Récit de la course : Marathon de New-York 2009, par NDM

L'auteur : NDM

La course : Marathon de New-York

Date : 1/11/2009

Lieu : New York (Etats-Unis)

Affichage : 1060 vues

Distance : 42.195km

Objectif : Pas d'objectif

11 commentaires

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New York 2009 : Happy birthday to... me!

 

Dimanche 25 octobre 2009 : Je fête aujourd’hui mes 40 ans mais je sais que mon cadeau d’anniversaire aura une semaine de retard. J’ai en effet choisi un cadeau quelque peu original, puisque, vous l’aurez deviné, je me suis offert le plus grand marathon du Monde, New-York ! 

 

Le Marathon et moi

Mes débuts sur la distance remontent à l’an 2000. Un pari entre amis au moment de basculer dans le nouveau millénaire et le choix du marathon de Paris s’était imposé de suite. 3 éditions courues en 2000, 2001 et 2002 et un temps qui s’améliore chaque année pour passer de 3h52’ en 2000 à 3h24’ en 2002. Au-delà des progrès chronométriques je retiens une grande joie et beaucoup de fierté à avoir vaincu la distance. Les 200 derniers mètres avenue Foch restent gravés en moi comme l’une des plus fortes émotions de ma vie sportive. Après 2002, une tendinite rotulienne m’avait obligé à mettre la course à pied entre parenthèses. La reprise 1 an ½ plus tard s‘était faite en douceur et les courses s’étaient limitées à des 1Okm et des semi-marathons. En 2008, l’envie du marathon m’avait rattrapée. Mais ma participation à celui de Barcelone ne me laissera pas un très bon souvenir : une préparation perturbée par pleins de petits bobos et un manque de motivation à l’entrainement ne présageaient rien de bon.  Et le jour de la course, cela s’est traduit par un départ trop rapide (je crois que, dans ma tête, j’avais hâte d’en finir avant même d’avoir commencé), une douleur au genou dès la mi-course et les 12 derniers kilomètres en marchant pour un temps final de 4h29’.  1 an ½ plus tard, me voilà donc près à embarquer, avec 4 amis (rencontrés pendant mes études il y a 20 ans déjà) à la conquête du 2009 ING New York City Marathon. Comme beaucoup d’entre vous, j’ai entendu parler de la ferveur des spectateurs, de l’organisation made in USA, des quartiers historiques que l’on traverse et de cette arrivée en apothéose dans Central Park.  

 

Dimanche 1er Novembre 2009 : Jour J

Je ne vais pas vous parler de cette semaine passée à NY (on n’est pas dans le guide du routard !), je vais juste me concentrer sur la course, ou plus modestement et plus égoïstement, sur ma course. Départ de l’hôtel à 6h40. Après une petite heure de car, on arrive sur le site, au pied  du pont de Verrazano. C’est là, que je prends vraiment conscience que je vais courir le mythique marathon de NY, celui que j’ai vu tant de fois à la télé. Petite attente de 30’ pour le contrôle des dossards et nous voilà dans l’enceinte du Fort Wadsworth que moi j’appellerais « What’s worth » … ce qui en vaut la peine ! Et assurément, faire tous ces kilomètres pour se retrouver là, au pied du pont de Verrazano, je ne doute pas un seul instant que ça en vaudra la peine.   L’anxiété des derniers jours a fait place à une grande zenitude. Je me sens bien, étonnement calme, serein…. Pourvu que ça dure. On prend alors place dans les sas. Ce sera un départ dans la 1ère vague (9h40) et sur le haut du pont pour moi, avec une superbe vue sur Manhattan au loin. Dans ces quelques minutes qui précédent la course, je me surprends à refaire systématiquement les mêmes gestes, comme un rituel. Je passe mes mains sur mon visage de haut en bas (comme le font je crois les musulmans lors de la prière). Je ne suis pas musulman mais ce geste m’apaise, me plonge dans ma bulle. Je suis toujours aussi détendu. Je sens que la journée sera belle. 

 

Départ

Après avoir écouté l’hymne américain et l’incontournable « New York, New York », le coup de canon retenti. La montée du pont de Verrazano se fait en douceur, sans forcer. La route sera longue… Je sais combien ces premiers kilomètres sont importants, ils vont décider de mon rythme de course, des réserves que j’aurais conservées au 2ème semi et donc de l’issue, triste ou heureuse, de ce marathon.  Pour un objectif de moins de 4 heures, j’ai prévu de courir les tranches de 5km en 27’30, soit le mile en 8’50. Premier mile (la montée du pont) en 9’00, puis la descente en 8’00, je suis un peu en avance. Pourtant les sensations sont bonnes et je n’ai pas l’impression de forcer. La mise en place des 3 vagues (9h40, 10h00, 10h20) et des 3 sas (orange, bleu, vert) nous permet de courir sans aucune bousculade. Le peloton est compact mais on a suffisamment de place pour imprimer le rythme souhaité. Le fait que je sois parti avec un objectif plus modeste que les gens qui m’entourent fait aussi que l’on me double plus que je ne double. 

 

Km 5 (26’28)

Après avoir quitté le pont, on rentre dans Brooklyn et les spectateurs sont déjà très nombreux des 2 côtés de la route. Les coureurs français habillés aux couleurs bleu-blanc-rouge (c’est l’un des contingents étrangers les plus importants), sont très encouragés. Des « vive la France » fusent régulièrement. Je passe donc au 5ème km avec une minute d’avance. Je sais combien il est dangereux de partir trop vite mais je me sens bien et je n’ai pas l’impression que le fait de ralentir m’économiserait. Je maintiens donc le rythme dans l’espoir d’être dans un bon jour. La remontée de Brooklyn se fait au milieu d’une foule compacte. Je profite de ces premiers moments pour regarder autour de moi. Maillots danois, espagnol, italien, chilien etc… Que de nationalités représentées. Des histoires, des destins si différents qui aujourd’hui vont se côtoyer l’espace de 42km dans les rues de NY.  

 

Km 10 (52’45) « Jusqu’ici, tout va  bien »

Le rythme est régulier, toujours en avance sur mon plan de marche initial. A l’écoute de mes sensations je décide de continuer ainsi. Le quartier juif est traversé dans une relative indifférence. Moins de spectateurs, peu d’encouragements, ce sera l’un des seuls moments de calme (avec le pont du Queensborough) de la course. On rejoint ensuite le quartier irlandais où les spectateurs sont de retour et avec eux les décibels. Des groupes de musique sont positionnés régulièrement sur le parcours.  

 

Km 15 (1h19’30) « un vrai métronome »

Les kilomètres défilent et les sensations restent bonnes. Je veille à ne pas m’enflammer. Je sais que le chemin est encore long et que les choses sérieuses n’ont pas encore commencé. Je pense à m’hydrater régulièrement. Quelques faux-plats montants, je réduis la foulée et me penche très légèrement vers l’avant. On est maintenant dans le Queens.  Petit coup d’œil vers la gauche, par-dessus les immeubles. Ça y est, Manhattan approche. Les gratte-ciels sont là et nous attendent patiemment. 

Km 20 (1h46’26)

Le passage au semi (13.1 mile) se fait en haut d’un pont. Je double les premières personnes qui marchent. 1h52’30. Je suis sur des bases de 3h45, un temps inespéré ! Je sais que je vais faiblir sur la fin mais je me mets à rêver d’un 3h50. Ce ne sera qu’un rêve… Devant nous se dresse maintenant l’un des juges de paix de ce marathon de NY : le Queensborough Bridge, la porte d’entrée sur Manhattan, un grand vaisseau métallique qui surplombe l’East River. Un bon kilomètre de montée et autant de descente. Je réduis prudemment l’allure. Je n’ai nullement l’intention de forcer et de le payer plus tard. De nombreux coureurs choisissent de le franchir en marchant. Je m’y refuse. Sans porter de jugement sur leur choix, marcher sur un marathon est pour moi synonyme d’échec, de course ratée.              

 

Km 25 (2h14’30) « un kilomètre à pied, ça use, ça use… »

Le retour sur la terre ferme et donc l’entrée dans Manhattan se font dans une ambiance de Tour de France. Une foule compacte sur 10 rangées au moins, on se croirait dans l’ascension du Mont Ventoux ! Virage à droite, on aborde la 5ème Avenue. Un long, très long ruban d’asphalte de plus de 5km qui ondule au grès des faux-plats montants et descendants. Très rapidement, je sens que j’ai perdu de ma superbe. La foulée se fait plus lourde. Des petites alertes musculaires ne présagent rien de bon. J’ai comme l’impression qu’un petit voyant rouge vient de s’allumer sur mon tableau de bord : « Monsieur, vous êtes sur la réserve ». Non, pas déjà ! C’est trop tôt ! Ce n’est pourtant pas moi qui décide et je passe donc au mode « survie ». Je réduis l’allure et je m’économise en espérant qu’il ne s’agit là que d’une petite alerte passagère, que les sensations vont revenir.   

 

Km 30 (2h42’31) « c’est à la fin du bal qu’on paye l’orchestre »

Ces 5 derniers km ont été parcourus en un peu plus de 28’, le mode économie d’énergie est donc en marche. Au ravitaillement, je complète le Gatorade et l’eau avec des gels, histoire de me donner un coup de fouet. Je suis surpris d’avoir rencontré le « mur » si tôt dans la course (26-27ème km). N’avais-je pas fait assez de sorties longues ? Suis-je parti trop vite ? Je reporte l’analyse à plus tard. Pour l’heure, il me faut gérer au mieux ces 15 derniers km. Je sais que c’est maintenant que le Marathon se gagne ou se perd. La ferveur du public devrait me donner des ailes mais non, je me sens vraiment fatigué. Mes genoux commencent à être douloureux. Pour la première fois de la course, je pense à mes 93kgs et surtout ces 5/6 kg de trop (par rapport à mon poids de forme) qui m’handicapent… lourdement.  Allez ! Halte aux pensées négatives. Je suis à NY, mes proches doivent être devant leur écran à suivre ma progression et guetter mes temps de passage. Tenir, courir encore et toujours, même à faible allure. Comme le physique donne des signes de faiblesse, c’est le mental qui doit prendre le relais. Le passage des 2 ponts à l’entrée et à la sortie du Bronx, et les montées qui vont avec, font très mal. Ma foulée est de plus en plus rasante. Je me surprends à faire un écart vers le bord de la route pour aller taper dans la main des enfants. Effort gratuit que je m’étais refusé à faire jusqu’à lors pour, égoïstement, me préserver et ne pas perdre d’énergie. Mais au stade où j’en suis, j’espère sans doute que, dans cet échange furtif, les petits new-yorkais me transmettront un peu de leur énergie et de leur allant. Je pense à ma fille. Même si elle est encore trop petite pour comprendre les choses de la course à pied, je veux qu’elle soit fière de son papa… ou plutôt qu’elle lise de la fierté dans ses yeux quand il va rentrer. Alors je m’accroche. 

 

Km 35 (3h14’02) « it ain’t over till it’s over »    

Retour sur Manhattan. Tout à coup, je distingue devant moi, un maillot distinctif. C’est l’une de mes connaissances qui était parti sur un objectif de 3h20 et qui marche après avoir connu des problèmes digestifs et un gros passage à vide. Il marche avec comme seul but de rallier l’arrivée. J’échange un mot en passant à sa hauteur et je poursuis ma route. Le fait de voir quelqu’un plus mal que moi me redonne un peu de tonus. Je réalise aussi que malgré cette baisse de régime, je suis toujours sur les bases de mon objectif initial (moins de 4 heures). Mais pour l’atteindre, il va falloir se battre et ne plus faiblir. Des sentiments partagés se mêlent en moi. Je suis à la fois motivé à l’idée de me mesurer à moi-même, de voir ce que j’ai dans les tripes. Et en même temps j’ai peur de ne pas y arriver, de capituler.  Si je marche, je sais que je ne descendrai pas sous les 4 heures. Mais mes muscles sont durs, les crampes sont toutes proches. Je suis toujours en mode « survie ». La différence de rythme entre les coureurs qui m’entourent est saisissante. Certains marchent, quelque uns boitent, d’autres en ont visiblement sous la semelle et les dépassent à vitesse grand V. Au milieu de ces destins contrastés, je me bats avec mes souffrances et mes espoirs. Continuer, ne pas lâcher. Je m’aide des bras pour maintenir le rythme. La remontée sur la 5ème Avenue le long de Central Park est un véritable supplice. Je suis épuisé et 5 fois, 10 fois, je pense à marcher. Pour l’instant je tiens, jusqu’à quand ? 

 

Km 40 (3h45’30) « ça sent l’écurie »

Rapide calcul: il me reste un peu moins de 14’30 pour parcourir les 2,2 km restant. Ça sent l’écurie ! Même si mon rythme est des plus lents (31’28 sur les 5 derniers), ça doit le faire ! Nous sommes maintenant rentrés dans Central Park. Je suis en terrain connu puisque nous avions reconnu cette portion le lendemain de notre arrivée à NY. Central Park, c’est aussi pour moi le souvenir de Dustin Hoffman courant autour du réservoir dans, cela ne s’invente pas, « Marathon Man ».   Toujours le même leitmotiv, ne pas marcher. Je maintiens le rythme, évitant l’apparition des crampes. Passage sous la banderole des 26 miles, plus que 400m de course. Un rapide coup d’œil au chrono, 3h55 et des poussières, c’est dans la poche. Je savoure ces derniers mètres au milieu d’une foule toujours aussi dense. Je franchis la ligne en 3h58’45... Contrat rempli. Je me relâche, je suis à bout de force mais tellement heureux. J’ai atteint mon objectif et effacé par là-même le souvenir douloureux de Barcelone 2008. Les minutes qui vont suivre resteront les plus fortes émotionnellement de tout ce voyage à NY. Enveloppés dans une couverture de survie, je me retrouve au milieu d’une marée humaine qui progresse lentement dans les allées du parc à la recherche des cars ou sont rangées nos affaires. Je savoure cet instant, 3h58’, I did it ! Modeste performance pour beaucoup de coureurs, ce résultat est pour moi une grande victoire. Je suis allé au bout de moi-même (même si je pense qu’il est possible d’aller encore plus loin – les coureurs de l’ultra ne me démentiront pas) et j’ai tiré le maximum de mon niveau du moment. Après avoir récupéré, je commence à échanger avec mes voisins. Ici un américain qui vient de boucler son 2ème marathon à Big Apple et à qui je vante la planéité (toute relative) de Paris par rapport à NY. Là, 2 français qui cherchent à comprendre comment les temps réels sont calculés pour les 2ème et 3ème vagues. Je voudrais que cette marche lente soit sans fin. Je ne veux pas que l’aventure s’arrête. 1 an ½ que j’y pense, 10 semaines d’entrainement spécifique. Mais voilà, on est arrivé au bout du chemin. Le retour à pied vers l’hôtel sera du même ordre. Mes jambes me portent à peine mais je me sens tellement bien (dans la tête) que je pourrais marcher des heures. Beaucoup d’américains croisés dans la rue me félicitent « Congratulations ». Au vu de ma démarche et de cette couverture de survie que je ne quitte plus, ils ont vite compris à quoi j’avais occupé ma matinée. Je n’ai alors qu’une idée en tête….remettre ça !  

Joyeux Anniversaire mon vieux !

 

http://www.youtube.com/watch?v=0UjsXo9l6I8

 

 

11 commentaires

Commentaire de sanctifer posté le 06-11-2009 à 12:19:00

Congratulations, you did it.
Un rêve qui semble inaccessible pour moi, pour l'instant je l'espère...

Commentaire de germaine posté le 06-11-2009 à 12:23:00

Bravo pour ton chrono et pour ta force de te battre ...c'est très intéressant d'avoir une vision différente de ce que l'on a vécu.

Commentaire de gdraid posté le 06-11-2009 à 13:34:00

Merci NDM,
cela fait du bien de lire ton récit !
Tu nous montres que le mental, peu suppléer efficacement la perte de forces, sur cette terrible distance du marathon.

Bravo d'avoir amené tes 93kg en moins de 4 heures, jusqu'à la ligne d'arrivée du plus beau marathon du monde !
JC

Commentaire de joy posté le 06-11-2009 à 16:49:00

Good job dud !!!

Commentaire de moumie posté le 06-11-2009 à 18:18:00

Happy Birthday,

Félicitation pour ton marathon. Contrairement à toi, je n'étais pas partie avec un temps en tête, mais avec une envie d'en profiter au maximum, en prendre pleins les yeux, mais le résultat est le même : on l'a fait et nous sommes fiers de nous.

Bonne récup

Commentaire de akunamatata posté le 06-11-2009 à 21:19:00

Bravo quel beau souvenir cela fera pour toi !
j'ai le meme, un peu plus age (8 ans) ;-)

Commentaire de Pat'jambes posté le 06-11-2009 à 23:13:00

Merci beaucoup pour ton récit NDM.
J'ai connu le mur récemment sur un marathon et la lecture de ton récit m'a rappelé cette expérience. Je t'ai lu avec un réel intérêt. Je me souviendrait de ton récit quand je préparerais le suivant.

Et bravo pour ce 3h58'! Quelles sont belles, qu'est-ce qu'on les aime ces 2 petites minutes non courues... ;-)

Commentaire de tabuki posté le 07-11-2009 à 08:13:00

Félicitations ! et oui tu l'as fait !!!
merci pour ce CR, ce partage.

Commentaire de NDM posté le 08-11-2009 à 17:15:00

Merci pour ce récit.
Je savais que tu étais motivé pour faire moins de 4 heures (et j'avais d'ailleurs misé dessus), mais je ne rendais pas compte à quel point!

En te lisant, je prends vraiment conscience de ta volonté farouche de réussir malgré la difficulté. Ca a été juste-juste, tu as douté tout au long du parcours. Une belle récompense était au bout. Bravo à toi champion!
Remets-toi bien et à bientôt,

Normand 45, ton copain de chambrée qui est très fier de toi.

Commentaire de nataubi posté le 20-11-2009 à 22:25:00

merci pour ce cr qui retrace bien le marathon et bravo pour ton temps ;-)

Commentaire de Klem posté le 14-12-2009 à 15:26:00

Bravo pour ton marathon, tu as beaucoup de mérite car déplacer 93 kg n'est pas une mince affaire c'est une performance.
Le récit est super je vois que nous avons les même référence ( " marathon man "
J'ai couru aussi ce marathon j'en ai fait aussi un récit que je t'invite à lire.
Bonne continuation
klem

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