Récit de la course : La Corrida de la Saint Sylvestre - Clermont Ferrand 2009, par Baobab

L'auteur : Baobab

La course : La Corrida de la Saint Sylvestre - Clermont Ferrand

Date : 30/12/2009

Lieu : Clermont Ferrand (Puy-de-Dôme)

Affichage : 2462 vues

Distance : 11km

Objectif : Pas d'objectif

7 commentaires

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Le récit

 

Corrida de la Saint Sylvestre, Mercredi 30 Décembre 2009, Clermont Ferrand.

 


Rituels de fin d'année pour beaucoup de coureurs qui souhaitent clore d'une manière originale leur saison, les corridas sont à mon avis d'excellents moyens d'optimiser sa digestion entre Noël et le jour de l'an.


Pour moi, ça a été le cas, mais bien plus encore, comme je vais vous le raconter dans ce récit.


  1. Fin de saison 2009

     Je ne m'étendrai pas sur ma saison de course à pied. En quelques mots, disons simplement que d'autres activités m'ont pompé pas mal d'énergie et de temps. Avoir conservé 3 séances par semaines , suivi un plan 10km sur 10 semaines (surdimensionné et donc soldé par un échec), préparé une course nature (réussie celle là), ne relève pas de l'exploit sportif, mais reste tout de même honnête.

Année 2009 pas très sportive, mais je compte bien me rattraper en faisant un podium sur la corrida de la Saint Sylvestre...au moins dans la catégorie « meilleurs déguisements ».


  1. Objectif

J'ai eu beaucoup de mal à trouver un objectif en course à pieds depuis fin juin. En conséquence, le deuxième trimestre a été une succession de débuts de plan, de semaines de récupération, et de séances « au feeling ».

Objectif donc : se marrer et réaffirmer que ma pratique sportive, si elle est assidue, vise avant tout à me dépasser, à me dépoter; et à me faire triper. Malgré tout j'hésite un peu. Le compétiteur qui sommeille (super bien, il faut le dire...et sans tisane!) en moi se sent interpellé : pourquoi ne pas tenter d'accrocher un chrono ? La raison n'a aucune difficulté à convaincre la fougue sportive : « un chrono ? Avec tes allures poussives de ces derniers mois? Avec les deux semaines de début décembre à 0km de course? Et surtout, avec le relief du centre ville de Clermont Ferrand? »

Bon, je crois que ça veut dire non....

Mais, j'ai un joker. Ah ah ah... Non, cette corrida ne sera pas sage et aussi digestive qu'elle pourrait l'être ! Je ne vais pas me laisser mettre les fers aux pieds. Oh que non... Allez, j'annonce : s'il fait plus de 7 degrés, je cours pieds-nus !


  1.  
    1. Préparation

Deux semaines avant la course je me remets à l'entraînement. La trève hivernale a fait du bien, je le sens sur mes premières séances de fractionné court. Je passe assez bien mes 4*1000, mais ce n'est qu'un début.

Afin de trouver le déguisement qui fera du bruit le jour J, Je lance plein d'appels à droite ou à gauche, découvrant petit à petit les contraintes particulières qui doivent présider au choix. Courir avec un chapeau qui donne trop de prise au vent, c'est pas bon. J'abandonne à regret l'idée des palmes, mais finit par rassembler tous les éléments : bermuda de plage, chemise africaine, masque, tuba. Avant le départ je serai en tongues, puis je les porterai à la ceinture pendant la course.



  1. Avant-course

    Le départ est annoncé pour 20h, place des Bughes. La journée est occupée pour partie à une sortie au tobbogan, à la lecture, puis pour une ballade en famille. Quand je dis ballade il faut comprendre marcher 2h, quelques kilomètres, en portant beaucoup sur les épaules, dans les bras, en jouant à cache cache, en faisant de longues pauses devant les vaches (Salers). En rentrant, vers 17h30, je m'enfile un bon goûter à base de saucisson, Cantal vieux et pain. H-1h, on part à trois.

    19H45, ça va être l'heure d'y aller. Je mange encore quelques frites avec mes accompagnatrices, puis nous partons à la découverte du beau monde qui a répondu présent au rendez vous.

    La traditionnelle visite des toilettes est agrémentée par la découverte des nombreux déguisements. On se croirait au carnaval, il y en a paour tous les goûts (et même les autres). Bien sûr ça va du plus simple, au plus recherché. Je distribuerai mes palmes dans un prochain paragraphe.

    19h55, direction la ligne de départ.

    - « Non, je ne vais pas courir en tongues, c'est trop dangereux. Je serai pieds-nus »

    - « …??? »


20h00, j'attends le BOUM, le PAF, le « c'est parti »!!! mais non, rien. On est partis comme des grands. J'attends de passer la ligne de départ pour déclencher mon chrono, mais comme je n'ai rien vu encore au bout de 200m, je comprends queles organisateurs n'en ont pas prévu. D'ailleurs le 10km est annoncé sur le journal à 10km une page, 11km sur une autre. Certains coureurs parlent de11,7 mais au final , et si on en croit la version officielle, ce serait 10,6km.


    5) la course

Bughes-Pace de la Fontaine, Montferrand


C'est parti pour les 25 minutes réglementaires d'échauffement. Je commence largho ma non troppo, un peu anxieux devant la tâche à accomplir. J'espère que le bitume ne sera pas trop défoncé, que je passerai le kilométrage sans soucis et surtout que je n'aurai pas de pépins au sciatique (c'est fou, même après 3 ans je reste paranoïaque sur le sujet).

Je me fais doubler, double aussi, et finis comme à chaque course, par retrouver une densité vivable au bout d'un bon kilomètre. L'ambiance est à la déconnade. On rigole, on parle de bouffe, de festins, et de souvenirs de l'édition précédente. Personne ne s'inquiète de ses points pour UTMB, et pour cause... Je crois aussi que c'est la première course à laquelle je participe où je ne respire pas d'effluves sueur/eucalyptus, c'est dire le degré général de détente et d'intentions touristiques.

Alors que nous passons près du stade de rugby Marcel Michelin, nous sommes à peu près tous surpris par la clameur qui se fait entendre. J'ai appris le lendemain que Clermont étrillait comme on dit à la radio, Brives la Gaillarde. Franchement dans ces moments, on est contents d ene pas être le ballon.



Montferrand - Premier passage à Delille

 

Je suis surpris d'arriver Place de fontaine, peut être parcequ'habituellement je viens soit par le sud (brezet), soit par la rue de la république (qui garde d'une certaine manière, toujours et encore, son rôle séculaire de lien entre les deux villes).

En remontant vers la gare SNCF, je discute avec un coureur au sujet des pieds, des chaussures, de l'amorti, de la pose du pied. Très intéressant. J'apprécie l'ouverture de mon interlocuteur autant que ses encouragements.

Passage devant la gare. Je frôle un ivrogne qui, sa boutanche de gros rouge à la main, baragouine des encouragements. Merci!!! J'ai un peu peur pour lui : il est au milieu de la route quand même, il faudra qu'il pense à anticiper les quelques voitures qui passent à proximité.

Le lycée Jeanne d'Arc n'est pas loin. Je n'ai pas le moins du monde de pensée pour le gymnase en bordure de voie SNCf, un bâtiment glauque et poussiéreux, dans lequel j'ai passé plus de temps à me marrer avec les potes, qu'à faire de l'EPS.

Nous continuons de remonter vers le centre, direction Delille.

Là, de nombreux spectateurs nous encouragent, commentent nos accoutrements, prennent des photos, entre joie de participer au carnaval et étonnement de voir qu'on se plait tous beaucoup à courir un soir de décembre.


Delille-Lagarlaye


Après le bisou, le délestage de mes tongues et d'une ceinture qui servait à les tenir, je repars avec la joyeuse troupe sur le boulevard Trudaine, regarde avec envie les sandwicheries. Puis c'est une descente vers les facultés, au pied du viaduc Saint Jacques. On passe sur une piste cyclable peu agréable de par les petites branches qui ont été tombées par le vent de ces derniers jours. Je suis plus vigilent que sur la chaussée, les dangers objectifs étant plus nombreux : un coup c'est une branche, ensuite un passage de trottoir, ensuite encore une borne de stationnement.

Mais je ne sais pas encore que la partie la plus difficile est à venir. A partir du carrefour cours Sablon/Avenue Lafayette, sur le trottoir qui longe le Jardin Lecoq jusqu'à l'hotel Dieu, le revêtement est neuf (il date du tramway c'est à dire de 2005/2006?) mais fait pourtant penser à une râpe à gruyère. Ce n'est pas un problème en soi, mais cela exige une foulée encore plus légère et souple. Je commence à avoir du mal à assurer sur ces deux tableaux alors plutôt que de partir à la hussarde, je me force à céder un peu de vitesse. Tout en méditant sur une possible volonté des urbanistes de décourager les rollers, skate et autres engins à roulettes, j'évolue le mieux possible sur cette portion, en en attendant sa fin que je dois reporter plus longtemps que je le craignais.

 

 

 

Lagarlaye-Cathédrale-Delille


Le sol redevient fréquentable. J'en profite pour allonger la foulée, peu sollicitée jusque là. C'est très agréable de passer sur une partie de la place de Jaude, puis de grimper la rue qui passe le long du centre commercial. Dès qu'on le peut, on redescend un poil, pour retrouver la montée vers la cathédrale (à côté du conseil général). En haut, c'est bien l'Alpe d'huez, comme j'avais pu le lire sur le récit d'un coureur de courseapied.net. Je crois ne pas avoir été le seul à en ressentir un encouragement à donner le spectacle et avoir pris la montée à un rythme déraisonnable. Je me sens bien aidé par mes pieds qui en redemandent, à croire que 700 grammes en moins à porter changent beaucoup de choses... Au sommet, on s'engage vers chez Tonio, un célèbre luthier des instruments à vents sur Clermont Ferrand. Ça fait des années que je ne suis pas venu le voir...et pour cause, j'ai quitté le conservatoire en 1999!!!

On descend la rue Saint Esprit, passons sur la place de la Victoire sur laquelle le marché de Noël plie bagages. Pensée émue au vin chaud que j'ai pu y boire l'avant veille. On contourne la cathédrale (mon alsacienne préférée rigole quand je lui affirme que c'est la plus belle du monde) pour redecendre vers la place Delille par des petites rues. J'ai un peu de peine à garder un rythme convenable dans la descente et pour cause : je commence à accumuler des kilomètres dont j'ai perdu l'habitude. Ma foulée est moins souple, aussi je dois rester très concentré pour courir légèrement, sans m'écraser à chaque pas. Au cours de cette partie exigeante nous croisons quelques voitures. Malheureusement, la circulation a été confiée à trop peu de bénévoles et il y a eu quelques ratés de ce côté.


Place Delile, arrivée.

 

Je cherche comme c'était convenu mon staff d'encouragement, mais sans succès. Elles ont du rentrer, fatiguées de voir passer des masses de coureurs dans lesquelles je n'étais pas.

On redescend en direction de Montferrand, et je ne sais pas trop pourquoi, mais mes jambes sont plus souples. J'en profite pour mettre un coup de cravache, d'autant plus que ça sent l'écurie. Petit bilan avant de lancer les chevaux : les jambes sont fatiguées, mais supporteront sans problème un final soutenu.

Hopla, on y va!!!


Je double tant que je peux, sur les deux derniers kilomètres. Je manque de m'encastrer dans un paillon qui a perdu son klaxon à main. Je réagis au dernier moment pas un écart, grommelle un peu dans ma barbe (je ne veux pas l'accabler le pauvre, il m'a servi de métronome depuis le premier passage à Delille quand même, et en plus son déguisement était très réussi).


On passe sur quelques mètres de bitume dénudé pour des travaux. Je me fais le plus léger possible pour le passage sur les cailloux. Ensuite, un coin de pelouse, et qu'importe les merdes de chien, je ne vais pas commencer à me prendre la tête, d'autant que ce n'est que quelques mètres. Et voilà, le final se fait sur un trottoir sur lequel je laisse du monde. Où est la ligne d'arrivée (je n'ai pas vu d'arche au départ, je ne pense pas qu'elle aura été gonflée entre 20h et 21h!!!), mais ne la trouve pas. Je déduis que je suis arrivé quand je vois les gens s'arrêter. Oui, ça doit être là, voilà un mec avec un chronomètre.


58'30 environ.... hin hin hin...et c'est au moins un 15 bornes ? 10,7??? hin hin hin, en miles ? Non? Ah bon. Hmmmm keuf keuf keuh....oui mais je l'ai fait sur un seul pied, ceci doit expliquer cela;


Ah ah ah, et dire que j'ai eu envie de pleurer après mon 40'45 sur le 10km de Villeurbanne l'an dernier. Ça va les mecs, j'ai compris, pas d'équipe de France en 2010 pour moi.


Il faut marcher quelques dizaines de mètres pour retourner dans le hall de la maison des sports. Ce n'est pas un problème, même si on piétine beaucoup. Je suis toujours pieds nus, mais j'ai chaud. Ma chemise africaine par dessus le T shirt manches longues, et plus encore mon masque de plongée vissé sur le front, m'ont fait croire quelques instants à une séance de sauna.


Voilà mes accompagnatrices!! chouette, elles sont bien à l'arrivée. Elles me rendent les tongues que je leur avait confiées au passage de Delille. J'apprends avec satisfaction qu'elles n'ont pas trop rouillé, et même qu'elles se sont payé le luxe de passer un bon moment à regarder les coureurs déguisés, et à taper la discute. De mon côté je retrouve avec mes tongues une apparence un brin civilisée.

Dans le hall je récupère deux petites bouteilles d'eau, un T Shirt , mais j'échoue dans ma quête de nourriture solide.

Rien, nada, que dalle, le vide intersidéral de ce côté. Pourtant j'ai les crocs mes amis, j'aurais du prendre des frites et du kebab dans mon short avant le d épart. En passant, je lis sur une affiche « remise des prix le 6 février ». Est ce possible ? Ai-je bien lu ? Après de sérieuses recherches on the web, je ne connaîtrai toujours pas le fin mot de l'histoire. C'est couillon, j'aurais bien aimé assister au prix « déguisements », non que j'eus une chance, mais surtout parce qu'il y avait de ce côté là au moins un véritable suspens, si j'ai pu en juger ce soir.

Bon, comme il n'y a aucune raison de traîner, on prend tous les trois la tangente, histoire de goûter à un ravito, un vrai cette fois. C'est à la sandwicherie le 29, boulevard Trudaine, que je me régale enfin.


Le lendemain...et les jours suivants, mais que j'ai des courbatures aux mollets !!! il me faudra une semaine pour récupérer à 100%. En dehors de ces douleurs, tout va parfaitement. Mes pieds, une fois lavés seraient de bons candidats « top-modèles » pour une séance photo. Je n'ai curieusement souffert ni du sciatique, ni des dessous de pied. A refaire ? Oui, très certainement, mais avec un entraînement adapté cette fois.

 

 

Pour finir, sur l'oganisation.

Un organisateur de course le fait la plupart du temps par amour du sport, pas pour palper du blé pour construire une piscine dans le jardin. Pour cela, je remercie la FSGT et ses partenaires institutionnels d'avoir reconduit cette course en 2009.

Toutefois je regrette quelques erreurs : pas de mangeaille à l'arrivée (ou bien cachée), une communication (résultats, remise des prix...) minimaliste, trop peu de personnes pour sécuriser la circulation des coureurs (j'ai vu un bénévole devoir s'opposer physiquement contre une bagole qui menaçait de forcer le passage).

 Cela dit j'ai apprécié un dépouillement : pas de grosse sono, pas de marques mises en avant. J'ai bien aimé l'idée du recyclage de dossard : au retrait j'ai d'abord été étonné de constater la chose, mais j'ai apprécié ce geste par la suite.

Par dessus tout j'ai beaucoup aimé l'ambiance, le tracé, et ...Clermont by night!!!!

 

 

Merci aussi à mes lecteurs de m'avoir lu, en détail ou en diagonale.

7 commentaires

Commentaire de fulgurex posté le 15-01-2010 à 14:41:00

finalement, une arrivée bons pieds - bon oeil. Bravo, beau récit bien détaillé, reste une incertitude sur ce que tu as pu croisé dans la pelouse...

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 15-01-2010 à 20:21:00

Fallait le faire ! Moi, j'aurais pas osé ! On aurait aimé des photos du déguisement et de l'exploit en général !

Commentaire de Fredy posté le 15-01-2010 à 22:17:00

La corrida pied nus, faut être gonflé !

Pour le marathon de Clermont, tu fais comme Abebe Bikila ?

Au plaisir de te croiser, j'ferais gaffe à ne pas te marcher sur les pieds ;-)

Commentaire de Eric Kb posté le 16-01-2010 à 19:54:00

Original! Bravo et merci pour le CR

Commentaire de gdraid posté le 17-01-2010 à 19:44:00

Quand je pense que certains d'ampoules, avec de la NOK, les meilleures socquettes anti frottement, et les meilleures chaussures du monde de la CAP !
Bravo Baobab, ton exploit pieds nus, va en intéresser plus d'un ...
JC

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 18-01-2010 à 12:59:00

Ouais, c'est encore mieux avec des photos !

Commentaire de astra wally posté le 18-01-2010 à 21:25:00

Non mais t'es un grand malade toi ! rien que de voir les photos ma périostite s'est manifestée ! Pfiouuu ! en tout cas bravo pour l'avoir couru pieds nus, tu es un vrai bipède militant.
Par contre évite les cross, les gars ont des crampons...on ne sait jamais!.
A bientôt j'espère, cher ami Haut-rhinois
(j'aime beaucoup ta nouvelle photo d'identité)

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