Récit de la course : Alésia Trail Côte d'Or - 51 km 2018, par cyrille71

L'auteur : cyrille71

La course : Alésia Trail Côte d'Or - 51 km

Date : 30/9/2018

Lieu : Alise Ste Reine (Côte-d'Or)

Affichage : 147 vues

Distance : 51km

Matos : Inov-8 trail talon 200
Hoka evo race 17L

Objectif : Faire un temps

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Retour vers Alésia

 

Le vent souffle sur les plaines de la Bourgogne Côte d’Orienne.

Je jette un dernier regard sur mes proches, tous ceux qui me soutiennent.

Laetitia, du groupe Courir Moroges, est venu me chercher.

Les druides ont décidé de mener la course dans la vallée.


Dans la vallée oh oh d’Alésia lalilala.

Dans la vallée oh oh j'ai pu courir au grand galop.

Dans la vallée oh oh d’Alésia lalilala.

Dans la vallée oh oh un petit trail et c’était beau.


Et oui, si la Bretagne Armoricaine avait la tribu de Dana pour repousser l’envahisseur Sumériens, les Mandubiens en Bourgogne Côte d’Orienne avaient l’oppidum d’Alésia pour combattre les légions romaines de Jules César. Au passage tout le monde aura compris que je suis assez vieux pour avoir chanté, enfin plutôt beuglé sur la vallée de Dana, cet immense et seul succès du groupe Manau. Le tout passablement éméché d’hydromel et d’autres substances alcoolisées tout en maudissant les trois connards qui étaient capables de chanter les 20 lignes de chaque couplet quand toi tu n’étais bon qu’à reprendre en choeur les 4 phrases de ce refrain si profond et engagé…

Enfin bref, tout le monde étant en train de chercher le rapport entre Alésia, la Bretagne Armoricaine et Manau je précise tout de suite qu’il n’y en a pas, c’était juste histoire d’introduire la course du week-end dernier avec force tambours et trompettes en faisant appel à une chanson d’une époque guerrière qui pourrait s’apparenter à celle de la guerre des Gaules. Dimanche dernier c’est donc sur les terres de l’une des plus célèbres batailles de nos ancêtres les gaulois que je me suis rendu, même si à Alésia Dana n’était pas là, ni Manau fort heureusement. Par contre Vercingétorix était bien présent, toujours planté en haut de son Oppidum et observant ses troupes se préparer à courir sur les traces des remparts que l'assiégeant romain avait élevées autour de la cité gauloise il y a maintenant près de 2100 ans.


Alésia est un rendez-vous du calendrier des courses hors stade de Bourgogne que j’apprécie beaucoup, je dirais même un incontournable au même titre que tant d’autres courses dont je vante tous les ans le parcours et l’organisation (suivez mon regard du côté du trail des trois châteaux, du trail des cadoles, trail de la rentrée ou encore Roc d’Aluze…). Une date bien choisie le dernier week-end de septembre, c’est simple il fait toujours beau à Alésia, quatrième participation et toujours sous le soleil. Les paysages en ces premiers jours d’automne sont magnifiques et les températures toujours favorables à nos activités pédestres. Fallait venir quoi, en plus il y a des distances pour tous les goûts et le site de départ / arrivée est juste magnifique, alors on se dépêche de sortir son agenda et on réserve la date pour l’année prochaine, non mais !

César lors du siège d’Alésia avait donc érigé une double fortification autour de l’oppidum d’Alésia pour bloquer et affamer les tribues gauloise réfugiées à l’intérieur et qui attendaient l’arrivée d’une armée de secours. Autour de la ville, une ligne défensive de 15km appelée contrevallation et tournée vers l’intérieur empêchait les assiégés de sortir. Plus au large une deuxième ligne de défense longue de 21 km, la circonvallation, cette fois tournée vers l'extérieur venait protéger les assaillants d'une attaque de l’armée de secours. Quel petit joueur ce Jules César, à peine 36km de fortifications, aujourd’hui c’est 51km et près de 1650m de dénivelé que je m’apprête à courir ! Peux toujours essayer de me rattrapper l’empereur avec son armure, son glaive et son balai à chiottes vissé sur la tête !

Objectif du jour, opérer une percée dans les lignes romaines afin de libérer Alésia de son siège ! Rendez-vous en septembre -52 av JC, Marty, démarre la voiture, on va leur régler leur compte à ces mauviettes ! Nom de Zeus, la DeLorean DMC-12 est au garage et Doc n’a pas terminé de la réparer, Marty me prévient que la faille spatiotemporelle ne s’ouvrira pas aujourd’hui...Tant pis, nous ne serons donc pas d’irréductibles gaulois luttant contre l’envahisseur romain et faute de mieux nous nous contenterons d’arpenter ces lieux chargés d’histoire. 

Avé César, ceux qui vont courir te saluent !


Il est 8h25 et une armée de traileurs forte de près de 200 concurrents s’apprête à prendre le départ de ce trail de 51km. Le chef de la colonne se prénomme Emmanuel David, un record sous les 2h20min sur marathon, des sélections en équipe de France de trail, un podium sur la SaintéLyon et des places d’honneur sur les plus grandes courses en veux-tu en voilà. C’est dire si elle a fière allure notre armée sous le regard bienveillant de la statue de Vercingétorix qui se dresse sur ce lieu de départ, Jules fait déjà moins le malin ! Fort de mon expérience de l’année dernière, j’avais alors terminé la course à la 16ème place, je me présente en seconde ligne afin de me retrouver tout de suite dans le bon rythme et le bon groupe. Pour cette nouvelle édition j’aimerai passer sous les 5h15min et m’approcher, voir de rentrer dans le top10. Ambitieux, mais en même temps ce trail doit me permettre de faire l’état des lieux du bonhomme sur format long après une reprise post pause estival sur des formats plus courts. J’en saurai ainsi un peu plus quand à ma capacité à boucler les 100km de l’Endurance Trail des Templiers, objectif avoué de cette deuxième partie de saison. Le départ est donné à 8h30 et très vite je me retrouve débordé de tous les côtés, c’est à ni rien comprendre ! Pourtant je suis partis vite, premier kilomètre bouclé à 14,5km/h, certe en descente, mais l’an passé c’était plutôt autour de 12,5km/h...Et ça ne va pas s’arranger, sur les premiers kilomètres de nombreux participants continuent de me dépasser, certains même armés de bâtons sur un terrain que je juge pourtant assez roulant. Je cogite, je regarde ma montre pour vérifier l’allure, tentative de relance, ce début de course est vraiment pénible pour moi avec des jambes pas extraordinaires et un cardio qui peine à monter dans les tours. Finalement je décide de prendre mon mal en patience, après tout je ne me suis pas échauffé alors ce départ rapide ne m’a pas mis dans les meilleurs dispositions, j’ai l’espoir que la mécanique se mette doucement en route au fur et à mesure de notre avancée dans les lignes romaines !


Je connais bien le parcours puisqu’il s’agit de ma troisième participation, je ne me fais donc pas surprendre par les premières montées assez franches et les nombreuses relances qui s’en suivent, ni par le terrain qui alterne portions roulantes et passages plus techniques au milieu des pierres. Je dois être aux alentours de la 30ème places donc je ne me focalise plus sur le classement mais uniquement sur le chrono, et celui-ci est en parfaite adéquation avec l’objectif de départ, la course contre les autres devient donc une course intérieure.

Les remparts de flavigny sont rapidement franchies et l’armée des traileurs déjouant ainsi les pièges romains disséminés sur le parcours peut accéder à son premier point de ravitaillement. César voulait affamé les gaulois ? C’est raté ! Je ne m’attarde pourtant pas sur ce premier étal de victuailles, je suis en configuration ultra avec pas mal de ravitaillement perso et je ne ressens aucune alerte donc roule. La suite me donne raison, les kilomètres s’enchaînent à bonne allure et le premier tier de la course est atteint en 1h36min sans avoir à forcer le talent. Toujours de très beaux passages dans les bois reliés entre-eux par des chemins sur lesquels mon entraînement marathon de début d’année peut s’exprimer avec une vitesse souvent proche des 12 ou 13km/h. Nous longeons des cadoles, ces petits abris de pierres au charme millénaire, en passant devant celles-ci je vérifie qu’un légionnaire ne va pas en sortir et avertir d’un coup de trompette sa centurie de notre échappée aux travers de leurs lignes. Nous traversons un lit de rivière, enchaînons montées bien raides et descentes en single, voir un peu aériennes parfois, avant d’arriver à l’un des plus beaux passages de ce trail, le passage des roches, une faille entre deux petites falaises perdues au milieu de la forêt. Les paroies sont recouvertes de mousses et des cordes facilitent l’évolution dans ce dédale rocheux, les appuis sont fuyants, impossible de courir ce qui finalement nous permet de profiter un maximum de ce décor onirique, magnifique !

J’arrive à Jailly les Moulins, village qui marque la mi-course et dans lequel est installé un nouveau ravitaillement, c’est là que j’avais prévu de refaire les pleins. Environ 2h30 se sont écoulées depuis le départ ce matin et je tiens toujours l’objectif chrono, je commence même à envisager de passer sous les 5h, un temps que je sais atteignable sur un tel tracé avec une bonne gestion de l’allure, de l’alimentation, de l’hydratation et des arrêts aux différents ravitaillements. Lors de la précédente édition j’avais couru avec Jérôme et nous nous étions fait cette réflexion à l’arrivée après une épreuve pourtant bouclée en 5h21min, cette année serait-elle la bonne ?


Je repars pour la deuxième moitiée de course gonflé à bloc, ça tombe bien puisqu’une bonne côte se présente devant nous. Je passe à l’attaque, petit trottinage...Et oui sur ces pentes l’attaque consiste surtout à ne pas céder à l’appel de la marche. Je conserve donc ma dynamique de course et surtout je double ! Les voilà ces vaillants combattants partis ce matin le couteau entre les dents, ils sont tous là, scotchés dans l’ascension de ce nouveau plateau avec un air de reddition sur le visage quand le mien transpire la motivation maintenant. Ce scénario va se reproduire à de nombreuses reprises sur le chemin nous ramenant à notre point de départ alors que je continue à maintenir le rythme. Deuxième tiers de la course atteint après 3h20min, les moins de cinq heures de course se rapproche, Une dernière grosse difficulté avec un passage très raide sur lequel une corde installée nous permet de nous hisser à la force des bras, je sens poindre des crampes au niveau des cuisses, il va falloir gérer à présent. Je commence par contre à rattrapper une autre armée de traileurs partis de ce matin pour un tour de 34km. Ces derniers vont m’accompagner sur toute la fin de course et chaque dépassement au vu du différentiel de vitesse entre nous ne va faire qu’augmenter ma motivation. la stratégie consiste à présent à limiter les chocs et les accoups, à lisser le plus possible mon effort pour contenir les crampes et à ne rien lâcher. Les légions romaines jettent leurs dernières forces dans la bataille pour essayer de ralentir les colonnes de traileurs et usent des stratagèmes les plus perfides, c’est un essaim de frelons qui s’abat alors sur nous. D’une franche accélération je m'arrache à ce piège et n’en suis quitte que pour une piqûre au beau milieu de la fesse gauche, il en faudra plus pour m’arrêter ! Dernier ravitaillement au domaine viticole de Flavigny, je marque un arrêt tout symbolique pour boire un verre et croquer un morceau de chocolat, pit-stop express et déjà mes jambes me remettent en chemin. J’entends derrière moi les bénévoles s’exclamer que certains n’ont pas autant besoin de s’arrêter que les autres, j’en souris, toute l’armée romaine est à mes trousses quand même !

J’en suis à présent convaincu, si j’arrive à relancer dans ces derniers kilomètres puis à courir sur toute l’ascension finale, le chrono sera très beau. Mise en application de la stratégie évoquée précédemment, recherche d’une foulée la plus efficace possible, virage à gauche, dernière montée abordée l’épée à la main...Vercingétorix m’appelle du haut de son oppidum, bizarre, on dirait qu’il parle dans un micro...Ben oui m'interpelle Marty, t’as déjà oublié que la DeLorean est en panne, remets les pieds sur terre tu es en 2018 !


Un dernier tour de rempart et j’arrive enfin aux pieds de la statue de Vercingétorix, je vais pouvoir rassurer le chef de l’insurrection gauloise de -52 av JC. Allez Vercin, tu peux t'asseoir maintenant, les romains ont fui. J’ai eu beau regarder, traverser plateaux, forêts impénétrables, falaises et lits de rivières, je ne les ai pas vu !

Avant cela j’aurais finalement passé la ligne d’arrivée de ce trail en 4h58min50s, objectif chronométrique explosé ! Comme prévu la place finale n’est pas terrible 16ème sur 183 finishers, comme l’année dernière, avec un temps final pourtant amélioré de plus de vingt minutes. il faut croire que cette année il y avait une belle densité de coureurs ! En comparant les profils d’allures de ces deux participations je peux constater que je suis effectivement plus rapide sur pratiquement tous les segments et que la courbe de cette année est bien plate, signe d’une bonne gestion, alors ne faisons pas la fine bouche !

Encore une fois beaucoup de plaisir sur cette course, place maintenant à la récup et à un dernier bloc d’entraînement avant les Templiers le 19 octobre. Et si ce petit récit a éveillé votre curiosité, sachez qu’un muséoparc a été inauguré en 2012 sur la commune d’Alise Sainte Reine. Il est constitué d’un site archéologique sur les ruines de l’ancienne cité gauloise d’Alésia, d’un centre d’interprétation retraçant cette bataille tout en la replaçant dans le contexte de l’époque et du site sur lequel a été érigée la statue de Vercingétorix, point de départ et d’arrivée de cette nouvelle aventure que le barde du village vient de vous chanter.


Le vent souffle toujours sur la Bourgogne Côte d’Orienne.

Et j'ai rejoins mes proches, tous ceux qui me soutiennent.

J'ai tout recouru de mes pieds pour en arriver là.

Je suis devenu finisher du célèbre trail d’Alésia.


Dans la vallée oh oh d’Alésia lalilala.

Dans la vallée oh oh j'ai pu courir au grand galop.

Dans la vallée oh oh d’Alésia lalilala.

Dans la vallée oh oh un petit trail et c’était beau.


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