L'auteur : Benman
La course : L'Echappée Belle - Intégrale - 152 km
Date : 21/8/2026
Lieu : Vizille (Isère)
Affichage : 582 vues
Distance : 150km
Objectif : Pas d'objectif
Partager : Tweet
![]()

Bienvenue dans notre podcast «Uchronie Trail», le podcast qui te fait voyager sur les chemins, et dans le temps.
Je me présente, je suis Patrick Monsmartphone, et je te propose cher auditeur une nouvelle expérience transtemporelle.
Nous sommes le 22 aout 2054. Il est 11h50. Nous sommes en direct de l’arrivée de l’Echappée Belle.
Les derniers coureurs sont arrivés il y a peu.
Je vois un traileur en catégorie exosquelette qui vient de franchir la ligne, et a déjà commandé en ligne sa bière d’arrivée, grâce à la puce intégrée à sa prothèse de genou en arnothosite lunaire.
Patrick Monsmartphone : Salut, comment tu t’appelles ?
L’interviewé : Moi, c’est benman. Mais toi, tu ne serais pas le descendant de Patrick Montel? Tu sais, c'était le gars qui interviewait il y a quelques années les coureurs au ravito. Il leur gueulait « Alors peut-être », si ils n’étaient pas certains d’aller au bout de leur course.
PMS : Oui, en fait, tu sais, on est sur un podcast uchronique. Donc Patrick Montel est à la fois mon père, moi-même et une réincarnation du journaliste sportif intemporel, passionné, et chauvinement attaché à son pays, l’Europe.
Benman : ah oui, je me souviens qu'il officiait sur Antenne 2 quand j'étais petit pour les compèt' d'athlé. Ah non, France 2. Ah oui, à l'époque où notre pays s'appelait encore la France.
Tu sais, ça passait à la télé. Les jeunes ne réalisent plus aujourd'hui à quel point c'était étrange. Les humains s'enfermaient dans une pièce puis regardaient tous le même rectangle lumineux pendant des heures. Comme certaines espèces de papillons attirés par une lampe.
PMS : l’ancêtre du smartphone, quoi.
Benman : Dingue ce truc quand même. On pouvait déjà regarder des images sans être sur place. Bon, il fallait trimballer un meuble de 40 kilos pour y arriver, mais c'était un début.
J'ai retrouvé récemment une vieille "Samsung" dans mon grenier, à côté de l'étrange lucarne qui sert à capter les ondes cosmiques. Après avoir bricolé un convertisseur pour recréer du 220 volts, j'ai même réussi à la rallumer. J'ai dû demander une autorisation au Ministère des Objets Bizarres (MOB), pour la mettre sous tension.
PMS : C'est vrai, t'as retrouvé une télévision? Là où mon ancêtre a fait ses débuts.
Benman : Oui. Quand elle s'est allumée, elle a immédiatement essayé de me vendre une assurance habitation, puis un forfait Internet. La technologie de l'époque était vraiment violente. Une fois en marche, elle s'est mise à diffuser des images d'humains en short courant en rond sur une piste. J'ai cru à un documentaire sur les débuts du trail.
Puis j'ai réalisé qu'ils ne portaient ni bâtons 3 brins, ni gobelet pliable, ni montre GPS. Ils couraient avec un short flottant ridicule et avaient du poil sous leurs bras nus. J'ai alors compris que j'avais affaire à une civilisation disparue. Un truc que j’ai connu jadis, mais depuis si longtemps refoulé.
Et là, en fouillant dans les archives de mon vieux compte cyberpunk, je suis retombé sur une vidéo d’une certaine Flora Guei, que tu commentais. Enfin toi... ou ton père... ou ta réincarnation. Avec vous, je ne sais jamais.
Elle avait un petit bâton ridicule dans la main, qui lui servait même pas à avancer. après un départ cahotique et beaucoup de retard à mi-stade, elle reprenait une à une toutes ses adversaires, pour finalement les devancer pile sur la ligne, au milieu des hurlements des commentateurs, qui se gaussaient d’avoir deviné le truc venir.
C'est là que j'ai compris que l'appareil servait probablement à transmettre des visions prophétiques
PMS : Ah oui, c’était en 2014 aux championnats d’Europe de Zurich sur 4X400. Un espoir pour tous ceux qui craignent de ne pas être à la hauteur, car ils ont pris du retard dans ce qu’ils entreprennent.
Benman : moi j’aurais plutôt dit : un immense encouragement pour ceux qui partent en retard, avec toujours l’espoir d’arriver à l’heure. Bref, un mantra de vie pour moi.
PMS : Et pour Patrick et moi, c’était la 1ère d’une phrase restée célèbre…
Benman : Ah oui, c’est « Alors, on n’attend pas Patrick » c’est ça ?
PMS : Mais non, couillon : c’est le fameux « Alors peut-être ». C’est toi qui viens de m’en parler.
Benman: Ah oui, pardon ! j’avais déconnecté mon implant de cerveau de l’exosquelette. Ça créé des interférences. Mais du coup, je mélange un peu des trucs.
PMS : pas grave. Allez, parle nous de ta course. C’était ta première ?
Benman : en catégorie exosquelette, oui, la 1ère. En revanche, je l’avais fait dans les vieilles catégories « coureur » en 2018 et 2026. Des souvenirs incroyables à chaque fois.
PMS : 2018 et 2026 ? Ah, mais tu sais quoi, ça me donne une idée ça : n’oublie pas, on est sur le podcast uchronie-trail, le podcast qui te fait voyager sur les chemins, et dans le temps.
Benman : Oui, et alors ?
PMS : Alors, peut-être qu’avec mon petit boitier relié à la faille temporelle d’Arakis , je peux faire apparaitre sur ce plateau le benman de l’arrivée de 2018, comme celui de l’arrivée de 2026. Ça te dit qu’on essaye ? Tu veux discuter avec ton toi d’avant ?
Benman : mais c’est un peu flippant ton truc. C’est sans danger ?
PMS : T’inquiète. Je vais juste éviter de faire apparaître le benman de 2075. Ce serait dommage de divulgâcher ce qui va lui arriver sur sa dernière Echappée Belle, parcourue en catégorie virtual parner.
Benman : Mais en 2075, j’ai eu ou j’aurai, je ne sais pas, 103 ans. Si tu fais venir benman 2075, il va falloir que je me tienne à carreau encore pendant 21 ans pour ne pas changer l’histoire ? Non, je préfère ne pas savoir
PMS : Allez, on va se contenter de benman 2018 et benman 2026. On y va ? Attache ta ceinture !
- Cher auditeur, pendant que je remue la faille, abonne-toi si tu aimes ce contenu, ou mets un petit pouce en l’air en haut de ton écran de conscience
- « Faille-muraille, déplace la rocaille pour faire apparaitre benman18 et benman26. »
(Note d’auto-description à destination des personnes cyber-mal voyantes : benman18 et benman26 apparaissent, pixel par pixel, et finissent par se retrouver en face de Patrick, et face à eux-même, 28 et 36 ans plus vieux.)
(L’émission reprend son cours)
PMS : Salut les gars. J’ai essayé de vous chopper à chaque fois à l’arrivée de votre course, donc on est dans les conditions du direct pour revivre votre course ensemble.
Benman18 : Salut Patrick. Tu t’es reconverti dans l’internet ?
Benman26 : Salut Patrick. Eh, benman18, c’est devenu une star tu sais, sur Insta.
B18 : je connais pas Insta. Il est sur facebook le Patrick ?
B26 : oui, aussi. C’est un boomer !
B54 : roh là là, ça nous rajeunit pas tout ça
PMS : bon assez bavassé, on n’a pas le temps. Vous m’avez tous l’air bien remontés à l’arrivée de cette course ; mais dites-moi, ça a l’air d’aller pas trop mal quand même ? On commence par qui ? benman18 ? Benman 26? Je crois que vous avez en commun d'avoir fait la course avec la chocolateam: Xavier et Ewi
B18 : oui, enfin je suis un peu cassé quand même. On vient de faire toute la dernière descente en courant avec Xavier. Je n’avais plus couru depuis pas loin de 100 km… pas facile de s’y remettre. Xavier, il m’a attendu toute la course, et sur la fin, après avoir rechargé les batteries au Pontet, enfin, j’arrive à quelque chose. Mais on a terminé main dans la main.
PMS : la fin c’est l’arrivée des moyens ?
B26 : ah mais c’est dingue ça. Moi aussi, j’ai essayé de courir toute la fin. Enfin, j’ai plutôt essayé de suivre un autre pote, Raya, sur la fin. C'était dur : il voulait tout le temps courir. Moi non. J’ai dû m’arrêter et le faire attendre. Il était trop fort en fait. Mais on a terminé main dans la main aussi.
B54 : Ben moi, j’ai terminé main dans la main avec mon exosquelette pour éviter qu’il ne se barre. Il commençait à plus marcher droit. Une fin d'ultra, quoi.
En fait, j’ai réglé l’exosquelette en mode boost pour passer Montgilbert. Beko, c’est une super marque d’exosquelette. Et maintenant, ça te permet en charge rapide de ressortir tout neuf du ravito en moins de 5 minutes. Faut juste un slot de charge éclair, et un abonnement validé par le Comité des Recharges à Alimentation Directe (CRAD) . Benman26, même si tu veux, Je reviens te chercher, ben, tu vois, j'ai pas trop changé.
B18 : Un bécot mon pote... Tu vas aussi nous faire croire à ton âge canonique, que t’as couru en cravate à pois, un peu comme le gars qui court tous les ans en jean et chemise blanche
PMS : Toi, t'as pas aimé Montgilbert, because ça montait dur?
B18 : En fait, moi, j’y ai bu un shot de génépi et de la bière en passant au zouavito, le ravito des zouaves. Ce genre de truc, ça permet à la fois de recharger puis de décharger tout de suite
B26 : mais c’est du dopage tout ça, les gars. Benman26, il est smart et court en short. Il court avec ses vraies jambes, sa vraie nourriture… il est pur, le trailer du futur, quoi.
B54 : ouais, ben t’aurais peut-être dû faire autrement, parce que ton toi de dans 28 ans, il te remercie pas pour ce que tu as fait de son genou…
PMS : allez les gars, vous chamaillez pas. On se concentre un peu et on rembobine la course. J’ai un peu l’impression que benman 2026, il a plus envie de parler. Parle nous de l’ambiance au départ.
B26 : ah bah je peux pas trop te dire. Tu sais, c’est Xavier qui conduisait, on est partis un peu à la bourre, et on trouvait pas l’entrée du parc du château de Vizille. On a eu 2 minutes pour poser notre sac et se jeter sur la ligne. Pas vraiment le temps de faire la bise à ton grand-père.
B18 : c’est marrant, ça me rappelle des trucs. Sauf que c’était moi qui conduisais à l’époque. Pareil, on a rejoint la ligne une minute avant le départ après un échauffement sérieux et rapide pour aller du parking au parc du château de Vizille. Mais avec Xavier, on est toujours just in time. C’est notre petit secret beauté
B26 : Bon, nous en fait, on a eu 2 heures de plus que prévu de sommeil, le temps de laisser tomber la pluie, et on l’a bien rentabilisé en restant au chaud dans l’appart’ camp de base de ewi à Chamrousse. Le seul truc, c’est qu’on ne savait pas s’ils allaient rallonger les BH de 2h ou pas. Et ça m’a forcé à démarrer un peu plus vite que ce que j’aurais voulu, mais bon…
B54 : Ah les gars, vous me faites marrer. Grâce à l’appli « adopte un exosquelette ». J’ai pu avoir un co-transmutage gratos avec un kikou. C’était trop cool, et j’ai appris en route plein de choses sur les nouvelles Hoka coconnectées. Enfin, encore des trucs à la noix… Bon cela dit, grâce au slot de réalité virtuelle intégré au dossard, on était sûrs d’avoir du soleil. Allez, je vous montrerai des photos tout à l’heure quand vous commencerez à essayer de raconter ce que vous avez (pas) vu aux lacs du Doménon, noyés dans le brouillard.
PMS : bon, donc la course a commencé, vous avez mis vos (exo)squelettes en mouvement... sous la pluie, qui n'était pas virtuelle si je comprends bien
B26 : En fait, arrivé au ravito de l’Arselle, j’étais à la fois bien et pas bien. Bizarre de monter en poncho. J’avais oublié que c’était si long. Benman54, tu me fileras tes photos, parce que j’ai passé toute ma course avec mon smartphone dans un ziploc au fond du sac.
B54 : t’aurais dû demander à Patrick Monsmartphone de courir avec toi
B26 : toujours aussi lourd, toi. Tu n’as vraiment pas changé avec tes jeux de mots pourris.
PMS : bon les gars, on avance svp, j’ai un thé dansant avec Nelson Moinfort ce soir, et j’ai un peu de route.
B26 : Ben comme à chaque fois, le premier ravito c’est sur les pistes de ski de fond de l’Arselle. Et là, je tombe juste à l’arrivée sur Christian « Albacor », tu sais le cousin d’Arclusaz. Il faisait serre file. J’ai serré mon jeu ( et les fesses) pour ne pas qu’il me rattrape.
Mais il m’a pris en photo avec Bertrand « Mazbert ». Trop sympa ce moment
B18 : c’est dingue, moi, Albacor, je l’ai croisé juste avant monter à la Pierre du Carre. Il est venu encourager son frère, jeff « bip bip » avec qui je venais de passer une nuit torride à essayer de dormir l’un contre l’autre dans le refuge de la Grande Valloire.
PMS : Mais benman26, dis-nous enfin : comment t’es allé à l’Arselle ? tu en as chié ?
B26 : pouêêêêt. Quel humour de merde ! Je suis juste tombé sur toi en fait
PMS : ça devait être Patrick Montel, pas moi.
B26 : ouais, je sais plus qui est qui. Tu t’appellerais Smith, ce serait quand même plus facile. Le gars, en tous cas, il m’a demandé quel boulot je faisais et demandé si j’étais parti en mode diesel. Je lui ai dit que grâce à mon expertise en matrix excel, j’étais dans les temps prévus, malgré les 1600 m de dénivelés déjà enfilés. Bref j’ai mis 3h06
B18 : pas mal, j’avais mis 3h08, mais moi j’avais pas arrêté de discuter avec les copains. J’avais pas bouffé du tableau excel avant de venir. T’as vu quelque chose ensuite, parce que nous, le lac Achard, les lacs Robert, le lac Longet, le lac Claret, celui du Petit Doménon ou celui du Gand Doménon, ils avaient tous les mêmes têtes de Loch Ness pas bien réveillé.
B26 : ben pareil en fait. On voyait rien. Ils existent pour de vrai ces lacs ? Vous êtes sur que c’est pas encore un avatar de la Matrice ?
B54 : bon les gars, regardez à quoi ça ressemble bande de looser.


PMS : mais tu m’a dit à l’interview que tu voulais montrer à la croix. C’est encore raté je crois ? Ils avaient mis une bannière à l’entrée arf arf
B26 : non mais ça va. Ça fait 8 ans que je me fais chambrer à Lyon à cause de l’autre zobi de benman18 qui avait zappé la Croix. J’ai même été obligé d’y retourner avec plein de monde, et même d’y perdre un bouchon de champagne, tombé depuis le sommet dans le glacier de Freydane. Et tout ça pour faire comprendre à tout le monde que j’étais capable de monter là-haut. Et là, à la Pra, ils nous annoncent que on peut se la mettre derrière l’oreille, la Croix, alors que ça devait être le clou de mon aventure.
B18 : te plains pas, grâce à moi, tout le monde sait que la Croix est ta boussole dans la vie.
B54 : Allez, encore un peu d’attention les gars, voici de quoi vous rafraichir les idées sur à quoi ressemble un benman, à la Croix. Ce n’est pas un gogloth à ce niveau, mais il croit en lui pour arriver là-haut, et c’est déjà bien.
PMS : bon, et du coup, la descente de Freydane, elle était bien ? C’est raide, hein ?

B26 : en fait, avec la pluie, du coup y’avait pas trop de poussière. J’ai même pu faire une grosse partie en courant
B18 : Ah bah pas comme moi. Moi y’a pas encore grand-monde qui est passé à cet endroit, et il fallait faire un peu sa trace dans les cailloux.

Ouais, avec le GR 738 qui rameute depuis des années maintenant, des gugusses qui s’amusent à ranger les cailloux, c'est devenu roulane. T’as dû me mettre au moins une heure de moins que moi sur cette section benman26. Moi, j’avais mis 2h50 jusqu'au refuge Jean Collet.
B26 : OK… j’ai mis 2h54. C’est bon t’es content, t’es plus fort, c’est ça. Je te rappelle que j’ai 8 ans de plus que toi et que moi j’ai plein d’excuses que tu n’as pas. Notamment, je savais à quoi m’attendre après, tandis que toi, je suis sûr sur tu as avancé sans te soucier du lendemain. Jeune blanbec. Si tu avais su ce qui t’attendait, tu aurais un peu mesuré tes pas. Mine de fer, Brèche fendue, ça te parle, junior ? Et bam
B18 : ah ouais, c’est sûr. J’ai pas trop aimé la Mine de Fer et la Brèche fendue. Le début de la soupe de cailloux.

B26 : Voilà, merci, c’est ce que je voulais entendre. Encore à cause de toi, je m’y suis fait trainer plein de fois depuis 2018 par les copains, pour y exorciser mes démons.
Et ben là, je suis resté stoïque. 2h36 pour la section. Et toi, jeune éphèbe, tu nous racontes combien tu as mis jusqu’au Habert de Aiguebelle ? (petit sentiment de triomphe en plateau)
B18 : ouais, bon, 2h46. Bravo champion. En 8 ans, tu as gagné 10 minutes en y trainant tous tes potes dans le coin pour qu’ils t’expliquent comment ça marche.
B54 : Bravo, quel exploit ! Je suis sûr que t’es tellement pas dégourdi dans cette merde de cailloux que t’es capable de t’y faire une entorse, de les saouler pendant toute la sortie, puis de découvrir chez le médecin ensuite qu’il te manque un ligament à la cheville droite depuis tes jeunes années volley?
Et paf, reprise de volley dans ta gu…
B26 : c’est d’un chiant ces mecs qui te font la leçon et te prédisent l’avenir en ayant déjà vu la suite du film. Gna gna gna. Cette fois, j’ai réussi à passer, sans encombre et plus vite que toi, alors ferme ton clapet papy benman.
B54 : Eh les jeunes, vous devriez essayer dès maintenant l’exosquelette : dans les cailloux, t’a pas l’impression de jouer aux osselets.
Quand t’arrives au pas de la Coche, avant de descendre au Habert de Aiguebelle, t’as juste l’impression d’avoir couru un petit footing sur un chemin en graviers
B26 : et après tu veux créer la catégorie déambulateur électrique aussi ? Je te rappelle que benman26 est un pur.
B18 : ouais, un pur fantasme de terminer sans avoir mal tu veux dire. Allez, avoue-le que tu en as chié, 54
B54 : c’est pas à moi qu’il faut demander ça, c’est à notre mâle pur, en pleine force de l’âge
B26 : et ben même pas mal en fait. Certes, il s’est remis à pleuvoir. Ça glissait. Mais , j’avais mouaaa monsieur, Madame chococaro qui m’a refait comme un sou neuf au Habert de Aiguebelle.
B54 : et tu nous fais la leçon sur le dopage technologique… chococaro, je te rappelle que c’est la reine du ravito
B18: … et de l’assistance. (soupir)
Encore un an, et je saurai qui c’est cette chococaro. Le destin me dit que je vais la rencontrer à l’UTMB dans un an. Plus que 365 dodos.
B26 : et oui, moi j’ai de la chance dans la vie, les gars. Bon, en tous cas, elle a réussi à me faire bouffer, et mes problèmes ces derniers mois d’alimentation se sont envolés grâce à ses conseils experts et ses petites attentions.
B18 : donc je suppose que c’était pas comme moi, tu n’as pas eu besoin de te faire attendre au Habert par Xavier et Ewi ?
B26 : Boooaaarf, en fait, ils étaient partis depuis longtemps quand je suis arrivé au Habert
B18 : niark niark, et monsieur se vante encore. Sou neuf. Blabla bla. T’es plus proche d’une sous-merde en fait. Tes potes, ils ont mieux vieilli que toi. Ils t’attendent même plus, t’es trop loin. Et toc.
PMS : bien, à ce stade du podcast, je vous propose de faire un petit break. Abonnez vous, et vous pourrez découvrir comment gagner des running gagstones, en allant dépenser tout votre bonus annuel de trader sur le trail d’Alsace by UTMB
B54 : Patrick , on a dit pas d’attaque personnelle. Ce n’est pas poletti.
B26 : on peut avancer un peu SVP. J’ai l’amour de ma vie qui est venue exprès pour me voir à l’arrivée, et à part me faire chambrer par un jeune con et interviewer par un influenceur sur le retour, j’ai aussi des diots et de la polenta à aller bouffer, parce que c’est ça aussi la magie de l’arrivée de l’Echappée Belle
B54 : demande à Christian « Xian » de nous apporter 2 ou 3 bières d’ici là, histoire de tenir le coup. Je suis sûr qu’il a encore ses entrées au bar,
PMS : donc après le Habert d’Aiguebelle, c’est le col de l’Aigleton, c’est ça ?
B26 : alors benman18, tu le connais toi l’Aigleton ?
B18 : ouais, ça va bien, hein, on l’avait shunté (silence gêné);
B26 : mais en fait, t’es pas que le roi de la feinte, t’es le roi du shunt. C’est une imposture ton Echappée Belle 2018, jeune homme. T’as fait quoi d’autre comme impasse ? T’a inauguré le raccourci entre Gleyzin et Super Collet aussi, hein ?
B18 : mais, mais… comment tu sais ?
B26 : je te rappelle que je suis ton père… euh non, en fait, je suis toi, mais après toi.
B18 : OK. Après toi, allez raconte-nous ton aventure, Bob Morane puisque t’es si fort
B26 : Le froid commence à pénétrer dans nos corps meurtris. Le défilé des frontales se fait plus silencieux. Les rampes très raides de l’Aigleton nous obligent à user de toute notre science de la marche économique. Le souffle se fait court, le combat commence. Les héros sont en place.
B18 : Arf, en fait, tu veux juste dire que que ta démarche économique arrive juste avant la faillite. C’est pas toi qui t’es retrouvé à l’arrêt sur le Pilatrail et l’UTB cette année ?
B26 : oui, mais depuis j’ai grandi, petit vermiceau. J’ai appris de mes échecs. Tel un phénix, je renais de mes cendres dès qu’il faut redescendre.
B18 : Ah, la Vache, il va nous faire le coup de la descente du col de la Vache sans les mains et sans les pieds. Moi, j’ai pris la neige et le brouillard là-haut. On n’y voyait rien. C’était horrible et super casse-gueule et on aurait mérité la légion d’honneur rien que pour ça.
B26 : eh oui ; il faut savoir provoquer la chance. Nous, ils avaient bien rangé tous les cailloux avant, l’asphalte étais frais, et un petit tapis de pétales de rose avait été disposé pour nous souhaiter la bienvenue et amortir nos pas glorieux.
B18 : ouh là, mais ça a commencé tôt les hallus pour toi dis donc !
B26 : nenni. En fait, c’était le col de la vache qui pisse, tellement ça dégoulinait de partout. Arrivé à Fond de France, j’avais les pieds en état de macération fermentaire avancée. J’ai pu faire un soutirage de jus de 1ère qualité, dans le petit abris mis à notre disposition pour se changer. Ça c’était juste avant d’aller attaquer le col des pâtes bolo. Y’avait un pacer un peu déséspéré, qui attendait son coureur pour pouvoir repartir avec lui avant la Barrière Horaire. Je crois que le gars, il est jamais arrivé.
B18 : Nous à l’époque, on prenait le temps de faire le détour jusqu’à la base vie au Pleynet, après s’être enfilés dans le « Cul de la Vieille ». Remonte le temps benman26, tu verras ce que c’est un vrai parcours
B26 : N’aie d’inquiétude, 2018. La descente des lacs des 7 Laux vers Fond de France réserve aussi son lot de surprise. Enfin, surtout quand devant le panneau « Fond de France : 700m », on te fait faire un détour de 2 ou 3 km pour aller admirer en pleine nuit la fameuse cascade du Pissou, qui te fait un peu la même tête que l’emblème de la Belgique après le but de Umtiti en demi-finale en 2018. Tu dois avoir la ref, cette fois-ci, benman18
PMS : Pissou et jus de chaussette contre Cul de la Vieille, le match des sécrétions est lancé. Au fait, vous avez mis combien de temps entre le Habert et la Base Vie, histoire de mesurer qui a eu la plus longue ?
B18 : 6h17,
B26 : 6h20. ^^seum belge
B54 : Merci Patrick pour ce moment de poésie. Bon, les petits jeunes, vous vous êtes arrêtés là ou vous avez fait les grands ?
B26 : L’autre il va bientôt nous proposer de mettre un escalier Stanah pour remonter au chalet de la Grande Valloire.
PMS : Allez, on sort de la base-vie
B26 : Je suis reparti pile à la BH de 4 heures du matin, avec pas mal de doutes.
J’étais un poil énervé contre l’orga qui nous avait fait partir 2 heures plus tard, mais n’avait finalement pas décalé les BH
B18 : pauvre choupinou, t’avais qu’à être plus rapide, et ils ont shunté la Croix, t’as gagné au moins une heure.
B26: Bref, l’expérience d’avoir déjà fait pas mal de fois ce parcours dans ces heure-là, m’a bien servi en fait. Un moment, je m’arrête pour changer les piles de ma frontale. 2 gars s’arrêtent aussi. Depuis le début de la montée, je me faisais doubler par tout le serpentin lumineux des différentes vagues de la traversée Nord, la « petite course » qui partage la fin de notre itinéraire.
Je fais signe aux gars de passer. Ils me disent ; tu as un dossard rouge de l’Intégrale ?
Ben oui, banane, je fais de l’intégrale dans la montagne à 4h30 du matin au milieu de la forêt et des torrents qui nous ravagent les pieds. Passe, t’attarde pas avec les gueux.
Les gars m’apprennent qu’ils sont les fermeurs serre-file. Ils doivent donc rester derrière moi. Ça veut dire aussi que je suis officiellement le dernier de la course. Youpiii…
Je repars en essayant d’accrocher les dossards verts de la Traversée Nord. Ça motive finalement les serre-files qui te reluquent les fesses.
Un moment, remembrer l’UTB du mois dernier, je vois un gars surgir de nulle part, avec une démarche bien connue.
Bon là je peux vous réciter par cœur ce que j’ai écrit dans mon compte-rendu de l’UTB 2026 : « c’est mon Raya avec qui nous avions terminé main dans la main puis dans un pas de danse endiablé la Diagonale des Fous il y a 2 ans.
Les retrouvailles sont brèves. Raya semble un peu dans le dur (…) Je sais que cette course est une course à élimination par l’arrière, et si je ne veux pas passer à la trappe trop vite, le mode préserv’hâtif est le seul qui permet que la course ne capote pas trop vite. »
Incroyable, je peux vous raconter exactement la même chose que fin juillet. On échange un peu avec Raya qui me dit être complètement dans le zig et le zag après avoir essayé de dormir sans trop de succès à Fond de France.
Pourtant, jusqu’à présent, il avait l’air bien l’animal : il m’avait rejoint au refuge Jean Collet, après le shunt de la Croix et la descente de Freydane, alors qu’il était parti dans la vague 30 minutes après moi. Ensuite, il m’avait largement distancé au départ du Habert d’Aiguebelle.
Mais là, il pioche. Trop tard, on a déjà passé la Mine de Fer. Je le laisse avec les serre-file pour essayer de prendre un peu d’avance.
J’aimerais bien arriver assez tôt à Gleyzin pour avoir le temps de faire le Moretan, sans avoir besoin de le shunter (possibilité ouverte par l’orga) pour éviter les barrières horaires.
Je calcule qu’il faut que j’y sois avant 8 h 30 pour avoir une chance d’être ensuite avant 18h à Super Collet. Heureusement que j’ai mon tableau excel de poche pour faire tous ces calculs en chemin.
J’arrive au refuge de la Grande Valloire dans la nuit. Ça me rappelle des souvenirs
B18 : ouais, enfin, moi j’ai été y dormir dans ce refuge. Le début d’une relation torride avec bip bip
B26 : et oui.. ben cette fois-ci, il a été préempté par les secours, le refuge. Donc, j’ai fait le grand, j’ai pris un café, et je suis parti tout seul vers Gleyzin sans demander mon reste.
Je suis bien, je cours même toute la descente de la montagne de Tigneux. Dans la fin de la descente, je double Ewi qui semblait s’être fait mal à un pied. Pas cool pour lui.
B18 : et alors, t’a shunté le Moretan ou pas ?
B26 : Non. En passant, ewi me dit, « livetrail dit que t’as le temps de passer le Moretan ».
Je me dis alors : , le Moretan c’est chouette à faire par beau temps , et rien n’est mort tant que tu n’as pas essayé. YOLO. Il est 8h15 à Gleyzin, ça peut passer.
B18 : benman26, mon héros ! Allez, dis-nous que t’es le plus fort, papa
B26 : bon, je fais le malin, mais la montée, j’avais beau la connaître, elle est raide et longue
PMS : hi hi
B54 : Je vous demande de vous arrêter
B26 : OK, grand-père, je reprends. Donc la fin du Moretan avec les chants… aiguisés des bénévoles : « Au col moretan palapala, au col Moretan, palabalala, au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit. Il y a tout ce que vous voulez au Col Moretan. »
Ça continue juste avant que je passe : « Quand on est au Moretan, on est CON-TENT »
Moi, je passe le Moretan, je suis TOUT-BLANC.
La descente se fait avec des cordes partout. Il y en peut être encore plus que sur les potences iraniennes en ce moment. Mais là, ce sont des cordes bienveillantes.
C’est parfois un peu long, il faut attendre que ceux de devant aient fini, sur le névé ou dans la pente de la moraine, mais au moins, grâce à l’organisation, on est en sécurité.
On arrive à Périoule après une séance de Spartan Race au milieu des gros blocs branlants, comme mon moral
B18 : Ah oui, bon, Ok, pour le shunt, c’est plus facile je crois ;
PMS : donc si on compare les temps de parcours, ou de parkour, je sais plus bien, jusqu’à Super Collet ça donne quoi ?
B18 : 4h24
B26 : 8h28, mais j’étais super collé dans la montée de la Pierre du Carre, malgré un début encourageant. J’avais oublié qu’il y avait autant de lacets suivis de grosses rampes raides, toutes pareilles, et que c’était si long.
B18 : oui, il y en 6 exactement. J’ai eu le temps de compter t’inquiète.
B26 : On était en train de discuter tranquille avec 2 autres coureurs. Y’a un gars avec un dossard de la Traversée Nord, qui nous double alors à + de 1200 m/h. Et le même gars, on le retrouve en haut, couché sur de la paille, tranquille en train d’attendre son pote ; ça m’a filé un coup. J’ai eu envie de lui jeter un sort. Genre, être obligé de se coltiner benman18 dans la montée, tellement il ralaît.
B18 : Pas vrai, je râle jamais dans Belledonne
PMS : donc on gagne 3 à 4h avec le shunt du Moretan. Tu veux gagner 4 heures dans ta vie : oublie le Moretan et va-t-en.
B54 : Merci Patrick. Bon les gars, à Super Collet, vous avez pas trop trainé j’espère ?
B26 : en fait, au final, j’avais gardé une heure de marge sur la BH.
B18 : c’est sûr, moi j’avais plus de temps. C’est là d’ailleurs que j’ai commencé à glandouiller et à avoir des hallus
B26 : Ah, toi aussi ?
PMS : attendez, les hallus, je veux vous entendre là-dessus après, mais racontez moi d’abord comment vous avec vécu cette 2ème base vie.
B18 : ben on a essayé de dormir et voir les kiné avec Xavier, mais c’était un fail complet. On a perdu du temps au final
B26 : moi ça a été tout le contraire. Chococaro et son mari étaient là avec benwoman. Tu vois l’image du mec qui ne fait rien, et tout le monde s’affaire autour de lui pour lui simplifier la vie et faire les choses à sa place … Ben c’était tout à fait ça
B54 : pas très déconstruit le benman26
B26 : Attends, et à la fin, le mec il repart tout content en laissant ses affaires sales aux autres qui s’occupent de tout et en plus l’applaudissent comme un héros. J’ai même fait un brossage de dents à la Courtney Dauwalter. Mais quel pied !
B18 : mouais, vivement que je la rencontre cette chococaro…
B26 : bref, on repart avec chococaro qui m’accompagne sur le début de la piste du télésiège. On est avec 3 gars qui profitent aussi un peu des petits pains à la viande des Grisons et de l’oasis gentiment apportés. J’étais un peu à la limite en arrivant. Je m’étais pressé pour avoir de la marge avant la BH. Je repars alors que je n’en ai plus : il est 17h56 pour une BH à 18h, mais je suis à nouveau en bon état
Je peux enfin un peu souffler, j’ai 8 heures pour arriver à val Pelouse, et je sais que ça passe largement si je ne m’attarde pas trop en chemin.
Pour la première fois depuis le début de la course, je prends le temps de contempler et en profite pour faire quelques photos.




PMS : Non mais, c'est toi qui a pris ces photos?
B26 : Oui, c’est vraiment beau quand on est là-haut. Mon esprit se met à divaguer, en recensant tous les massifs autour de nous : Vercors, chartreuse, Bauges, Aravis et Bornes au fond, Beaufortain, et sa majesté le Mont Blanc qui nous fait de l’œil. Enfin du vrai beau temps sur l’Echappée belle. Mais le soleil va bientôt se coucher, et là va commencer la principale difficulté restante de cette course ; tenir et ne rien lâcher.
B18 : C’est beau ce que tu dis. Nous, on a juste mis un pied devant l’autre avec Xavier. De toutes façons, on voyait rien
B26 : oui, mais moi j’avais pas Xavier, il était quand même entre 3 et 4 heures devant moi.
J’arrive au col de Claran Les bénévoles me demandent de rester groupés et passer la nuit avec les 3 gars qui trainent juste un peu devant moi sur les hauteurs, pour prendre des photos. C’est ceux qu’on avait partagé l’oasis et les sandwichs juste après Super Collet, avec chococaro.
En fait, il y a dedans le gars qui nous a doublés à 1200 m/h dans la Pierre du Carre et qui dormait sur la paille ensuite. Je lui demande ce qu’il fout là à trainer avec des escargots comme nous. Il m’apprend en fait qu’il a déjà fait l’Echappée Belle en 32h l’année dernière, et là qu’il accompagne son pote qui fait son 1er ultra.
Je demande aux bénévoles si je suis bien dernier de la course. ils me répondent qu’il y en a encore un ou deux, derrière avec les serre-files. Moi je veux pas mourir contre la barrière horaire de Val Pelouse
PMS: alors t’as fait comment ?
B26 : ben j’ai doublé les 3 gars en prétextant que j’avançais, en attendant qu’ils ne me rattrapent. Je ne reconnaissais rien du terrain. Benman18, t’as pas été foutu de pisser partout pour marquer ton territoire et donner des points de repère pour les générations futures?
B18 : mais tu sais mon cher benman26, ce n’est que depuis que tu fréquentes assidument les lyonnais, que tu pisses partout en off pour marquer ton territoire. Moi je sais encore me tenir. Ne prends pas ma vessie pour une citerne.
B26 : bon, bref, je passe la passerelle du Bens. Je suis tout seul, la nuit arrive. Un gars me double avec tout l’attirail du bonnet de nuit. Je prends un choc frontal en voyant que non seulement je ne suis pas éclairé, mais aussi que je suis encore en T-shirt et petit short moulant.
PMS : T’avais peur d’être un peu short avec la barrière horaire. ah ah !
B26 : Quelle lumière ce Patrick ! Je commence à monter en direction du refuge des Férices. Je me change, mets la lampe, puis je ne vois bientôt plus de fanion. J’essaie de charger, sans succès, la trace sur ma montre, qui finit par s’éteindre. La loose.
En fait, à ce moment, je me fais doubler par les 3 gars du col de Claran. Je leur dis que je ne suis pas sûr du chemin. Eux sont certains qu’on est bons. Ils tracent dans la montée, et pas moi. Impossible de les accrocher.
Les Férices sont féroces, je le sais pourtant, mais là je n’arrive même pas à suivre les derniers.
J’ai l’air malin, ils ne vont pas m’attendre alors que je viens de les snober dans la descente d’avant. Benman26, en plus d’être vaniteux, t’es un gros con. C’est l’histoire de ta vie ça, à force de refuser de te sociabiliser, tu vas finir tout seul
B18 : oh mais ça va, hein, tu sais, moi aussi y’en a plein des gars qui m’ont saoulé en course.
La course, c’est un moment pour soi, où on est à l’écoute de son corps et de ses sensations. On n’a pas si souvent que ça dans la vie d’être ainsi. Autant en profiter pour une fois et aller à son rythme.
B54 : mais on a benman le sage là. Patrick, prends des notes, tu vas voir quand il va commencer à faire le con devant ta caméra, si le gars est pas un détraqué social.
PMS : mais vous êtes des sacrés loustics les gars. Bon moi je veux connaitre la suite. Alors, les Férices ?
B26 : Je rejoins les 3 gars au ravito du refuge. Ils m’ont fait accélérer, mais ça m’a réveillé. Je commençais à m’endormir. Il faut dire, que depuis le début, j’ai juste poussé un petit roupillon de 5 minutes à Périoule.
Les hallus ont un peu commencé : les visages se dessinent sur les pierres, des formes bizarres apparaissent sur les rochers. Bon, je connais le truc, je ne lutte plus.
Je n’essaie par exemple plus de lire les publicités inscrites sur les rochers : je sais que c’est des fake-news, depuis 2018, j’ai eu le temps de m’abonner (encore gratuitement ) à Truth social.
B18 : tiens c’est marrant, moi aussi j’ai commencé à avoir les premiers signes aux Férices. Mais je n’ai pas réussi à (re)dormir avant le Pontet. Je te dis pas le niveau de fatigue dans la montée au Col de la Perche et dans la forêt pour rejoindre le Pontet
B26 : bah oui, je te connais comme si je t’avais vécu, c’est pourquoi je veux me grouiller pour avoir un peu de marge avant la BH à Val Pelouse, et essayer de dormir là-abas, pour de vrai, avant de ne plus pouvoir tenir debout.
PMS : alors, on y arrive à avancer quand on dort debout ?
B18 : clairement non. J’ai essayé de dormir en marchant, et impossible de rester dans le chemin. Ça marche pas.
B26 : Moi pareil. J’ai oublié de prendre du café à Super Collet.
J’essaye de me réveiller en tentant de courir dès que la crète redescend un peu. Je fais maintenant la trace pour un groupe de neo-caledoniens. Le gars qui me suit se pose des questions sur pourquoi il a cliqué sur l’Echappée Belle comme premier ultra. Rapidement, il m’avoue qu’il s’est en fait inscrit à l’Intégrale quand il a su qu’il n’était pas tiré au sort sur la TDS ; J’éclate de rire. Ah oui, faire l’Echappée Belle parce qu’on n’est pas pris à une des courses du quartier à Chamonix, ça me rappelle benman18 ça… hein petit !
B18 : ta gueule
B26: J’avais aussi oublié à quel point le début de la descente vers Val Pelouse est pas roulante. Tiens, ça tombe bien, je vois un panneau : « T’inquiète c’est roulant » . Tout ça est cohérent. Bon, j’avance, enfin plutôt, je ralentis dans la descente. Tout ça pour préserver les chances de benman54 de tester les futurs exosquelettes. Y’a plus de bruit, je suis seul. A présent, je rêve tout haut au milieu de mon concert d’hallu. Je retrouve mes 3 gars de Super Collet, qui se demandent quand on arrive. Je donne de vagues indications
B18 : bah tu m’étonnes, si tu commences à leur parler des cabines téléphoniques que j’ai vues à cet endroit, t’as eu moyen d’un peu les perdre
B26 : t’inquiète, je suis arrivé à temps à Val pelouse. Une heure avant la BH. Je vais direct au lit. Une gentille dame me bipe sur le lit, et me met un drap sur le corps
PMS : elle a cru que t’étais mort ?
B26 : non, même pas. En plus elle m’a gentiment donné une bouillotte. Je la prends comme un doudou. C’est bien Val Pelouse, y’a plein de moutons gentils. Je les compte, un deux, trois qua…
Tout à coup, j’entends quelqu’un claquer des mains à l’entrée du dortoir. Tiens, moi je claque des dents. Le gars me dit : « Monsieur, Il va être l’heure d’y aller ». Je regarde ma montre : il est déjà 1h50. Ça veut dire deux choses : un, que la BH ferme dans 10 minutes, et deux, que j’ai dormi 3/4h.
B18 : t’arrives à repartir toi ? Moi, je me suis arrêté 1h dans la yourte qui sent les pieds au Pontet, et le redémarrage a été un enfer. En revanche, l’endormissement a été éclair.
B26 : Pas mieux. Je me caille, j’ai mal partout. La machine est froide. Par contre, je n’ai plus sommeil. Bonne nouvelle.
Je ne me souvenais pas non plus que la remontée vers le col de la Perrière était si longue. Je suis reparti juste devant 2 gars qui visiblement s’étaient paumés et avaient flippé leur race de pas passer la BH. A mon avis, ils n’ont rien eu le temps de bouffer car je les sens un poil aigris ; J’évite de leur parler. La mauvaise humeur est contagieuse en course. Je mets des podcast bisounours dans mes oreilles, et m’en vais gentiment, en traçant un peu. La bonne nouvelle, c’est que cette fois , je sais que je ne suis pas tout à fait dernier.
PMS : Alors, cette montée du col de la Perche ?
B18 : Au col de la Perche, moi j’ai expérimenté le feu de paille avec la mélézine du Vik. Super carburant pour passer la crète, mais gros problème après pour avancer droit.
B26 : Au benman alcoolique, a succédé un benman semi-alcoolique seulement, sobre en course, et qui a remplacé le génépi par la boisson isotonique neutre. Oui, la sagesse vient avec l’âge.
B18 : Alléluia, il serait temps !
B26 : J’ai fait une bonne Perche, presque miraculeuse vu l’heure. Arrivé là-haut, je blablate un peu avec les signaleurs qui me disent : «bienvenue au camping de la Perche». Je vois une grosse tente juste devant moi. Je sais que ce n’est pas une hallu. J’étais là l’an dernier, à leur place. On avait encouragé tous les coureurs pendant 24h, à leur mettre un son de cloche indélébile qui leur laissera le tympan à moitié percé.
B18 : mais c’est débile un truc pareil !
B26 : je sais pas, mais en tout cas, cette année, rien qui ne cloche à la Perche. Bon d’un autre côté, les seules cloches que j’ai entendues étaient celles des vaches se retournant dans leur sommeil à mon approche à 4 h du matin
B18 : un reste de syndrome post-traumatique de l’année dernière pour elles ?
B54 : au moins, les gars, vous avez encore la chance de croiser des vaches dans les alpages. Moi j’ai croisé juste un robot tondeur de pré qui cherchait à se connecter en bluetooth avec la laveuse automatique du refuge.
PMS : tu lui as dit bouse de là ?
B54 : très drôle. Depuis que le président Barron Trump a mis des droits de douane sur les vaches laitières électroniques d’importation chinoise, la montagne est devenue toute triste. Il va falloir se remettre à élever ces énormes productrices de méthane.
B18 : moi j’ai vu plein de cornes de vaches dans la descente du grand chat. Je pensais pas que des chats, ça ressemblait à ça en fait
B26 : tiens, moi aussi. Le passage en forêt a été un festival pour les hallucinations. Mention spéciale aux portiques balancelles avec des enfants dessus. Pas fiables ces trucs-là quand on s’approche et qu’on réalise enfin que c’est un tronc d’arbre un peu en travers, avec des branches qui pendouillent en guise de nacelle.
PMS : allez les gars, racontez- moi l’hallu qui vous a fait le plus halluciner
B18 : ah ben moi ça a été la dame du ravito dans la forêt à qui je n’ai jamais réussi à parler. Je m’approchais, elle reculait au fur et à mesure. Arrivé à sa hauteur, elle disparait.
B26 : moi j’ai vu un trailer plutôt jaune / vert, assis, qui semblait chercher dans son sac, la tête baissée. Je m’approche pour lui demander si tout va bien. Il ne bouge pas. Il est immobile. Il fait un peu la taille d’une grande souche coiffée de mousse. Je réalise que c’est une hallu, alors le sommet de la souche, un peu arrachée, se transforme en couronne. Je dois la toucher pour vérifier que je n’ai pas retrouvé les joyaux de la couronne du Louvre, en pleine nuit, dans la forêt.
B54 : t’es vraiment le roi des trucs loufoques
B26 : ton grand-père m’a toujours appris qu’il vaut mieux être loufoque que médiocre
Un moment, j'ai même eu un rocher qui s'est transformé en tête de cochon


PMS : et toi, benman54, c’est quoi tes hallus ?
B54 : Moi j'ai halluciné de voir un e-bénévole, qui annonçait qu'il y avait encore des bénévoles humains sur l'Echappée Belle.
Puis juste après, j'ai vu un ravito sans QR-code. Mais bon, heureusement, mon implant cérébral m’a envoyé une petite décharge de Cézion-X+, et je suis reparti avec mon exosquelette à 125 PPM
B18 : non mais c’est quoi ta vie, 54 ?
B26 : Ah mon vieux Ben, tu peux le dire, c’était mieux avant ! Et c’est un futur vieux con qui te le dit.
En fait, moi, je suis sorti de mes hallu quand je me suis fait piquer par une guêpe, un peu avant la fin de la descente vers le Bourget en l’Huile. Comment une guêpe pouvait-elle avoir envie de fricoter avec un mec tout puant comme moi?
PMS : Un vrai guêpe-apens, quoi.
Bon, et la fin de vos courses, on en parle ? Benman54, je sais ce que tu vas me dire : ton logiciel de lissage de rythme était en surchauffe ?
B54 : En fait, j’ai pu le faire reprogrammer à distance par mon pote Bouboulle. Aucun souci, sauf une consommation de crédits-méthane un peu au-dessus de la limite autorisée, suite à l’ingestion non prévue d’une pâte de fruit au dernier ravito. Je pense que je m’en tirerai avec seulement une remontrance du Ministère de l’Actionnariat Climatique (MAC). Mais, je ne fais quand même pas le malin.
PMS : Alors peut-être, Alors peut-être !
B18 : Mais dans quel monde vit-on en 2054? Je veux retourner à mon petit Belledonne que je viens de découvrir. 26, tu veux pas revenir en arrière avec moi ?
B26 : quoi, revenir à une époque où je n’avais pas mal aux genoux, où j’avais une VMA correcte, et où le Moretan n’était pas encore devenu une autoroute ?
On ne peut pas revenir en arrière. Chacun vit sa vie, et profite de l’expérience de ses moi antérieurs pour devenir meilleur, et pas seulement sportivement parlant.
B18 : eh ben je sais pas ce que tu lui as légué à benman54, mais on peut dire que ça a bien marché, la courbe d’expérience. Hâte d’y être en 2054 !
PMS : Bon, benman26, t’arrives au Bourget en l’Huile, il se passe quoi après ?
B26 : je commence à faire le tour du stade qui mène au ravito
PMS : ah, mais en fait c’est bien de l’athlé alors !
B26 : Mais c’était trop bien. J’étais tellement content d’être là, après tous ces moments de souffrance. Des gentilles dames au ravito m’encouragent. Je suis en mode bisounours total, j’ai envie de les embrasser tellement elles sont chouettes : elles m’appellent par mon prénom, elles me remplissent mes flasquent, me servent de la Saint-Yorre.
Je vois au loin Raya, déjà sorti du ravito. Je n’avais pas de nouvelle de lui. Trop bien. Je lui dis, j’arrive, et sors à mon tour rapidement du ravito pour le rejoindre.
Il m’annonce qu’il ne courra que quand ça descendra. OK, je prends ! ça fait un moment que je galère un peu à courir, y compris dans les descentes. On discute un peu sur nos ressentis respectifs de course. Pas facile, car on n’est clairement pas dans le même mood. Je suis dans ma période bisounourseries, tandis que lui re-broie un peu du noir après des hauts et des bas.
Bon, mais en fait, je suis reparti dans l’envie de trainasser à l’arrière. Les copains m’ont annoncé que j’avais le potentiel pour finir dernier. Je connais la fête réservée au dernier de la course. Inconsciemment, ça me pousse à ralentir.
B18 : T’a vraiment aucun mental. Moi j’ai tout couru après le dernier ravito
B26 : C’est de ta faute, à vouloir courir trop vite en 2018, j’en avais oublié la difficulté de la remontée au fort de Montgilbert. Elle est non seulement raide, mais aussi carrément longue, finalement
B18 : ouais mais y’avait du génépi et de la bière en haut
B26 : moi, j’ai juste vu le parking, et j’ai essayé de rattraper Raya, qui a fini par m’attendre. S’il avait un objectif secret de terminer en moins de 50h, on peut dire que je lui ai bien niqué son objectif.
B18 : bah il était pas obligé de t’attendre non plus
B26 : on en parle toi le nombre de fois que Xavier t’a attendu
B54 : les gars, faites la course en catégorie exosquelette. Avec le régulateur de vitesse adaptatif, vous gérer vos relations sociales comme vous l’entendez.
B26 : On a quand même fait la dernière descente en courant. En tous cas, je suis très fier et heureux de cette arrivée main dans la main avec Raya.


Rememeber la diag’ 2 ans plus tôt.
Aline, la femme de Raya nous fait la surprise d’être là au parking d’arrivée. Un petit bisou à son héros, et nous voilà déjà dans le parc d’arrivée.
PMS : un vrai parc de princes
B26 : oui, plutôt un parc d’attraction, vu la manière dont on a sonné la cloche comme des dingues avec Raya.

B54 : Ne vous plaignez pas, moi j’ai pas réussi à programmer la cloche électronique et j’ai foiré mon arrivée.
B18 : moi ça restera un de mes meilleurs souvenirs cette cloche sonnée en commun avec Xavier
B26 : Moi aussi. La ligne franchie, on a essayé de refaire notre petite danse de l’arrivée de la Diag’ avec Raya.
J’avais juste oublié que j’avais la jambe bien bien gonflée suite à la piqure de guêpe. La plier et ensuite la remonter correspondait à un effort beaucoup trop important pour ce qu’elle savait encore faire.

PMS : Je me suis aussi laissé dire que t’étais le spécialiste de la PLS d’arrivée.
B26 : ben non, là même pas. Pourtant y’avait du monde qui était venu assister à cette promesse de moment gênant. Nickel en fait. Bon, il a fallu que je trouve vite un fournisseur de bières, mais Xian avait ses entrées et tout est rentré dans l’ordre au niveau récupération.

PMS : Merci les gars. On arrive à la fin de cette émission, c’est quoi la suite pour vous ?
B18 : va falloir que j’y retourne maintenant pour faire l’Aigleton, le Moretan et la Croix
B26 : va falloir que j’y retourne maintenant pour faire la Croix
B54 : Je croix que je vous survivrai. Benman, je te survivrai et tu m'entendras. Je te survivrai quelque part en toi ; Je te survivrai au-delà de moi… Je te survivrai

Pour aller plus loin:
Retrouvez notre sélection déjantée de récits, vidéos et interviews d'un autre temps:
Le spin-off de l'histoire originale de 2018
La préparation bien poussive en Beaufortain avec l'UTB 2026
L'interview avec le vrai Patrick Montel
La vraie course de Flora Guei en 2014 avec Patrick Montel au commentaire
12 commentaires
Commentaire de cloclo posté le 28-08-2026 à 02:43:16
Comment dire, du grand Benman dans le texte ;-)
Commentaire de bubulle posté le 28-08-2026 à 07:33:33
Pfff, mais comment fais-tu encore pour écrire des récits pareil ? J'en ai maintenant deux de retard.
Décidément bubulle26 est un nain devant Benman26, il est définitivement plus proche de Benman54, quoi (il est en vente l'exosquelette?).
Commentaire de shef posté le 28-08-2026 à 08:59:41
Quel récit, quelle course, bravo !
Commentaire de le_griffon posté le 28-08-2026 à 09:40:10
Sympa la photo de Benman27 à la croix ;)
Commentaire de BouBou27 posté le 28-08-2026 à 10:31:47
Comment c’est possible d’avoir l’esprit tordu pour écrire ça ?!?
J’ai dévoré plié en deux. Beaucoup trop de références
Bravo Benoît pour l’écriture et les courses.
Hâte d’être en 2054
Commentaire de galette_saucisse posté le 28-08-2026 à 10:40:18
Merci pour ce voyage intertemporel qui m'a fait revenir une semaine en arrière. Bien content de s'être croisé avec un bière (de notre fournisseur offixiel) à la main.
Commentaire de Arclusaz posté le 28-08-2026 à 12:23:18
et ben !!!!!! t'es pas tout seul dans ta tête, on le savait mais là.... N'attendons pas 2054 pour nous revoir (même si on habite loin l'un de l'autre) et j'ai encore plein de cousins à te prêter. Merci
Commentaire de xian posté le 28-08-2026 à 15:20:46
hé bé, ça fallait le coup que tu la fasses, cette course ! merci pour le bon moment de lecture de ce récit d'anticipation ! on a bien fait de monter à la Croix lors du off de début juillet :)
allez, je t'apporte une bière pour fêter ça ?
Commentaire de Spir posté le 30-08-2026 à 14:18:02
En fait, Benoît, tu es Zeus et l’antéchrist à la fois. Tu déchaînes les cieux et tu refuses de monter à la croix.
Merci pour ce chouette récit, quel voyage et quelle belle conclusion !
Commentaire de tidgi posté le 31-08-2026 à 16:39:13
Magnifique !
Commentaire de bipbip73 posté le 06-09-2026 à 09:14:49
Retour vers le futur kikouresque. Bravo! Un récit sur kikourou c'est un peu comme écrire avec de l'encre et du papier et l'envoyer par la poste. Tu te souviens encore de notre nuit torride? 😍 Ton récit rétro vintage me donner de belledonner ma paire de basket.
Commentaire de Mazouth posté le 08-09-2026 à 19:51:07
Vu le temps qu'il m'a fallu pour finir de lire ce chef d'œuvre, autant que je félicite directement Benman54 pour sa magnifique course et pour la robustesse de son exosquelette et de tous ses membres inférieurs !
On se souviendra tout de même qu'à l'époque, Benman26 avait été très fort et courageux pour finir en beauté cette EB après avoir vaincu le Moretan.
Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.