Récit de la course : Le Grand Raid des Pyrénées - Grand Trail 2009, par LeSanglier

L'auteur : LeSanglier

La course : Le Grand Raid des Pyrénées - Grand Trail

Date : 28/8/2009

Lieu : Vielle Aure (Hautes-Pyrénées)

Affichage : 1315 vues

Distance : 75km

Objectif : Pas d'objectif

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Sois patient, ça va revenir

Assis sur un rocher, le regard tourné à l’est vers la vallée, je reprends mon souffle. Du coin de l’œil, je surveille le couple de randonneurs d’une cinquantaine d’années que j’ai doublé quinze minutes auparavant. À cause de mes pauses régulières où je m’assieds à l’ombre, je n’arrive pas à les lâcher. Diable ! Je ne vais quand même pas les laisser me rattraper non ? Et pourtant, moi qui apprécie le dénivelé positif en montagne, voilà que je suis à la peine comme jamais dans cette ascension de 1 200 m vers le Col de Sencours.

 

En effet, depuis une demie-heure, je me fais sans cesse doubler par d’autres concurrents et je ne peux rien faire. La tête me tourne un peu, le ventre aussi, et mes jambes ne répondent plus. Je n’ai jamais connu une telle défaillance en montée. Pourtant, quelques centaines de mètres plus bas, à Artigues, ravitaillement du trentième kilomètre, tout allait bien. Mais là rien ne va plus. Ah si, un truc : le moral, et là aussi c’est une première. Je sais en effet que cette défaillance n’est normalement que temporaire, et qu’avec un peu de chance dans quelques dizaines de minutes je cavalerai de nouveau à bonne allure, comme ce matin à 5 h, dans le centre-ville de Vielle Aure.

 Six heures plus tôt

Samedi 29 août, Vielle Aure, commune de 400 âmes perdue au fond d’une vallée des Hautes-Pyrénées. J’attends sous une légère bruine le départ du Grand Raid des Pyrénées version « Grand », 24 heures après le départ de la version « Ultra ». Pour nous, 75 km et 5 000 m D+ au programme, contre le double pour nos prédécesseurs. Habituellement, je lorgne plutôt vers les versions XXL des épreuves, mais aujourd’hui je fais profil bas. En effet, depuis la Transpyrénéenne 2008, où j’ai abandonné sur douleurs aux deux genoux après 265 km environ en trois jours et demi, je ne me suis pas vraiment entraîné. J’ai un peu marché, un peu couru, un peu pédalé, mais rien de bien sérieux. Et puis j’ai toujours ces douleurs aux genoux qui surviennent dès que j’avale un peu trop de dénivelé, alors… La preuve à l’Andorra Ultra-Trail un mois et demi plus tôt, où j’ai abandonné après une petite soixantaine de kilomètres. Seule réussite de l’année : la Transgrancanaria (115 km, 3 500 m D+, début mars), mais courue plutôt en dedans, sans aucune recherche de performance (21 heures et quelques). Alors là, 150 km et près de 10 000 m D+, non, ce n’était pas envisageable. Par contre, 75 km, pourquoi pas ?

 

Avec 11 heures sur le Grand Raid 73 en 2008 (73 km, 5 000 m D+), couru en mode « performance » et avec un entraînement plutôt costaud, je me présente au départ de ce GRP75 avec dans l’idée de le terminer en 14 heures. Sur un grand coup de chance, je me dis que je peux descendre à 13 heures. J’aimerais ne pas dépasser les 16, et en extrême limite je me vois finir en 18 heures. Au-delà, pas question.

 

Ainsi donc, je quitte le centre-ville de Vielle Aure avec 332 compagnons à 5 h ce samedi matin, sous une fine bruine. La température est très agréable, et j’ai tôt fait de retrousser mes manches. Dans la rue qui nous emmène vers la sortie du village, nous croisons un coureur en sens inverse qui en termine avec le GRP… 150 km. Il rentre au bercail en peu ou prou 24 heures, une performance impressionnante, surtout que ce « malheureux » n’aura connu que deux petites heures d’éclaircies… Les deux premiers, Régis Coumenges et Nicolas Darmaillacq, personne – ou presque – ne les aura vus arriver, puisqu’ils ont franchi la ligne plus d’une heure plus tôt, en 22 h 30 mn 55 s. Du grand art !

 Montagne nous voilà

Un bon kilomètre de plat plus tard, le peloton entre en contact – plutôt doux d’abord, mais rapidement plus rude – avec la montagne. Une petite route s’élève en lacets, puis se rétrécit en chemin où doubler devient un peu plus difficile. Pourtant je double, pas mal même, puisque je suis parti dans le milieu du peloton, et que déjà quelques coureurs partis aux avants-postes peinent un peu. Il bruine toujours, la brume nous environne, les frontales éclairent le chemin détrempé, l’air est humide, les respirations saccadées… J’adore.

 

Soudain des cris devant, des frontales qui arrivent en sens inverse : encore des coureurs du 150 qui en terminent. En voilà un qui descend, sans bâtons, avec un t-shirt blanc… Il me semble reconnaître son allure… Mais oui c’est bien lui ! C’est Éric Bonnotte alias CoureurSolitaire qui en termine en quatrième position, premier V1. Je suis heureux pour lui, et l’encourage pour les deux kilomètres qu’il lui reste à parcourir. Voilà une bien jolie revanche sur 2008, où le « coureur solitaire » avait cumulé les bévues et les coups de pas de chance, le contraignant à l’abandon.

 

Revenons-en à 2009, et à cette ascension de 1 400 m jusqu’au Col de Portet, premier « sommet » de ce GRP, à 2 218 m d’altitude. La première partie de la montée jusqu’à Espiaube (km 8,7, 800 m D+), est sans réelle difficulté. Les terrains sont déjà variés (route, piste, herbe, chemin terreux, passages d’échelles à clôture, un peu de sentier caillouteux), assez humide, et très agréables. Une fois Espiaube passée, les choses se « verticalisent » : nous empruntons des pistes de ski sacrément raides, qui font diminuer d’un coup  le volume des conversations. Je salue Martine Volay en la doublant, et m’aperçois aussi sec qu’il ne s’agit pas de Martine. Pourtant, de dos et dans le noir… Hum, je file sans demander mon reste, un peu contrit. Je prends soin de rester bien sagement en dedans, en conservant une allure que j’estime à 700 m/h environ, sans forcer ni sur les jambes, ni sur les bras, ni sur la respiration. Peu après 7 h, je débouche au col, et atteints le ravitaillement en 2 h 06 mn 25 s (51e position).

 Un parcours magnifique

Deux verres de coca, une rondelle d’orange et un morceau de banane, et c’est reparti, sans remplir la poche à eau puisqu’il y a un point d’eau prévu dans quelques kilomètres. Sans grande visibilité (mais largement suffisante pour ne pas s’égarer), nous suivons un sentier super agréable et parfaitement courable en traversée à peu près plate. Il paraît que nous dominons le Lac de l’Oule sur le bord duquel nous passerons cet après-midi, mais pour l’instant la visibilité n’est pas suffisante pour le voir. En tous cas, il ne pleut plus, et il fait assez chaud. Je suis seul depuis le col, avec à vue deux coureurs derrière moi, personne devant. Le balisage est parfait, le paysage se minéralise, et je sens que les nuages vont bientôt s’entrouvrir. Voilà une journée qui commence vraiment très bien !

 

Et elle ne fait pas que commencer, puisque rapidement nous entrons dans une zone féérique, celles des Lacs de Bastan. Une succession d’étendues d’eau nous offre de splendides reflets à leur surface, lisse comme un miroir. Nous montons de nouveau, en pente assez douce, mais sur un sol rocailleux et caillouteux, jusqu’à passer au dessus de la couche nuageuse. De féérique, cette partie du Massif de Néouvielle devient alors paradisiaque : les pieds se régalent à jouer sur un sentier qui se perd entre les cailloux, les rochers, les blocs, les yeux se régalent à observer ces lacs reflétant des sommets d’une beauté pure et dure, sans fioritures, et ceci au dessus d’une véritable mer de nuage qui cache au regard les vallées en contrebas. C’est beau à en oublier qu’on est en course, et à s’asseoir pour juste regarder, encore et encore, sans se lasser.

 

Je marque plusieurs pauses pour m’enivrer de ces paysages, sans compter les deux ou trois places que je perds. Un coureur s’arrête régulièrement pour prendre des photos. Je fais le yoyo avec deux autres coureurs, un peu moins rapides que moi, mais qui ne s’arrêtent pas. Nous montons au Col de Bastanet (2 507 m), ascension toujours très minérale, puis redescendons via des sentiers toujours très techniques sur le Refuge de Campana, où se situe le point d’eau que j’attendais. Sauf que je ne réalise pas que c’est ici (rien ne l’indique ?), et que je le zappe. Nous commençons à croiser des randonneurs qui sont en cours d’ascension, randonneurs qui ne sont pas avares d’encouragements et d’exclamations admiratives. Même si je connais pertinament toute la relativité de l’exploit en cours, leurs paroles flattent l’égo et ravivent les jambes – qui n’en ont pas encore besoin ceci dit.

 

Toujours des lacs, ainsi que des barrages – certains très impressionnants, avec juste une petite ouverture crachant un jet d’eau surpuissant dont on sent le souffle en passant à 10 mètres –, et nous voilà à redescendre vers Artigues, second ravitaillement. Les cailloux se raréfient, laissant place à des pentes herbeuses au milieu desquelles courent des sentiers terreux. C’est un poil glissant, c’est assez amusant, il faut juste prendre garde à ne pas se vautrer trop méchamment. Nous perdons rapidement de l’altitude, et plongeons de nouveau dans la mer de nuages. Il faudra attendre la montée vers le Col de Sencours pour s’en extirper une nouvelle fois.

 Gestion al dente

Lors de cette première descente de 1 000 m, je prends garde de bien amortir chaque foulée avec mes cuisses. Vu de profil, je dois sans doute avoir une posture de « coureur assis », pas forcément esthétique, mais efficace pour préserver mes genoux. Je sens que mes quadriceps travaillent dur, eux qui n’ont guère vu de montagne cette année (moins de 35 000 m D+/D- avant le départ de l’épreuve depuis le permier janvier). Pas grave, au moins je ne souffre pas des genoux. J’ai bien un peu mal, avec parfois une pique vive à l’intérieur de l’articulation, mais ce n’est pas vraiment gênant. Côté pieds, rien à signaler : les quelques morceaux d’elastoplaste que je me suis collés aux endroits stratégiques me protègent parfaitement. J’ai juste récupéré quelques petits cailloux dans les chaussures, que je compte retirer à Artigues. Si je reviens sur cette épreuve – ce n’est pas l’envie qui m’en manque – je prendrai des mini-guêtres, même s’il fait beau. Enfin côté énergie, tout va bien, même si j’économise mon eau puisque je tourne toujours sur mes 1,5 l embarqués voilà bientôt 30 km…

 

Enfin j’arrive à Artigues, après un petit détour hors parcours histoire d’admirer la Cascade du Garet, environnée de brume. Je suis pointé 53e à ce second ravitaillement, après 4 h 54 mn 25 s de course. Déjà plus du tiers de la course derrière nous. Brève rencontre dans la salle du ravito avec « EnTongues », qui me désillusionne en portant comme tout le monde des chaussures de trail. Tssss… Je recharge la poche, je bois deux verres de coca et deux d’eau gazeuse, j’avale deux morceaux de banane et deux quartiers d’orange, je vide mes chaussures des petits cailloux, et c’est reparti. En souriant, le tenancier du ravito me prévient du morceau à venir : 1 200 m de dénivelé, sans répit. Je me vois encore lui répondre : « Bah, j’aime quand ça monte ! » Que n’avais-je pas dit là…

 Retour au rocher

Ainsi donc, me voici assis sur ce rocher, scotché à la pente, aux deux-tiers de la montée du Col de Sencours. Heureusement, c’est toujours aussi beau : de nouveau la pente nous a hissés au dessus de la mer de nuages, et tout autour de nous s’étale un paysage à couper le souffle – ce n’était pourtant pas la peine d’en rajouter. Allez, hauts les cœurs, c’est reparti. Un regard vers l’ouest et le fond de la Coume du Pic, un autre regard vers le nord et le Pic du Midi de Bigorre, et je repars, déterminé à en finir avec cette asension du Col de Sencours, qui doit me mener à 2 378 m d’altitude. Pas après pas, je me rapproche du premier collet que l’on aperçoit de loin, puis enfin du coup de cul final pour atteindre le col.

 

HOURRA ! J’y suis. Je prends pied sur le replat, à peine étonné de croiser deux lamas – que quelqu’un me rassure en me disant qu’il a bien vu deux LAMAS au Col de Sencours – et me dirige rapidement vers le ravito. Une chance, il est parfaitement ombragé. Je me précipite vers les quartiers d’oranges, d’une fraîcheur inouie. J’en mange un, deux, trois… sept. Bon sang que ça fait du bien ! J’enchaîne avec de l’eau gazeuse, peut-être un peu trop. Mon palais commence à être un peu irrité, peut-être l’abus de boissons et aliments « piquants » depuis ce début de course. Je n‘en ai cure, je m’assieds sous la tente, à l’ombre, vingt bonnes minutes, en dégustant deux soupes « de légumes du jardin », dixit le bénévole en chef, une crème. Les coureurs défilent, ils arrivent, se ravitaillent et repartent. Moi je reste. Pause. Je suis bien là, on verra la suite un peu plus tard. « Caroux64 » (ou 34 ?) arrive et s’enquiert de mon état. Il paraît que je suis pâlot. Bah, je ne suis pas méditerranéen non plus, je suis un bon gars du Nord (-est). Mouais. Bon, ok, je suis pâle. Je reste encore un peu alors. CarouxXX repart, lui qui a loupé le départ ce matin à 5 h et a démarré avec une demie-heure de retard…

 

À l’arrivée au col, j’ai été pointé à la 72e position. Il m’aura fallu 2 h 30 mn pour grimper ces 1 200 m, une misère… Lorsque j’entends le pointeur du ravitaillement indiquer à un coureur qu’il est centième, un tilt se produit : il faudrait peut-être songer à repartir non ? Un petit verre de coca, le plein de la poche à eau, et c’est reparti pour la descente. Immédiatement, je sens que le jour a succédé à la nuit : tout me semble en ordre de marche. Je trottine prudemment sur les 400 m de piste carrossable descendante, puis continue à un rythme correct sur les sentiers pierreux qui se succèdent. Oubliée la défaillance, le sanglier est de retour ! La descente est agréable, encore une fois variée, avec une jolie section à travers des prairies, où je croise un baliseur volant en train de vérifier le parcours. Je reprends quelques coureurs dans cette partie, qui s’achève sur la route pour rejoindre le ravitaillement de Tournaboup, où nous retrouvons nos camarades du 150 km. Je crois d’ailleurs Eric « Guevoura » 100 m avant d’atteindre le ravito. Il en repart avec un camarade. Nous échangeons quelques mots, et nous reverrons bientôt.

 Chemin commun avec le 150

Tournaboup, Tournaboup, 10 mn d’arrêt ! Me voici dorénavant 86e, après 8 h 22 mn 13 s de course. Ravito rapide, avec l’aide de Jacqueline « Tibichique », au service de l’eau gazeuse. Une soupe, trois pâtes, de l’eau et du coca, un remplissage de poche, et c’est reparti. Au programme, de nouveau une montée de 1 000 m vers le Col de Barèges, à 2 469 m. Le début de l’ascension est facile, et je rattrape Éric et son pote, qui se reposent à l’ombre d’un arbre. Il faut dire que moi, je n’ai que 50 bornes dans les pattes, alors qu’eux en ont 125… Dont plus de la moitié marchées et courues dans des conditions météos mauvaises… Ils m’expliquent d’ailleurs leurs déboires pendant la vingtaine de minutes que dure notre course commune, notamment la descente du Pic Cabaliros, un moment d’anthologie semble-t-il. Je les laisse tous les deux à leur halte suivante, toujours à l’ombre d’un arbre, forts appréciés d’Éric…

 

Nous remontons un vallon, celui de Coubous si je ne m’abuse, qui se révèle exceptionnel. Si le paysage matinal était très minéral, très brut, très rude, celui de cet après-midi se révèle parfait pour une virée en famille – ou entre amis. De larges prairies s’étendent autour de ruisseaux et torrents d’une limpidité incroyable. L’eau s’écoule, vive et fraîche, rebondissant de caillou en caillou. Au loin une espèce de cirque ceint ce vallon dans lequel nous nous élevons. Au dessus de nous, le ciel d’un bleu resplendissant apporte un contraste saisissant avec la verdure environnante. Je ne rêve que d’une chose : revenir ici et me poser sur le bord de ces torrents, explorer le vallon, découvrir ses petits secrets, de nouveaux angles sous lesquels d’autres montagnes se révèleraient… Encore une fois, le paysage est enchanteur, les sentiers tout autant, et je remercie mentalement les organisateurs, bénévoles et partenaires de nous permettre de vivre ces moments.

 

Désormais, je double régulièrement des coureurs du 150 km, alors que quelques coureurs du 75 km me doublent. On différencie aisément les deux clans : l’allure n’est pas du tout la même, et – signe qui ne trompe pas – le dossard des coureurs du 150 km est complètement délavé, preuve des hectolitres de flotte qu’ils se sont pris sur la couenne. Il fait bien chaud et je peine un peu sur la fin de la montée au Col de Barèges, où un gendarme du PGHM nous accueille mécaniquement. Je reste sur ma soif, puisque je pensais qu’ici se trouvait un point d’eau (j’aurais dû mieux lire le road-book, le point d’eau était plus bas à la Cabane d’Aygues-Cluses), et repars dans la descente en craignant d’être à sec avant le prochain ravito, celui du Lac de l’Oule. La descente se passe bien, d’abord technique, avec pas mal de cailloux le long d’un énorme pierrier, puis par la suite plus facile. À sec d’eau, je bois abondamment à un ruisseau qui se déverse dans le Lac de Gourguet en priant pour que ça passe, et j’y remplis mon bidon. Des campeurs s’installent sur le bord du lac, et nous chambrent un peu au passage… Pas grave, je poursuis la descente, avec une section en sous-bois que je trouve « méditerranéenne », avec de la rocaille, de la terre, des arbrisseaux rabougris et torturés, des pinèdes…

 Où est l’Oule ?

Cette partie est vraiment très agréable, mais le Lac de l’Oule se fait attendre. Avec une jeune femme qui fait route commune avec moi depuis une bonne heure, nous nous interrogeons régulièrement : « il arrive bientôt ce lac ou quoi ? » Enfin le voilà qui débouche devant nous sans prévenir, à la sortie de la forêt. Pointage, (80e, 11 h 40 mn 58 s), oranges et eau, remplissage camelback, et c’est repart… Ah non, Michel « Mic31 » arrive à ce moment. Je discute quelques instants avec l’organisateur du Trail des Citadelles, qui immortalise ces retrouvailles par une photo souvenir. Michel avait un objectif en 14 heures, mais il traîne une demie-heure de retard sur ses prévisions depuis le vingtième kilomètre. Pourtant il a bon espoir, puisqu’il n’a aucun souci à ce stade, contrairement à l’année dernière où il ne pouvait plus courir. Nous repartons ensemble sur le bord du lac, mais je le lâche sur la partie plate, où je peux courir sans problème. J’entame l’ascension vers le Col de Portet où nous sommes déjà passés ce matin, et, surprise, je me trouve nez à nez avec Sandrine !

 

Elle est venue mitrailler les coureurs sur cette avant-dernière section. C’est chouette de la trouver ici, et elle me donne des nouvelles des coureurs qui sont déjà passés et que nous connaissons. La montée au Col du Portet est rapide et sans difficulté, il ne faut pas oublier de se retourner pour admirer le Lac de l’Oule au fur et à mesure de l’élévation. Devant, c’est moyen, avec des pistes et des remonte-pentes. Arrivée à l’ultime ravito, au col, en 75e position, 12 h 35 mn de course. Je prends trop de temps pour me restaurer, assis sur une chaise, mais j’en ressens le besoin moralement, car je viens d’apprendre qu’il restait 11 km, et pas 7 comme je le croyais (encore de la mauvaise lecture de road-book…). Je me laisse donc un peu aller, et repars juste devant Michel qui m’a du coup rattrapé. Une longue traversée sous des crêtes démarre alors. Les paysages sont toujours magnifiques, avec en point de mire Saint-Lary à quelques encablures de Vielle Aure. Il reste quand même 1 400 m à descendre pour rejoindre l’arrivée…

 Descente finale

Et ça ne descend guère dans ces premiers kilomètres. La pente est douce sur les crêtes, j’alterne marche et course, au gré du terrain (sentier terreux un peu raviné). Je me fais pas mal doubler, notamment par Michel qui a mis le turbo pour passer sous les 14 heures. Il y parviendra le bougre, avec un temps final de 13 h 59 mn ! Chapeau. De mon côté, quand la pente s’incline, je souffre des quadriceps. Ils ont « mangé » aujourd’hui, et il ne doit plus me rester beaucoup de fibres intactes… En même temps, ça me ravit, puisque mes genoux ont tenu le coup. Je descends donc sans forcer, sachant de toute manière que j’arriverai en moins de 14 h 30, un chrono qui me satisfait pleinement. Et puis à 1 600 m d’altitude, la pente se raidit soudainement, et nous plongeons rapidement dans la vallée. Un peu de piste, une traversée de village, quelques renseignements donnés à deux VTTistes qui sont impressionnés par les dimensions des deux épreuves, encore de la piste, et il est temps de rejoindre les chemins pris ce matin à l’aller.

 

Encore un, puis deux coureurs qui me doublent dans les derniers mètres de descente, et je décide que ce seront les derniers. J’accélère franchement, et avale le gros dernier kilomètre de plat à une allure un peu folle. Entrée dans le village, des spectateurs, un gamin qui m’accompagne sur les derniers mètres, tape-m’en cinq ! C’est fini pour aujourd’hui : 14 h 13 mn 42 s, 86e arrivant, sur 304 (333 au départ + 2 retardataires).

 Incontournable

Un bilan ? Simple : je suis super content. C’était magnifique, ludique, super bien organisé. L’ambiance était bonne, y compris autour de l’événement (camping…). Sportivement, je m’en tire sans blessure, j’ai réussi à boucler malgré mon non-entraînement, dans un temps correct, et j’ai été capable de randonner dès le lendemain. Par contre pas de doute, ce GRP, ce n'est pas de la gnognotte : c'est une épreuve difficile, avec un parcours que les gens peu à l'aise sur terrain technique n'apprécieront pas. Mieux vaut s'être déjà fait le pied sur d'autres épreuves moins costaudes avant de songer à boucler ici.

 

Tout ceci me donne drôlement envie de tester la version « ultra » de l’épreuve… L’organisation a parfaitement su gérer cette seconde édition, toutes les erreurs commises lors de la première année ont été corrigées. Avec 150 bénévoles « seulement », ce GRP c’est vraiment du grand art. Vivement la prochaine !

6 commentaires

Commentaire de mic31 posté le 02-09-2009 à 09:57:00

Salut,
Rassures toi tu n as pas eu d hallucination au col du Sencours, il y a toujours quelques lamas qui trainent dans le coin.
Effectivement, la première fois ça surprend.
A une prochaine fois en course.

Commentaire de millénium posté le 02-09-2009 à 12:21:00

Quelques précisions : Le coureur "croisé" après 200m de course , c'est romain olivier . Un des lamas s'appelle delon (lama delon).Mic boucle la balade en 13H59'59". Pour un objectif de 14h.
Blagues à part , bravo pour ta perf , ton récit fort sympa et ton sourire avant (pendant je ne sais pas) et après l'épreuve !

Commentaire de eric41 posté le 02-09-2009 à 13:39:00

Cà donne envie à lire un CR comme cela.
Merci Manu et bravo pour ta course.
Eric

Commentaire de Lucien posté le 03-09-2009 à 20:58:00

Un vrai roman que j'ai beaucoup apprécié, la description du parcours étant très précise. Bonne perf et énorme courage même à l'ombre de la tente du ravito. Salut et vivement les prochaines aventures.

Commentaire de caroux posté le 04-09-2009 à 14:56:00

434, c'est Caroux434 ;-))
Quel style !!!
Je viens d'apprendre tes fonctions à UFO => Tout s'explique ...
Bravo pour ta tenacité
à une prochaine
Bernard

Commentaire de martinev posté le 06-09-2009 à 19:08:00

Quelle belle course tu as fait là, félicitations.

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