Récit de la course : SwissPeaks Trail - 360 km 2021, par Philippe8474

L'auteur : Philippe8474

La course : SwissPeaks Trail - 360 km

Date : 29/8/2021

Lieu : Oberwald (Suisse)

Affichage : 980 vues

Distance : 360km

Objectif : Pas d'objectif

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"Bien dans ta tête, bien dans ta course"

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Swiss Peaks 360


Dimanche 29 août 2021

Je me réveille dans une chambre d’hôtel à Fiesh. Ma femme est à côté de moi, ma fille dans un canapé lit au bout de nos pieds.

Le jour est arrivé.

Depuis un an, et mon abandon sur l’édition 2020 à la Grande Dixence, j’attends ce jour.

Je l’attends avec impatience, … et aussi avec lassitude.

Cette pensée me travaille depuis quelques temps : Trop.

Trop d’investissement personnel, familial, financier, intellectuel… J’ai l’impression que le curseur a été un peu trop fort pour cette course.

 

Mais l’envie est là par contre. Ainsi que la peur. Le mastodonte me semble indomptable : 360 km / 26000 m de D+.

 

Bon sang !!!

 

Pourtant cette année encore, je sens que je suis dans la fenêtre de tir : c’est mon cheminement de vie de coureur qui m’a amené là aujourd’hui. A me sentir prêt à affronter ce monstre. A en avoir envie.

 

 

 

Hier, nous avons récupéré le van qui va permettre à Céline et Lola de me suivre sur le début de course (avant de filer pour la rentrée des classes). Puis ça a été le voyage depuis Meythet jusqu’à Oberwald.

Et la récupération du dossard.

Dernière soirée dans la chambre d’hôtel. Boucler définitivement le sac de course et celui de délestage.
On fait le plein de câlins et bisous autant que possible tous les 3 ensembles.

 

Réveil, petit-déj à l’hôtel, on embarque dans le van, direction le départ.

 

Dépose du sac de délestage, dernier instant dans le van ensemble.

 

Puis il faut se diriger vers la ligne.

 

Derniers bisous avec Lola. Elle ne veut plus trop que je parte. Elle a vécu de l’intérieur toute ma prépa, elle a écouté nos conversations avec Céline, elle a perçu l’importance qu’a pris cette course pour moi, et ce malgré toute la protection dont j’essaye toujours de l’entourer.
Elle est à la fois fière et craintive de me voir prendre le départ.

 

Céline aussi je pense. Elle sait ce besoin que j’ai d’aller me confronter à ça, de vivre ça.

 

Quelques minutes avant le départ, les filles vont se placer un peu plus haut pour me voir passer. On a profité au max d’être ensemble.

 

Je me place du coup en fin de peloton. Le temps est frais et gris, limite quelques gouttes. Mais la météo générale annonce de la fraicheur mais pas de pluie (peut-être des risques d’orages mais que nous ne verrons pas).

 

Je ne ressens pas vraiment d’émotion particulière. Je pense que l’ampleur de la tâche ne me permet pas de trop projeter quoi que ce soit. Juste prendre le départ.
Ne pas rater ma femme et ma fille après le départ.

 

OBERWALD – Dimanche 29/09/21 – 12H00

 

C’est parti, le chrono est lancé. On y est.

 

Derniers bisous peu après la ligne. « Papa, ne t’arrêtes pas trop », Lola a peur que les autres ne m’attendent pas.

 

Je pars sans me préoccuper de rien. Mon rythme, rien d’autres !

 

Bon pas grand choses à raconter sur ces premiers kilomètres. On est encore en paquet. Quasi 400 à prendre le départ. Ce n’est pas ce que je préfère. Vivement plus de solitudes.

 

La météo est grise et j’ai dû mal à ressentir que nous sommes l’après-midi.

Premier ravito. Céline et Lola sont là. Mais encore beaucoup de monde. Je fais le plein de flotte. Du sirop sur les ravitos, chouette !... Sauf que les parfums seront toujours un peu trop exotiques pour moi (pastèque, melon, orange, …), du coup je n’en profiterais quasiment pas (Gouté une fois pastèque, et une seule fois de la menthe sur toute la course).

 

Deuxième ravito à une chapelle. Superbe.

 

Céline et Lola sont encore là. Je bois un bouillon, pleins d’eau par Lola. Premier croisement avec Sylvain73 qui fait la course en duo.

En repartant Lola est filmé par un caméraman en train de m’accompagner. Ma fille est trop belle de toute façon. Elle est mon cœur avec sa mère, elle a mon âme.

 

Je ne m’inquiète pas, mais physiquement je ne me sens pas aussi frais que je devrais l’être. Les jambes couinent un peu, et la fesse droite me rappelle à son bon souvenir.

 

Ne rien laisser dériver. Mon chef m’a délivré peu avant le départ ce qui deviendra mon mantra : « Bien dans ta tête, bien dans ta course ».

 

Je vais me le répéter des centaines de fois. Il résume parfaitement ce que je pense, essaie parfois de théoriser et surtout ce que je veux vivre !

 

Etre bien, c’est être bien pour soi, pour mes accompagnants, l’environnement qui m’entoure, les bénévoles, être réceptif, recevoir les encouragements, y répondre…

 

On chemine vers le Chummehorn, le long de crêtes magnifiques, soleil couchant. Premier passage marquant, magnifique.

 

Quel pied de se déplacer au sein d’un tel espace. Je ressens enfin la Swiss Peaks. J’y suis. Je la vis.

 

Cheminement sur un plateau, avant de basculer dans la descente. J’allume ma frontale au plus tard possible. J’ai profité au max de la lumière du soir, de l’ambiance de la nuit tombante, de ces paysages.

 

Puis on bascule dans une descente qui nous amène au ravito suivant : Chäserstatt.

 

Première raclette proposée. Pas encore le goût. Le bide est stable, mais brasse un peu quand même. J’suis un peu écœuré, j’ai du mal à manger mes vivres de course, rien ne me fait vraiment envie dans mon sac.

 

Je prends un bouillon, un bout de pain et file pendant que Sylvain se dirige vers la raclette il me semble.

 

Et puis 6,7 km plus loin la première base de vie avec Céline et Lola.

 

Essentiellement en descente, plus trop de souvenirs de cette portion si ce n’est la grande passerelle avant Fiesh.

 

Passage devant notre hôtel de la veille, et arrivée à la base vie.

 

FIESH – 50.7 km / 3386mD+ / 3704 mD-
Chrono : 10:02:56
Temps entre base vie : 10:02:56
IN Di 22:03:26 - 10:03:26 - 133/293
OUT Di 23:03:19 - 11:03:19- 108/286
Total pause : 59:53

 

Que faire ? Douche ? Dodo ?

 

J’opte pour juste me changer, manger et repartir. Je ne pense pas être capable de dormir avec l’adrénaline du départ et le fait de n’être que la première nuit.

 

Et aussi me faire poser un Tape sur la fesse droite par Céline.

 

Avant la base vie, j’ai averti Céline de ma pointe dans la fesse, lui est dit de demander à François de nous trouver un tuto vidéo pour ça. Mission accompli par François, nickel. MERCI ! (Je ne sentirais plus rien dans la fesse jusqu’à l’arrivée !)

 

Bon l’organisation est un poil compliqué en arrivant à la base vie. J’ai un moment d’énervement.
Je file me changer.
En me changeant je m’en veux de cet énervement. Ce n’est pas comme ça que je veux fonctionner, que je dois fonctionner.

 

Après mon change, je rejoins Céline et Lola. Céline s’est expliqué avec les bénévoles, nous a dégoté avec l’infirmière l’accès au cabinet médical pour me poser le Tape.

 

Lola pendant ce temps me remplit mes flasks (3 car c’est 20 bornes qui nous attendent avant le prochain ravito). On ressort, je dépose mon sac suiveur pour éviter de le trimballer au réfectoire.

 

Quelques pâtes il me semble dans un grand réfectoire, mais tous les 3 réunis ensembles. Puis je repars accompagné par elles quelques mètres avant de les laisser rejoindre le van où elles vont passer leur première nuit.

 

Plongée dans la nuit noire.

 

Ascension jusqu’à Saflischpass… J’avoue, je ne me souviens de rien de cette portion, ni du ravito de Fleshbode.

 

Je récupère des souvenirs dans la descente qui suit, puis l’ascension du Nanzlicke.

 

Je pense reconnaître des passages car on doit récupérer dans ces eaux-là l’itinéraire de l’an passé. Mais par moment, je ne suis plus sûr de rien.

 

La première partie de la montée se passe plutôt bien, avant de commencer à bien payer après avoir passé les chalets d’alpage.

 

Une nana me rattrape, me dépasse et me dépose gentiment.

 

Malgré tout, je finis par apercevoir le ravito de Lengritz que je reconnais formellement ce coup-là. Le jour est levé. Et le soleil pointe le bout de son nez.

 

Bouillon ( ?) Thé, et de la mangue séché (trop bon). Les filles bien sympas. 2 gars dans un coin bien entamés me semble-t-il.

 

Je repars. L’an dernier j’avais bien payé dans ce col après mon départ chaotique et un froid énorme. Là, avec le jour qui se lève, un peu de soleil qui joue avec les nuages, le cheminement va bien mieux !

 

Sylvain et son duo sont justes devant moi.

 

2 gars sous le col dorment allongés. Brrr fait bien trop froid encore pour moi, surtout avec le soleil qui joue encore à cache-cache avec les nuages.

 

Passage au col, bascule dans la descente. Je crois qu’un drone me suit un moment.

 

Je rattrape Sylvain et Fabien, qui profite de l’aspiration pour se relancer. On papote un peu.

 

Arrivée en bas, petit stop pour repasser en short.

 

Je redémarre tranquillement, essai de manger un peu dans cette montée.

 

Puis bascule pour aller au ravito de Giw. Dans la descente comme l’an dernier, petit stop pour aller dans un fourrée.

 

Je croise l’accompagnant avec casquette UTMB d’un « jeune » croisé déjà quelque fois. Il m’annonce le ravito à 500 m en regardant sa montre (bon signe sur la véracité de la distance).

 

Arrivée au ravito. Thé, banane… je n’ose pas me lancer dans le fromage frais-fruit-céréale proposé alors que tout le monde se régale avec.

 

Ici je retrouve un couple inséparable, identifié de l’an dernier. Ils ne sont pas en duo mais ils avancent fort si je me souviens bien !

 

Arrive ensuite Sylvain et son duo. Tiens d’ailleurs, pas vu quand je suis repassé devant.

 

Je repars quand même rapidement car Céline et Lola m’attendent à la prochaine base de vie !

 

Bon pas grand-chose à raconter sur cette portion, un peu de montée, du chemin en balcon (long) puis bascule dans la descente…

 

Si! Je fais un tout droit au-dessus d’Eistein, le long d’une « roubine » (c’est comme ça qu’on dit dans le Sud, pas sûr que ça porte le même nom ici). Bon quand la végétation commence à envahir le chemin, je fins par tilter et effectivement plus de petits fanions. Allez hop demi-tour pour revenir sur le bon chemin !

Sous la base vie, Céline et Lola m’attendent. Quel bonheur de les retrouver.

 

EISTEN – 104.4 km / 7555mD+ / 7828 mD-
Chrono : 25:02:12
Temps entre base vie : 13:58:53
IN Lu 13:02:12 - 25:02:12 - 95/306
OUT Lu15:29:11 - 27:29:11 - 96/276
Total pause : 2:26:59

 

Récupération du sac. Je vais manger un peu en compagnie de Céline et Lola. Puis je file à la douche. Branche mon électronique et file me coucher. Mais c’est le hic c'est que je n’ai plus l’heure sur moi. Je demande à Céline de m’envoyer Lola dans 2H.

 

Je me couche dans le gymnase sur les matelas au sol. Pas trop de monde, ça va. Le sommeil est dur à venir. J’ai même l’impression de ne pas y arriver. Le cerveau tourne à fond en fait, même si le corps s’endort au final.

 

Je me réveille seul. Tourne un peu, puis allez ça ne sert à rien, autant y aller. Je récupère mes affaires et envoie un message à Céline. Cela aura fait 1H10 en gros dans le duvet.

Je repasse manger un bout, massage par mon amour, ... Pose d'un Tape dans le dos sur des débuts d’irritations dû au sac, bouclage des sacs… et allez direction la sortie !

Quelques pas ensemble dans le village, puis il est temps de se séparer. J’aimerais me retourner à chaque pas pour les regarder encore et encore.

 

Pas grand-chose à noter sur cette portion jusqu’au ravito suivant. Rien de marquant.

 

Dans l’attaque de la descente avant le ravito, on passe à côté d’une superbe chapelle très vitrée. A côté des tables de pique-nique et des bancs en plein soleil et protégés. Ni une ni deux, je m’allonge sur un banc. Le banc me renvoi sa chaleur dans le dos, trop bon. Je n’ai pas vraiment l’impression de sombrer de nouveau, et pourtant je dois faire quelques endormissements. En tout cas je suis bien.

 

En me « réveillant », je me force à manger un peu une barre.

Grächen zum See arrive vite. Lola et Céline sont là dans le van, et m’accompagnent au ravito dans l’hôtel.

 

Toujours aussi bien et cosy ce ravito. En plus avec une spécialité, le choléra, qui vaut son détour (à base de poireaux).

 

Allez ça repart, bisous à mes amours que je retrouverais qu’à Grimentz maintenant.

Descente jusqu’au St Niklaus, traversée du village. La nuit commence à bien tomber quand j’entame le chemin.

 

Le sommeil se fait aussi fortement sentir. J’essaie de trouver un coin pour me poser. Mais les coins protégés du vent ne proposent pas de quoi s’allonger.

 

Je finis par tomber sur un banc au détour du chemin. Même si il y a un peu de vent, je m’habille et m’allonge sur le banc, le buff toujours sur le visage. Comme à chaque fois, j’ai l’impression de ne pas réussir à m’endormir.

 

Puis faut repartir.

 

Montée laborieuse si je me souviens bien.

 

Je déplie enfin les bâtons. Je les ai sortis du sac à Eisten pour me les rendre disponible. Je me rends compte instantanément de l’apport et du soulagement que cela procure !!!

 

Arrivée à Jungu. Le ravito est en extérieur. Thé bien sucré je pense. Grignotage. Et je repars. Il me semble que je commence à identifier quelques coureurs qui commençons à se retrouver régulièrement au ravitos.

 

Peu de temps après le redémarrage je retrouve le spot où l’an dernier j’avais un super stop dodo. Je retente. Même si c'est la nuit noire maintenant.
Même difficulté que d’habitude, mais je dois sombrer malgré tout.

 

Je repars, ça monte, puis sentier en balcon qui contourne la vallée. Là c’est dur, très dur, je paye vraiment, grosse fatigue. Puis on replonge un peu avant d’attaquer la montée finale à Augstbordpass.

 

Il fait froid, on est à plus de 2000. Compliqué de s’arrêter. Pourtant je n’en peux plus, j’avance plus. Je suis vraiment mal. Un passage avant d’attaquer le final du col est un peu plus à l’abri. Je m’habille et m’affale. Je dois mi-dormir, mi-divaguer. Le froid me réveille, à travers le buff dans la nuit, j’ai l’impression qu’un mec dort à côté de moi. Je me dis tiens c’est cool j’ai dû bien dormir car un mec s’est couché à côté de moi pour profiter du spot et je n’ai rien entendu. J’enlève mon buff, allume la frontale. Ok en fait ce n’est qu’un rocher !

 

Bon par contre je me lève instantanément et marche tout de suite. Les 2, 3 premiers mètres filent pas vraiment droit, mais le stop m’a fait du bien.

 

Bon faut finir. Je monte tranquille pour arriver au bout. Pas vraiment de souvenirs non plus.

 

Bascule dans la descente sur Bluömatt. Avec l’objectif de dormir là-bas. Bonne descente. La petite remontée dans la vallée avant d’arriver plombe un peu, mais enfin j’entre dans le ravito.

 

J’annonce tout de suite que je veux dormir si c’est possible.
Le max, svp ? 2 heures ! Ok, 2 heures alors.

 

Un bénévole m’emmène dans le dortoir. Top je choisi mon couchage au plus loin de l’entrée pour être peinard. Je me prépare, m’allonge, fout le buff sur les yeux… et sur le matelas d’à côté le mec se met à ronfler…. BORDEL !!!!!!! Le mec a attendu que le bénévole se barre pour attaquer la ronflette. Et entre l’adrénaline et la nervosité impossible d’ignorer son ronflement. Je suis fou, je ne sais pas quoi faire !!!

 

Le bénévole repasse pour placer quelqu’un, j’en profite pour lui demander de changer de matelas because le ronfleur !

 

Je me retrouve côté entrée, et j’ai fait le choix (au hasard) d’un matelas à ressorts mais qui du coup n’isole pas du tout du froid du sol. Bon je ne vais pas demander de changer une 2eme fois. Je fais contre mauvaise fortune, bon cœur et me débrouille comme ça. Je me réveille quelques fois à cause du froid, mais re-sombre à chaque fois.
Puis un peu avant mes 2 heures, je sens que c’est fini. Allez je me lève. Direction le ravito. Thé, grignotage. Et c’est reparti !

 

Celui-là, le Forclettaz, l’an dernier j’avais méchamment morflé entre la fatigue, le cœur de la nuit, le froid et l’altitude.

 

Là je suis prêt. Et le timing n’est pas le même. Je suis (un peu) reposé, la nuit va s’achever dans la montée, le soleil va apparaître, et le froid n’est pas aussi piquant que l’an dernier (et pas de neige).

 

Du coup je ne m’énerve pas et cette ascension va bien se faire. Passage au sommet. Lumière de fou.

 

Puis direction le ravito de Tsahélet, qui avait été une bouée de sauvetage l’an dernier. Je refais le plein, thé sucré, grappille un peu, tente même un peu de saucisse, et c’est reparti. En descente je mène toujours mon petit bout de chemin.

 

Passage à proximité d’un troupeau de vaches de Valais marquées chacune d’un numéro. Je fais une blague sur mon WhatsApp…
Puis me demande si je n’avais pas fait exactement la même l’an dernier ?

On finit par atteindre le fond de la descente, on passe une passerelle qu'on n'avait pas emprunté l'an dernier.

 

Ça repart en montée sur des chemins. Ce n’est pas le même cheminement que l’an dernier. Tant mieux car la route forestière avait été horriblement longue dans mes souvenirs.
Et là ça passe beaucoup mieux.

 

J’avertis 15 min avant Céline de mon arrivée.

Mes deux femmes sont là devant le ravito. Quel bonheur !

 

Nota : Il se dégage peut-être une certaine impression de facilité jusqu’ici, ce qui n’a pas du tout été le cas. Les jambes et les sensations jusqu’ici m’ont semblé bien laborieuse, la fatigue bien trop présente, et l’alimentation un peu compliqué.
Pourtant le noir ne m’a jamais envahi complétement. Même au plus dur du Augstbordpass. « Bien dans ma tête, bien dans ma course. »

 

GRIMENTZ – 156.2 km / 11938mD+ / 11710 mD-
Chrono : 46:02:38
Temps entre base vie - 18:33:28
IN Ma 10:02:38 - 46:02:38 - 86/262
OUT Ma 14:21:15 - 50:21:15 - 122/251
Total pause : 4:18:37

 

Super accueil. J’espère que la base vie sera à la hauteur de mon souvenir de l’an dernier (et elle le sera !)

 

Je file manger un bout avec Céline et Lola qui restent avec moi. On me change ma balise. Un mal pour un bien car la position commençait à me faire mal à l’épaule. Bon là j'ai peur qu'elle me gêne un peu plus pour remettre ma flask (mais pas vraiment au final).

 

Pendant ce temps je file à la douche. Un massage génial, avec la plante des pieds ! Puis me dégotte une chambre où je vais être seul le temps complet de mon arrêt.

 

Je prévois 3 heures de dodo je crois.

 

Mais je n’irais pas au bout. Je me réveille. Me tourne, m’étire un peu… OK allez faut y retourner.

J’avertis Céline.

On se rejoins au réfectoire. Je remange un peu (pâtes et viandes).

 

Un gars est assis à notre table. Je cherche, je cherche. « Ce n’est pas toi avec qui j’ai discuté l’an dernier dans le début de la montée en partant de Grimentz ? »

 

Si c’est ça ! Et tu l'as bouclé l’an dernier? Oui ! Bravo ! Moi non!

 

Cette année ? Il se demande s’il n’en a pas un peu marre de ce genre de trip, de faire des crises de sommeil sur les sentiers.

 

Je suis tellement un peu dans cet état d’esprit.
La Swiss Peaks, à ce moment-là m’apparait absolument que comme un one-shot. Je veux finir pour boucler le truc. En fait je ne profite pas assez. Je suis vraiment dans le dur depuis le début. Et je ne retrouve pas le plaisir et la magie de mes séjours de plusieurs jours en montagne.

 

Et pourtant rien ne se met remet en doute dans mon esprit. Le but est l’arrivée. Mais étape par étape !

 

« Bien dans ma tête, bien dans ma course. »

 

Allez faut repartir.

 

On fait quelques pas ensemble Céline, Lola et moi en sortant de la base vie. Je les serre fort dans mes bras.

 

Première fois (et rare fois) où je pars en T-shirt.

Traversée de Grimentz. Magnifique.

Surprise au détour d’une rue, elles sont de nouveau là pour m’accompagner quelques mètres.

 

Puis c’est parti.

 

J’ai un bon souvenir de cette montée l’an dernier, c’est même le meilleur de ma SP2020.

 

Tout se passe bien cette année de nouveau. La première partie bien raide, puis ce « replat » à l’arrivée du télésiège. Puis on grimpe encore à travers les pistes. De bons pétards à grimper.

 

J’ai passé le T-shirt Manche longue et la veste sans manche. Les températures ont bien chuté depuis Grimentz.

 

Et je manœuvre désormais toutes les montées avec les bâtons. Le gain est indéniable.

 

Passage au col des becs de Bosson. Direction la cabane.

 

Je suis avec le « jeune ». Rejoins par lui ou lui par moi ?

 

On déboule à la cabane. Le ravito est encore à l’extérieur malgré la fraicheur qui s’installe. Mais ça va être trop bien. Je me calle dos au refuge, à l’abri, une couverture sur les jambes, et la table du ravito devant moi.

 

Et à partir de ce ravito, mon bide va décider de tout accepter.
Je goûte un sandwich préparé. Trop bon !!!! J’en mangerais 2 ou 3 je crois. Un régal. Je grignote quelques autres trucs. Fais le plein d’eau.

 

Allez rien ne sert de trop trainer, j’embraye dans la descente.

 

Ça va plutôt pas mal. Je déroule tranquillement.

 

Passage dans un hameau avec les chalets accolés alignés magnifique.

Puis dans la forêt en arrivant sur Evolene, une biche me laisse l’admirer un court instant.

Traversée Evolene, et je retrouve Céline et Lola au ravito.

 

Lola maintenant est une vraie assistante, me remplit mes flasks et va me chercher tout ce que je désire.

 

Je me refais un ou deux petit sandwichs viande de grison/pain, si je me souviens bien.

Allez faut repartir.

 

Ca repart un petit paquet, ça redescend un peu, puis on attaque la remontée.

 

Je suis un moment devant… ce qui ne m’enchante guère car j’ai du mal à me séparer de ma solitude.

 

Et aussi parce que j’aurais bien aimé, avant d'allumer ma frontale, plus profiter de la lumière du début de nuit et de la lune.
Mais derrière moi, les frontales s'éclairent.

 

Bon je finis par retrouver ma solitude et trace ma route dans la nuit. Je ne suis pas trop mal, car je reviens plutôt sur du monde.

 

Arrivée à Chemeuille. Je suis resté en short et T-shirt Manche longue +veste sans manche.

 

Wahouuuu l’entrée dans Chemeuille est top. La chaleur du refuge est un vrai plaisir. Deux jeunes filles se démènent. Rösti ou œufs brouillés, ou les deux!
Un peu de rösti pour moi, du thé, de la mangue séchée (Hmmmm) et pour finir en partant j’embarque quelques Haribo goût Cola.

 

Direction col de la Meina. En sortant la fraîcheur est là. J’ai bien fait d’enfiler le collant et la veste en plus. Large piste pendant un moment. Puis le final pour monter à la croix qui, il me semble, arrive vite.

 

Là-haut j’avertis Céline que je suis au Col. Par contre j’ai réfléchi dans la montée. Je passerais juste leur faire coucou dans le van à mon arrivée et à mon départ.
Pas possible de trimballer Lola en plein milieu de la nuit dans le ravito surtout l’avant dernière nuit avant la rentrée des classes. Céline est ok.
Tant pis pour moi si j’avais voulu plus profiter de leur présence, j’avais qu’à me bouger un peu plus.

 

Allez c’est parti dans la descente. J’ai vu cette année qu’il ne nous faisait pas faire le gros détour dans la vallée comme l’an dernier, et j’imaginais une descente directe sur un chemin à flanc qui nous ménerait quasi direct au barrage (il me semblait avoir repéré quelque chose comme ça, le lendemain de mon abandon l’an dernier).

 

Faut pas rêver non plus. On ne s’enfonce plus dans la vallée à l’opposé du barrage, mais on tricote quand même encore un peu.
 Un beau chantier bien pénible même avant de finir par rejoindre la route, puis le sentier qui nous remonte jusqu’au barrage et à l’hôtel.

 

En arrivant, je passe tout de suite au Van. Lola dort, me fais un bisous et re-sombre tout de suite (et heureusement d’ailleurs).
Petit moment simple à deux avec Céline.

 

GRANDE-DIXENCE – 196.0 km / 15114mD+ / 14361 mD-
Chrono : 61:51:53
Temps entre base vie : 11:30:38
IN Me 1:51:53 - 61:51:53 - 89/235
OUT Me 5:52:50 - 65:52:50 - 77/222
Total pause : 4:00:58

 

Je file à la base vie. Petit repas. Douche. Puis massage (même si je n’ai plus le souvenir de celui-ci, ni du lieu). Et enfin dodo. Parti pour2 heures, je fais un peu moins je crois.

 

Je sors dans le couloir. Prépare mon sac. Puis descend remanger un bout. Puis je file dire au revoir à mes femmes qui vont se rentrer aujourd’hui.
Gros pincement au cœur de les voir partir.

 

Puis je reviens récupérer mon sac, déposer le sac suiveur et c’est reparti.

 

Je croise en partant mon jeune qui arrive et son accompagnant. Ça a l’air dur. Je lui ai gagné 4h depuis la cabane du Bec des Bossons.
Je lui souhaite de bien se retaper et de pouvoir repartir.
Par contre je ne les verrais plus. Ni même à l’arrivée ou à la cérémonie, je ne sais pas s’il aura réussi à aller au bout.

 

Je repars donc. J’ai rendez-vous avec mon histoire avec la SP, avec ma peur, avec ma revanche je l’espère.

 

Mine de rien depuis hier je pense à ce moment. J’y pense depuis un an.
Mais depuis hier je le vois vraiment comme la porte que je vais m’ouvrir sur la suite.

 

Cette étape est aussi la plus longue entre deux bases de vie et avec surtout deux difficultés majeures : le Grand Désert et la fenêtre d’Arpette.
C’est dans ma tête le juge de paix de cette Swiss Peaks.
Rien ne serait fait après bien entendu, mais c’est clairement un passage clé qui se présente devant nous.

 

Passage en haut du barrage.

 

Au coillu, puis la légère descente (tout va bien cette année), puis la montée dans les chaos en fond de vallée puis sur les flancs.

 

Petit à petit je me fais remonter par le couple inséparable, et par Nicholas et Patrick (que j’identifierai plus tard).

 

Pas de panique, je laisse passer. L’important est mon rythme. Surtout aujourd’hui.

 

L’ascension au col de Prafleuri de jour est somptueuse, l’environnement, les montagnes, La sauvagerie du lieu, l’empreinte laissée par la construction du barrage.

 

J’avance concentré sur moi-même, sur chaque pas qui me rapproche de ma porte.

 

J’arrive au col et tout le monde est encore là. Je temporise un peu, me fait prendre en photo par un « randonneur ».

 

Puis c’est la bascule. Descente quelques mètres. Je retrouve le point où j’ai fait demi-tour l’an dernier.

 

Je prends une photo.

 

Allez j’ouvre la porte et m’y engouffre. Il y a moins de neige que l’an dernier, mais il faut faire gaffe, la roche est gelée par endroit et les chaussures glissent.

 

L’environnement est juste magnifique, au soleil du petit matin, la lumière incroyable et les montagnes et glaciers tellement sauvages et magnifiques.

 

Un bonheur d’évoluer là.

 

Arrivée au ravito léger du Grand Désert : une tente et deux guides. Un peu d’eau, du thé, de la charcuterie. Mon couple inséparable est là.

 

Nicholas et Patrick sont devant.

 

Je repars du ravito.

 

Jolie montée pour passer le col de Louvie. Magnifique.

 

Et derrière une descente somptueuse nous attend, un décor de rêve au-dessus du lac de Louvie.

 

Un bonheur, un honneur d’être là.

 

On longe le lac, je suis revenu sur Nicholas et Patrick, mais il s’arrête à la cabane de Louvie, je fais juste le plein d’eau et continue ma route.

 

Descente sur Plamproz.

 

Quelques passages bien techniques, la fin de la descente me fait plaisir. 1800 m à descendre, ça se ressent quand même.
Mais arrivée en bas, nous ne sommes pas encore à Plamproz, il faut cheminer un peu dans la vallée avant d’y arriver.

 

Le soleil cogne un peu en arrivant, heureusement le ravito est bien abrité.

 

Je bois bien, et merveille des merveilles de la pastèque !!!

 

Je me fais une assiette de raclette et beaucoup de pastèque, du chocolat…

 

Mon couple inséparable arrive après moi.

 

Les gens trinquent, c’est bien sympa… mais la journée est loin, très loin d’être fini, alors faut y retourner.

 

Sortie du village, un fanion au milieu du chemin, une marmotte juste à côté. Elle m’entend, attend que j’approche un peu plus, puis va se réfugier dans le tas de bois du chalet à côté. Excellent !!!

 

Un bon pétard jusqu’à la cabane Brunet. Je crois que ça tape un peu. Une petite descente, puis un sentier en balcon. Purée là c’est dur. Grosse fatigue. Jean me soutient avec plein de messages, mais là c’est long et dur. Le terrain ne demande pas grand-chose et du coup c’est peut-être presque un peu plus dur pour rester mobilisé.

 

Je finis par revenir sur un concurrent : Andréa. On discute un peu, lui est de Bruxelles, toutes les Swiss Peaks à son compteur ! Wahouuuuu. Je le félicite. Purée revenir chaque année quand tu sais exactement ce qui t’attend. A ce moment-là de la course je trouve ça énorme, trop fort !

 

Par contre il souffre grave de dessous des pieds, il a du mal. Mais il est constant, avec un mental à ne rien lâcher (et il ne lâchera rien car j’aurais le plaisir de le voir le samedi au Bouveret). Je prends par contre des infos sur la suite. Il compte dormir à la cabane de Mille. Je fais une bonne partie de la montée avec lui. Je pense essayer de faire pareil.

 

On arrive à la cabane de Mille.

 

C’est rigolo, ici va se concentrer pleins de monde que je vais suivre une grande partie du reste du voyage.

 

Nicholas et Patrick, le couple inséparable, Damien qui arrive en pleine forme, Antoine et d’autres plus ou moins identifiés.

 

Andréa, Nicholas et Patrick, le couple inséparable et Antoine sont tous full finisher ou multi finisher. Ça en impose !

 

Ça plaisante, je suis un peu satellisé, euphorique, shooté par la fatigue.

 

Allez dormir ? En fait ce n’est pas vraiment prévu ici, du coup c’est un peu galère, à la demande et à la connaissance des bénévoles…

 

Pas envie de quémander.

 

Je m’enquille des sandwiches, boit… puis autant y aller.

 

Je viens de m’identifier auprès d’Antoine que je reconnais grâce à Kikourou.

 

Il me propose de partir avec lui. Allez Go. On verra pour le repos, la suite, si je me pose dans la descente.

 

On part, mais rapidement Antoine se rend compte que vu l’heure il doit appeler sa famille. Je file donc. Me mets dans la descente et enquille. Les jambes ne déroulent pas trop mal. Je laisse un peu filer.

 

Je finis par revenir sur Damien, qui se laisse entrainer quand je me trouve à ses côtés. On fait une belle descente en prenant le temps de discuter. Il a tutoyé les avant-postes avec un beau début de course, avant de faire un bon stop de repos. Là il est dans une bonne période et surfe sur la vague.

 

On finit par arriver à Orcières, qu’on traverse avant de remonter sur le ravito de Prassurny.

 

On arrive à la nuit tombée. Damien récupère son assistance et va enchainer, tandis que je bois, mange un bout avant de profiter de la possibilité de dormir 1H dans un dortoir à l’étage.

 

Dans le noir, je me jette sur un lit pliant avec un bout de couverture qui a dû faire déjà quelques concurrents et en fera quelques-uns encore dans les heures qui viennent. Je pense que je navigue au frontière du sommeil ¾ heure environ.

 

Allez debout, je repasse au ravito… Puis il est l’heure de se lancer sur les 16 bornes qui nous attendent avant Trient avec la fenêtre d’Arpette au milieu (et son petit ravito en eau).

 

Le gros morceau est là devant nous. C’est maintenant.

 

Merdoiement pour sortir de Prassurny.

 

Puis monté à Champex… qui arrive vite au final (faut voir la pente des chemins pour y arriver). Mais je m’attendais vraiment à un peu plus long.

 

Traversée de Champex en rechargeant en eau à l’entrée du village, et en regardant la carte du resto où l'an dernier on avait "fêté" mon abandon autour d'une fondue bourguignonne.

 

Puis montée jusqu’au relais d’Arpette… je m’attendais à un peu plus long aussi.

 

Après le relais, je retrouve l’endroit où Céline et moi avions campé l’an dernier.

 

Je passe en mode nuit à l’entrée du vallon. Ça pince déjà plus. J’avance, on attaque en fond de vallée, un sentier bien chahuté Je subis un peu là. La grosse fatigue s’abat… Dur, dur, dur…

 

Je craque, m’habille et me jette par terre dans un coin un peu à l’abri. Je sombre surement. Me réveille, et me remet à marcher instantanément. Les 4, 5 premiers pas sont un peu de travers car le passage position couché à debout a été très rapide.

 

« Bien dans ma tête, bien dans ma course. »

 

Un pas après l’autre. Se contenter d’avancer. Ne rien projeter.

 

Petit à petit, je m’avance dans la vallée, puis finit par apercevoir la lumière à la fenêtre d’Arpette.

 

Je mange des Haribo, puis des noix de cajou et une compote salé Baouw (Un des deux va me tordre l’estomac une heure plus tard !)

 

Deux, trois lumières sont loin devant moi, d’autres se sont allumés derrière moi dans la vallée.

 

Allez j’attaque le final, c’est raide faut poser les mains. J’essaie de projeter les images de mon passage l'année dernière lors d’un TMB perso.

 

Sous le col, je ramasse un caillou et le mets dans mon sac. Je m’étais promis d’en ramener un à Lola de cet endroit. Bon je ne peux pas vraiment le choisir, mais j’espère que le hasard fera bien les choses.

 

Sommet, la bénévole s’extraie de sa tente. On prend le temps de parler cinq minutes ensemble. Quelle mission là-haut seule... et en même temps quel pied !

 

Allez faut attaquer la descente, je plie les bâtons et en avant. Je la sais exigeante, en particulier au début.

 

Effectivement au début vigilant, puis je laisse les jambes guider. La descente est très très longue. Un sacré bout dans la nuit noire. Un sacré morceau.

 

Obligé de m’arrêter pour une pause technique.

 

Je finis par apercevoir dans la fin des frontales devant moi. Que je rejoins juste après la buvette du glacier de Trient, en bas de la descente.

 

Mais le ravito n’est pas là. C’est au village de Trient. Je ne pensais pas que c’était si loin !

 

En tout cas c’est long dans ma tête et mon corps. Je reste tout le long derrière les deux frontales que j’ai approché.

 

Enfin Trient et son ravito arrivent.

 

Accueil chaleureux. Une raclette, en avant !

 

Un Valaisan discute avec le chef de poste et décrit ce qui nous attend.

 

Les deux gars avec qui je suis arrivé et le Valaisan finissent par repartir mais je préfère profiter encore un peu du ravito. Je récupère la couverture du ravito et m’y love un moment dedans.

 

Nicholas et Patrick finissent par arriver également.

 

Puis je finis par m’expulser. Allez faut finir cette étape !

 

Ça pelle grave dehors ! Mais je finis par me réchauffer, et même à quitter la veste dans la montée qui suit. Raide mais relativement courte, tout va bien.

 

Première descente, un peu de bitume puis on se jette littéralement dans le gouffre (les gorges de l’eau Noire).

 

Bon comme annoncé par le Valaisan, c’est surement beau, faut surement y revenir, mais là c’est juste hard (quantité de roches et racines au m² indécente).

 

Mais heureusement comme toujours il y a une fin.

 

Et faut se remettre à monter.

 

Bon par contre, avec tout le fromage et la charcuterie ingurgité aujourd’hui, j’ai la bouche fortement irritée et un méga bouton sur la langue qui pousse. Pas très agréable !

Le jour se lève petit à petit, j’étends la frontale dans la montée.

 

On débouche sous la voie de chemin de fer, avant de la traverser et direction Finhaut.

 

6H52, je passe le panneau d’entrée du village de Finhaut.

 

Putain quelle journée !

 

Et enfin l’arrivée sur la base vie

 

FINHAUT – 268.1 km / 20434mD+ / 20549 mD-
Chrono : 90:57:43
Temps entre base vie : 25:04:53
IN Je 6:57:43 - 90:57:43 - 72/214
OUT Je 10:17:09 - 94:17:09 - 66/189
Total pause : 3:19:27

 

Je récupère le sac, me dirige vers le dortoir. Un des gars du ravito de Trient que je croise, me dit de faire le tour du bâtiment pour aller prendre la douche dans le bungalow derrière.

 

Bon un peu le bordel avec le sac et le sac suiveur.

 

Puis je file me faire masser et me faire poser un Tape à la cheville droite, car la tendinite à la cheville couine méchamment après cette étape. Une simple palpation me fait mal.

 

Massage top. Vraiment.

 

Et me faire soigner le pouce droit qui à force de taper en bout de la chaussure, commence à me faire vraiment mal.
Putain la douleur de ouf !
Pansement et c’est ok.

 

Pendant que je suis au massage, Nicholas arrive. Pour lui vu le bordel de la base vie et l’heure, il repart direct.

 

Mince qu’est-ce que je fais. Ça me fout le doute ! C’est vrai que c’est le matin. Et je trouve ça con de courir la nuit pour dormir le jour !

 

Bon je file à mes sacs sans savoir … mais j’ai besoin de recharger ma montre et mon tel. Donc pas le choix un peu de dodo.

 

Le couple inséparable est là lui aussi.

 

Je vais m’allonger dans le gymnase.

 

½ heure plus tard je suis réveillé. La montre OK, pas le tel… Tant pis, j’y vais.

 

Par contre je trifouille un moment dans mes sacs. Je perds vraiment du temps.

 

Puis je file au resto. Là je tombe sur Antoine et Damien qui font finalement route ensemble avec Jérémy. Ils me proposent de manger avec eux. Moment très sympa. Bon repas. Mais service un peu long.

 

Retour aux sacs. Damien et Antoine me proposent de filer avec eux.

 

Non. Je ne le sens pas. J’ai vraiment peur de ne pas les suivre. Ou de me cramer à suivre un rythme qui n’est pas le mien. Et je crois que j’ai peur de lier ma course à d’autres. J’adore je crois ma façon de voyager sans m’en rendre compte. Ces rencontres ponctuelles, mais cette solitude dans l’effort.

 

Du coup les 3 compères partent devant moi.

 

Je sors de la base vie pas trop loin d’eux.

 

 

 

Par contre 4H20 de pause, pour seulement 1/2 H de dodo c’est clairement pas bon. Pas du tout optimisé. Dommage. (En fait erreur de calcul en sortant de la base vie, car c’est 3H20 de pause, mais je resterais avec cette impression, et ça ne reste malgré tout pas optimisé)

 

Et je pars très calmement.

 

Il fait bon. C’est une des rares ascensions que je vais faire en T-shirt, et ça jusqu’au col.

 

Je vais vraiment tranquille. Je mets la musique pour la 2eme fois depuis le départ…. Ou plus exactement un podcast. C’est vraiment très étrange cette Swiss Peaks. Je n’aurais quasiment pas écouté la musique ni les podcasts que je m’étais préparé.

 

La première nuit, je n’ai pas voulu intentionnellement écouté quoi que ce soit pour garder cet atout pour la suite…. Non, en fait j’ai quand même écouté un podcast de divertissement (La bande originale avec Benjamin Lavergne) en fin de nuit en attaquant la montée du Nanzlicke.

 

La 2eme nuit j’ai écouté une émission de divertissement de France Inter (Qui veut gagner la flute à bec), puis un album de Salomé Leclerc que je m’étais gardé en découverte. Puis après Jungu je suis passé sur Affaires sensibles… Purée ça m’a bien plombé ça… Le sujet n'était pas le mieux choisi. J’ai d’ailleurs coupé sans aller au bout.

 

Donc là je me remets un coup de Thomas VdB. C’est sympa et ne me prends pas la tête.

 

Je crois que je coupe dans le final du col. Plus envie.

 

Col de Fenestral. Magnifique. Somptueux.

 

Sourire avec mon Ukrainien qui arrive juste derrière. Je ne sais plus depuis quand on se suit aussi. Son français étant limité (notre anglais aussi), on n’échange pas beaucoup, mais dès fois un simple coup d’œil suffit. Suivi des 2 italiens en duo qui ne décrochent jamais un sourire.

 

Allez je bascule…Nan stop… Oublié mes bâtons, demi-tour. Mon Ukrainien me les lance.

 

Allez c’est parti. Je merdoie un peu au début et me retrouve dans le trafic des italiens. Puis je prends le large.

 

Descente dans un cadre magnifique.

 

Je finis par atteindre l’alpage d’Emaney. Les 3 compères sont en terrasses en train de boire un coup !

 

Il me propose un verre avec eux mais je suis toujours emmerdé avec ma bouche et mon bouton. Donc je préfère tourner avec de la flotte. Je recharge d’ailleurs à la fontaine.

 

Ils doivent repartir devant moi car je les retrouve peu après en train de dormir au soleil.

 

Ça fait tilt dans ma tête, il faut que je fasse pareil. Je m’étends au soleil à mon tour dans ma veste, le buff sur le visage. Le soleil me chauffe. C’est trop bon. Petit dodo vraiment réparateur.

 

Puis faut bien y retourner.

 

Je repasse mes italiens dans la montée, les 3 compères sont devant…

 

Jeremy m’a donné une info cruciale à l’alpage d'Emaney… C’est fini, Fenestral était la dernière grosse ascension. Maintenant elles seront toutes inférieures ou égale à 600 m de D+ jusqu’à l’arrivée.

 

Ça change sacrément la donne !

 

Donc là c’est 600 m en gros jusqu’au col d’Emaney.

 

Du coup ça passe grosso modo en une heure.

 

Puis c’est la descente sur le lac, le barrage et l’auberge de Salanfe.

 

Je file toujours à ma main sans vraiment forcer mais en gardant le rythme.

 

Barrage de Salanfe, les 3 compères sont 500 m devant, avec une concurrente dont on retrouve le mari à chaque base vie.

 

Arrivé au ravito, je les retrouve à l’intérieur. Je me jette sur la pastèque, refuse de la raclette because la bouche, enquille une banane et me rejette sur la pastèque

 

Antoine relève que les caramels fait maison sont une tuerie… Effectivement faut pas y tomber dedans… Tant pis j’y tombe quand même bien un peu dedans.

 

Jeremy a besoin d’aller pioncer un brin. Je n’ai pas envie de rester là et préfère me prévoir un stop plus loin au soleil.

 

Je fais une razzia sur les bonbons type Krema et file.

 

Je longe le lac, puis repère un coin sympa et me remets en config dodo. Soleil. Trop bon.

 

J’entends passer les 3 compères mais je profite encore un peu, … encore un peu, …

 

Bon allez maintenant faut y aller.

 

Je démarre doucement tout le plat qui suit. Et déquille tous les bonbons récupérés à Salanfe.

 

Puis on attaque la montée au col de Susanfe proprement dit. Et petit à petit, je me chauffe gentiment. Tout va bien je suis facile et je grimpe bien.

Je finis par revenir sur les 3 compères un peu avant le col. On finit le col ensemble et avec la copine de Damien qui les a rejoints depuis l’autre côté. La fin du col se fait sur un bon rythme.

Moment bien sympa pour moi. Et le col est superbe, lunaire. Avec la lumière qui baisse. Ce névé sur les cailloux sombres.

 

On attaque la descente bon rythme et même une belle cartouche de Jeremy !

 

Je dis à Damien que je suis dans un bon move et que je vais filer et en profiter.

 

Pas de souci. Je file effectivement à la faveur d’un arrêt pour se regrouper.

 

Je file et ça trace plutôt bien. Le pied !

 

Cabane de Susanfe. Ravito. Je suis en mode : no-stop! Je refais le plein d’eau (avec du sucre). Et tape dans le gâteau chocolat/banane que je mange en repartant. Whaouuuu cette tuerie là aussi ce gâteau !!!

 

J’enchaine. J’ai les jambes, la descente se passe vraiment bien.

 

Même la petite montée avant Barme est avalée tranquillement.

 

Ravito de Barme. 2 gars bien sympa qui sont venus voir comment se passait ce genre de courses. Je me mets en config nuit mais reste en short. Et enquille les crêpes au Nutella !!!

 

Allez direction la base vie maintenant.

 

La première montée passe vite. Pas de souci. Descente. Le temps me semble déjà plus long. La montée qui suit me semblera une éternité. Le temps s’étire, j’ai l’impression de courir dans un jour, ou plutôt une nuit sans fin.

 

Du coup pas grand-chose à raconter de ce tronçon mais qu’est-ce que ça a été long !

 

Finalement la base vie des Crosets apparait. Une dernière descente et je merdoie un peu dans l’arrivée à la BV car je n’ai pas emprunté le tunnel. Un A/R et c’est bon.

 

CROSETS – 320.0 km / 24324mD+ / 24352 mD-
Chrono : 107:42:10
Temps entre base vie : 13:25:02
IN Je 23:42:10 - 107:42:10 - 56/193
OUT Ve 3:44:06 - 111:44:06 - 62/197
Total pause : 4:01:56

 

 

 

Je récupère mon sac. Les douches en bungalow sont juste là. Je me douche. Puis vais poser mon sac dans le garage dortoir.

 

C’est spartiate mais en fait c’est top.

 

Puis je file manger, et me faire masser.

 

Sans doute le meilleur massage, le plus régénérant, de tout la Swiss Peaks … et pourtant ils ont tous été top.

 

Puis l’infirmière me refait le pansement sur mon pouce du pied droit. Mais ne peut rien faire pour mon bouton sur la langue ni pour l’inflammation dans ma bouche. Boire un max.

 

Pendant mon massage je vois Damien passer, puis c’est Nicholas qui vient se faire masser.

 

Je file ensuite dormir.

 

Là c’est galère car je ne suis pas à côté de la prise. Tant pis je sacrifie la recharge de mon téléphone. Je règle 2H de dodo.

 

Je me réveille un peu avant de nouveau, vais déjeuner, du thé et des tartines, puis revient m’équiper.

 

Je vais voir Antoine qui se réveille pour lui dire que je vais décoller.

 

Je rends mon sac.

 

C’est parti.

 

Je me sens vraiment bien. La fin de la journée d’hier m’a mis sur de bon rails, j’ai envie de continuer.

 

Dès l’entame, je me sens bien mais me limite à 600 m/h par peur de trop me griller.

 

Un gars et la fille (dont le mari ...) qui sont parti quelques minutes après moi, finissent par me rattraper dans la fin de la montée. Je ne suis pas inquiet, je sens que j’en ai encore bien sous la pédale et je suis vraiment en aisance respiratoire.
Bref, je me gère vraiment. Je ne force rien.

 

On arrive au sommet. Je plie les bâtons en leur disant qu’on se verra peut-être plus tard au ravito. Le gars me dit je ne crois pas, t’as l’air en forme. Effectivement bien vu.

 

Et j’enquille la descente. Purée j’ai les jambes. Ça file tout seul sans forcer.

 

Première partie de la descente expédiée, puis j’attaque la partie le long de la rivière.
Et là c’est n’importe quoi ! Le pied : je suis une mobylette. Je file. Ça trace sans que j’ai l’impression de produire le moindre effort ! C’est en plus les heures gratuites avant le lever du jour. Le terrain est souple, joueur avec les passerelles… Bref c’est le pied grande pointure, je me régale.

 

Un grand moment !

 

Je finis par arriver à Morgins. Je suis un peu euphorique. Ça a été un tel plaisir.

 

Je refais le plein eau+sucre. Prend une assiette de pâtes blanches que je mange avec Nicholas et Patrick qui sont déjà là. Mais je ne traine pas. Je suis une pile qui déborde d’énergie.
Je repars dare-dare.

 

Ça attaque en montée. Pareil je me limite intentionnellement à 600 -700 m/h. Je reviens sur un gars puis le double. Mais me fait dépasser par un autre gars. Sur le coup je me demande si c’est un 170 (le futur vainqueur étant passé quand j’étais sorti de mon petit déjeuner aux Crosets).
En fait il s’avérera que c’est un espagnol dont Céline aura sympathisé avec la femme à l’arrivée.

 

Je laisse filer.

 

Le soleil se lève sur les montages. Un nouvelle fois magnifique. Somptueux !!

 

J’ai un message de Yannick, puis de mon chef qui me dit que ma balise est à l’arrêt. Je suis toujours marqué aux Crosets. Ouin ouin … alors que j’avance comme un avion, une vraie mobylette, personne ne peut en profiter !!!
Bon je signalerais ça au prochain ravito. Mais effectivement les 2 qui sont partis quasiment en même temps que moi des Crosets, se faisaient changer leur balise au petit-déj… Il y a encore des problèmes sur le tracking.

 

Dans le final de la montée il me semble que je reviens un peu sur mon espagnol.

 

On attaque la descente, et je lui reviens vite dessus puis le dépose gentiment.

 

Je trace et finis par arriver au ravito de Conches au moment où quelqu’un en sort.

 

Je rentre, je suis survolté. Je ne m’assois pas. Refais le plein. Bois un thé et enfourne les crêpes au Nutella, pendant que je signale mon problème de balise. Ni le bénévole, ni la bénévole ne peuvent rien faire. A voir au ravito suivant.

 

Mon espagnol entre dans le ravito et s’assois. Moi je suis sur le départ. Je récupère quelques Haribo dans la main et Allez Gooooo !

 

J’annonce en sortant que je viens de passer Conches à mon WhatsApp ! Yannick réagit et hallucine.

 

Un virage à droite en sortant du ravito et Bim un mur !
Pas long mais un rempart.
Même pas peur. Je suis une machine ! Je grimpe.
Et ça passe !!

 

Au sommet, il est 7H30 j’appelle Céline. Je vole, je vole… Si je tiens comme ça je vais tout exploser. Mes prévisions de ma feuille de route sont cramées. Il ne faut pas mettre Lola à l’école dès ce matin et venir rapido. Céline a du mal. Tu crois ? Non, oui, je ne sais pas vraiment, ... mais je suis en train de voler là. Ça va être tendu si Lola va à l’école ce matin.

 

Puis je file, une descente puis une remontée sur les arrêtes de Tour de Don et tête du Tronchey.

 

On aperçoit pour la première fois le lac Léman. Bordel ça sent bon !!

 

Je double un gars et lui dit que c’est bon de voir le lac !!

 

Je continue de filer.

 

Vers 8H45, je pense ne plus être très loin du chalet de Blansex. J’appelle Céline pour voir si les préparatifs se passent bien. « J’ai mis Lola à l’école ». Une armoire normande me tombe sur le coin de la figure ! Comment ? Pourquoi ?
Je répète à Céline que c’est mort si elle part à 11H30, y a un risque que j’arrive avant (11H30 + 1H30 de route vraiment au mieux).
Et là, tel que je suis lancé je ne m’arrêterais pas. Je ne peux pas.

 

On raccroche tous les 2 abasourdis.

 

J’ai envie de tout casser.

J’ai, on a énormément construit mentalement sur cette arrivée tous les 3 ensembles. On avait visualisé ça. Et Lola m’a tellement vu m’investir, passer du temps là-dessus, m’accompagner toute la première partie de course que cela me semble injuste qu’elle en rate la fin.
Et Céline aussi.

Il faut que je digère ça. J’arrive pourtant à dissocier l’effort physique que je fais et le trouble émotif dans lequel je baigne.

Je rappelle Céline. On refait le point. Elle a déjà réagi. Elle est incroyable!  Elle est déjà à l’école pour récupérer Lola.
La directrice accepte de libérer Lola. Les pièces du puzzle se remettent en place. Je reprends  petit à petit le fil.
Je rassure Céline sur le timing qui sera bon maintenant.

 

Dans l’intervalle pendant ces coups de fil, je me suis planté 3 fois de chemins ... Je suis resté sur mon rythme mais quand même moins lucide !

 

Je finis par arriver à Blansex. Idem je suis survolté.

 

Je parle aux bénévoles, englouti tout ce que je peux et recharge en eau+sucre.
Du raisin sur un ravito ? Hmmmm il a l’air trop beau et bon, je choppe une grappe et la dévore. Trop bon !

 

Du raisin !?!… C’est juste inconcevable pour moi en fait normalement en course.
J’adore ça mais la digestion n’est jamais anodine dans la vie de tous les jours…
En fait depuis la cabane des becs de Bosson je suis passé dans une dimension où mon corps accepte tout. Il ne regarde plus, ne juge pas. Il avale, digère et met tout dans la chaudière. Il y a un tel besoin d’énergie pour faire tourner la machine que tout est bon !
C’est dément et incroyable. Je n’ai jamais vécu ça en course !

 

J’annonce aussi pour ma balise. Ok ils vont voir pour me la changer.
Mais pour l’activer il faut monter un peu au-dessus pour chopper le réseau.
Ok on y va ensemble. Je choppe quelques bouts de mangues séchées et c’est parti !

 

Mais attention moi j’suis en mission. On se met à bloc !!!

 

Bon on monte vers le col. Je perds entre 5 et 10 min le temps de changer la balise, la fixer sur le sac et qu’ils me libèrent.

 

Gooooo, c’est reparti.
Dommage en arrivant au ravito, j’ai repéré qu’il y avait du monde qui en repartait.

 

Je passe le col, petite descente et ça repart à la montée. J’ai récupéré 2 gars en visu.

 

Je regarde encore un peu mon alti 700 m/h, c’est bien.

 

Je suis à un dizaine de mètre d’eux en arrivant au ravito de Taney. L’endroit est trop beau de nouveau !

 

Je reste à bloc. Ravito express recharge des flasks, un quartier d’orange, banane… Et allez j’y retourne.

 

Du coup je repars derrière 2 autres gars, que je reprends immédiatement. Je mets un gros coup. Un lâche tout de suite, l’autre italien, essai de tenir mais je poursuis mon effort et ça lâche.

 

Je continue, c’est une des dernières montées. J’envoie bon sang. Je reviens sur deux autres que je passe. Dont un pense que je suis sur la 170 !

 

Je poursuis mon effort et enquille pour reprendre un dernier juste avant de passer le pas de Lovenex.

 

Derrière descente bien technique qui fait penser à Belledonne. Puis une remontée où je poursuis mon effort.

 

Allez c’est parti pour la descente sur le dernier ravito.

 

Avec à la fin une bonne partie sur bitume qui tape un peu. Mais je ne lâche rien.

 

Ravito. Express recharge eau+sucre. Quelques fruits ou trucs sucrés et allez je repars pour les derniers 10 kil.

 

Sentier faux-plat montant, je pousse comme un dingue. Je croise la copine de Damien qui monte à leur rencontre.

 

Dernier raidard pour passer « En frite ». Je temporise un peu pour ne pas me cramer. Mais j’ai des jambes de feu, ça monte tout seul.

 

Allez c’est la dernière bascule maintenant ça ne fait que descendre.

 

Et de nouveau je ne lâche rien. C’est dément et trop facile. Je cours partout, relance en permanence. Je reviens encore sur 2 gars je crois.

 

C’est long mais je ne lâche pas.

 

Puis je décide de m’arrêter un court instant dans un bosquet. Je veux éviter d’être barbouiller une fois franchi la ligne d’arrivée.

 

Pendant que je suis arrêté j’entends quelqu’un passer. Mince je ne me suis pas fait doubler une fois depuis les Crosets, je n’ai pas envie de commencer. Je me dépêche, me relance. Et reviens sur le gars. En fait c’est le 2eme de la 170. On discute un peu. Il assure sa descente.

 

On entre dans le Bouveret. Je percute que je préfère le laisser partir pour profiter de mon arrivée en famille.

 

Passage à la gare. Le long des quais.

Je vois Céline et Lola. Lola court vers moi. Je me mets à genoux. Elle me tombe dans les bras. Je sanglote un coup.
On se regroupe tous les 3 et on avance vers la ligne.

J’ai la boule à la gorge et mes 2 femmes dans mes bras.

La ligne est occupée par le 2eme de la 170 et sa famille et accompagnants.

 

On se « fraye » un chemin.

 

On franchit la ligne.

 

BOUVERET – 364.0 km / 26583mD+ / 27583mD-
Chrono : 122:04:20

 

Temps entre base vie : 10 :20 :00

 

IN Ve 14 :04 :20 – 122 :04 :20 - 39/189

 

Je prends de nouveau Lola dans mes bras. Je suis à genoux. Je sanglote. Lola me parle à mon oreille. Mon cœur est énorme.

 

Je les prends toutes les deux dans mes bras.

 

Ces moments sont uniques. Dément.

Je l’ai fait. Bordel. Je l’ai fait. Deux ans passé là-dessus. C’est trop, beaucoup trop. Mais purée c’est bon.

 

Le regard de ma femme. La main de ma fille dans la mienne.

 

Apprécié chaque seconde.

 

On se pose sur un banc tous les 3, serrés. Ne plus se lâcher.

 

Mes beaux-parents arrivent. Ils me font la surprise d’être là… Mais comme en 2009 à l’UTMB, ils arrivent 10-15 min après mon arrivée. Ça n’empêche, c’est chouette. Une jolie cadeau rempli d’attention pour moi. Je suis touché. Mon beau-père, grand sportif, apprécie.

 

Je bois tranquillou la bière d’arrivée. Raconte des bribes de la course.

 

Puis il est temps de bouger un peu. Je file à la douche, après avoir récupéré mon sac.

 

Mes beaux-parents rentrent.

 

Nous on va profiter un peu. Direction le resto. 3, 4 assiettes de grillades plus tard, ça va mieux.

On revient sur l’aire d'arrivée. On prend un café, puis un cocktail au bar à côté de l’arrivée. On profite.

Je vois mon Ukrainien après son arrivée. Un regard quelques mots échangés.

 

Puis on file à notre location vers Lugrin.

 

Le lendemain on passera l’après-midi également sur place pour que Lola participe à une course enfants. Quelle joie de la voir avec sa médaille.

 

La chance aussi de dire un petit mot à l’organisateur

 

Puis on reviendra le dimanche matin pour profiter de la cérémonie des finishers. Voir Sylvain qui a fini en mode warrior en serrant les dents. Croisé une dernière fois ceux cotoyés toute la semaine.

Fin d’une bien belle aventure. D’une énorme aventure.

 

Ce qui a bien marché :

 

  • Mes baskets : un bonheur, 2 paires (les mêmes modèles) alternées à chaque base de vie.
    Ces baskets me sont vraiment idéale !

 

  • La météo
    Elle a tellement été favorable pour nous. Idéale. Pas un pet de pluie. Du froid mais supportable, du frais, du soleil mais pas trop…Surtout quand on connait l’été qu’on a eu !

 

  • Mon matos en général (sauf le sac à dos) : rien d’innovant, des choses éprouvées mais justement quel plaisir, rien ne faisant défaut.


  • Ma feuille de route.
    Un peu d’avance au début. Equilibré par les arrêts un peu plus longs aux bases vies. A peu près juste apparemment. Apparemment car si ça a servi pour Céline et à me suivre, de mon côté je n’ai jamais regardé où j’en étais. Je ne regarde au final que les inter distances entre points, le déniv, et éventuellement le temps prévu sur ces inter distances pour avoir un ordre d’idée.
    Mais je n’ai jamais réfléchi à la globalité.

 

  • La dernière étape (entre Les Crosets et l’arrivée au Bouveret)
    Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Je ne comprends toujours pas la facilité, l’aisance que j’ai eu.
    Pour voir quand même si ce que j’ai ressenti était vraiment en adéquation avec la réalité, je suis allé voir les temps de passage des 50 premiers : j’ai donc apparemment le meilleur chrono entre Les Crosets-Bouveret !!!!
    Incroyable !
    Attention je compare ce qui est comparable : je suis 39eme et à ma place, et le premier par exemple ne luttait pas pour sa place mais devait juste assurer sa fin de course. N’empêche c’est la première fois qu’un truc comme ça m’arrive !
    Et les sensations avant d’arriver à Morgins était juste magique !


  • Le corps humain, un truc sidérant fantastique.
    Sur le sommeil. Même s’il s’est fait attaquer de multiples fois, sa capacité à gérer si peu de sommeil est incroyable. Et à s’adapter. Sidérant.
    Sur la digestion. A partir de Tsahelet, mais surtout cabane du Bec des Bossons, j’ai pu manger ce que je voulais (même si le régime raclette s’est interrompu avec l’inflammation dans la bouche). Incroyable.
    Et même le régime hyper sucré le dernier jour : j’avalais, ne me posais même pas aux ravitos et en avant !
    Sur la récupération. En arrivant à Finhaut, puis le lendemain aux Crosets, je pensais vraiment être un peu détruit après cette course.
    Et puis finalement, ça n'a pas été si mal. Une semaine de repos complet après, tout semble à peu près ok. La cheville va me demander un peu d’étirement avant de repartir sur les chemins, et j’ai mon pouce du pied droit qui a reçu (mais c’est assez traditionnel). Mais les genoux vont bien, pas de douleurs particulières, et avec les beaux jours, l’envie de retourner en montagne est rapidement revenu.


  • Passer le col de Prafleuri, franchir le point où j’avais abandonné l’an dernier.
    Essayer de me rappeler dans quel état j’étais. Ré éclairé, à la vue du parcours qui suivait, mon abandon de l’an dernier.
    Avoir le sentiment que finalement ma décision a peut-être été la bonne.
    De toute façon moins la regretter aujourd’hui.
    Et me dire que même si j’étais allé au bout l’an dernier, je n’aurais peut-être pas eu l’impression d’avoir fait le parcours complet (ramené à 315 km en raison du Covid en 2020).
    Là je reviendrais si j’en ai envie, et pas parce que j’ai le sentiment de ne pas être allé au bout du format.


  • Les bénévoles incroyables, présent, discrets, tolérants, joyeux, aux petits soins.


  • La course. Un parcours majeur. Engagé. Technique. Magnifique.


  • L’échappatoire de mon WhatsApp, les messages des potes, la présence de Jean sous Arpette, les messages de ma sœur, ma maman, mon papa.


  • Le mantra de mon chef "Bien dans ta tête, bien dans ta course!"


  • La citation de Mandela de Yannick avant le départ : « La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber mais de se relever après chaque chute » tellement en adéquation avec ma course l’an dernier. Ton message vocal à l’arrivée.


  • Le soutien infaillible de ma femme, sa présence, sa gestion, la flamme dans ses yeux!


 

Ce qui a marché moyen :

 

  • Ne pas avoir un réveil ou une montre, bref un truc qui donne l'heure dans le sac suiveur, un vrai manque lorsque le tel et la montre sont en charge sur les bases vie et souvent pas côté de soi.


  • Mon sac Dkt : Il m’a vraiment soulé!
    La mise en place des flasks est vraiment trop dure, une vraie galère quand le sac est pleins et sur les épaules.
    Et les poches à flaks et leurs élastiques sont tellement dures à manipuler qu'au bout de 3, 4 jours j'ai commencé à faire attention comment je faisais car ça me faisait mal aux mains.
    Sans parler de l’embarras des gants, bonnets, buffs ou autres... en main parce que le rangement en face avant est trop limité !

    Dommage car le portage est top, et le volume et le rangement à l'arrière est un vrai plaisir !
    Il ne partira plus jamais sur une course. Ce qui était acceptable sur un trip sur plusieurs jours m’a vraiment fatigué ici.


  • Regarder sa montre au début… Voir 50km… Et se dire que rien n’a été encore fait.
    Voir 6000 m de D+, et savoir qu’il en reste 20 000…
    Bon je ne suis jamais trop resté là-dessus, n’empêche que le début a été dur, le temps de vraiment rentrer dans la course, le temps de vraiment commencer à vivre le voyage...

    Par contre une fois passé Grande Dixence, le col de Prafleuri... je n’ai même plus le souvenir de regarder le kilométrage.
    Je crois même ne plus avoir souvenir de ma montre au-delà de 200 bornes…


  • Les bâtons (pour ma gestion de leur utilisation)
    J’ai peut-être été trop sectaire. Rester sur ma position de ne plus m’en servir depuis 2, 3 ans.
    Sur un tel parcours, c’est un plus indéniable.
    Effectivement le bon compromis est pour moi de ne pas les sortir les premières heures car la course reste un peu nerveuse et cela permet de ne pas faire monter le cardio en bourrinant dessus, mais après c’est difficile de s’en passer.
    Et pourtant l’an dernier, il m’avait vraiment semblé être bien sans.
    Mais un 100 miles est peut-être une barrière haute de ma capacité sans bâtons.


 

Bon l’aventure est terminée. Je suis vraiment heureux d’y être arriver. Ça faisait 2 ans que le projet était lancé. Deux ans à beaucoup projeter là-dessus.
J’ai réalisé pendant la course le poids de mon « échec » de l’an dernier, de ce petit fardeau qui, mine de rien, s’était installé sur mes épaules depuis un an.

 

Je me suis rendu compte aussi que l’investissement que cela a représenté me semble un peu trop énorme, ainsi que pour ma vie familiale.

 

J’étais vraiment persuadé de ne faire qu’un one-shot, je l’ai même assez répété. J’en ai été persuadé une bonne partie de la course, je voulais même finir pour pouvoir passer à autres chose (comme à l’UTMB en 2006)…
Le plaisir ne me semblait pas assez présent au début par rapport à mes trips en montagne sur plusieurs jours. Et ça m’a vraiment perturbé. Ne pas arriver à retranscrire sur mon début de course, cette espèce de communion, de sérénité que j’ai encore ressenti en Maurienne cet été, m’a vraiment troublé.
Et puis se faire attaquer par le sommeil en pleine nuit sur un sentier est vraiment un moment difficile à vivre.

 

Et puis… et puis se sont enchainé Grimentz, les Becs de Bosson, Grande Dixence, le Grand Désert, la cabane de Mille, Fenestral, Susanfe …
Ils m’ont ouvert une autre dimension…. Il ont réveillé ces sensations que je voulais vivre, même si bien sûr cela restait dur !
Puis est arrivé ce final Les Crosets-Le Bouveret … Comment résumer ça, ces sensations, cette facilité, ce condensé de plaisirs, ce moment incroyable, unique dans ma vie de coureur…

 

Alors refaire un 360 ?
La question ne se pose pas tout de suite de toute façon.
Ni pour l’année prochaine non plus !
Une année ne suffirait pas à me sentir prêt mentalement.

 

Mais évidemment j’ai mis les pieds dans une autre dimension. Et l’envie reviendra certainement un jour.

 

Mais une telle course restera une exception. Elle doit correspondre à un cheminement, une envie, un projet.

 

Des moments comme cela me semblent devoir rester unique et exceptionnel !

 

 

 

 

 

Et puis 360 kilomètres… Je m'interroge encore chaque jour comment est-ce possible et si c’est bien moi qui ait fait ça ?

6 commentaires

Commentaire de philkikou posté le 19-09-2021 à 16:26:10

Sacré défi, et sacré récit...jeté un oeil sur ton blog pour voir le récit imagé .... je me le rajoute en liste d'attente pour lire ton récit défi réussi en famille ;-)

Commentaire de Philippe8474 posté le 19-09-2021 à 18:59:19

Merci philkikou!!!
Défi réussi en famille à 1000% :)

Commentaire de sylvain73 posté le 23-09-2021 à 11:55:35

Un vrai plaisir de lire ton compte rendu et de se replonger dans ce gros chantier 3 semaines plus tard! C'etait vraiment cool d'avoir pu te croiser sur ce debut de course :) A plus sur les skis!

Commentaire de Philippe8474 posté le 24-09-2021 à 09:47:25

Merci Sylvain!!! Yes bien cool de se voir , et surtout te voir à l'arrivée!
Avec plaiz sur les skis!

Commentaire de philkikou posté le 04-10-2021 à 21:19:51

Pfiou.... Quelle aventure, et quel récit !!! Bien aimé ton récit commenté par ta femme, ce qui correspond bien à l'aventure sportive, humaine et familiale que vous avez vécu, et d'avoir aussi la version et la vie de la course côté assistance.
Tu avais une revanche à prendre, et fort de l'expérience de la Swiss Peaks abandonné tu as su géré tous les paramètres pour qu'il n'y ait aucun grain de sable qui ne vienne t'empêcher de franchir la ligne d'arrivée !!! Ca demande un tel investissement perso et familial que c'est sûr il faut y réfléchir à deux fois avant de se lancer dans un tel défi ! Bravo à vous !

Commentaire de Philippe8474 posté le 05-10-2021 à 09:00:42

Merci Phil de ce second message après être allé au bout de mon récit :))
Ce serait difficile pour moi d'envisager ce genre de choses sans le soutien et la présence de ma petite cellule familiale... mais j'ai trouvé cette fois-ci que le curseur était assez haut... peut-être aussi beaucoup avec la ''pression'' de mon abandon l'an dernier, l'envie de bien faire, et de me prouver que que ce que je ressentais en moi de la capacité à réaliser ça était bien réel!
La prochaine fois, si cela devait arriver, devra être un peu plus apaisé!
Merci de ta lecture en tout cas!!!

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