Récit de la course : Tor des Géants 2014, par Sylou38

L'auteur : Sylou38

La course : Tor des Géants

Date : 7/9/2014

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 1019 vues

Distance : 321km

Objectif : Terminer

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Le Tor, une aventure à consommer sans modération !

Le Tor des Géants… je pensais à cette course avant même d’avoir bouclé l’UT4M il y a un an, j’avais pourtant déjà du mal à imaginer pouvoir terminer un format 160 km / 10 000 m D+ mais alors là tenter le double en terme de distance et surtout en terme de dénivelé ça me semble de la pure folie.

Depuis septembre 2013 je pense au Tor des Géants en boucle tous les jours, pourtant rien n’est gagné, même si je souhaite participer, il va falloir réussir a s’inscrire début février puis attendre mars pour savoir si on a été retenu ou si l’on est sur liste d’attente, du coup il va falloir commencer à s’entraîner le plus tôt possible avant même d’avoir la confirmation de sa participation, stressant le truc! d’autant que bon nombre d’autres courses comme l’UTMB seront complètes depuis décembre, clairement ça impose de faire des choix.

Le Tor me rend dingue, j’ai lu et relu des dizaines de CR et je n’en ai trouvé aucun ayant eu une fin heureuse, où il en ressort que le coureur a terminé la course les doigts dans le nez sans avoir eu aucun problème. L’ampleur de la course et surtout de son dénivelé me semble juste irréel, ça ne me semble pas humainement possible et pourtant depuis la première édition en 2010, la moitié environ des participants sont arrivés au bout, donc un petit peu plus d’un millier de personne dans le monde a déjà réussi à boucler la boucle, pourquoi pas moi !

Replaçons nous un an en arrière, je termine donc l’UT4M en août, je me prends 3 semaines de repos, je pars du principe que je réussirai à m’inscrire au Tor en février même si je sais que les inscriptions sont généralement closes en 5 min. Histoire de ne pas relâcher mon entraînement fin 2013, je m’inscris à la SaintéLyon en décembre avec comme objectif de faire un temps, puis je décide de préparer mon entraînement spécifique Tor a partir du 1er janvier 2014.

Mon entraînement va être relativement intense, il va falloir trouver un plan pour se blinder encore plus mentalement, devenir plus fort physiquement et s’améliorer techniquement. Il est clair que vu le profil de la course, on va vite privilégier les entraînements cumulés de préférence long et à vitesse réduite.

J’ai énormément travaillé ma foulée et ma pose de pied en montée et surtout en descente, mon but étant de multiplier le nombre d’appuis au sol mais en réduisant les impacts. De toute les études que j’ai pu trouver il est clairement moins traumatisant pour les articulations de faire à distance équivalente deux poses de pied au sol plutôt qu’une seule. Le plus gros défi pour cette course ne sera donc pas d’effectuer les 336 kms de distance ni les 24 000 m de D+ mais plutôt de réaliser les 24 000 m de D- sans casse. J’ai donc passé des heures à effectuer en boucle des descentes dans un mode très concentré, avec une foulée réduite, rasante, en m’aidant également de bâtons pour amortir les chocs sur les terrains très accidentés afin d’obtenir le moins d’impact au sol possible et en ayant une foulée propre, sans bruit, sans déplacer le moindre caillou.

Janvier a donné le ton, j’ai voulu imiter Christophe le Saux, qui de son coté effectue une sortie par jour d’au moins 2h tous les jours de l’année (tranquille le type). J’ai donc décidé d’effectuer une sortie par jour pendant 31 jours, en commençant dès le premier Janvier par la terrible montée de l’Arselle empruntée par l’UT4M sous une fine couche de neige, j’effectuerai d’ailleurs cette montée des dizaines de fois au cours de l’année.

Globalement je n’ai presque jamais couru sur du terrain plat ou vallonné, je n’ai fait que du terrain technique avec à chaque sortie un max de dénivelé (un minimum de 1000 m de D+ par sortie me semblait pas mal en ce début d’année). Énormément de sorties sous la pluie ou sous la neige, de nuit, dans le brouillard, le fait d’aller courir tous les jours et certes dangereux pour les blessures, mais très intéressant d’un point de vue mental, au bout de ma 12eme sortie de suite de Janvier, j’avais des sensations étranges, où je n’arrivais plus à accélérer même si j’en demandais l’ordre à mon cerveau, une sorte de mécanisme protecteur était en train de se mettre en marche. Le plus on approchait de la fin du mois le plus ça devenait rude, on rentre du boulot, il fait nuit, il pleut, on met sa frontale et on retourne courir, au moins on ne se pose pas la question de savoir si on va courir ou pas étant donné que l’on sort tous les jours. Je me répétais toujours la même chose dans les moments difficiles, ne me dis pas que tu trouves ça difficile, là sur le Tor tu commenceras juste d’avoir ces sensations à la fin de la première journée, donc dis toi que tu n’as rien du tout et avance.  Janvier se termine avec plus de 330 kms tiens tiens la distance du Tor, et un petit peu plus de 17 000 m de D+, pas mal pour un début d’année !

Clairement je décide par contre d’arrêter de courir tous les jours, vu mon état après 31 jours, je vais me flinguer les jambes si je continue comme cela, cependant je note que ce type d’entraînement est très intéressant pour reproduire des sensations de fatigue que l’on peut observer sur des courses longues, à refaire suivant le genre de course que je préparerai dans le futur.

Je me prends qq jours de repos, et je décide d’attaquer les mois suivants de Février à Avril en alternant les sorties cumulées sur 3 à 4 jours  p.ex Vendredi/Samedi/Dimanche puis repos lundi et mardi, petite sortie le mercredi, repos le jeudi etc… Je pense que la clé du succès c’est vraiment se s’imposer du repos quand on le juge nécessaire et ne pas chercher à faire comme lors de mon entraînement UT4M ou je voulais courir au moins 6 fois par semaine.

Durant ces 3 prochains mois, je vais faire la majorité de mes sorties dans la neige, dans beaucoup de neige, comme je veux faire 1000 m de D+ par sortie, je termine souvent mon ascension avec de la neige bien au dessus des genoux, je mets du coup souvent un temps fou à avancer, bien deux fois plus lentement que ma vitesse d’ascension sans neige, mais ça me parait bon pour le moral d’avoir du mal à avancer les jambes dans le froid, d’autant que l’intérêt c’est que l’on minimise les chocs dans les descentes avec ce matelas moelleux. Au final je continue de monter dans Belledonne et sur le plateau de l’Arselle quelles que  soient les conditions. Je fais énormément de sorties techniques sous la pluie, quitte à refaire plusieurs fois de suite la même montée, je fais également pas mal de sorties hors sentiers en passant parfois par des endroits plutôt vertigineux. Je reste sur une moyenne d’environ 13 000 / 14 000 m de D+ par mois jusqu’à avril.

A chacune de mes sorties je ne suis pas là mais je me vois en train de courir sur le Tor, ça me motive pas mal, en regardant mon cumul de D+ depuis le début de l’année je me dis que si je veux que mes genoux tiennent le coup il va vraiment falloir que j’écoute mes jambes et que je réduise encore ma vitesse, pour privilégier la longueur et la durée. J’essaie de limiter l’amplitude de mes pas pour éviter les TFL (Tendinites du Tenseur Fascia Lata) j’en ai chopé pas mal ces 2 dernières années ça serait bien d’éviter ça pour le Tor.

Je me suis interdit toute course officielle intermédiaire afin de tenter un coup de Poker, juste le Tor au programme en 2014, ça passe ou je ne terminerai aucune course cette année. Je pourrai faire quelques courses intermédiaires en mode entraînement bien sur, mais je me connais trop bien, même après plusieurs jours d’entraînement il suffit que je croise un coureur qui me cherche pour que je me mette dans un mode «jeu du plus con» à accélérer comme un malade pour le doubler, donc même pas la peine sur une vraie course, je tiendrai tout au plus 5 min à me laisser doubler. Je préfère donc m’entraîner seul dans les montagnes qui entourent ma maison et que je commence de bien connaître.

Aucune blessure à l’horizon je passe à 20 000 m de D+ en mai, je redescends un petit peu en juin, je frôle les 25 000 m de D+ en juillet et je rebaisse un poil au mois d’août. Grosso modo j’aurai réalisé un petit peu plus de 125 000 m de D+ en 8 mois, même si ça va bien je me demande si je n’en ai pas un petit peu trop fait. J’ai réalisé pas mal de WE chocs successifs, avec au moins 3 000 m de D+ par jour, je suis plutôt confiant pour les 2 ou 3 premiers jour sur le Tor. Pas de blessure mais je ressens un truc au niveau de mon genou droit fin juillet, ce n’est pas douloureux mais comme je ne sais pas ce que c’est je me pose plein de questions.

Je décide comme l’année dernière de faire un gros break de 15j juste avant la course, en ne faisant absolument plus aucune sortie, de toutes façons le gros du volume est fait depuis un bon moment ce n’est pas maintenant que je risque de changer grand-chose sur ma masse musculaire, au pire je vais perdre un petit peu de VMA mais ça ne devrait pas être gênant sur ce profil de course. J’arrête également de manger n’importe quoi, et la dernière semaine je suis à nouveau un régime d’avant course qu’un collègue m’a filé il y a un bon moment maintenant et qui me réussit visiblement bien. Un grand merci à ma femme pour avoir pesé au gramme près tous les aliments et pour m’avoir concocté entre autres cette crème petit déjeuner de warrior certainement très bonne pour la santé mais qui reste infâme au goût, finir le Tor me parait un détail comparé à finir ma crème petit déjeuner tous les matins.  

Samedi – retrait des dossards

 

dernier contrôle après 3h d’attente !     le dossard tant attendu      le célèbre sac de base de vie

 

Cette fois c’est parti on dit au revoir aux enfants et à mes parents en espérant les revoir uniquement dans une semaine et pas avant ! Sandrine me conduit à Courmayeur où nous arrivons vers 15h30. Première étape récupérer son dossard, et là gloups il y a une queue interminable ! et ça avance très très doucement, on prend son mal en patience, une heure, 2 heures, args c’est pas vrai on mettra autant de temps à récupérer ce dossard qu’à faire la route depuis Grenoble ! Enfin notre tour, on comprend vite le problème, il y a plus de 700 concurrents qui doivent récupérer leurs dossards et au niveau du check du matériel obligatoire (c’est nouveau cette année visiblement depuis le décès d’un concurrent Chinois lors de l’édition 2013), il n’y a que 2 tables ! ça fait un goulot d’étranglement monstre !! un loupé de l’organisation espérons que ce sera le seul. Bon la vérification se passe bien, d’un autre coté je vérifie / revérifie / re-re vérifie mes sacs depuis 15j impossible d’avoir oublié quelque chose, puis je récupère enfin mon dossard et mon bracelet qui ne me quittera plus d’ici la fin de la course, un coureur sans son bracelet étant le signe d’un coureur qui a abandonné => ça jamais !

Enfin la remise du tant attendu Sac Jaune Grivel qui va nous suivre de base de vie en base de vie et dans lequel je vais pouvoir laisser des affaires de rechange. A première vue il me parait relativement grand c’est plutôt un bon point, je me suis assez rongé le cerveau avec cela, Sandrine ayant même demandé la taille du sac en centimètre à l’organisation il y a une semaine je confirme c’est bien ce qui était annoncé.

Direction maintenant l’hôtel, on est situé a 1.5 km du départ de la course, on cherche au hasard, le GPS ne passe pas et on n’a pas de plan bien entendu, on se plante et on atterri dans un cul de sac au début d’un bois, on va pour faire demi tour et là gloups, je vois une banderole jaune TDG qui part dans un chemin, c’est visiblement là que l’on va quitter le bitume de Courmayeur demain . L’hôtel est finalement juste un petit peu plus bas, visiblement la seule clientèle va participer de près ou de loin au Tor vu le nombre de sacs jaunes Grivel au mètre carré. Sandrine est dans un état de stress assez avancé, moi je reste relativement calme, même stratégie que d’habitude, je fais croire à mon cerveau que je suis un accompagnant et que je ne participe pas à cette course de dingue. Je fais rapidement mon sac de base de vie, sans vraiment le vérifier, j’ai totalement confiance je cogite à ça depuis des jours, je décide même de le rapporter directement au camion (on pouvait le garder jusqu'au départ et le remettre uniquement le dimanche matin) histoire de ne pas passer la nuit à revérifier en boucle si j’avais mis le bon nombre de paires de chaussettes ou de t-shirts. J’ai déjà vérifié ça des centaines de fois grosso modo mon sac se compose de:

-        6 paires de chaussettes
-        6 caleçons
-        4 t-shirts
-        3 polaires
-        2 sous couches thermiques odlo xwarm
-        3 collants xwarm
-        2 shorts
-        2 paires de chaussures
-        Un énorme lot de piles de rechange
-        Un chargeur USB 5500 mA avec chargeur de téléphone / montre / appareil photo
-        Une trousse de toilette et serviette pour la douche
-        Un nécessaire à ampoule et des médicaments (mal le ventre / douleur)
-        De la poudre énergétique et des barres
-        Des accessoires de rechange divers (pipette pour les bidons, semelles… )