Récit de la course : Les Templiers 2006, par Miche

L'auteur : Miche

La course : Les Templiers

Date : 29/10/2006

Lieu : Nant (Aveyron)

Affichage : 2599 vues

Distance : 66km

Objectif : Pas d'objectif

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

Templiers 2006 - Premier trail long

La préparation 

Malgré un nouvel échec au Marathon des Burons en Juin, je décide de me lancer dans la course des Templiers. Afin d’être fin prêt en Octobre, je m’astreints à quelques sorties en montagne pendant le mois d’août que ce soit à la Plagne ou à Font Romeu. J’envoie mon bulletin d’inscription début septembre puis je convaincs facilement Philippe de m’accompagner. Ce sera pour lui sa troisième participation. Je sors une dernière fois en montagne avec Simon le 22 septembre. Nous faisons un gros tour dans le Parc d’Aygues Tortes : 38 km et 2200 m de dénivelée en 9h30. Je cours souvent à Bouconne le week end et réalise un 35 km en 3h20 un dimanche matin et un 25 km en 1h46 une autre fois. Je me sens affûté. Quelques sorties VTT me permettent de durcir mes cuisses en prévision des montées et descentes à enchaîner.

 

Suite à quelques discussions avec Philippe et Simon, je projette de faire entre 8h et 9h. 9 h serait bien, 8h serait exceptionnel. Le vainqueur de l’année dernière a fait 6h30 pour les 66 km et 3000 m de dénivelée. Avec 8h je devrais terminer 100ème, avec 8h40 je serais 200ème. Je me rajoute encore un peu de pression en me disant que si je termine bien dans les 200, c’est-à-dire sans souffrir toute la deuxième moitié comme à l’Aubrac, ou pas bien mais dans les 100, alors je suis prêt pour l’UTMB l’année prochaine. J’établis mes temps de passage aux différents points du parcours et je me prépare un petit pense-bête à accrocher à mon camel-back.

 

La veille

 

Nous partons avec Philippe le samedi pour récupérer nos dossards. Il semble que Philippe connaisse tout le monde puisque je le vois serrer des mains et faire des bises pendant une bonne heure. Même Dachiri Sherpa s’arrête pour le saluer et ils échangent quelques mots. Nous allons ensuite à Millau où nous mettons un peu de temps à trouver notre hôtel puis à convaincre le serveur de ne nous servir que les pâtes du plat que nous avons choisi. Après avoir préparé notre sac et notre tenue du lendemain, nous sommes au lit à 21h.

 

Le réveil sonne à 3h10. Petit thé et gâteau protéiné sont au menu dans la chambre. Nous quittons l’hôtel à 4h et nous ne sommes pas les seuls à rejoindre le départ. Dans Nant, nous nous garons à un parking un peu excentré puis rejoignons la zone de départ tranquillement. Je mange une dernière banane et un gel puis j’escalade les barrières pour me joindre à la masse des coureurs à une trentaine de mètres de la ligne. J’aimerai être dans les 300 afin de me laisser porter par le flot des coureurs jusqu’à Dourbies, premier ravitaillement, au km 36.

 

Le départ

 

Le départ est donné rapidement à 5h32. Malgré la musique des Chariots de Feu, je ne ressens rien de spécial. Les premiers kilomètres sont sur route, plate puis en montée. Je suis vraiment à l’aise et je suis étonné que le flot soit aussi rapide alors que je ne suis vraiment pas dans les premiers. Dans les virages, je peux voir devant moi le long serpent lumineux. Vers l’arrière, c’est encore plus impressionnant. Nous finissons par attaquer un chemin carrossable puis une montée sévère me permet de doubler pour la première fois quelques concurrents. Nous attaquons ensuite un plateau légèrement vallonné puis nous rejoignons la trace d’une ancienne voie ferrée.

 

Peu après le premier tunnel, je rejoins Philippe qui visiblement est parti devant moi. Nous bavardons un peu mais je préfère courir à ma vitesse et tente de me laisser distancer puis de le lâcher. Le jour se lève et nous pouvons éteindre la frontale. Nous arrivons à Sauclières à 7h08 alors que mon tableau de marche demandait 7h10. Je suis content d’être pile poil dans les temps. Nous attaquons peu après une montée en forêt avec une trace étroite. Je suis ralenti par les coureurs devant moi. J’essaie de ne pas me fatiguer en doublant quand c’est facile. Je distance Philippe. Nous arrivons sur le plateau du Causse où une trace serpente entre les buissons et les quelques rochers. Le paysage est magnifique. Je me force à ne pas trop accélérer l’allure. J’arrive à ce que je pense être le Col de la Barrière à 7h45 pour 7h50 programmé. Peu avant de passer un petit tunnel sous la route, j’entends les spectateurs crier « Baissez la tête dans le tunnel ». Je comprends mieux à la sortie du tunnel en voyant un coureur se tenant la tête ensanglantée. Il a l’air plus embêté de devoir abandonner la course que d’être blessé !

 

Le St Guiral

 

C’est maintenant la montée vers le St Guiral. Le début est une piste carrossable. Il y a beaucoup de vent. Je double pas mal de monde dont certains qui ont l’air de souffrir déjà alors que l’on vient juste de passer le km 20. Par moment la trace se limite à du hors piste dans la lande ou à une sente étroite au milieu de la bruyère. Je suis souvent gêné pour doubler mais je suis content d’être aussi à l’aise dans cette longue montée vers le point culminant de la course. A l’approche du sommet, on traverse un joli sous bois avec un tapis de feuilles mortes.

 

J’atteins le sommet à 8h53 pour 8h50. Le début de la descente est très roulant. Puis on reprend du hors piste, un saut de rivière, quelques pelouses spongieuses. Je sens que mes chaussures pourraient être plus serrées. Surtout quand j’attaque une descente plutôt raide dans un alpage. Je continue à me sentir voler par rapport aux autres concurrents, sauf l’un d’entre eux qui va encore plus vite que moi et qui fait preuve d’une superbe technique en descente avec ses bâtons. Une courte remontée puis une traversée sur un chemin dallé nous emmène vers Dourbies.

 

Peu avant le village, je double un concurrent porté par un spectateur, visiblement victime d’une entorse. Quelqu’un m’annonce que je suis à la 420ème place peu avant le ravitaillement. Je ne pensais pas être aussi loin dans le classement. La descente a été plus longue que prévue puisque j’arrive à Dourbies à 9h48 pour 9h30 prévu. Il y a foule dans le village pour nous applaudir. Je mange beaucoup, je m’assieds quelques instants pour mettre mes gels dans ma poche ventrale. En sortant, je remplis mon camel-back puis j’attaque la montée à 9h56 vers la crête du Suquet en marchant et avec deux petites tartines de fromage à la main.

 

Le Suquet

 

Je m’astreints à marcher rapidement et à courir dès que possible. Les autres concurrents n’arrivent pas à suivre mon rythme. J’arrive rapidement sur la crête et j’enchaîne par la traversée qui alterne petites montées et descentes, soit dans la lande, soit en sous-bois avec le tapis de feuilles qui cachent les cailloux. La descente sur Trêves est très raide et très rapide au début. Il y a aussi quelques passages avec des cordes par endroit car cela est vraiment trop pentu. Je commence à avoir mal aux cuisses vers la fin après plus de 700 m de dénivelée à fond. Une petite route nous emmène jusqu’au ravitaillement suivant au km 46 où j’arrive à 11h14 pour 11h prévu. Je me rends compte que j’ai rattrapé un peu de mon retard. Je mange encore des tartines de fromage, des morceaux de bananes et je fais quelques étirements. Il y a un contrôle des dossards, le premier ! J’apprendrais le lendemain que j’étais à ce moment-là le 323ème. J’ai donc doublé une centaine de personnes entre l’arrivée à Dourbies et Trèves !

 

Je ne m’arrête que trois minutes puis je repars en marche rapide vers la Rocarie. Un concurrent me dit que c’est plein de longs faux plats. Effectivement la montée n’est pas très raide et il est possible de courir assez souvent. Une concurrente me rattrape sur le haut et je préfère la laisser me doubler. On continue ensuite sur les crêtes et la vue est magnifique. En revanche, le terrain me convient moins puisqu’il est plutôt plat et que je préfère les montées ou les descentes. On arrive finalement au bout du plateau et nous en descendons par une nouvelle descente vertigineuse, équipée encore une fois de cordes. Après, une traversée nous ramène vers St Sulpice. Une dernière descente raide puis nous traversons la rivière sur un pont et nous remontons en face.

 

Le Roc Nantais

 

Le ravitaillement est un peu plus loin au km 57,5. J’y arrive à 12h43 pour 12h20 prévu. J’ai un peu de retard encore. Vu que je suis toujours en forme et que je n’ai mal nulle part, j’espère encore pouvoir accrocher les 8h15 quitte à forcer un peu sur les 8,5 km restants. Je tente de remplir de nouveau mon camel-back mais en fait il est toujours bien rempli. Je repars donc rapidement. Les 4 kilomètres suivants sont plutôt roulant et je me force à courir pratiquement tout le temps. Peu avant Cantobres, je rattrape une concurrente qui me dit qu’elle est énervée car il était prévu 66 km et comme un organisateur lui a dit à St Sulpice qu’il restait 11 km, elle comprends qu’il en reste plus que prévu. J’essaie de la convaincre qu’il reste moins de 4 km mais elle ne me croit pas. Je commence moi-même à penser que les 8h15 vont être dur.

 

Au ravitaillement de Cantobres, un spectateur m’annonce que je suis  250ème. J’y suis à 13h16 pour 12h50 prévu. Je me concentre maintenant pour rentrer dans les 200 premiers. J’attaque la dernière montée vers le Roc Nantais à toute vitesse. Il s’agit d’un faux plat montant le long d’un ruisseau. Je rattrape la concurrente qui m’avait doublé après Trêves. J’essaie de calculer ma nouvelle position à chaque fois que je double un groupe de concurrents. J’arrive sur le plateau sommital. Le tracé zigzague sur le plateau puis longe le rebord de la falaise surplombant Nant.

 

L’arrivée

 

J’attaque enfin la dernière descente. Il y a encore des cordes mais c’est moins raide. Puis une traversée nous emmène jusqu’à un sentier qui descend en travers vers le village. Un concurrent me double à toute vitesse. Je décide de le suivre et nous entamons une descente folle à plus de 12 km/h probablement malgré les cailloux et les virages. Il y a de plus en plus de spectateurs. Nous arrivons à Nant et je reconnais le petit raidillon dont m’a parlé Philippe. Je cours jusqu’à la ligne que je franchis à 14h12 après 8h40’06’’ de course. Il doit effectivement y avoir plus que 66 km !

 

Comme d’habitude, je pleure d’un coup et je ne parviens pas à retenir mes larmes. Je n’ai pas trop mal aux jambes et je peux donc tranquillement aller à la zone de ravitaillement où je m’assieds puis je bois et mange longuement. Je suis tellement content d’avoir terminé sans aucun problème et en étant capable de courir jusqu’au bout que je pleure de nouveau. Je retourne ensuite vers la zone d’arrivée pour attendre Philippe et peut-être Stéphane, un copain de Jean-Pierre, et Sébastien, le frère de Simon. Stéphane arrive en 9h25 et m’explique qu’il était à Dourbies en 4h mais qu’après il a explosé. Il suppose qu’il n’a pas récupéré de l’UTMB. Les classements sont affichés et je suis 218ème.

 

Vers 16h30 je décide d’aller à la voiture au cas où Philippe aurait abandonné. Je ne le trouve pas. Je prends ma douche puis je retourne le chercher. Nous nous retrouvons à ce moment-là. Il m’explique qu’il a terminé tranquillement avec un copain en 11h18 et qu’il n’est absolument pas fatigué. Nous quittons Nant vers 18h. J’apprends le lendemain que je suis 218ème sur 1901 arrivants. Sébastien a terminé 71ème en 7h49. Vivement l’an prochain que je tente les 100 en moins de 8h.

Aucun commentaire

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Accueil - Haut de page - Version grand écran