Récit de la course : Glandass'Trail - 81 à 89 km 2020, par samontetro

L'auteur : samontetro

La course : Glandass'Trail - 81 à 89 km

Date : 12/9/2020

Lieu : Chatillon En Diois (Drôme)

Affichage : 411 vues

Distance : 83km

Objectif : Balade

3 commentaires

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

Retour aux affaires du quinqua!

 

Cela faisait un bout de temps que je disais à Jack26 que je viendrai sur cette course et il se trouve que ce 12 septembre j’ai un gros besoin de me changer les idées pour ne pas gamberger sur le Vercors nord. Alors j’ai signé pour la « Pano-Vercors » il y a quelques jours. Le genre d’événement que j’affectionne : en petit comité (on sera une grosse centaine au départ), dans une région magnifique (le Vercors sud) et où le côté humain et mis très en avant.


Je n’ai plus épinglé de dossard sur de telles distances depuis un bout de temps et je n’ai vraiment repris l’entrainement que depuis 8 semaines. Quand on est M4, le corps commence à ne plus répondre aussi vite aux sollicitations des séances de seuil ou de fractionné et je suis en pleine phase de monté en charge. L’objectif sera donc de faire une sortie longue, de retrouver ses marques sur ce genre de distance et de se faire plaisir sur les sentiers que Jack26 et son équipe nous ont dénichés. Plusieurs chiffres sont avancés sur la difficulté de l’itinéraire mais convergent plus ou moins vers 84km et 5200mD+ mais qui devraient être amputés d’une boucle de 4km et de quelques centaines de mètres de D+. Je vais donc utiliser (sur les conseil de Maître Bubulle) Course Générator pour me créer un timing basé sur 16h de course. Pas vraiment pour moi mais ma fille a prévu de venir sur les ravitaillements pour m’encourager, faire quelques photos… et visiter la région. Mais pas d’assistance, je serai en autonomie.

Du coup, pour une fois, j’ai pas mal travaillé le parcours. Je me souviens d’un échange avec Nicolas Martin et l’énorme préparation qu’il fait en amont de chaque course, prévoyant le nombre exact de gels et la quantité précise de boisson dont il aura besoin entre chaque assistance. J’avais été impressionné. Mais là, en autonomie, j’emmènerai ma réserve alimentaire pour toute la course, contrainte covid oblige, même si sur les ravitaillements il y aura aussi de quoi manger. Par contre je vais essayer d’optimiser le plus lourd : la boisson. Très vite j’ai vu qu’une des sections était quasi impossible à boucler dans l’intervalle de temps proposé. Un mail à Jack26 et deux heures après les barrières sont recalculées ! Quelle réactivité ! J’ai aussi noté que sur la carte on a par endroit un chemin qui monte en lacets alors que la trace GPS fournie coupe droit dans la pente, ça risque donc de fausser un peu les distances. Sur d’autres portions, on sera à l’évidence hors-sentiers et ça a l’air bien raide ! Je connais Jack26, c’est pas le genre à pinailler avec des zig-zag sur ces secteurs, ça va être du « dré dans l’pentu », positif comme négatif ! Les plus grosses difficultés semblent regroupées au-delà de la mi-parcours. La stratégie sera donc d’effectuer les 40 premier kms sans se mettre dans le rouge et d’arriver aussi frais que possible au col de Menée.


Timing prévisionnel sur 16h

Voilà, le décors est planté, et ça va être beau ! Et il fait beau ! Chaud même ce samedi matin ou le short/tee-shirt sont largement suffisants (j’avais prévu un coupe-vent léger) pendant que Jack26 fait « l’appel masqué » et nous remet le dossard à l’entrée du sas. 2 bénévoles nous placent ensuite en fonction de nos objectifs de chrono. Bien vu. Le masque est bien sûr de rigueur pour tous. La première section est courte, 1100mD+ et 11km et je n’ai rempli que les 1,5l de la poche à eau. La gourde de 750ml restera vide jusqu’a Archiane au kilomètre 25. La course s’étale très vite dans les ruelles de Chatilon en Diois encore endormi puis sur le gros km de route et piste en monté. Puis le parcours s’élève par un superbe monotrace peu pentu parsemé de quelques raidillons plus sévères. Ça peut se courir la plupart du temps mais je bascule en mode marche/bâtons. Le piège est trop évident avec mon niveau de condition physique. Je me retrouve très vite seul, entre deux « groupettos » avec qui je fais le yoyo en fonction de la pente, de la technicité. Il fait chaud et je bois beaucoup. J’ai prévu 1h50 pour rejoindre le premier point d’eau et avec 1,5l cela passera facilement. Le sentier tortueux part ensuite en longues traversées très agréables à courir avant une belle descente sur un terrain souple qui est un régal. La deuxième petite bosse et vite passée, toujours seul, et on entame la seconde traversée pendant que les premiers rayons du soleil éclairent les sommets. C’est splendide, le terrain et joueur et surtout on peut jouer sans trop mettre d’énergie. Mais le terrain joueur dure, les kilomètres défilent et le ravitaillement n’est toujours pas là. Je gère le peu d’eau qu’il me reste pour y arriver complètement à sec… au 14ème km. J’avais vu juste avec la trace GPS qui coupait les lacets ! Mais au final je ne mettrais que 2h sur cette section, pas beaucoup plus que prévu malgré la rallonge.

 

La prochaine section devrait faire 10km et environ 600mD+ avec la boucle qui a été supprimée je ne repars donc qu’avec 1,5l dans la poche à eau. Cette section plutôt descendante avec beaucoup de monotraces est un vrai régal pour les jambes. Il faut vraiment que je me raisonne pour ne pas lâcher la cavalerie ! Pourquoi tu traces des trucs pareils Jack26 ! Sur une section de piste forestière j’ai un jeune coureur en point de mire à une centaine de m. J’ai du mal à comprendre sa stratégie: il trottine quand ça monte et marche sur le plat. Je le rattrape assez rapidement avec la stratégie opposée. Dans la descente qui suit je suis rejoint par un traileur Nantais qui me suit a quelques dizaines de mètres quand soudain j’entends un bruit sourd, comme étouffé par la végétation. Mon poursuivant n’est plus là, il vient de glisser sous le sentier. Pas de bobo, juste un faux pas. Nous repartirons ensembles sur un rythme de sénateur, le M4 donnant le rythme au M3 !

 

Ravitaillement d’Archiane, 3h30 de course, cette dernière section de 11km est allée assez vite, plus de 8km/h de moyenne. La prochaine qui nous emmène au col de Menée va être plus compliquée et cette fois ci je repars avec les réserves d’eau au maximum. Un rapide SMS à ma fille pour qu’elle cale ma progression sur les prévisions. On est sur la distance prévue (avec les 4km de rab en début de course et les 4 supprimés avant Archiane) mais j’ai 50mn d’avance sur la prévision. Je ne le sais d’ailleurs pas, je n’ai pas mémorisé mes prévisions. Une petite bosse avant le village de Bénévise où je retrouve le jeune doublé sur la section précédente. Il a du passer pendant qu’on se ravitaillait, remplir la poche à eau prends un peu de temps. Il a manqué un carrefour dans le village et il a l’air complètement dans le rouge au trentième km. Pas top ça, vu qu’on va se prendre 700m de D+ en moins de 3,5km tout de suite. Et effectivement très vite on le perd. Je progresse toujours avec le traileur Nantais en donnant le rythme et on échange sur ses difficultés à s’entrainer dans le D+ dans sa région. Mais il a quand même un joli tableau de chasse d’ultra-trails derrière lui. Jusqu’au Col de Menée on va faire une sympathique partie de pacman, reprenant ça et là une grosse poignée de coureurs sans jamais forcer la cadence.

 

Arrivée partagée au col de Menée entre Grenoblois et Nantais 

Au col de Menée je retrouve ma fille, ses encouragements, ça fait du bien. 6H de course pour ces 40 premiers kilomètres (et 2500mD+) n’ont pas entamé le bonhomme. Arriver frais à la mi-course : Check ! La portion suivante avec le Mont Barral et le Jocou (point culminant de la course à 2051m) à enchainer va être plus rude. Pendant que je refais le plein d’eau je suis rejoint par Masquerade7 en kikou anonyme (hep il est où le buff?) et on décide de repartir ensemble à l’assaut des deux sommets suivants. J’attends mon compagnon de sentier avec qui je suis arrivé jusqu’ici mais il me fait signe qu’il a besoin d’une petite pause. C’est donc a deux que nous repartons sur une piste de tracteur forestier, droit dans la pente ! J’en étais sûr que ça aller piquer ce passage. Je donne le tempo, lent et régulier, et Masquerade7 m’emboite le pas, sans bâtons. Il a l’air vraiment facile dans la grosse pente. A la sortie du bois les paysages sont fabuleux avec une vue sur le Triève, les alpages sauvages. La longue crête panoramique avec les Alpes en « fond d’écran » est splendide. Elle mérite bien son nom la Pano-Vercors. Un peu avant le Col de Seysse, le parcours est modifié pour contourner un parc à brebis sus les encouragements que quelques patous nonchalents. Exit le monotrace en courbe de niveau, on emprunte une crête approximative et une bosse « bonus » avant de redescendre sur le col lui même. Puis c’est la rude monté (250mD+ droit dans la pente) pour aller chercher la crête du Jocou. Masquerade7 est impressionnant d’aisance, toujours sans bâtons, tirant au plus court. De mon côté je suis contraint à enchainer de courts lacets dans la caillasse, en essayant de garder le contact. Ces grosses pentes ne sont décidément pas mon point fort. Le Jocou est vite atteint ensuite. Petit souvenir ému de ma toute première randonnée en montagne ici même il y a une cinquantaine d’année. Puis c’est la rude descente sur le col de Grimone, hors piste, droit dans la pente « again ». Masquerade7 me dit qu’il est moins à l’aise en descente mais je ne lui mettrait qu’une petite centaine de mètres, voulant absolument en garder sous le pied pour la suite. Cette section a été plutôt lente, je ne m’étais pas trompé sur sa difficulté. Cela fait 8h30 que nous sommes en course (50km, 3400mD+) et la première grosse difficulté est derrière nous pendant que la seconde s’annonce. J’ai mis 30mn de plus que le prévisionnel sur cette section mais j’ai encore 25mn d’avance sur le timing

 

Ravitaillement ensoleillé au col de Grimone avec Masquerade7

Au col de Grimone j’ai aussi retrouvé ma supportrice. Je fais le plein d’eau et mange un bout de pain pour caler l’estomac. Au moment de repartir je ne vois pas Masquerade7. Ma fille me dit qu’il a du repartir juste devant. Le premier km est plutôt roulant et je force un peu l’allure pour faire la jonction mais rien n’y fait. Il fait très chaud alors je tire une grande gorgée de la poche à eau et là, c’est de l’eau tiède ! Autant dire que ça passe très mal, le ravitaillement était effectivement en plein soleil. A cet instant, le parcours quitte le chemin pour un nouveau passage hors-piste en direction du Serre des Oeufs. Encore une fois, droit dans la pente et elle est rude. À la sortie de la forêt cela ne se calme pas, bien au contraire : je progresse sur une pseudo-crête herbeuse où les appuis sont pénibles sur les touffes d’herbe. A peine j’entame ma stratégie de petits lacets que j’aperçois Masquerade7 quelques mètres au dessous de moi ! Il était derrière et sa facilité dans la pente l’a vite ramené sur moi. Du sommet du Serre des Oeufs, nous contemplons la crête de la Toussière. « Ça ne monte quand même pas la haut ? Ça va contourner en balcon hein ? » On se rassure comme on peut jusqu’à ce qu’on aperçoive ces petits points sur l’étroite arrête, tout là haut… « bin si, va falloir y monter ! » Dans l’assaut final il y a un passage plutôt exposé. Mathieu et Dominique sont là, une corde fixe a été posée pour renforcer le vieux câble aux ancrages approximatifs. Le passage n’est pas difficile mais le « gaz » est impressionnant. Le faux pas n’est pas permis et le faux pas, la première féminine a failli le faire : elle est restée accrochée in extremis par une jambe à la corde au dessus du vide. Elle me dira plus tard être coutumière de ce genre de boulette mais les deux bénévoles se sont fait très peur et malgré l’habitude que j’ai de ce genre de passage, je me plierais totalement à leurs directives.

 

Une très longue descente s’annonce désormais jusqu’au ravitaillement de Boulc. Masquerade7 me dit qu’il va descendre plus lentement et de filer à mon rythme. Nos réserves en eau commencent à diminuer de manière inquiétante car il fait chaud et on a beaucoup bu sur ces 5km (on a mis presque 1h30!) et il doit en rester encore 9 avant le prochain ravitaillement. Dominique Nugre nous a annoncé un point d’eau sauvage quelque part dans la descente mais il va falloir le trouver. En fait c’est un bassin à l’entrée du hameau du Bois Noir et son eau fraîche sera vraiment la bienvenue.

 

Arrivée dans Boulc, une grosse envie de coca-cola frais!
Et il y en aura au ravito!

Boulc, 12h de course et 67km/4200mD+. Cette section aura aussi été un peu plus longue qu’annoncée mais j’ai à nouveau gratté du temps sur le prévisionnel avec à nouveau 50mn d’avance. La longue descente sans doute. Masquerade7 arrive quelques minutes après mais son visage est fermé. Il me dit être dans le dur, le rouge sombre. J’essaie de le remotiver, les BH sont loin, il y a le ravito, une pelouse à l’ombre, du temps pour se refaire la cerise, que les grosses difficultés sont derrière et qu’il ne reste en principe qu’un petite quinzaine de kms. Mais je sais très bien pour l’avoir vécu si souvent que dans ces moments là c’est la tête qui ne veut plus. Il me dira juste « Vas y, t’es une machine toi ! » pour m’inciter à repartir seul dans les dernières bosses et il profitera de la voiture de ma fille pour rentrer sur Chatillon. On a quand même fait un bon bout de chemin ensemble et si je suis une machine dans les descentes, tu en es une autre dans la côte !

 

L’ascension suivante débute sur le GR avec beaucoup de passages qui peuvent se courir. J’ai encore des jambes et j’arrive à trottiner les faux plats montants. Mais j’ai du mal à m’hydrater. J’ai comme des fourmis dans les mains et je sais qu’il faut ralentir, encore boire. Le col de la Selle suivi de la grosse descente sur le col du Pinet passe vite. Le fait d’avoir les jambes et que ce soit le niveau de déshydratation qui impose la vitesse y est sans doute pour quelque chose car musculairement je ne souffre pas. Mais toujours ces fourmillements qui s’amplifient si j’accélère. Dernier ravitaillement liquide au hameau des Gallands et je repars en farfouillant dans mon sac pour trouver un peu de solide à manger et je loupe une bifurcation. La belle piste descendante va m’emmener jusqu’au premier carrefour sans balises avant un demi-tour qui m’agace un peu. Le balisage était pourtant évident. Les derniers lacets du col de Mard avec leur corde fixe sans doute pour la boue en période de pluie et c’est la bascule vers l’arrivée. J’ai rallumé la frontale, avec la fatigue ce serait ballot de se faire une cheville ou de manquer une bifurcation. Je relance sur ces derniers kms, avalant rapidement les micro-bosses, les longs plats sinueux dans les buis et les descentes tortueuses. Les fourmillements reviennent dans les mains, les bras mais aussi le visage et le palais. Je n’ai jamais eu ça, c’est très étrange comme sensation. Puis tout d’un coup je sens que mon champ visuel se rétrécit. Heu, Samontetro, tu ne serais pas en train de partir en hypoglycémie là ? Je prends un de mes derniers gels, je bois, je marche quelques centaines de mètres alors que j’entends déjà les commentaires de Jack26 sur la ligne d’arrivée et je relance sur ces derniers lacets puisque les jambes sont toujours là ! Au total, 83km, 5100mD+, 26ème en 15h09 (foutu jardinage! Mais 50mn d’avance sur le timing !) et premier M4 (bon on n’est que 3 classés en M4) et une très belle journée dans le Vercors sud ! Pour rester dans les chiffres un rapide calcul montre que j’ai bu environ 13l en 15h de course !

 

Interview à distance, le virus est passé par là mais on continue à vivre

Un grand merci à Jack26 et tous ses bénévoles de n’avoir pas cédé à la covidmania en maintenant cet ultra-trail magnifique ! Chapeau pour les conditions sanitaires avec les assistances déployées sur plusieurs centaines de mètres en amont des ravitaillements et disséminées sur les nombreux postes du parcours. Avec tes bénévoles de choc qui assuraient le service liquide et solide sans que l’on touche quoi que ce soit, j’ai vraiment eu l’impression d’une grande maitrise de la sécurité sanitaire imposée tout au long de la journée. On s’est juste mis quelques coups de coude masqués pour se saluer et ça n’a pas entamé la fête ! Bravo !

 

3 commentaires

Commentaire de Masquerade7 posté le 20-09-2020 à 21:53:43

Un chouette récit très bien détaillé, bravo à toi pour ton écriture et aussi pour cette belle réussite sportive.
J'aurai aimé terminé cette ballade avec toi, content que tu y sois arrivé, c'est amplement mérité !
Je confirme "t'es une machine !"
A très vite dans le Vercors !

Commentaire de samontetro posté le 22-09-2020 à 15:39:10

Avec les conditions météo que l'on avait, c'était difficile de trouver la bonne position du curseur pour la vitesse de progression. Je m'y suis souvent cassé les dents. Et les derniers kms ont montré que je n'étais pas loin de l'excés de mon côté aussi... juste quelques heures après toi!

Commentaire de jack26 posté le 23-09-2020 à 15:38:27

Merci mon ami.
C'était un vrai plaisir de te revoir.
A très vite

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Accueil - Haut de page - Version grand écran