Récit de la course : Saintélyon 2009, par ThomasL

L'auteur : ThomasL

La course : Saintélyon

Date : 6/12/2009

Lieu : St étienne (Loire)

Affichage : 1383 vues

Distance : 69km

Objectif : Terminer

5 commentaires

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Un bleu sur la Saintélyon

Arrivée à Saint Etienne à 19h30, avec mon camarade de jeu JC. Direction la pizzeria en face de la gare, réputée chez les coureurs pour son menu spécial saintélyon, fait de... pâtes à volonté. Nous arrivons ensuite à 21H dans le Parc expo de Saint Etienne, où plus de 5000 coureurs attendent le départ à minuit. But du jeu arriver à dormir une heure dans son duvet au milieu du vacarme général. Ensuite traditionnelle préparation avec nokage (crémage des parties sensibles du corps avec protection Nok), qui s'avèrera insuffisant dans mon cas. Une énergie énorme monte dans le parc expo à mesure que le départ approche. Une cocotte minute géante qui monte en pression. A 23h45 on balance nos sacs avec affaires de rechange dans les bus en partance pour Lyon, puis nous rejoignons la ligne de départ. Je ressens un mélange d'excitation et d'appréhension comme jamais... Qu'est ce que je fous là? Ce n'est pas possible je ne vais pas courir 70 km pendant toute la nuit. JC baroudeur expérimenté de ce type d'épreuve me rassure et est persuadé que je serais finisher le lendemain matin.

00h00, départ... Incroyable le public est à bloc comme si il était 10h du matin. Nous faisons les 8 premiers km à une allure tranquille, surtout ne pas se griller, la route est longue. C'est le moment de voir si on est bien équipé: pas assez couvert on attrape froid, trop couvert on transpire et on attrape froid. Nous arrivons à Sorbiers au début de la montée. Là c'est marche de rigueur, et JC qui a le cuissot plus costaud part devant moi: ''Bonne nuit Thomas, rdv demain matin à Lyon''. Il arrivera à 10h05, et sans aucune douleur des jambes... Les années d'expérience parlent plus que dans tout autre sport.

Après Sorbiers la course prend un chemin de rando, et plonge dans l'obscurité totale. Devant et derrière moi des milliers de lumières frontales scintillent. Je peux voir au loin le trajet de la course illuminé sur la montagne, c'est féérique. Pour le moment tout va bien, je rejoins le premier ravito de St Christo (km16) avec 15 minutes d'avance sur mes prévisions. Pain d'épice, banane, thé et c'est reparti! Le public encourage, je me sens pousser des ailes et galope vers la prochaine montée. Très raide la montée. Soudain j'entends ''relais!!! gauche!!!''. Premier coureur de relais qui à la différence des ''solo'' comme moi ne feront qu'une partie du parcours, donc courent comme des acharnés... en montée! La première féminine en relais duo arrive ensuite en trombe et nous laisse sur place. Dans cette ambiance motivante, le rythme monte, et le moindre replat est l'occasion de relancer le "galopage" et j'arrive avec 30' d'avance au ravito de Moreau (km 23) qui est bondé. Je décide de le passer et de m arrêter plus loin ds la nature pour renokage urgent de l'entrecuisse qui commence à chauffer. Effectivement mauvaise surprise, le slip a cree une irritation digne d'un fessier de bébé. Allez on se remet dans la course il reste les 2/3 à faire. Mais là bing: quelle est cette douleur qui se développe dans mon abdomen? Un double point de côté gros malin, tu t'es emballé, il faut marcher 10 minutes maintenant à un endroit ou tu devais gagner du temps. C'est ce qu'on appelle un petit "coup de moins bien". Heureusement arrive la descente sur Ste Catherine: des cailloux, de la boue, et surtout de la pente, mon point fort. Et ca marche! Je me mets dans la trace d'un  relayeur, et double en permanence des solos tendus par le risque de glissade. Merci le ski et les années de descente en courant dans les sentiers du Praz de Lys...

J'arrive donc au ravito de Ste Catherine(km 28) euphorique. Il est  quasi 4h du matin, pourtant c'est la fête ici, avec un public venu à pied, la route de Ste Catherine étant fermée. Au menu, soupe à la tomate, tucs, banane et chose impensable sur un marathon: un banc pour s'asseoir... Aaah, voilà un plaisir interdit qui va me jouer quelques tours un peu plus tard, et dont je profite une dizaine de minutes... On repart direction St Genoux, le bien nommé, annoncé au km 35. Ca monte dur, puis on relance sur du plat, puis super descente dans le bois d'Arfeuille, les km passent, et une pancarte signale l'arrivée dans 35km. Je regarde mon GPS, 34km parcourus, bizarre le ravito devrait être là... 1km après, il n'est toujours pas là, et je commence a avoir faim. J'attaque une ''pommepote'' taxée sur la réserve de Lucie et Victor que j'avais prévue pour plus tard. En levant la tête je découvre la longue procession de la course remontant dans la montagne, sans signe de lumière ressemblant à un ravito. Pour la première fois la montée tire vraiment sur les muscles. Km 36 je vois une lumière au loin, le ravito! Et non c'est un poste de secours. Le kilométrage n'est vraiment pas précis sur le plan de l'organisation... Km 37,5 je n'en peux plus, je m'arrête regarde les concurrents passer en soufflant et met mon ipod en route.

Je repars et juste après un virage, pancarte ''ravito 500m''... Et encore 5 minutes de perdues. Je rentre dans le ravito de St Genoux (km 38, 5h30 du mat) où règne une drôle d'ambiance: environ une trentaine de personnes assises, enveloppées dans des couvertures de survie, le teint blafard, en train de claquer des dents. Hmmm, il ne fait pas bon trainer ici. Cohue le long de la table, pain d'épice, banane, thé, et dehors pour opération renokage de l'entrecuisse de plus en plus douloureuse. Le tout m'a repris 15' quand même. Je remets mon ipod et repars requinqué, dans une montée ou je me retrouve seul (environ 10') dans les sapins avec le seul éclairage de ma lampe frontale. Jouissif, pas d'autre mot!, Mais le meilleur reste à venir. C'est clair la musique a un pouvoir dopant! Une énergie incroyable remonte et je me retrouve dans la grande descente vers Soucieux à fond! 9 km de bonheur courus en 1h, montée incluse! Le pic de la course est atteint vers 6h15 quand lorsque la musique electro psyche de Team Ghost monte dans mes oreilles et que du haut d'un surplomb, Lyon apparait gigantesque en lumière.

6h45, km 47, j'arrive au ravito de Soucieux. Là , la douleur de l'entrecuisse monte d'un coup. Cata, c'est irrité jusqu'au sang. Bon.. Besoin de m'asseoir, on soigne ça, change les chaussettes,  remplit la poche à eau, bois de la soupe etc etc... Je regarde ma montre: catastrophe ça fait une demi heure que je suis arrêté. Il faut repartir de suite, il reste encore un semi marathon à courir... Regalopage en me jurant que plus jamais je ne porterai un slip de ma vie. La course requitte la route et un chemin mène à une petite rivière ''Le Garon'', pendant que le jour se lève, gris. Endroit glauque à souhait, je suis crevé, et les gens autour de moi ont des têtes de zombie (je suis content de ne pas voir la mienne). Et une montée une, au moins ca évite de trop réfléchir. Après les km passent dans un paysage mi banlieue lyonnaise mi campagne. Pas très excitant. Je n'arrive plus à courir en permanence, et alterne avec de la marche. C'est à ce moment que je reçois des sms d'encouragement qui me font un bien fou... Merci encore.  Arrive une longue descente dans laquelle j'arrive à relancer la course à un bon rythme, je redouble pas mal de monde. Là je reconnais un personnage haut en couleur de la blogosphère des coureurs, Arthurbaldur qui est entrain de boucler avec ses compagnons la Lyonsaintélyon. Concept: départ de Lyon en début d'après midi le samedi, 70 km jusqu'au Parc expo de St Etienne (arrivée vers 22h) puis retour à minuit dans l'autre sens avec la course. 140km en moins de 24h, respect!

Km58, ravito de Beaunant. 9h du matin, je mange un sandwich de tucs à la vache qui rit, il ne reste plus que 10km, ça ressemble au paradis. Sauf qu'en partant je me retrouve face à un véritable mur à monter. C'est une route, une voiture passe elle a doit rétrograder tant la pente est raide. Effet fatal sur les jambes, je commence à me rappeler les douleurs de la fin du marathon de Paris... Le problème c'est qu'il y a une autre côte derrière en arrivant sur Ste Foy, suivis d'escaliers qui nous mène à une surprise qui n'est pas sur le plan: les organisateurs font passer la course par la cote de Fourvière. La montée est terrible... En haut je n'ai plus de jambes, mais 2 rondins sans articulation. La descente dans le vieux Lyon est du même acabit: raide, pavée, avec des marches bien douloureuses.

Km64, vers 10h dernier ravito, Lyon centre. Un coup d'eau qui pique, et on repart. Je traverse le Rhône sur une passerelle. Un petit du calibre de Victor arrive à côté de moi pour faire la course, il me double sans forcer, mort de rire! Au bout c'est la photo avec mon gel ''coup de fouet'' à la main. Je l'avale, mais à part m'écoeurer, aucun effet.  Je rejoins un autre coureur laminé, qui lui aussi n'arrive pas à avancer. Nous arrivons sur un marché de Noël, que l'on traverse en trottinant pour le panache. Les gens nous regardent comme des martiens. Arrive enfin le moment redouté des quais. 4 km de pur enfer. On a l'impression que tous les boiteux du coin sont numérotés et se sont donnés rendez vous pour faire la course de celui qui va le plus lentement avec la démarche la plus bizarre possible. C'est interminable... Soudain, une bonne âme me crie: ''allez! moins d'un kilomètre et tu as un beau t-shirt vert finisher''. Et là, incroyable mes jambes se sont remises à courir, je vois arriver un panneau ''75m'', j'entends des ''bravos'', un virage, je rentre dans le gymnase, et passe la ligne des 69km au bout de 10h53 en pleurant comme un môme. Ca y est, je suis coureur d'ultra!!

5 commentaires

Commentaire de Mamanpat posté le 11-12-2009 à 09:14:00

C'est dingue comme un simple tee shirt vert pour faire chialer du monde !!! ;-)

Un grand bravo à toi d'être allé au bout malgré tes souffrances (brou, ça me brûle rien que d'y penser !)

Commentaire de ThomasL posté le 11-12-2009 à 17:14:00

merci, ca va beaucoup mieux, et en fait j'ai déjà envie de recommencer. Vivement l'ecotrail de Paris... en caleçon!

Commentaire de Belet posté le 11-12-2009 à 19:24:00

En calbut ou en calbar, mais pas sans pantalon, tu y es arrivé.

Bravo.
Arnaud.

Commentaire de yves_cool_runner posté le 13-12-2009 à 10:31:00

Bravo pour ce récit épique et cette entrée dans le club des finishers, les petits hommes verts !

Commentaire de l'ourson posté le 13-12-2009 à 16:13:00

Bienvenu chez les dérangés du cerveau de l'ultra ;-)

L'Ourson_et_sa_peluche

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