L'auteur : seb_trottine
La course : Grand Raid des Pyrénées - Le Tour des Cirques
Date : 21/8/2026
Lieu : Vielle Aure (Hautes-Pyrénées)
Affichage : 250 vues
Distance : 120km
Objectif : Terminer
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L’objectif de 2026 était double : enchaîner deux épreuves lettones entre mai et septembre avec la mythique Riga-->Valmiera (107 km de route) en solo et la sympathique rando côtière BK Kolka<--Dubulti (136 km en 55h) en duo avec la locale de l’étape.
Et puis…, et puis un peu en douce je me suis inscrit au tirage au sort du Tour des Cirques, parce qu’après un Tour des Lacs péniblement bouclé en 2018 et quelques années de balisage et serre file sur le 160 et le 120, l’envie de regoûter à cette ambiance si particulière du GRP en mode course me travaillait insidieusement depuis quelque temps.
Tirage au sort favorable, les choses sérieuses commencent. Tout d’abord renoncer au périple balte et envisager une préparation un peu sérieuse pour : 1/ finir, 2/ n’utiliser qu’une seule frontale.
J’entame la prépa en mars avec la Coupo Cambo du Black Moutain Trail, qui sert surtout à valider la partie alimentation (bougnettes/ crêpes nutella/ saucisses grillées : check, le gras ça passe) et à comprendre que même si on court en short, les gants peuvent faire partie du matos obligatoire. Ensuite, peu d’occasions de s’inscrire à d’autres courses, je récupère un dossard pour le 45 d’Hautacam qui aura bien réveillé mes douleurs à l’ischio, et enchaine le lendemain par le parcours du 24 km en off avec des collègues cafistes. Une dernière fin juin avec le 32 km de l’Ouzoum Tour Trail dont 19 km en hyperthermie. Après l’OTT, le moral est au plus bas : si je suis incapable de supporter la chaleur autant renoncer et se contenter de planter des piquets et d’accrocher des balises aux branches. Mentalement j’ai démissionné, abandonné toute prépa, et aborde notre trek dans les Ecrins totalement libéré. Les incendies à proximité de la maison confirment mon état d’esprit : 2026 sera encore une année comme bénévole, ça me convient bien.
Et puis…, et puis un weekend avec les copains du CAF sur la boucle Piau-Gavarnie-Piau, deux trois footings en bord d’océan à l’aube, la magie de l’éclipse, bref de l’intangible et on se dit que oui, de toute façon on pourrait éventuellement essayer un Piau-Luz, parce que la balade est jolie.
Arrivés à Luz le mardi, deux missions de balisage et vérification sur le tracé de l’Ultra (deux petites randos pour un total de 40 km et 1400 D+) et on file le jeudi sur Vielle Aure pour le retrait des dossards. Courte nuit dans la voiture, réveil à 4h, café, céréales et cake anglais, je prépare le sac et file au parking des camping-cars pour attraper de justesse la dernière navette pour Piau, bien content de ne pas avoir à conduire dans cette purée de pois.
Boucle de Piau : 7,2km / 558 D+ / 1h12 :
Le départ est prudent, je sais qu’il ne faut pas s’enflammer sur cette partie, doucement faire chauffer la machine. Cédric, qui s’était un peu perdu dans les bouchons pour les toilettes, me dépasse à balle (comme toujours !) on échange deux mots d’encouragement, il fera une belle remontada jusqu’à la 18ème place. Au cœur du peloton j’aperçois Nath de Bordeaux Athlé, on se fait part de nos doutes quant à nos prépas respectives, mais je sais qu’elle finira, elle a très bien fini. J’apprécie les encouragements de David au ravito de Piau, il a bien récupéré de la Géla.
Piau – Gèdre : 18km / 764 D+ 1623 D- / 3h00 :
Passés le ravito de Piau, certains commencent déjà à vérifier leur classement sur Livetrail, ambitieux ! Le téléphone, conformément au conseil de Simon lors du briefing, restera en mode avion et économiseur Ultra (à tel point qu’il me sera très compliqué de le passer en mode normal pour prévenir de mon arrivée à Luz), je veux vivre cette course dans ma bulle sans me préoccuper du chrono ni du classement, en éloignant les prothèses numériques (je sais que mon roadbook plastifié au scotch aura fait marrer quelques SE ou M0).
La montée au Port de Campbieil ressemble un peu à une étape du TMB, ça bouchonne gentiment, le brouillard se dissipe côté Piau et les nuages s’accrochent sur l’autre versant. La descente vers Gèdre se passe sans trop d’encombre, c’est assez peu technique, on coupe au milieu des vaches jusqu’aux Granges puis en sous-bois la pente s’accentue. Petite pause technique, on vérifie l’hydratation et perd probablement une trentaine de places, mais ce n’est pas un problème. L’arrivée à Gèdre se fait au soleil, je salue quelques bénévoles, un peu de citronnade et du salé, et à l’attaque de la montée vers Gavarnie.
Gèdre – Gavarnie : 10km / 754 D+ 383 D- / 2h07 :
Je suis en terrain connu, j’ai fait la reco de cette partie, le tronçon sur la route vers le gîte du Sauguet passe très bien et contrairement à début août, la chaleur renvoyée par le bitume est supportable. La descente en single vers Gavarnie est un plaisir, ça déroule bien, tout en contrôle. Passé le Gave, je suis interpellé par un jeune coureur (c’est son premier ultra) qui donne une belle note artistique à ma foulée en descente. Je lui dis qu’il pourra réviser son jugement dans le Néouvielle ! J’espère qu’il a bien terminé et pris du plaisir, il a eu un mot gentil pour tous ceux qu’il croisait (coureurs, bénévoles), rien que pour ça il mériterait une bonification de 5h.
Contrôle des sacs à Gavarnie : la veste imperméable et la couverture de survie, en jetant un œil aux nuages noirs vers la Hourquette d’Alans, je me dis que ça ne sent pas si bon, et que si contrôle il y a, c’est que orages il y aura. Double ration de salade de fruits, direction les Espuguettes.
Gavarnie – Espuguettes : 7,7km / 666 D+ / 1h41 :
Une des plus belles portions du Tour des Cirques, le sentier des balcons est assez fréquenté en ce début d’après-midi et le cirque ne s’offre que sur 2/3 mais ça reste grandiose. Le plateau de Pailha me procure toujours une sensation de calme et de plénitude, impossible à expliquer mais c’est du bonus dans le cadre d’une course. Je croise Maxime dans la montée au refuge, il a un coup de moins bien, mais je le sais solide. On se retrouve au refuge, je fais le plein de soupe et des flasques, demande au grand schtroumpf, si c’est encore loin, je ne dois pas être le dernier à leur faire la blague…
Espuguettes – Gèdre : 17km / 490 D+ 1500 D- / 3h03 :
La montée à la Hourquette d’Alans se fait à bon rythme, on pousse un peu sur les bâtons et je suis assez surpris de constater que les jambes répondent bien, c’est plutôt de bon augure pour gérer la descente vers les Gloriettes. Comparé à Gavarnie, le cirque d‘Estaubé se devine mais la visibilité sur le sentier est bonne. On descend en contrôle, même si quelques pierres ont cette fâcheuse tendance à rebondir sur mes orteils, ça pique un peu et je me dis qu’il va falloir être un peu prudent: les premiers signes de fatigue apparaissent. La descente en sous-bois vers Gèdre laisse augurer de quelques glissades pour ceux qui vont y passer en fin d’après-midi ou en soirée. Le ravito de Gèdre toujours très bien organisé, les flasques se remplissent comme par magie (merci Bruno, la journée a dû être longue), service 5 étoiles. Un appel à ma douce pour la prévenir de mon arrivée à Luz dans quelques heures, pas d’inquiétude le sac de rechange est prêt, la seconde paire de Tomir est sèche et la NOK prête à être étalée. Je traine encore quelques minutes, car j’appréhende un peu le tronçon à venir, pas le plus impressionnant en termes de D+ mais souvent démoralisant pour beaucoup.
Gèdre – Luz : 14 km / 693 D+ 1001 D- / 3h12 :
D’entrée je colle à la roue d’un groupe de 3 traileurs expérimentés (dont un strappé au genou, ce qui explique probablement pourquoi j’ai pu les suivre), tête baissée dans cette succession de petits raidards, ça ne discute pas trop, le souffle est court et pour tenir je me lance le défi de ne pas sortir la frontale avant Luz. Dur de trouver de la motivation, d’autant que toute cette partie se fait en sous-bois, il fait sombre et sur le coup même une vue dégagée sur Pragnères m’aurait convenu, mais non on reste dans le dense.
La lumière au bout du bois : le fameux ravito sauvage un peu avant Sia, trop tôt pour le café mais jamais trop tôt pour les sourires et la bienveillance, ça vaut largement tous les gels ultraglucidiques. Merci à vous ça m’a bien reboosté. La petite erreur d’aiguillage en arrivant à Sia (ne pas suivre le tracé du GR10, mais difficile de lutter contre l’appel des traits rouge et blanc), reste sans conséquence. On relance doucement jusqu’à St Sauveur et on remonte la route d’Ardiden (pari perdu, j’ai sorti la frontale à cet endroit, c’était un peu plus safe) pour rejoindre le parcours du 160 et atteindre la BV au forum de Luz. Ma douce m’a rejoint et trouve que j’ai l’air ok, je ne la contredis pas, on passe 55 minutes à se requinquer dans un bout de couloir à côté des cuisines, je garde la même paire de chaussures et change tout le reste (y compris les lentilles de contact) soupe/pâtes/râpé et tartines fromage (très bon sur cette BV), un carré de chocolat et on repart, pas envie de m’allonger il est encore trop tôt et je ne ressens pas vraiment de fatigue. Un bonsoir aux copains bénévoles qui m’encouragent, puss puss à ma douce, soutien inestimable, et je m’attaque au plat de résistance qui fait le sel de ce parcours.
Luz – La Glère : 14km / 1720 D+ 268 D- / 3h58 :
La fameuse ascension nocturne à la Glère, un petit groupe de 5 se forme à la sortie de Luz, on plaisante gentiment en précisant qu’on progressera à 950 m/h. A la sortie de Viella, un boulet de canon nous frôle, c’est le premier du relais du 160 nous précise-t-il, nous lui faisons part de nos doutes quant à sa présence sur le tracé du 120, mais il nous ignore, on le recroisera un peu confus, précédé du deuxième du relais, deux erreurs d’aiguillage, ça bosse pas trop les parcours ces lièvres ! Le groupe parvient à rejoindre les frontales qu’on apercevait au loin, nous sommes une petite dizaine. L’humidité de la nuit, malgré un beau ciel étoilé, rend le pas prudent mais la gestion des bâtons est assez aléatoire, je crains plus de finir empalé que de me faire une cheville sur les pierres glissantes. Malgré tout j’aime cette partie exigeante et la faire de nuit me motive encore plus. Sur le plateau de la Glère on joue un peu à cache-cache avec le refuge, et l’accueil est plus que chaleureux, ces bénévoles sont formidables ! Deux verres de vermicelle, quelques biscuits et j’entame la descente vers Tournaboup.
La Glère – Tournaboup : 8,6 km / 730 D- / 1h30 :
La descente se fait en trottinant gentiment, je prends quelques relais au sein d’un groupe de 3 coureurs peu loquaces, mais ralentis en arrivant sur la route qui descend vers Tournaboup, l’ischio-gauche se rappelle à mon bon souvenir, on allège la charge en marchant jusqu’au ravito. J’essaye de m’allonger pour une dizaine de minutes dans le coin occupé par les ostéos, 4 minutes de sieste vraiment utile, puis réveillé par le bavardage incessant de deux coureurs en train de se faire masser. Au moment de partir, belle surprise, ma douce passe m’encourager avant de jouer les serre-files vers la Glère, énorme boost pour le moral et elle m’offre du vrai café pour ce petit déj très matinal.
Tournaboup – Merlans 17km / 1194 D+ 620 D- / 4h41 :
L’ascension vers Aygues-Cluses se fait en solo avec une frontale réglée au minimum, souvent dépassé par les relayeurs du 160. C’est agréable d’avancer dans la pénombre, ça force la vigilance. A mesure que l’on s’approche des deux tentes du ravito, je me prépare mentalement à l’ascension de la Hourquette Nère et la descente dans le Néouvielle, les deux étapes que je redoute le plus compte tenu de l’état de mes cuissots. Cette hourquette, que ce soit en mode course ou en rando, m’a toujours posé problème, on n’y déroge pas cette fois ci, mais je profite tout de même d’une pause au col pour admirer le lever de soleil avec une compote et une barre d’hematogen. Je me traîne en enchaînant les lacs et la flaque de l’Oule jusqu’aux Merlans sans pouvoir courir sauf sur quelques hectomètres relativement plats et exempts de racines. Courte pause à Merlans, je fouille le fond de mon sac pour enfin retrouver mes écouteurs, une béquille musicale est nécessaire, Bruce et les Deftones pour franchir le col du Portet et entamer la descente finale.
Merlans – Vielle-Aure : 13km / 1410 D- / 1h51 :
Depuis ma pause contemplative à la Hourquette Nère, je commence à me persuader que boucler en moins de 30h pourrait être envisageable, alors j’attaque le Portet avec les riffs des Deftones, je sais que la fin du parcours modifié est annoncée plus roulante, c’est probablement le cas pour le Bastan, mais après 115 kilomètres tout n’est pas si roulant. Je souffre, je sens poindre une belle ampoule au talon droit mais j’essaie tant bien que mal de tenir un 7-8 km/h en descente sur la route forestière de Vignec tout en pestant devant chaque panneau annonçant l’arrivée à Vielle-Aure sans qu’aucun ne précise combien il reste de km. Râler a toujours été un bon moteur, et je ne m’en prive pas ; ça dure jusqu’au pont sur la Neste car je sais qu’on ne rejoint le chemin du bord de Neste qu’après un détour dans Vielle-Aure, mais ensuite quel bonheur de relancer sur la voie d’Aure avec les encouragements de parfaits inconnus, de passer le petit pont et atteindre enfin cette belle arche en fin de matinée. Les objectifs sont remplis (finisher en moins de 28h) et j’essaie de contenir un peu mes émotions. Bizarrement je m’attendais à ce que la fatigue m’assaille immédiatement, mais même après (ou grâce aux) deux bols de garbure (merci les bénévoles du dernier ravito pour cette agréable attention) je suis encore (relativement) frais.
Douche, hydratation, un petit tour chez les podos, quelques félicitations aux collègues cafistes pour leurs arrivées respectives, une bonne nuit de sommeil (presque 9h d’une traite) et un buffet de récup le lendemain avec tous les bénévoles.
Le GRP reste une belle aventure humaine que l’on soit coureur ou bénévole, grâce aux membres de l’orga qui font un travail monstrueux pour veiller à la sécurité et au bien-être de tous, et myrtille on the tourte, ils nous ont même offert une météo idéale pour courir !
2 commentaires
Commentaire de Miche posté le 01-09-2026 à 21:23:03
Hello Sébastien, quand je t'ai vu à Pierrefitte pour la réunion bénévoles, je n'ai pas compris que tu partais "sans motivation". Déjà que j'étais gêné que tu aies deux missions de balisage les mercredi et jeudi !
Merci en tout cas à tous les deux d'avoir beaucoup donné de votre temps pour que cette édition se passe bien et très heureux que, malgré ton prétendu manque de préparation, tu boucles ce Tour des Cirques en moins de 28 h !
Dernière chose : il va falloir que ta douce s'inscrive à une des distances l'an prochain. Dis moi sur quelle distance ;-)
Commentaire de laulau posté le 03-09-2026 à 08:09:05
Bravo pour ta course en ayant accompli tes missions de bénévole auparavant, ça doit être très rare comme enchaînement !
On s'est vu à Pierrefitte mardi soir, je suis bénévole aussi depuis l'an dernier.
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