+ une semaine avant celui de 34.5kms et 1450+, est-ce bien raisonnable ? Ma décision est prise déjà alors que je n'ai pas encore effectué la mini course nature de Grandvillars sur 12.500kms la semaine dernière. 

Je me demande si c'est bien moi qui décide et non pas mon ordinateur interne qui a fini par naître dans mon cerveau à force de le gorger d'infos course à pied. Ces infos ont fini par créer elles mêmes leurs propres infos qui m'échappent totalement sinon que je suis averti par des connections qui m'amènent à m'interroger. Et donc cette décision que je trouve quand même un peu osée basée sur des sensations issues de ces interpellations venues du fond de mon cerveau ne m'appartiendrait pas vraiment. C'est assez confortable comme constat car comme ça quoique qu'il arrive je ne serai pas responsable surtout si ça tourne au fiasco.

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Je me présente donc au trail à Clairvaux les Lacs, station touristique jurassienne très campagne-montagne pourvu de campings dont l'un sera notre quartier général, Le Fayolan. Situé au bord du grand lac il offre un cadre idéal et magnifique pour le départ et l'arrivée de la course. C'est d'ailleurs un piège car aussitôt arrivé et stationné sur les carrés libres de caravanes je m'imagine tout de suite en vacances. Premier jour plein soleil de la saison. Il fait frais mais comme la veille la journée va être belle et chaude et bienveillante pour nos organismes. Tout le monde sans exception subit cette douce chaleur euphorisante qui invite au farniente. Surtout que les installations sont séduisantes, terrases ouvertes, couvertes, dégagées avec salle de bar, piscines dont l'une étincellante vous fait de l'oeil et plus loin la couverte qui sera disponibble pour les coureurs de 10h à 14h et leurs accompagnants, "c'est pas t'y beau ça ?".

Il ne reste qu'à consulter le menu complètement bio dont les produits proviennent exclusivement de l'agriculture bio des alentours. Alors un petit déjeûner au bord de la piscine suivi d'un petit bain en attendant l'heure de l'apéro suivi d'un petit repas à l'ombre de la terrasse et ensuite le spectacle des arrivées de course.

Oui mais là "y'a un lézard". l'acteur de la course c'est moi.

Je me réveille vite de ce rêve éveillé et file très vite à ma voiture afin de me remettre les idées en place.

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Concentration sur la préparation et l'échauffement. J'aborde cette course dans de bonnes dispositions mentales et sans stress aucun vu que je l'entrevois comme une préparation pour la semaine suivante. Une grande balade aérée et foncière.

Les renseignements glanés ici et là ne me renseignent que partiellement sur le parcours, état du terrain, roulant ou pas roulant car les éléments récoltés sont très divers et pas très précis. Méfiance. Ce ne doit pas être si simple que ça. Mais je suis paré à toute éventualité.

J'ai bien repéré les deux ravitos aux 12 et 24 kms. Le profil indique dans la première moité de la course en trois parties les positifs successivement de 250, 230, et 290  d'après une appréciation toute personnelle ensuite une série de 2 montées, une de 100+ et l'autre de 50+ pour aborder une longue descente aux positifs et négatifs en série. Sur les 5 derniers kms, attention le final se durcit sérieusemet juste avant la fin.

Si tout ça est roulant ça devrait passer facile et si ça ne l'est pas... tiens je n'y ai pas penser. Confiance je n'ai pas été alerté par l'ordinateur interne je pense que si cette éventualité là se présentait il saurait y remédier avec la réserve qu'il a en mémoire. (c'est ce que je pense qu'il "pense" car à ce moment là je suis hors du coup). 

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Je m'échauffe donc dans de parfaites conditions et après un briefing très complet où tout est passé en revue les coureurs des 19 kms et 30 kms (ils feront un bout ensemble) s'alignent sur la ligne de départ. Tiens les deux lascars qui m'avaient dépassés en papotant tranquille sur la fin de course lors du trail de la combe noire. On se serre la paluche. sympa.

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Il est 09h30. les coureurs sont contents d'être présents par ce beau temps.

Les premières longueurs s'effectuent tout le long du bord du lac dont le sol est humide et spongieux. Les flaques sont masquées par l'herbe qui recouvrent le sol et il ne faut pas se laisser surprendre. La pluie tombée abondamment reste imprégnée et les 2-3 jours de beau temps relatif qui ont précédé n'ont visiblement pas suffi à assècher le sol.

Je m'installe dans la course prenant mes précautions au sein du peloton. Un regard sur le lac pour le mémoriser et c'est cette fois bien parti. Pas beaucoup de souvenirs précis sauf une agréable impression. le plaisir de courir. le petit bonheur de m'épanouir dans cet espace où l'air frais rempli les poumons. Durant les premiers kms, je savoure à chaque foulées ces bienfaits. C'est "le pied" et d'autant plus que le problème concernant mon talon droit se règle petit à petit. Je n'y penserai jamais durant la course sinon de constater que tout va bien.

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Les montée successives s'enchaînent comme si de rien n'était. mon rythme n'est pas particulièrement performant mais je ne me promène pas. Je suis donc parti pour "donner ce qu'il faudra donner" et n'ai pas de soucis quant au prochain trail de la semaine prochaine.

J'apprécie tout. Le décor, Le paysage, la diversité du terrain, sentiers, chemins, sols caillouteux mais pas trop, herbeux, grimpettes, descentes qui vous permettent de changer constamment de cadre avec toujours une charmante vue. Un vrai bonheur.

Et c'est ainsi que j'approche du premier ravit. au 12 ième km. L'effort se fait sentir plus fermement au fil des kms et des dénivellés mais ça va. Très peu d'eau pour démarrer. J'ai décidé de gérer au plus près question poids ; si je ne perd pas suffisamment coté corpulence (la flèche de la balance penche quand même plutôt à gauche en ce moment et c'est bon signe) je compense et m'encourage en gagnant quelques grammes sur le portage d'eau. (on grignote ce que l'on peut).

Premier arrêt. Remplisage de gourde. Premier tiers effectué le plus pentu, avalé. Abordage du second qui se révèle au profil plus confortable. 

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Ma forme ne m'a pas trop fait prendre conscience de la technicité du parcours. Déjà depuis quelques kms, elle se fait sérieusement sentir. En montée on le sent moins. De plus les différentes sortes de terrain offrent chacune leur partition. Il faut sans cesse sautiller, éviter les parties grasses embourbantes, deviner le tracé idéal ; racines, tiges épineuses ne sont pas rares dans les bois dégagés. Les zig zag effectés dans les sapinières sont agréables et offre un terrain souple et moelleux. Les changement de direction sont fréquents mais le balisage, sans conteste réalisé par des "connaisseurs" permet de rester concentré sur sa course. Jamais pris en défaut le balisage. Il se présente à vos yeux au moment même où, instinctivement on le cherche ce qui permet la continuité sans hésitation. Chapeau. Dans un terrain si technique et petit à petit usant, celà a son importance.

Je me souviens d'un point de vue. Un regard furtif permer de l'apprécier. Le sentier tout du long des crêtes en sous bois avec sur la gauche la pente raide profonde et la vue de l'autre versant de la reculée. On saute d'une reculée à l'autre par le travers ou on les longeant un peu. Le terrain jusque là est relativement stable car en dehors ou au dessus des zones très humides.

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01h 23mn + 2 mn d'arrêt et c'est reparti avec 50cl d'eau et deux gorgées englouties. Il ne fait pas chaud ni froid. Le soleil doit illuminer mais je ne le sens pas vraiment à l'abri des branches épaisses des sapins et des feuillus qui laissent passer en cette saison beaucoup de lumière. En permanence, le chant des oiseaux. Un vrai récital.

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L'abord de la deuxième partie s'effectue par une belle grimpette dans la forêt. Un beau raidillon dont le passage est facilité par une corde qui soulage les muscles jambiers puis tout de suite le contour d'une cascade dont le l'intensité du bruit nous parvient depuis un bon moment. Elle est là bouillonnante. Le contour est presque dangereux, un coup d'oeil à droite me fait estimer la pente sur laquelle je glisserai jusqu'où ? si je trébuchais ; mais dans l'élan de la course, très concentré, ça passe bien. Le rythme est toujours soutenu, un vrai moteur, Pas de temps mort, de fatigue. Les kms s'enchaînent pour arriver bientôt au 2ième ravito après avoir couru dans des sous-bois très boueux, terreux dans lesquels les pieds s'enfoncent. Bien que le chemin soit large, pas le choix, soit s'engluer et patauger ou soit emprunter les abords débordés par des branches, des ronces, en cul de sac qui vous obligent à sauter sur le côté de nouveau sur le chemin au hazard des entre-trous plus stables mais déséquilibrants et avec un peu de chance atteindre l'autre côté de la flaque en ayant conservé le rythme qui m'emmène depuis presque 02h 15mn maintenant.

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Les coureurs du 30 kms se sont trouvés vite isolés après la séparation d'avec les 19 kms. La vitesse différente de chacun et les aléas de la course font que je procède à quelques dépassements mais aussi le contraire. Pas d'accompagnateurs réguliers jusqu'à maintenant.

A l'approche du 24 ième kms je fais le yoyo avec une coureuse. Pendant plusieurs kms nous allons nous cotôyer souvent. Je suis meilleur dans les côtes et elle me dépasse dans les descentes. C'est dans cette partie que j'ai subi un peu la dureté de la course en payant les efforts fournis où je me suis vu ralentir, j'avais besoin de récupérer. Mais ça n'a pas duré. L'endurance était là qui m'a fait reprendre mon rythme.

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Passage au second ravit. Discution avec les dames le gérant. Ma compagne de course en profite pour filer à l'anglaise. Ces dames s'étonnent que je ne lui file pas le train. Je leur dis que je laisse filer le maillot pour ne voir qu'un point blanc au loin qui me servira de repère comme un aimant. C'est ce qui arrive. Petit à petit je fais mon retard. Nous arrivons sur un plat et j'ai pris le large étant très rythmé sur le plat. A cet instant sur le chemin plat très stabilisé et découvert longeant des champs avec pas loin quelques habitations je suis presque euphorique. Je me sens même en état de récupération. Je me dis que l'arrivée n'est pas loin, 4.5kms. Roulant comme à cet instant je n'en ai plus pour longtemps à ce rythme. Je rattrape un coureur qui peine et plus loin encore un au loin que je finis par rattraper et dépasser pour le lâcher. Un signe que cette course est difficile.

Comme j'ai passé en 02h 25 au ravito j'entrevois carrément les 3hs au 30kms. Mais c'est préjugé un peu vite. En effet, tout de suite j'emprunte un sentier herbeux qui m'amène sur des terrains moins aisés. Et rapidement de nouveau la montée qui me sèche carrément. Perte de vitesse totale avec un adoucissement puis de nouveau un 100+ final dans lequel je suis vraiment à la ramasse. C'est dur mais pas de défaillance. Je tiens le coup et progresse. Je perçois bien que j'avance et c'est bon pour le moral surtout que l'état du terrain s'est nettement amélioré.

Je n'ai pas à tailler dans mes réserves et reste très lucide. Ainsi j'accède au plus haut de la dernière pente pour me relâcher et m'entendre dire par les signaleurs qu'il me rest 1.5km. Le terrain devient de plus en plus facile, descente douce entre les grands sapins, attention aux racines qui émergent à peine. Je reconnais l'endroit où je me suis en partie échauffé avant la course et c'est rapidement l'arrivée. Ouf du bon travail. Je suis heureux d'en avoir terminer. depuis quelques kms je m'imagine à l'arrivée et j'y suis. C'est bon.

Le camping et tout son environnement très confortable. En fait j'ai fait toute cette course pour savourer au mieux ces installations. Douches, boisson de récup. c'est bon de goûter ces instants. Le soleil presque au zénith irradie les lieux. Cette journée préfigure ce que sera l'été. Tout le monde le sent et c'est très agréable, idéal pour savourer le repas offert aux recettes originales telle cette soupe composée de carottes, d'orange, d'ail et de persil.

Merci aux organisateurs pour ce trail remarquable et bravo pour le commentateur hors pair qui nous alimente en permanence d'informations et d'anecdoctes savoureuses, nous renseigne sur les temps forts de la course et nous accueille à l'arrivée provoquant les applaudissements appréciables de la foule en attente.

Une des plus belles course nature dans un cadre magnifique sur un terrain offrant toutes les variations de course possibles à découvrir dès l'année prochaine puisque c'était la première cette année.

Quant à moi je suis déjà en récupération tant j'ai abordé cette course prudemment tout en m'y engageant fermement. Donc pour dimanche prochain "ça devrait faire".... euh ! j'espère...

1 commentaire

Commentaire de bluesboy posté le 29-04-2008 à 21:48:00

bravo pour ta course et pour ton récit qui décrit bien l'ambiance de ce trail et les beaux paysages jurassiens .J'ai beaucoup galéré dans cette course ,pas encore remis de mon trail d'il y a 3 semaines et d'un démenagement samedi,j'ai finis en 4 h 38 à l'antepenultiéme place .Dommage de ne t'avoir pas vu au départ ,et tu as raison pour une premiére c'est une belle course

Claude

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