Récit de la course : Saintélyon 2009, par marat 3h00 ?

L'auteur : marat 3h00 ?

La course : Saintélyon

Date : 6/12/2009

Lieu : St étienne (Loire)

Affichage : 1653 vues

Distance : 69km

Objectif : Pas d'objectif

10 commentaires

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Et M _ _ _ E !

Et M_ _ _E  ! "

 

A elle seule, cette expression pourrait résumer ma saintelyon 2009. Vous l'aurez compris, je n'ai pas terminé , mais même si ma perf ne vaut pas un pet de lapin, je m'en vais l'éventer.  Au moins, dans un an, je pourrai re-sentir mon a-vent-ure et en tirer les leçons qui en dé-coulent !

Tout avait pourtant bien commencé, loin de l'odeur nauséabonde de l’abandon …

  

L'entraînement s'est plutôt bien déroulé. Le cocktail de séances conventionnelles (vraies séances course ) et sorties plus exotiques (fractionné chez le médecin, séances seuils avec l'ostéopathe et foncier pour le passage des radios ) mélange de douces effluves d'herbes et d'arnica. Bref, ça se présente pas si mal que si ç'avait été pire (oula ! je lis trop de rodio) .

 

Le seul problème qui subsiste au matin de la course, c'est mon poids (85Kg / 180cm).  Pas moyen de faire pencher ma courbe de poids du bon côté. J'ai tout bien essayé : incliner la balance, ne poser qu'un pied, la retourner, lui glisser un billet : rien à faire ! Cette machine est restée plus insensible qu'une contractuelle un vendredi soir de pleine lune.

 

"Les bons petits plats de ton épouse tu ne fera que sentir, 

de ta seule soupe tu devra te remplir,  

et malgré tes efforts et tes -nombreux- soupirs,

jamais je ne t'annoncerai que tu viens de maigrir "

Et ben ça fait pas rire !

 

Je me dis que depuis un an que j'ai découvert le trail (sur la saintélyon), j'ai engrangé pas mal de kilomètres et de dénivelés. J'imagine donc que le départ sera plus lent et la fin plus musclée, l'un compensant l'autre.

 

Cela fait quelques temps que je regarde les messages kikouresques. D'un naturel réservé, je participe peu. Uniquement lorsque je pense que mes connaissances du terrain pourront éventuellement apporter quelques choses. Il flotte dans ces messages comme une indéfinissable odeur de ... revenez-y. Alors, j’y reviens régulièrement jusqu’à 4h du départ.

 

     3,  2,  1,   Partez !

 

Il y a bien 20mn que je souffle mon haleine mentholée sur la nuque de Laurent BROCHARD et Christophe MALARDE (ben oui, seule la banderole délimitant les sas nous sépare … peut-être un chouya de classe aussi…). Bref, ça doit pas être terrible vu la vitesse à laquelle tout ce beau linge s'éloigne de moi.

 

J’aurai bien dit un mot à Mamanpat avant de partir – même si on ne se connait pas -  mais elle paraît trop occupée à interviewer les champions. Dis-donc Mamanpat, t’en aurai pas profité un peu ? Et vas-y que j’suis dans le sas préférentiel, et que j’m la pète avec ma veste de brut et mon mini dossard  ?

 

Bon, reprenons : Je pars avec comme objectif de rendre la puce à 6h59, un peu sur les mêmes bases qu'en 2008 malgré la différence de distance. Le risque bien connu de partir avec les premiers, c’est de réaliser un départ trop rapide. Je garde donc les yeux fixés sur mon cardio et peu importe la vitesse.

 

1ère constatation : qu’est-ce que c’est dense devant ! Ca sent déjà l’écurie ?  Bizarre, on vient pourtant de laisser le hall à bestiaux dans notre dos. Bref, y sont nombreux devant ! Ou alors je me traine et / ou le niveau a bien monté en 1 an ??? On verra bien tout ça après la course grâce au suivi informatique. En tout cas, ça va pas être facile de faire le suivi live sur kikourou ! respect !

 

Dès les 1ers chemins, on trouve un terrain bien humide. Les appuis sont moins francs que l’année dernière. Mon option « tout faire avec des chaussures route » va-t-elle permettre à mes cuisses de mieux supporter la charge ou l’aventure va-t-elle s’arrêter rapidement sur sortie de route ?

 

En tout cas, le balai (des frontales) brosse de superbes traces dans la nuit. C’est beau mais pas simple de ne regarder que ça. Nous sommes tellement près les uns des autres qu’il faut surtout rester attentif à toutes ces chevilles tout en évitant les marcheurs. Le temps passe vite.

 

Un peu avant St-Christo je double une capuche courbée sous les effets du vent et du froid . Je m’arrête pour faire à cette marcheuse un rapide bouche à bouche salvateur . Elle est surprise mais ne me repousse pas. Bon, en même temps, c’est ma petite femme  (pseudo : trottinette, kikoureuse ultra timide ), y’a pas malaise. Avec 3 copines, elles sont venues humer l’air de la Saintélyon pour savoir si, un jour, peut-être, pourquoi pas, …

 

L’arrivée sur St-Christo se fait en contournant le stade de foot comme en 2008 mais contrairement au tracé indiqué sur le site de la course. J’escomptais une remise de peine de 3 mn à cet endroit, c’est raté . Quelle foule dans la montée après le ravito. Je regarde mon chrono : 1h30. exactement dans le timing prévu, c’est tout bon. Je n’ai pas mal aux jambes et pas d’essoufflement non plus.

 

Je repars donc à mon allure, tout en évitant – parfois de peu - les glissades. Le chemin rejoignant l’Hopital est visqueux  à souhait (mais qui à souhaité ça ?). L’allure de certains commence à baisser car je double souvent. C’est encore plus vrai après le ravito du moreau. Je suis pourtant toujours dans la même allure (2h08 pour 2h07 théorique). Belle animation des organisateurs de « courir pour des pommes » avec feu, lumignons et encouragements. Leur présence annonce la descente – qui monte souvent - sur Sainte-Catherine.

 

Nous retrouvons là quelques spectateurs qui se réchauffent mutuellement ou applaudissent ; Les jambes sont toujours ok même si elles ne tournent pas toutes seules. Arrivé dans la rue principale, le chrono m’indique que je maintiens ma petite minute de retard (2h41 / 2h40). Il est temps de téléphoner à papa qui me fera l’assistance à partir de La Bullière . Un grand merci . Nous devons nous retrouver sur 8 points différents entre La Bullière et Gerland. C’est cool car ça coupe bien les longues portions de fin de course.

 

La descente du bois d’Arfeuille se fait sans problème (je connais mon roadbook perso par cœur). Tiens, pas de nouvelle des relais. L’année dernière, 5 équipes m’avaient déjà doublée. Ca devrait plus tarder. Juste après Arfeuille, je double un kikou en buff  et l’encourage. Je crois qu’il me revient dessus dans la descente raide qui suit mais c’est en fait les 3 premières équipes qui débaroulent sur nous. En les suivant du regard, on voit au loin St-genoux . Mais où c’est qui z’ont foutu le ravito, y’a pas de grosse lumière ?

 

2km plus haut, je sors enfin ma tête du genoux pour voir …que dalle ! La vache (à cet endroit, y’a que ça à dire) ! J’avais donc bien vu rien. Les habitués de la pause à la rotule vont être surpris.

 

Côté chrono, je suis retombé pile dans le timing à poil : match nul 3h30 partout. Bon ben y’a plus qu’à aller voir du côté de la nouvelle déviation si les chemins Lyonnais glissent moins que les Foreziens.

 

Nous sommes une bonne dizaine sur ce chemin. Je sais que ça va pas mal remonter dans 800m alors, je reste derrière. Soudain au hasard d’une vieille grange planquée derrière un tapis bipant, tout le monde à disparu ! Les coquins d’organisateurs : c’est-y pas fourbe de mettre un aspirateur à coureurs dans un coin aussi sombre ? Je me retrouve donc comme un con-current esseulé dans la montée, à fredonner l’hymne du moment, je marche seul .

 

800m plus loin, c’est le retour du bitume !  La saintéLyon se transforme à nouveau. On sait que la descente va être longue et qu’en bas, après Soucieu, la course va commencer. J’intime donc l’ordre à mes jambes de ne pas se lâcher. Dans 45mn, vous pourrez mais pas maintenant. Dans un sourire un peu figé, elles donnent leur accord.

 

Nous traversons la route qui mène à Rontalon en encourageant les bénévoles puis redescendons vers Soucieu. Mais c’est quoi ça ? On sort de la route pour prendre tout droit sur du chemin. Ce n’était pas non plus au programme ça ! Heureusement que je suis du coin et que j’avais révisé y’a un mois. Je sais que c’est un chemin qui semble anodin de nuit mais qui recèle de nombreux pièges à chevilles. J’y vais doucement donc.

 

Brrrrrr ! Fait pas chaud dans c’pays !

 

Je connais l’arrivée sur Soucieu comme ma poche. Je vais pouvoir commencer à accélérer. Un petit test des jambes pour voir … Ben la prise a due être débranchée  parce que je n’obtiens pas de réponse de leur part. Il est 4h26. 3mn de débours sur mon estimation, c’est pas grand-chose.

 

Je passe le ravito en me disant qu’il fait de plus en plus froid . Je touche ma veste pour m’apercevoir qu’elle est trempée. Un coup de driiiiing à papa pour qu’il me retrouve à la sortie de Soucieu avec 1 veste sèche et le tour est joué.

 

Effectivement, le tour est joué. Disons plutôt que la messe est dite. A peine ais-je rejoins papa qu’une voix de l’au-delà se fait entendre. Le sermon est sans appel : « tu dois aller te con-fesser derrière la haie mon fils ! »

 

Ben je sais pas vous, mais moi, dans ces cas-là, je discute pas. A peine ais-je entamé ma pénitence que je ne peux qu’à grand peine contenir un cri. Des crampes démoniaques me sautent dessus. Je suis assailli de toutes parts. La bataille fait rage et elles finissent par reculer pour trouver refuge dans un endroit qu’il est difficile d’étirer. Stop ! Ne vous faites pas de fausses idées : je prends des crampes sous les côtes. C’est la première fois. Que faut-il faire dans ce cas mon Dieu ???  Là aussi, la communication passe mal. Je reprends le chemin en remerciant papa pour sa présence (et son papier). Je pars en faisant vœux d’humilité .

 

Quand même, alors que 20mn auparavant je me faisais une joie d’accélérer, je me retrouve à porter ma croix. Je n’ai rien vu venir. Les voies du seigneur sont impénétrables …

 

Il y a pleins de fidèles qui m’entourent pendant que je multiplie les petits pains.

 

Malgré mes prières, il me faut retourner dans l’isoloir . Enfin, plus facile à dire qu’à faire sur ce chemin étroit. Je fini par me réfugier dans une petite nef  basse. L’abri est sommaire mais une fois baissé, seule ma tête dépasse. De nuit je me dis que ce devrait être suffisant. Que nenni. En plein milieu de mon office, revoilà ces diablesses de crampes. Elles attaquent dans l’ensemble de ma jambe gauche ! Vade retro satanas ! Dans un pauvre réflexe sportif, je me redresse afin d’étirer au mieux cette perfide jambe. Voila, j’vais pas vous faire le dessin de la céleste apparition auquel à droit la brebis égarée qui s’avançait  .

 « ça va ? » me demande-t-elle …

 

 

« heeeuuu          ,  Au poil » répond ma voie d’outre-tombe . 

 

C’était donc ça que j’étais venu chercher sur la Saint-T : une descente aux enfers. J’avais bien évidemment entendu qu’on était là pour en … découdre mais je voyais pas ça comme ça. La brebis non plus qui, soulagée de ma réponse , poursuis tête basse son chemin.

 

Je repars mais je n’ai plus la foi. Je marche sur l’eau avant de remonter vers Chaponost mais je suis vidé, perclus de crampes et j’ai de plus en plus froid.

 

Encore un arrêt dans une chapelle de fortune .  En en repartant, je me demande où pourrais-je faire mes prochains sermons lorsque nous serons en ville . L’urbanisation galopante ne propose que peu d’aires de repos pour les âmes en perditions...

 

En passant devant le centre équestre,  je prends le temps de téléphoner à papa pour le tenir au courant de mon état :

      «c’est compliqué, je suis au bout du rouleau »

      « pas de problème » me répond-il, « j’en ai un autre dans la voiture »

      « …… ?   »

 

J’arrête définitivement à Chaponost, frigorifié malgré la chaude nuit .

 

1 semaine après, je suis toujours déçu mais j’ai pris le parti d’en sourire . Que faire d’autre ?

 

Merci à ceux qui m’ont suivi.

10 commentaires

Commentaire de @lex_38 posté le 12-12-2009 à 15:23:00

Merci pour ce récit plein d'humour malgré ton abandon!
Et puis ça te fera une motivation de plus pour l'an prochain!

Commentaire de Mamanpat posté le 12-12-2009 à 17:38:00

Je vous salue Marat

Je Vous salue Marat, plein de grâces,

le Seigneur n'était avec Vous,

Vous n'êtes pas béni entre touts les coureurs

et "cr...", les fruits de vos entrailles, ne le sont pas non plus.

Saint Marat, Bordel de Dieu,

nous prions pour vos pauvres malheurs,

maintenant il est l'heure de ne plus avoir de remords.

R'Amen(e)
toi la prochaine c'est dans moins d'un an !!!!


Merci pour ce super récit, j'en ai encore des crampes au ventre... Oups, sorry... ;-)
T'aurais pu me parler quand même sur la ligne, mes tresses n'ont jamais étranglé personne ! Et pis t'aurais p'têtre eu droit à un 'tite question !

Pour le reste, non je n'ai absolument pas porfiter de ma position... pas du tout... vraiment dis-je !... enfin, presque pas quoi...

Commentaire de l'ourson posté le 12-12-2009 à 22:26:00

...ainsi soit-il !

L'Ourson_amen_;-)

Commentaire de vial posté le 13-12-2009 à 18:04:00

y'a pas eu de miracle ....
mais ton côté dérision a été le plus fort
michel

Commentaire de millénium posté le 13-12-2009 à 22:15:00

superbe récit qui me pousserait à (bien) rire si l'issue .....
Mais je ne me fais pas trop de souci....Tu reviendras et vaincras

Commentaire de Matov posté le 14-12-2009 à 22:05:00

n'empêche, t'avais l'air d'avoir la pêche jusqu'à Soucieu. Ne pas flancher entre Ste Catherine et St Genoux, ça doit être bon signe, mais bon, pas dans ton cas apparamment...
tu pourras te rattraper sur d'autres épreuves!

Commentaire de Belet posté le 10-01-2010 à 22:41:00

Beau chemin de croix.

J'attend avec impatience le road-book ultra détaillé de tous les taillis-à-prière qu'on peut trouver sur le parcours. Ca peut toujours servir pour une autre édition :)

Arnaud.

Commentaire de L'Dingo posté le 09-09-2011 à 13:26:59

Après avoir lu la prose Marat avec le CR de l'UTMB, je m'en vais à la découverte des autres CR. Et dire que depuis 2 ans j'étais passé au travers.

Encore un petit morceau d'humour qui vaut le détour. :-))

Thanks

Commentaire de Jean-Phi posté le 20-03-2012 à 16:12:03

Alors là, je viens de tomber dessus par hasard et ben... je regrette pas ! Au delà de la poilade que je viens d'avoir et qui a laissé pantois mon secteur environnant, je t'avoue m'être revu dans les mêmes circonstance... en 2007 ! Sauf que j'avais eu la (mal)chance d'aller au bout en un temps infiniment trop long.
Pas à dire, tu as une sacré plume... même pour raconter des histoires de fesse !
Un grand moment, merci Marat'
PS : Quand on connait la suite de ta carrière sportive... pas de regrets sur cette course je pense !
A bientôt j'espère.
JP

Commentaire de Farfaline posté le 06-01-2014 à 11:31:12

Ouaah Oo !!!!
je me rend un peu plus compte de ce que Rom à pu endurer dans le creux de la vague cette année et pourquoi j'ai pris des petites phrases pas très douces : pas cool ce genre de galère!
Ps : Tes CR sont top :-)
Un grand bravo pour la perf de 2013 avec un superbe négative split de classement, bonne année et surtout bonne saison 2014 avec la patate et @ bientôt ! bizes

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