Récit de la course : L'O'Rigole - 75 km 2009, par XBo

L'auteur : XBo

La course : L'O'Rigole - 75 km

Date : 5/12/2009

Lieu : Le Perray En Yvelines (Yvelines)

Affichage : 1607 vues

Distance : 75km

Objectif : Pas d'objectif

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Le récit

Avertissement au lecteur : ce récit est aussi long que mon temps de course. Bonne lecture !

 

Je me suis inscrit à l’Origole sur un coup de tête fin septembre en lisant que ce serai la dernière en nocturne sur ce format. Je n’ai jamais couru plus de 50 kms et n’ai que 2 marathons sur route à mon actif aussi, la date approchant, je commence à prendre conscience de la difficulté de l’épreuve.

 

Comme je suis cartésien et rationnel, je me suis préparé consciencieusement sur 12 semaines , avec (presque toujours) 4 séances par semaine, dont une en côte … m’enfin, les côtes sur les bords de Marne, çà n’aura rien à voir avec celles de cette folle nuit.

 

A S-6, répétition générale sur le trail des lueurs d’espoir organisé à Pont Sainte-Maxence. Tout se passe bien, sortie tranquillou en 3h42.

Trois semaines avant, je m’organise un petit bloc « choc » au cours duquel je cours 34 kms de nuit en 4 heures le vendredi soir et j’enchaine avec 48 kms en 5h40 le dimanche matin. L’accumulation se passe bien, l’organisme encaisse sans problème.

Anecdote : le vendredi soir, rencontre cocasse (a posteriori) avec la Police Nationale qui se demande ce que peut bien faire un gars qui cours à 1h du matin avec un sac sur le dos. C’est forcément louche, même si le gars en question est fluo de la tête aux pieds, a une frontale sur le front et une lampe clignotante dans le dos. Heureusement qu’ils ne m’ont pas demandé mes papiers, je ne les avais pas sur moi…Fin de la digression.

 

A J-7, dernière sortie sur la SilvaNight en binôme avec Astrophytum où nous retrouvons une armée de Kikous, dont les Kikou2oufs du prochain Raid28 au complet, à savoir Aleksou, Land, Mara et vos 2 serviteurs.

Bonne répétition, je tombe en panne de frontale au milieu de l’épreuve, à ne pas renouveler.

 

J’ai déjà couru les 75 kms plusieurs fois dans ma tête , suis rentré dans ma concentration depuis quelques jours, je suis préoccupé, je dors moyennement bien.

Le jour J, arrive, déjeuner et diner décalés pour avoir fini à 18h, petite sieste réparatrice dans l’après-midi.

J’arrive en train au Perray avec un plein sac de matériel, 2 frontales, un seau d’accus de rechange, une douzaine de barres amande, des chaussettes en pagaille, des hauts, des bas, une paire de bâtons, des gants, casquette, bonnet, coupe-vent, polaire, sous-couches en veux-tu en voilà.

 

Je suis frappé par la foule dans le gymnase. Je ne me rappelle pas qu’il y ait eu autant de monde en 2008. Je qualifierai l’atmosphère de « studieuse ». Les coureurs sont affairés et concentrés. Les trailers attendent gentiment leur tour pour récupérer leur dossard et faire vérifier le matériel obligatoire.

 

Je trouve refuge dans les gradins parmi les kikous qui discutent calmement. Un bonjour à Jay, Tomtrailrunner, Jay, Biketrun, JCDuss prêts à en découdre et Moogly qui passe par là; Aleksou, Marioune, Insigma, Land, Laurent-Le Bagnard et Jéjé77 arrivent plus tard. On échange nos points de vue sur la température, bref on discute chiffons entre coureurs.

 

TomTrailRunner, Land, JCDuss et Ampoule31   

Land-Olivier me propose de faire la course ensemble. Je ne sais pas si c’est une bonne idée compte tenu de nos – potentielles – différences d’allure mais bon, on va partir comme çà. Après un briefing de l’orga, tout le monde se dirige tranquillement vers la place de la mairie.

 

Laurent prend quelques photos, on papote encore gentiment. J’évacue le stress.

22h05, le départ est donné et je pourrais dire que je pars au pas. Olivier s’en inquiète d’ailleurs : « on est les derniers ». Ben ouais, ma maxime n’est pas pour rien « pour arriver vite, il faut partir lentement ». Sur le bitume, je continue de freiner. Au bout d’un kilomètre, dans la zone industrielle, je me retourne, je suis suivi (poursuivi ?) par un 38 tonnes qui roule au pas derrière un bénévole à vélo qui ferme la marche ! Je tourne à gauche, passe au dessus de la voie rapide et reprends encore à gauche pour attaquer enfin le premier sentier. S’en suit un kilomètre roulant de sentier monotrace où je continue à freiner Olivier. Plusieurs coureurs sont arrêtés pour se découvrir, il fait bon. Virage à droite, je traverse entre les étangs Saint-Hubert et Pourras.

 

Petite photo d’Olivier tout sourire.

 

Je double Miss France qui glousse avec un groupe de copains, plutôt très bruyante. Je ne suis pas sûr qu’elle aille très loin à ce rythme si elle continue à s’éclater les cordes vocales comme elle le fait. Bonjour, le calme de la forêt ! Virage à gauche, parcours toujours roulant pendant un kilomètre. Encore un virage, droite 90° cette fois-ci. Quelques barrières à franchir, on arrive sur une route dont les bénévoles sécurisent la traversée pour nous. Ensuite, je pars en sous-bois sur la gauche après avoir franchi un fossé. Tiens, je reconnais l’endroit : c’est là que l’an dernier je me suis pris une belle gamelle à cause d’une discussion animée avec Etrurien qui m’avais faire perdre la réalité d’une course la nuit en forêt : il faut regarder où on met les pieds bien sûr.

 

Les 5 premiers kilomètres  sont parcourus en 35’36’’ (8.4 kms). C’est conforme au plan.

Je continue sur le même rythme toujours bien soudé avec Olivier.

 

Un virage à droite, je reconnais l’endroit : une légère descente et je sens presque la boue (la bouse devrais-je dire) avant de la voir. Les coureurs s’éparpillent entre les arbres, je n’échappe pas à la boue non plus. Je ne perds pas de temps à essayer de contourner ou à refuser l’obstacle, j’avance prudemment mais surement dans le bourbier. Ensuite, on attaque ce que j’appelle les toboggans, ça monte, ça descend et quand on a fini on recommence. A ce moment de la course, je commence à doubler des coureurs mais plutôt dans les descentes que dans les montées. La guirlande de frontales dans la nuit donne une bonne idée du chemin qui s’ouvre devant nous. Olivier est déchainé dans ce passage et « attaque » la trajectoire. Je lui rappelle que la route est encore très longue. Finalement, je pense que les coureurs qui nous freinent à ce moment nous rendront service en nous empêchant d’entamer trop tôt notre capital forme.

 

Les 10 kilomètres sont atteints en 01:24’31’’. (3 kms de montées-descentes parcourus à la vitesse hallucinante de 5 kms/h).

 Je reprends ensuite une progression plus « normale ». Peu après le 12ème kilomètre, on entre dans Les Mesnuls par le sud. Je crois me souvenir que c’est à cet endroit qu’un contrôle des dossards est opéré. Le bénévole relève le 61 (Olivier) et le 80, euh non moi, c’est le 60 ! Manquerait plus que je sois disqualifié parce que non pointé au contrôle de passage….Après 200 / 300 mètres sur bitume, je replonge à droite dans un chemin descendant. Je coupe une autre route puis je franchis une clôture dans laquelle Olivier s’accroche. Encore un chemin roulant, pause « technique », virage à droite, virage à gauche, puis descente dans l’herbe vers le château des Mesnuls superbement éclairé dans la nuit, 14 kms au compteur, tout se passe bien. Un joli sourire au photographe, je fais gaffe à la barrière et hop, virage à gauche. 

J’enchaine encore un kilomètre sur bitume dans le village en léger faux plat montant, je marche pour protéger la machine. Peu avant le km 15, on repart sur les chemins.  S’ensuivent alors quelques kilomètres de montées – descentes à allure plus que pépère. Par moment, j’entends des hululements de chouette ou de hibou. Certains concurrents du 28 kms acccusent la fatigue et ralentissent sérieusement. On doublera Jéjé77 en freestyle frontale HS et plus loin Jay et Biketrun. Olivier en remet une couche, à l’attaque dans les descentes, relance dans les montées, nous doublons tous les 2. Je suis obsédé par l’idée de ne surtout pas forcer pour en garder sous le pied, la nuit sera (très) longue. Jusqu’au 19ème, 3 kms parcourus à moins de 6 kms /h…

 

Je passe le 20ème km en 2 h57 et garde toujours en cible de boucler cette 1ère partie en environ 4 heures. Le parcours redevient plus facile ensuite, les 5 kms suivants sont avalés en 38’10’’. Je retraverse entre l’étang de Hollande et l’étang de Pourras.  Tiens, z’ont changé le parcours : contrairement à l’an dernier, où on avait directement embrayé dans le chemin, cette année petit single-track plus à gauche pendant environ un kilomètre. Du coup, je ne ressors du bois pour attaquer le chemin dans les champs que plus loin et c’est appréciable parce qu’on prend le vent, parfois en rafale, de face. Le bruit de la voie rapide nous signale le retour à la civilisation. 2 kms à un bon rythme, je passe avec Olivier dans le tunnel piéton, et retour au bitume pour un dernier kilomètre jusqu’au gymnase. Je commence à me projeter sur le « ravito » et à lister les taches à accomplir.

 

4h07 pour cette première boucle, 29,4 kms au compteur. (L’an dernier j’avais terminé cette seule boucle en 3h08 !).

 

J’entre dans le gymnase en effervescence. Marche vers le fond de la salle, et là, plus de sac   !

Je l’avais laissé bien en évidence mais il a dû être déplacé. Gros coup de stress, je pars dans tous les sens, j’ameute Marioune, Moogly, tourne en rond, et fini par le retrouver caché dernière les jambes d’un coureur du 28 sagement assis en train de récupérer.

J’essais de me reconcentrer sur les gestes à accomplir, trouver la bonne poche, changer les piles de la frontale, ne pas les mélanger avec celles préparées pour la 3ème boucle, mettre des chaussettes propres -  un vrai bonheur -  refaire le plein du sac avec Marioune, deux/ trois Tuc salés, une tranche de pain d’épice et direction la sortie du gymnase.

 

Et là, mon esprit cartésien qui m’avait conduit à glisser le dossard dans une poche plastique A4 (poche elle-même repliée en deux et attachée à la sangle ventrale du sac par trois épingles à nourrice) pour le protéger des intempéries  me joue un tour : ben oui, on ne ressort pas de la salle comme çà ; une bénévole veut marquer d’un point de marqueur noir le dossard pour valider la sortie. On s’escrime tous les 2 sur la pochette qui résiste et on finit par la déchirer pour ce fichu point noir. Je signe la feuille de route et je repars sur la gauche toujours avec Olivier : 4h17 de temps de course.

 

Le moral n’est pas entamé, la forme est là. On franchit en tandem la voie ferrée pile au 30ème kilomètre. Il n’y a quasiment plus de coureurs, le contraste est flagrant par rapport à la 1ère boucle. Un petit crachin commence à tomber, mais il ne durera pas. J’échange quelques mots avec Olivier : c’est là que la course commence, l’inconnu pour lui comme pour moi. D’ailleurs, la ligne droite qui se profile devant nous nous fait prendre conscience de la distance qu’il reste à parcourir. Je cours en silence, Olivier juste derrière moi qui se cale dans ma foulée. Je remarque une flèche à double sens au sol, on repassera donc sans doute par ce même itinéraire sur la fin de la boucle. Jusqu’au km 34, on avale le parcours plat entre 8,2 et 8,5 kms tranquilles. On rattrape Bernard le pirate avec ses bâtons et on croise un coureur qui rebrousse chemin, pas de bobo apparent.

 

Je sors du sentier pour entrer dans Auffargis, légère montée, un bénévole nous indique de tourner à gauche le long de l’église, petite descente en roue libre, virage à droite pour ressortir quelques centaines de mètres plus loin, toujours dans le village. Encore 2 bénévoles pour marquer le virage à gauche et là, on attaque le bien nommé « chemin des buttes ». Je venais de dire  à Olivier que pour une boucle difficile çà m’allait bien mais je regrette immédiatement mes paroles. 5 heures de course, les choses sérieuses commencent.

 

Cà monte, çà descend, çà remonte, ça redescend. C’est le moment où mon estomac me joue des tours : envie de vomir , plus de jambes et sans doute visage tout blanc. Je pense que je n’ai pas assimilé la barre amande-chocolat. Je serre les dents, je m’accroche, Olivier super sympa reste à mes cotés même si je le ralentis. Je suis sans force pendant 2 à 3 kilomètres et puis doucement l’énergie revient, le sentiment de malaise est passé. C’est le moment d’avaler le contenu de la fiole conseillée par Agnès94. Beurk! Cà booste peut-être mais c’est réellement infect. A coté, la gourdasse bleue de l’Electron c’est du petit lait…

 

Le tandem infernal passe le cap des 40 kms juste sur les 6 heures de course. Le rythme – si on peut encore parler de rythme – a très sérieusement ralenti : 1h et 3 minutes pour parcourir les cinq derniers kilomètres.

Olivier a reconnu cette boucle trois semaines auparavant ; je me marre : à chaque changement de direction il me dit « tiens, je suis passé là au Off, mais à l’envers » et puis peu après le km 41 sur un petit promontoire « d’ici on a une super vue sur les Vaux de Cernay ». Ouais, enfin pour le moment on a une surtout super vue sur nos chaussures et elles ont tellement de boue qu’on est incapable d’en donner la marque, mais bon, c’est sûr, en plein jour, assis par terre au soleil avec une bonne bière boisson fraiche, l’endroit doit vraiment être sympa.

 

J’ai le moral qui flanche à ce moment là. « Olivier, j’arrête à la fin de cette boucle, vas-y, ne m’attends pas », je décroche de quelques mètres. Je me fais engueuler : « comment veux-tu que je termine tout seul, aller on continue » . Je lui dis qu’il va trop vite, mais je continue à avancer, je n’arrive pas à suivre mais Olivier ralentit et m’attend. Je n’arrive pas à dire merci à ce moment là, trop concentré sur moi-même, mais c’est le moment de le faire. Sans Olivier, je ne serais pas allé au bout à ce moment de la nuit. « Olivier, merci et encore merci ! ». Je crois qu’on a forgé quelque chose cette nuit là, un attelage plus fort.

 

Les kilomètres continuent de tourner au ralenti : 1h09 pour aller du 40ème au 45ème kilomètre. Comme demandé, j’informe Olivier qu’il a battu son record de distance puisque sa plus longue marque était sur le marathon de Paris 2009. Les 7 heures de course sont franchies. C’est ensuite au tour d’Olivier d’avoir un coup de mou dans ces dénivelés infernaux. On est parfois obliger de mettre les mains au sol pour monter, et je ne vous parle pas des descentes... Plusieurs fois prononcé ou entendu : « faut quand même pas passer là ! » et puis on finit à chaque fois par passer.

 

Les kilomètres s’enchainent sans fin, les montées et descentes aussi, à une allure qui remonte légèrement : seulement 57 minutes de plus pour atteindre le 50ème km. Toujours des hululements dans la forêt. Les 8 heures de course sont franchis. Je double une femme embarquée avec son mari. J’apprendrai à l’arrivée que c’est Aimable, 2ème chez ces dames. Je plaisante avec Olivier en lui disant que les premiers doivent bientôt voir l’arrivée. On est fatigué mais le plus dur est passé dans la tête.

 

Je retraverse le sud d’Auffargis endormi et direction le gymnase. Je me rappelle les longueurs de l’aller mais çà permet aussi de visualiser le parcours restant et ça aide. Je crains le retour de la boue en sentant une odeur caractéristique, mais en revoyant le parcours sous Google Maps je m’aperçois qu’on longeait à ce moment une station d’épuration !

 

Olivier a du mal sur ce long plat, je mène l’allure aussi régulièrement que possible, le vent est là, la fatigue musculaire se fait vraiment sentir. Re-voie ferré, on passe par l’arrière du parking et re-porte du gymnase. Fin de l’étape 2 en 8h43, 54,4 kms au compteur. Au départ, Nous avions avec Olivier évalué notre temps de parcours sur cette boucle de 24,8 kms à 4h30mn, on a mis 4h26 pas mal.

 

J’apprends que les premiers sont effectivement arrivés, et que Dilau est sur le podium . Marioune nous dit qu’Alex est reparti sur la 3ème boucle mais que Stan a renoncé.

 

Le contraste est saisissant par rapport à tout à l’heure. Le calme règne dans la salle, une douce torpeur flotte dans l’air.

 

Il n’est plus question d’abandonner maintenant. Je me reconcentre sur les tâches à accomplir : 2ème changement des piles de la frontale mais aussi cette fois-ci de la lampe de secours attachée à la sangle supérieure du sac, je refais mon pansement autour du pied droit. Le premier est complètement usé et n’a pas résisté aux frottements ininterrompus. J’avais tout préparé dans une boite séparée, y compris la paire de ciseaux, je remets une nouvelle paire de chaussettes propres, recharge encore en eau la poche et reprends des barres énergétiques dans mon stock. La fermeture éclair de la poche latérale de mon sac me reste entre les mains, la réparation attendra. Sur la table, je n’avale qu’un seul morceau de banane et un verre de soda.

 

Direction la sortie. Marqueur vert sur le dossard cette fois-ci. Signature de la feuille de course et c’est reparti pour de nouvelles aventures ! C’est fou, l’arrêt au stand a duré 14 minutes alors que j’ai l’impression d’être quasiment entré – sorti. On touche aux 9 heures de course, il est 7 heures du matin. Le téléphone sonne, les SMS tombent : Jean-Michel mon voisin et partenaire d’entraînement se lève « tu dois commencer à en voir le bout, j’espère que tout se passe bien, courage », ensuite ma femme : « tu en es où ? ». Petit coup de fil : « recouche-toi chérie, tu peux dormir encore une heure, c’est très dur mais çà va aller… ».

 

Cette fois-ci on repart plein sud, je longe un entrepôt de BTP, double à nouveau Aimable et son mari. Un premier passage en forêt d’un kilomètre et demi et je débouche peu après le km 57  sur une route que je longe avec Olivier et 2 autres coureurs qui nous ont rejoint. On enjambe la voie par un pont, redescendons sur la droite et piquons à gauche sur l’indication d’un signaleur. C’est reparti dans les bois.

 

Rapidement tout le monde s’arrête, plus de balises en vue. On finit par en repérer une bien plus loin. J’en remets une autre en place qui avait glissé au sol pour les (pour)suivants. Le chemin est plus roulant et zigzague entre les arbres mais le moteur est maintenant sur la réserve. Sauf sur la fin de la boucle et sentant l’écurie, je vais rester en dessous de 7 kms /heure bien que le parcours soit relativement plat.

 

Je me souviens être passé près d’un tracto-pelle. Au km 60, le petit groupe qui accompagne Olivier et moi aborde un petit plan d’eau que nous contournons par la gauche. En fait, nous en faisons le tour et remontons ensuite sur une parallèle au chemin aller. Peu après le km 62, nous passons dans un boyau sous un chemin. Un signaleur et un photographe nous attendent sous la pluie qui tombe dru maintenant . Ils nous annoncent encore environ 12 kms mais je me méfie et me demande s’ils ne nous annoncent pas cette distance - que je trouve courte - pour nous remotiver. 2ème plan d’eau un peu plus loin. Je dis à Olivier que l’endroit me semble idéal pour un petit pique-nique, nous courrons depuis environ 10 heures, le jour se lève…Et les balises réfléchissantes, le jour on les voit beaucoup moins bien. 

 

 

 

On tâtonne un peu parfois sur la trajectoire, on s’arrête, on cherche les rubalises blanche et rouge.

C’est à ce moment qu’un groupe de 6 se forme, nous progressons dans la forêt en suivant les balises, apparemment souvent plus ou moins en hors-piste.

 

Je fais la connaissance d’un kikou (Huralp), derrière qui je cours, il me dit quelques mots sur ses chiens de traineau. A un moment, nous débouchons à coté d’une grande tente sous laquelle des gens doivent se reposer, il y a de la fumée. S’ils ont vu ou entendu des coureurs passer toute la fin de nuit à proximité, ils ont du soit avoir la trouille, soit se dire qu’il y avait vraiment des dingues en liberté.

 

Au bout de 11 heures de course, j’ai parcouru 67,5 kms, j’alterne maintenant marche et foulée rasante.

 

 

 

Olivier est quelques dizaines de mètres devant avec un petit groupe. Je cours avec Laurent du Marseille Trail Club. Nous retrouvons encore deux signaleurs, je leur commande immédiatement un expresso et un pain aux raisins mais ils n’ont pas mangé depuis samedi soir, donc je ne suis pas le plus à plaindre. Ils nous annoncent encore 6 à 7 kms. Je repars doucement mais sûrement.

 

J’arrive ensuite avec Olivier et Laurent au moment de bravoure : un cours d’eau à traverser ! On marche le long de gauche à droite pour limiter la casse et trouver l’endroit le plus facile moins difficile. Je finis par franchir l’obstacle pour m’apercevoir qu’il faut retraverser 50 mètres plus loin. Après avoir rigolé avec Olivier en disant qu’il fallait se méfier, qu’on aurait peut-être à traverser une 3ème fois, on traverse en équilibre sur un tronc en travers. Et rebelote, 3ème traversée 30 mètres plus loin. Halte au feu ! Il y a un pont un peu plus bas, je fais donc un détour qui rallonge le parcours et passe sur le pont. De l’avantage d’être lent, il fait jour, j’ai vu le pont mais pour ceux qui sont passés en fin de nuit, pieds mouillés obligatoires.

 

Je continue à serpenter avec Olivier qui ne peut plus marcher (!), il a mal à un tibia et paradoxalement, la course est moins douloureuse que la marche. Je croise un promeneur matinal, encore qu’il soit presque 10h du matin, j’échange quels mots et je repars. Km 73, je me rapproche avec Olivier et Laurent de la voie rapide, virage à gauche pour 500 derniers mètres dans la bouillasse, j’y prendrais presque du plaisir, je suis à presque 10kms /h. Au bout il y a 2 signaleurs à qui je demande de d’indiquer le départ de la 4ème boucle, je suis gonflé à bloc. Attention aux voitures tout de même, nous ne sommes plus seuls à cette heure-ci.

 

 

Je tourne trop tôt à droite, on se retrouve dans une rue pavillonnaire, on hésite quelques instant mais une promeneuse nous confirme que le gymnase peut se récupérer au bout, alors on fonce ! Arrivé au feu tricolore en face du gymnase, le bip du 75ème kilomètre retenti, j’aperçois ma femme qui m’attend de l’autre coté de la rue, on traverse (rétrospectivement très imprudemment), je l’embrasse , je franchis la porte du gymnase, applaudissements qui font très chaud au cœur, tee-shirt finisher entre les mains, clap de fin.

 

12h10 de course, 3h13 pour cette dernière boucle de 20,3 kms.

 

C’était magique. Je sens que je vais avoir du mal à redescendre sur terre…

Accolade avec Olivier.

C’est fini, sur le moment, j’ai quelques hoquets, je sens les larmes me monter aux yeux.

J’ai du mal à réaliser, je l’ai fait.

 

Et puis, Laurent – le bagnard toujours fidèle au poste me propose un verre de ...

 

Merci à l’organisation et à tous les bénévoles pour cette course de folie. Pourvu qu’elle perdure !

 

Un grand merci à ma femme et à mes enfants qui m’ont soutenu pendant l’entraînement et ont supporté mes absences, un clin d’œil à mes collègues dont j’ai pourri plusieurs déjeuners et pauses café en les gavant de courses par-ci et de trails par-là, un merci à Jean-Michel mon voisin et partenaire régulier d’entraînement.

 

13 commentaires

Commentaire de TomTrailRunner posté le 11-12-2009 à 17:36:00

Que dire de ce récit des aventures d'un duo d'ami. Pour avoir parcouru des oufs ensemble, je savais que vous aviez la tête pour aller au bout.
je suis fier de vous car je crois que l'on ne peut vous dissocier sur cette course.
Bravo

Commentaire de gdraid posté le 11-12-2009 à 17:39:00

Tu exagères XBo, il ne m'a fallu que moins de 10 minutes, et non pas 12h10' , pour venir à bout, de ce passionnant récit qui nous plonge si bien dans les bosses et bourbiers de l'Origole.

Le mental est maître sur ce type d'épreuve, et la solidarité avec un équipier, semble aboutir pour Olivier et toi, à un partage du mental entre les 2 associés !
Quand le premier flanche, le second prend la relève et réciproquement ...

Bravo XBo pour ce parcours si bien maîtrisé, en matières d'allures, de ravitaillements, et de contrôles de toutes sortes.
JC

Commentaire de mara posté le 11-12-2009 à 17:56:00

Bravo Xavier pour cette course qui a été très exigente physiquement et mentalement !
Et voilà déjà 2 kikou2oufs prêts pour la suite des z'aventures en commun ;-)
Bises

Commentaire de Land Kikour posté le 11-12-2009 à 18:11:00

Je suis heureux Xavier de me replonger dans le coeur de cette superbe course que j'ai réalisé à tes cotés.

Ton récit est à la mesure de la maitrise de la gestion de ta course. Sans toi, je ne serai, sans doute, pas aller au bout, non plus.

UN GRAND MERCI !!!

Ce premier long trail en ta compagnie restera une référence pour mes prochains défis.Avec des repères dans la gestion qui me serviront pour toujours.

A bientôt,
Olivier

Commentaire de Land Kikour posté le 11-12-2009 à 18:15:00

Pour info, le kikou ???, il s'agit d'Ampoule31, notre Toulousain qui a fait un temps canon !!!

Commentaire de caro.s91 posté le 11-12-2009 à 19:41:00

Bravo Xavier,

C'est quand on lit un récit aussi détaillé que le tien qu'on se rend compte à sa juste mesure la somme d'efforts à effectuer. Les 5km entre le 40 et le 45 sont unanimement parmi les plus difficiles...

Bravo pour l'entraînement et la gestion de la course.

Caro

Commentaire de JLW posté le 11-12-2009 à 21:50:00

Bravo Xavier, un grand pas de fait dans ta progression vers les Ultras. Cette expérience te servira pour tes futurs défis. Et merci pour ton récit très prenant.

Commentaire de Jay posté le 12-12-2009 à 00:19:00

super récit.. et bien sur super course..

Faudra que tu me donnes ton secret pour faire ralentir Olivier.. ;-D ça pourra m'etre d'un grand secour pour le prochain off ..

bravo pour cette belle réussite sportive et aussi humaine.. c'est clair qu'en 12h , vous avez eu le temps de faire connaissance .. je pense que courir à 2 sur ce genre de course c'est un bon plan pour passer les passages à vide au fond des bois qd tu as envie de tout sauf de courir..

A la prochaine pour partager de gentilles foulées .. tranquilles ;-D

Jay

Commentaire de Bleau78 posté le 12-12-2009 à 11:12:00

Bravo pour la course et le récit, j'ai fais la dernière boucle avec un autre coureur et ça aide bien, c'est vrai.

Au plaisir
Marco

Commentaire de Astro(phytum) posté le 12-12-2009 à 12:37:00

Belle course en duo , qui de toi ou d'olivier as aidé l'autre , je crois que c'était chacun votre tour , c'est ça la course d'équipe .

Content pour vous . Récupérez bien !

A bientôt

Commentaire de taz28 posté le 14-12-2009 à 11:37:00

Bravo Xavier !!

Un bien beau binôme qui a tenu le choc jusqu'au bout, malgré la fatigue et la douleur ...

Merci pour ce récit (loin d'être trop long mais super détaillé ..)

Taz

Commentaire de Insigma posté le 14-12-2009 à 11:40:00

Quel récit !
Quelle tranche de vie !
A n'en pas douter, un moment mémorable pour vous 2. Il est évident qu'une course solo ne se serait pas du tout passé de la même façon.

Un énorme BRAVO à tous les 2, je serais presque à vous jalouser...

Commentaire de Bikoon posté le 15-12-2009 à 12:07:00

Bravo pour ta course Xavier, et merci pour ce récit émouvant et très fraternel.
C'est vrai que partager ces émotions avec un camarade de course multiplie le bonheur de courir !
PS : quel est donc cet élixir conseillé par Agnès ?

Bikoon

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