Récit de la course : Ultra Trail des Balcons d'Azur - 79 km 2017, par shef

L'auteur : shef

La course : Ultra Trail des Balcons d'Azur - 79 km

Date : 23/4/2017

Lieu : Mandelieu La Napoule (Alpes-Maritimes)

Affichage : 1080 vues

Distance : 79km

Objectif : Terminer

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Petite leçon d'humilité

C’est la seconde fois que je me frotte à un ultra de cette distance, après l’Echappée Belle N l’an dernier. Je me suis plus entrainé (~30km par semaine contre 20), mais je ne suis pas pour autant « confiant ». D’ailleurs est-il possible d’être un jour confiant au départ d’un ultra ? Je sens bien qu’il me manque aussi et surtout quelques sorties/courses de montée en volume pour être bien prêt. Ma sortie la plus longue depuis des mois est un peu plus de 30km.  La petite est en période d’allergie est tousse et se réveille les nuits, je commence à attraper un petit froid, j’ai de vagues douleurs un peu récurrentes au dos et au pied droit, un manque certain de fraicheur, bref, j’aborde tout cela dans les meilleures conditions ! Je compte donc plus sur mon mental pour arriver au bout du morceau. Je compte le temps du vainqueur de l’an dernier, environ 8h (en fait plutôt 7h30 !), et je lui applique mon ratio 1,5 ce qui donne 12h, ça sera mon objectif.

Niveau équipement je décide de mettre les bâtons sur le sac en prévision de coups durs sur la fin de parcours. Je mets aussi mes chaussettes injinji trail crew que j’avais testé sur une courte sortie 2 semaines auparavant.

 

Juste avant le départ, c’est l’entrée dans le sas, et là, problème : pour cause de je ne sais quoi (sécurité peut-être), le sas est fermé à un bout, et comme j’avais l’intention de rentrer dans la moitié/fin du peloton, lorsque je me présente tout le monde est déjà entassé et je me retrouve aux alentours de la 5e ou 10e ligne, bref, avec des gens qui visent certainement bien mieux que moi. En même temps je garde un souvenir de quelques bouchons au départ du 45km l’an dernier et je me dis qu’au moins je serai tranquille sur ce point. On part donc tous joyeusement, dans les rues de Mandelieu. Il ne fait ni froid ni chaud, la météo s’annonce belle avec un peu de vent ce qui nous rafraichira un peu, tant mieux.

En se retournant dans les premières bosses, on peut admirer la ribambelle de frontales sur fond de baie de Cannes, illuminée par les lumières urbaines d’abord puis l’aube ensuite. Les petites côtes du début s’enchainent à bon rythme. Je me rappelle me sentir bien, et me dire aussitôt « en ultra, si tu te sens bien, c’est que tu vas trop vite ». Je me force à ralentir un peu dès que ça grimpe. On est sur mes terrains d’entrainement de l’hiver et c’est un peu complique de se forcer à marcher là où je cours d’habitude, dans les montées. J’ai beau me dire : « cool, y’a 80 bornes, tu la joues comme à chaque fois en finissant bien », je n’arrive que très peu à ralentir. On passe donc la première vraie  bonne grimpette (au col des 3 Thermes), où je sors finalement les bâtons (plutôt que de les trimballer sur le sac, autant s’en servir). Je navigue vaguement dans le haut du classement je pense, aux alentours des 3 premières féminines. Le jour commence à se lever tranquillement, je range la frontale. Niveau alimentation tout se passe bien, je bois régulièrement, j’ai mangé ma barre de la première demi-heure, tout baigne de ce cote-là. Par contre niveau jambes, déjà au bout de 10km je sens les prémices de tiraillements, ça va être long.

 

On bascule ensuite dans la descente vers le lac de l’Ecureuil, en-bas de laquelle s’opère un petit regroupement derrière Elodie Lafay qui gère la remontée au Col Notre Dame d’un bon train, d’abord à la marche, puis en courant. Tout le monde embraye dans ses pas, et donc je suis, tout en me souvenant que l’an dernier a la même époque sur le 45km, j’avais quasi tout fait à la marche ! On arrive au premier ravitaillement au col Notre Dame en 2h10, soit à peine 4 minutes de plus que l’an dernier. Je ravitaille les flasks et repars dans la montée du Pic de l’Ours, toujours à (trop) bon rythme. Au sommet je sais qu’il va y avoir une longue section très roulante jusqu’à Agay, donc je m’arrête ranger les bâtons sur le sac, et en repartant alors que je boucle la ceinture je me prends le pied dans une souche. Je manque de m’étaler et alors que je suis obligé de poser la main dans le bas-côté pour me retenir, je me fais une petite blessure à la paume  qui va me faire bien plaisir toute la course avec la transpiration et les bâtons. Je rince vite fait et je pars dans la descente tout seul, puis le long plat a flanc dans des paysages superbes avec le jour qui se lève.

 

J’arrive à la bifurcation entre le 80 et le 45 au km 22 au bout de 2h45 (4 minutes de plus qu’en 2016). La suite est un peu barbante en redescendant vers le lac de l’Ecureuil (grande piste pleine de cailloux), puis ça devient majestueux, dans un défilé rocheux ou on longe la rivière. Rien que ce passage vaut le détour. D’ailleurs la plupart du temps le parcours découvre de somptueux paysages de garrigue/maquis dans les roches jaunes/ocres/rouges typiques de l’Estérel, sans parler des points de vue sur la mer avec le Mercantour encore enneigé en toile de fond. C’est vrai que de parcourir ces terrains régulièrement finit par blaser un poil, mais dans l’absolu c’est toujours aussi beau !

 

 

On remonte ensuite sur les hauteurs d’Agay et c’est encore très joli, jusqu’à rejoindre la route et les quartiers. C’est un peu moins folichon mais on rencontre quelques supporters. J’arrive au ravitaillement où je compte me « poser ». 3h50 pour 33 bornes, soit beaucoup trop vite pour mon niveau. Je reste une courte dizaine de minutes, remplis les bidons, mange 1 petit sandwich, chips, orange, je vide les petits cailloux de mes chaussures et je repars à la marche le temps de finir mon second sandwich formage/saucisson. J’ai déjà pas mal de fatigue dans les jambes, le reste suit à peu près.

 

 

Le tronçon suivant va bien m’entamer, à la fois physiquement et mentalement. La chaleur commence à arriver, et s’il y a bien une courte montée à se mettre sous la dent, ça reste globalement très roulant, en faux plat montant ou descendant. J’ai aussi un souvenir assez mémorable d’une section qui avait l’air soit toute neuve, soit à l’abandon, à se glisser entre les pins et les arbustes, éviter les souches, pour carrément finir dans un lit de rivière et finalement se retrouver à un embranchement où nous étions passé… 10 bornes avant !

 

Avec tout ce « roulant » je cours quand même la plupart du temps (même à faible allure), et je pense que je grille pas mal de cartouches sur ces 11 kilomètres. Je commence un peu à gamberger au fur et à mesure que les jambes tirent plus, et je me dis que ça risque d’être compliqué pour rejoindre l’arrivée. Je visualise le reste du parcours et ça me semble tellement long ! Pour éviter le découragement, je découpe tout ça en petits morceaux et m’attarde à gérer déjà le premier que j’ai devant moi.  Apres une interminable montée a la limite du faux plat, j’arrive enfin au 3e ravitaillement au Col de l’Evêque, où l’accueil est digne du tour de France, avec cloche et cris d’encouragement, chouette ! Je suis donc au kilomètre 44 après environ 5h20, soit toujours beaucoup trop vite ! L’alimentation se passe toujours nickel et les jambes tirent franchement après avoir couru beaucoup plus que marché.

 

On entre alors dans une partie un peu plus accidentée, qui devrait être normalement plus à mon avantage, mais la suite va me donner tort. On attaque la montée du Pic de l’Ours qui est bien raide. On y entend régulièrement la cloche sonner pour les arrivées au ravito du col. Sur ce genre de terrain où d’habitude je reprends des gens, j’ai un peu l’impression de plafonner. Il y a un concurrent 30 mètres devant moi, mais je vais mettre l’intégralité de la montée pour le reprendre. On attaque la descente, et là c’est le hic ! Douleurs aux 2 genoux, genre TFL (mais après coup j’ai un doute quand même). Je me mets aussitôt « à la cool », frein à main et petits pas pour gérer la douleur et le terrain un peu caillouteux quand même ! A forcer d’avancer si lentement, je me fais reprendre quelques places et bien sûr c’est un peu de déception, et surtout je pense à la suite. Il reste un peu plus de 30 bornes et je ne suis pas au mieux, il va donc falloir bien gérer tout ça. Heureusement j’arrive toujours à avancer efficacement en montée et la marche rapide passe bien. On arrive à caler un rendez-vous avec Clémence et la petite au PC 9, elle me court après sans succès : après m’avoir raté au ravito d’Agay, puis celui du col de l’Evêque, cette fois j’ai suffisamment ralenti et je les vois au bord du chemin, ce qui me fait bien plaisir (et en plus me donne une excuse pour faire une petite pause de quelques minutes).

Il est 11h30 et le soleil tape maintenant bien fort. On prend encore quelques pistes un peu longuettes où se motiver pour courir devient bien difficile. On attaque ensuite la montée au Col Notre Dame (oui, le même qu’au tout petit matin). La chaleur est vraiment étouffante, je bois très souvent et résiste plutôt bien pour arriver au ravitaillement au col. Je prends encore une bonne pause, plus de 10 minutes cette fois, je fais tranquillement le plein de liquide, je réorganise les gels/compotes sur mon sac, je mange, je m’assois un peu et vide les cailloux de mes chaussures encore une fois (parce que je ne l’ai peut-être pas dit mais l’Esterel est quand même un sacre gros tas de cailloux !).

 

Juste après le ravitaillement se trouvent les Grues (la Petite et la Grande), deux courtes mais très sèches montées. Dans la seconde, je commence à ralentir très perceptiblement et à me sentir très bizarre, avec comme un début de nausée. Il faut se rendre à l’évidence : je suis en train de couler une énorme bielle et démarre une hypoglycémie. Je prends tout de suite un bon gel au chocolat, me hisse au sommet où je m’arrête 3 minutes pour retrouver mes esprits avant d’entamer la descente qui est probablement la plus technique de tout le parcours avec de grandes marches. Dès le début c’est le calvaire au niveau des genoux. Je m’aide bien des bâtons et rejoins au moral le col du Trayas où je sais que je vais retrouver une belle portion de plat. Sauf que la douleur y persiste. Plus atténuée, mais quand même franchement gênante. J’alterne marche et course jusqu’à la section de descente suivante, puis je marche à nouveau, et ainsi de suite. Ça devient franchement dur. Je connais bien le parcours donc je sais ce que je vais encore devoir endurer, et je continue mon découpage mental de ce qui reste en mini-objectifs.

Bizarrement, malgré mon rythme qui chute franchement, je ne pense pas perdre plus d’une dizaine de places, il devait déjà y avoir de gros écarts (ou alors les personnes derrière moi ont connu le même genre de déboires). Je me pose quand même très souvent la question qui tue (qu’est-ce qu’on fait là, pourquoi se faire mal, quand est-ce qu’on pourra dormir, etc…), mais il faut croire que je suis trop têtu pour envisager un abandon à 10 km de la fin alors que j’ai encore tout mon temps et que je marche tout à fait correctement. Je finis donc par arriver au dernier ravitaillement à Théoule, où je remplis encore mes bidons, je prends une compote avant d’entamer la dernière montée importante, et c’est parti !

 

En général en approchant des fins de courses, l’odeur de l’écurie se faisant sentir, le rythme revient. A défaut cette fois pour ce dernier, au moins le moral retrouve un bon niveau et je monte correctement au Rocher des Monges. L’après-midi commence à bien avancer et le soleil tape légèrement moins. Je continue à devoir marcher en descente, et sur le plat j’arrive à alterner vaguement. Je perds quand même un temps dingue sur ce dernier tronçon qui est très roulant. Je dois encore me mettre sur le côté pour laisser passer quelques coureurs qui courent (alors que je suis un coureur qui marche). J’estime mon temps d’arrivée et le communique à la petite famille qui me rejoint sur la place juste avant la ligne que je franchis après 12h02 d’effort. Enfin on peut s’asseoir ! Petite différence par rapport à l’année dernière, il n’y a pas de kinés à l’arrivée pour les massages, dommage pour la récup car j’étais plus que volontaire.

 

 

Petit bilan 3 jours après la course :

Il s’agissait donc de ma seconde grande course de 80km. J’ai pris une belle claque en partant beaucoup trop vite, et surtout en ne ralentissant pas alors que j’en étais parfaitement conscient. L’entrainement, ou en tout cas 2 ou 3 sorties franchement longues 40/50km m’ont fait défaut pour mieux supporter la longueur. Probablement aussi un manque de sommeil et de fraicheur générale.

Je relève quand même quelques points positifs : mon mental s’est bien démerdé, développant quelques stratégies pour éviter la démoralisation face à la distance restant à parcourir par exemple. L’hydratation a été gérée correctement, l’alimentation quasiment (juste cette hypo mais que j’ai bien détecte et enrayée). Je n’ai eu absolument aucune crampe. 3 jours après il ne me reste presque plus aucune courbature, et dès le lendemain je n’avais plus de douleur aux genoux (ce qui me met le doute quant à un TFL). Mes pieds ont bien résisté aussi malgré la chaleur, je n’ai eu qu’une seule toute petite ampoule au talon face interne vers la plante (je valide donc les chaussettes injinji). Pas de pieds enflés ni rien.

Ce trail cache drôlement bien son jeu : Le massif, d’abord, plein de cailloux, qui fait que même sur les pistes il vaut mieux rester vigilant pour éviter l’entorse ou le pavé qui voltige et cogne dans la malléole, avec des sections franchement techniques. Le relief qui sans payer trop de mine, sans empilement de KV, finit par user le coureur à force de courtes montées souvent très sèches. Le tracé qui met sous la dent 45 premiers kilomètres plutôt roulants et les principales difficultés qui arrivent sur la fin alors qu’on est déjà bien entamé.

1 commentaire

Commentaire de keaky posté le 01-05-2017 à 11:03:52

Félicitations!!!
T'es prêt pour la TDS, je n'en doute pas ;) Plus qu'à maintenir un petit rythme.

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