Récit de la course : Sur les Traces des Ducs de Savoie 2011, par Liliputiengeant

L'auteur : Liliputiengeant

La course : Sur les Traces des Ducs de Savoie

Date : 25/8/2011

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 398 vues

Distance : 118km

Objectif : Terminer

3 commentaires

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T(ant) D(e) S(ensations)

Quelques jours après cette TDS, de nombreuses images me trottent encore dans la tête. Ce petit CR va donc me permettre de coucher ces pensées, ces sensations, ces émotions qui ressortent du lot. Cette expérience en somme !

 

Jeudi 9h05 : Les fauves sont lâchés, il fait grand beau et les encouragements sont nombreux dans la chaude ambiance de Courmayeur. « Bravi, bravi, bravi ! ». On est loin d’une course saucisson, mais voir autant de monde assister au départ donne quand même de belles émotions et une bonne dose de motivation pour la suite !

 

11h20 : Les lacets vers le col de la Youlaz s’élèvent franchement, rendant la progression plus compliquée et créant les premiers bouchons. Certains quittent le sentier pour ne pas s’arrêter, ce qui n’a pour conséquence que de prolonger le bouchon pour ceux qui restent dans la trace, le passage finissant fatalement par se réduire à la largeur d’un homme... Dommage pour le peu de verdure qui arrive à s’accrocher au sol à cette hauteur, dommage pour le ton qui monte entre les coureurs… Mais la course est longue, et il suffit de se retourner et de regarder le paysage qui nous entoure pour ne pas regretter d’avoir quelques minutes à passer sur place ! Arrivée au col en 3h, en 924ème position. Un peu au-delà du temps envisagé, mais pas tant que ça. Ca permettra de conserver une bonne vitesse de progression plus longtemps pendant la course et de gommer largement ce retard !

 

14h45 : On approche du col du Petit St-Bernard, on observe les reflets du soleil dans le superbe lac qui trône à cette altitude, la vue sur les massifs environnants est superbe, avec la hauteur la température ressentie est presque parfaite, on progresse tranquillement sur un rythme qui comme prévue n’a que peu baissé depuis le départ. A ce moment on savoure la chance qu’on a d’être ici, c’est du plaisir à l’état brut !

 

19h : Une route goudronnée qui s’étend à perte de vue et un petit panneau routier qui fait mal au moral : Cormet de Roselend – 14km. La montée est régulière, à 7-8%, rythmée par le bruit des bâtons sur le bitume, et interminable. Ce détour, nécessaire pour éviter les passages dangereux avec le risque d’orage, aura attaqué le mental. La distance déjà longue entre ces deux ravitos s’est vue rallongée de 6km, causant le malheur de ceux qui n’avaient pas assez d’eau pour tenir la distance… La gestion de la distance entre les ravitaillements est définitivement une composante à bien prendre en compte sur la TDS.

 

21h30 : Le ravitaillement du Cormet de Roselend est un traquenard ! Sous le chapiteau on manque de place, les coureurs sont assis sur le moindre bout de banc et accusent le coup. Ca sent la démotivation à plein nez ! C’est d’ailleurs à ce point que la course verra le plus d’abandons (142), alors hors de question de s’attarder. Je fais le plein, je mange, je remets un peu de vaseline où c’est nécessaire, et je fonce dans la nuit ! Même si je n’en sais rien à ce moment là, je suis remonté à la 402ème place. Cela me conforte dans mon idée que pour réussir en trail il est très important de bien savoir caler son allure dès le début de la course, pour permettre à celle-ci de se dégrader le moins possible par la suite. Quelques minutes plus tard c’est le noir complet, et je profite de n’avoir personne autour de moi pour éteindre ma lampe et lever la tête vers le ciel : Waouh ! Ce ciel étoilé, seul au milieu de la montagne, vaut bien les paysages traversés pendant la journée, et c’est un spectacle à ne pas manquer pour recharger ses batteries pour la nuit.

 

23h : Descente vers la Gite, la fraicheur de la nuit m’a permis de retrouver un peu plus d’énergie et j’en profite pour réaliser une bonne descente. Bien éclairé par une Petzl à la taille qui me sert également de porte dossard, et une fenix HP10 sur la tête, je n’ai aucune hésitation sur mes prises d’appuis et je dois descendre presque aussi vite qu’en plein jour. Visiblement ce n’est pas le cas de tout le monde, et je reprendrai de très nombreux coureurs plus hésitants !

 

Vendredi 1h : On approche doucement du col du Joly, et il y a maintenant régulièrement des périodes de plusieurs minutes sans voir personne. Ce qui me marque surtout pour ma première nuit à cette altitude, c’est un vent à décorner les bœufs ! Bien content d’être un minimum couvert et que la nuit reste sèche ! C’est aussi à ce moment que des passages plus technique se présentent, et il faut rester concentré pour ne pas faire un faux pas poussé par une rafale…

 

3h30 : Les contamines sont proches, mais après la descente depuis le col du Joly c’est 4km à plats qui se présentent à nous, soit une distance interminable à ce moment là. Dans ma préparation je m’étais dit que de nombreuses minutes seraient gagnées ici par ceux qui pourraient encore courir, et je me suis donc fait violence pour trottiner sans discontinuer. Le résultat fait plaisir car j’ai doublé plusieurs personnes et gagné du temps (247ème position ici), mais j’ai aussi pris un risque car une chape de plomb me tombe sur les épaules en m’arrêtant au ravitaillement. L’acide lactique monte très vite dans les jambes qui se raidissent en quelques minutes et repartir après cette pause est un calvaire. Pour la première fois depuis le départ je me suis un peu enflammé, et je le paye cash…

 

6h : Un mur. Ni plus ni moins. La montée du col du Tricot parait interminable, et j’ai du être doublé par 30 à 40 personnes depuis les Contamines sans reprendre qui que ce soit. J’avance purement au mental, et heureusement l’envie d’en découdre reste entière, mais que c’est dur. Difficile de savoir si j’aurai pu aller plus vite en ayant marché avant les Contamines, ou si les jambes sont simplement cuites, mais pourtant à ce moment cette question occupe grandement mon esprit… Le jour commence finalement à revenir, et je finirai par arriver en haut pas si loin de mes prévisions, mais en ayant bien perdu l’avance prise précédemment. La vue du levé du jour au sommet fera cependant oublier tout ça l’espace de quelques instants. Quel spectacle, ce rose et ce orange qui viennent parer les montagnes !

 

8h : Descente sur les Houches, que ça fait mal aux jambes ! Pourtant dans la descente du Joly les jambes étaient encore suffisamment souples, et ici elles ne veulent plus plier. Détends toi, détends toi, mais pourquoi tu te détends pas nom de nom !! Je perds encore une ou deux places, mais je serre les dents. C’est la dernière descente après tout, plus la peine d’en garder pour la suite !

 

9h30 : C’est la dernière ligne droite vers Chamonix. Motivé pour réaliser le meilleurs temps possible, je relance sans arrêt. J’arrive encore à courir un peu, et cette fois il n’y a pas de montée du col du Tricot à suivre ! Il y a quand même encore de nombreuses petites bosses où j’en reviens à une marche énergique, en poussant tant que possible sur les bâtons. Enfin on passe le panneau d’entrée en ville, on remonte les rues qui sont encore bien longues, puis on débouche sur les rues piétonnes sous les applaudissements des passants, des personnes sur leurs balcons ou encore sur les terrasses des cafés. Ces encouragements donnent les dernières forces nécessaires pour relancer encore plus fort. On a envie de dire merci à toutes ces personnes, en se disant qu’on n’en mérite pas tant, et on ne peut plus faire qu’un signe de la main alors qu’ils sont si nombreux et que l’arche d’arrivée se profile. C’est fait, quel bonheur, quelle émotion ! 25h03 et une 265ème place inespérée au départ. Mais surtout que d’images, d’instants, de sensations…

 

Quelques minutes passent, puis quelques heures, et on se retourne vers la course entre la douche, le repas et les formidables kinés. Les bénévoles ont été fantastiques tout du long, les ravitaillements sont très bien fournis et sans attente, le parcours est exigeant comme on les aime avec ses portions raides et douloureuses, ses portions roulantes dures à gérer, et même ses quelques passages techniques à bien appréhender. Mais c’est aussi très beau, avec toute une variété de terrains traversés. C’est enfin une superbe ambiance dans les villes traversées, propre à ce week-end autour du Mont-Blanc.

 

Puis les heures continuent de défiler, et alors qu’on commence à récupérer, on continue de voir des gens en finir avec leurs défis tout au long du week-end, toujours avec la même émotion, et on ne demanderait qu’à rester là, au cœur de ces quelques jours un peu à l’écart du reste du monde…

3 commentaires

Commentaire de ch'ti Gone posté le 02-09-2011 à 11:46:57

Bravo pour ta gestion de course, ton départ prudent à payer.
Ah ce panneau "Cormet de Roselend 14km"...dur pour le moral!

Commentaire de peeweeonline posté le 03-09-2011 à 17:12:34

Superbe récit de course très vivant. Je me souviens t'avoir croisé au ravitaillement des Houches avec ta tenue orange ! Je termine en 260ème position et je me souviens de ton arrive ;--)

Commentaire de TOM TOM posté le 04-09-2011 à 08:14:27

Bravo pour ta course. Comme quoi ceux qui ont gagné dix minutes en coupant à la Youlaz n'ont pas vraiment fait le bon choix!!! Gérer, gérer, gérer...
Et l'année prochaine?

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