Récit de la course : Trail des Crêtes du Chablais - 67 km 2014, par niconico

L'auteur : niconico

La course : Trail des Crêtes du Chablais - 67 km

Date : 22/6/2014

Lieu : Vacheresse (Haute-Savoie)

Affichage : 969 vues

Distance : 67km

Matos : asics fujitrabuco 2

Objectif : Terminer

3 commentaires

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très mauvais pour les jambes, très bon pour les yeux

C'est en équipe que nous prenons la voiture, Thierry, François et moi, ce dimanche à 2 h du matin. Jamais de ma vie je ne me suis levé aussi tôt. Arrivée à Vacheresse à 4 h 30, on commence à apercevoir le haut des montagnes autour de nous.

Dans le sas du départ, nous sommes cueillis à froid par le sérieux du briefing. Ca ne rigole pas, les consignes sont rappelées fermement, mais en y repensant plus tard je me suis dit que pourquoi pas, si ça peut éviter de voir des papiers d'emballages sur tout le parcours. En tout cas on commence à sentir qu'on ne va pas forcément rigoler toute la journée. Le maire donne le départ avec un fusil de chasse, et nous voilà déjà dans une première montée assez raide en forêt. Je suis parti trankilou, une fois n'est pas coutume, car c'est mon premier gros trail alpin avec plein de dénivelé bien velu. 

Il ne faut pas attendre bien longtemps - le début de la première descente en fait - pour apercevoir le lac Léman en fond d'écran, dans le jour qui ne va pas tarder à se lever. C'est beau, et ce n'est que le début. Nous arrivons bientôt à Bernex, où Thierry et François m'attendent pour m'encourager. Je suis en pleine forme, mal nulle part, et je repars en courant direction le haut du télécabine de Thollon les Mémises. François, pendant ce temps, rejoint le 3e ravito à pied.

La deuxième ascension nous fait grimper par le col de pertuis, mais quelle récompense de courir ensuite le long des crêtes, ces grandes falaises de calcaire qui plongent dans le lac, que nous voyons presque en entier, de Genève à Saint-Gingolph. Encore un petit effort, et c'est le ravito n°2. Une petite photo de Thierry, un morceau de chocolat, et je continue ma route ; ça va toujours. 

l'ascension suivante est moins jolie car au milieu des télésièges et des pistes de ski ; il suffit tout de même de lever les yeux pour se rassurer : autour, c'est toujours aussi beau, à 360°. La montée est raide jusqu'au pic Borée, et nous avons bien besoin des cloches agitées par les bénévoles pour nous aider sur la fin. Une descente bien raide dans l'herbe, puis nous allons caresser les moustaches de la dent d'Oche. Nous surprenons deux jeunes bouquetins avant de basculer sur les chalets d'Oche, ravito n° 3, où je rejoins François qui m'accompagne pour la suite.

Là, une perfidie de l'organisation fait très mal aux jambes : nous sommes dépassés par les coureurs du petit parcours (avec quand même 1 900 m de dev à grimper), et on ne va vraiment pas à la même vitesse. Puis ils bifurquent à droite et nous montons de plus belle après le lac de la Case ; on les aperçoit en contrebas avant de redescendre pour les rejoindre un court instant.

je commence à fatiguer. Pas assez pour être insensible à la vue d'une bonne cinquantaine de bouquetins, tranquillement couchés à quelques mètres du chemin, et que François prend le temps de photographier. Il peut faire la mise au point, je ne risque pas de m'enfuir trop vite. je ne sais plus à quel moment on aperçoit les cornettes de Bise, mais je me souviens que c'est magnifique. C'est peut-être au col de Bise, où nous rejoignons Thierry avant de descendre tous les 3. Descente technique, ça dérape. 

La montée suivante, après le 4e ravito des chalets de Bise, fait très mal aux jambes. En fait, à partir de là, il y a un peu tout qui fait mal aux jambes. La dream team m'a donné RDV au refuge d'ubine, mais le pas de la Bosse est difficile à atteindre. En revanche, la descente sur Abondance se passe bien, à l'ombre, et même pas peur de la petite partie en goudron à l'entrée du village. Les gens attablés en terrasse nous encouragent, nous applaudissent, nous félicitent, ça fait vraiment du bien.

Le ravito d'Abondance est le bienvenu. Il est suivi de quelques centaines de mètres de plat, alors j'en profite pour téléphoner à mes parents, pour leur annoncer bien imprudemment qu'il me reste 4 h de course, et à ma chère et tendre pour lui indiquer qu'elle n'est pas encore veuve. Et là, c'est le drame. La montée qui suit, vers les chalets d'Autigny, est un véritable calvaire. Ca monte tout droit, pendant 600 m de dénivelé, la pente doit être aux alentours de 25 %, il fait chaud, on est en plein cagnard, sur une sorte de chemin à 4x4 qui n'en finit pas, et je commence à me demander comment je vais faire pour terminer, et si j'aurai encore les forces de tuer le psychopathe qui a tracé le parcours. La montée qui suit, bien que plus courte, est aussi terrifiante, je croise une concurrente qui redescend, visiblement à bout de forces. Mon GPS dit que je marche à 0 km/h, ce qui est proche de la vérité.

Je suis au bout du bout en arrivant au dernier ravito. Il reste 6 km, 500 m de dénivelé que je soupçonne bien raides, et heureusement que Thierry me propose de m'accompagner sur ce dernier tronçon. Il me chouchoute, m'engueule tous les 1/4 d'heure pour que je boive, et m'emmène ainsi jusqu'à l'arche d'arrivée, que je franchis après 14h12 d'un effort harrassant. Je suis 85e, il y aura 97 arrivants et 41 abandons.

Bilan du truc : le trail de loin le plus dur que j'aie vu. Une organisation exceptionnelle, à tous les niveaux. Des images magnifiques, un parcours très raide, avec des montées dignes d'un KV, une gentillesse extraordinaire de tous les bénévoles, et notamment du petit jeune qui, lors d'un passage avec des câbles dans l'avant-dernière descente, s'est assuré que j'avais encore toute ma tête avant de me laisser passer.

Si vous lisez ce récit, entrainez-vous, faites du fractionné en montée, faites une grosse provision de mental, et inscrivez-vous pour l'année prochaine.

Et bien sûr une attention spéciale à Thierry et François qui m'ont porté et soutenu pendant cette aventure au bout des jambes et des yeux.

3 commentaires

Commentaire de DidierC posté le 25-06-2014 à 07:14:58

Félicitations,en te voyant sur les photos il me semble qu'on s'est croisé plusieurs fois, notamment à la montée d'Autigny, ce n'est pas avec toi que j'ai fait une pause près d'un abreuvoir juste avant le sommet ? on était mal tous les 2 mais moi pire que toi, j'ai d'ailleurs vomi juste après...
Par contre j'ai du m'arrêter au bas de l'avant dernière descente, donc chapeau d'avoir trouvé les ressources... je reviens l'année prochaine pour finir ;-)

Commentaire de Tercan posté le 25-06-2014 à 11:42:04

Chapeau d'avoir fini ce trail vraiment difficile.
Si ça peux te rassurer la montée sur Autigny était plus proche des 30/32% que des 25 (selon ma montre)... un truc de furieux :)

Commentaire de niconico posté le 26-06-2014 à 21:07:27

oui Didier, c'est moi que tu as vu juste avant le sommet de la montée d'Autigny. J'avais encore mes deux tympans, dont l'un a été fissuré par le groupe de supporters qui nous attendait au chalet quelques centaines de mètres plus loin.
j'ai serré les dents quand je t'ai vu discuter avec une dame de ton abandon en bas de la descente ; elle n'aurait pas eu beaucoup de mal à me convaincre moi aussi.

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