Récit de la course : Trail des Citadelles - 71 km 2009, par Linette06

L'auteur : Linette06

La course : Trail des Citadelles - 71 km

Date : 12/4/2009

Lieu : Lavelanet (Ariège)

Affichage : 1705 vues

Distance : 71km

Objectif : Pas d'objectif

6 commentaires

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

Le récit

Trail des Citadelles – Lavelanet, Ariège – 12 Avril 2009 - 73 kms (3600 + et -)

Vendredi 10 Avril 2009
---------------------------
J’arrive dans l’Ariège par une belle après-midi de printemps. Il fait assez beau, les oiseaux chantent, il y a des fleurs partout et fait 18 degrés… le bonheur. A peine arrivée au gite je balance mes affaires dans la chambre et je repars aussi sec en voiture pour faire des photos, comme si j’avais le pressentiment qu’il ne faut pas perdre de temps.

C'est le printemps!


Samedi 11 Avril 2009
-------------------------
Quand je me lève c’est un autre monde: il pleut, il fait super froid (5 degrés), il neige pas loin. Mais je ne réalise pas vraiment, je suis toute à la joie de la course de demain, je sais que je l’ai bien préparée et que je suis en forme, bref je plane…

Mirepoix la médiévale


Pour me consoler de ce temps pourri je vais en “ville” me balader, puis dans une ferme acheter des souvenirs: foie gras, cassoulet, terrines, …

Retrait du dossard en début d’aprem, personne ne parle de changement de programme à cause des mauvaises conditions, donc je reste confiante.

L’après midi est un peu longue, heureusement Bernard arrive dans la soirée et nous nous rendons ensemble à la pasta party traditionnelle: très réussie, tout est délicieux! J’y rencontre Romain, connu sur le net, qui a fait le 40 l’an dernier et qui se lance sur la grande boucle. J’espère le revoir demain sur le parcours.

On se couche tot, contrairement à la nuit précedente je dors assez mal mais c’est pas grave, j’ai de l’avance coté sommeil, et je pars pas pour 24h non plus…


Dimanche 12 Avril 2009
----------------------------
Lever à 4h30, dur dur. Je me prépare en vitesse et avale mon Gotosport (fait maison cette fois, c’est meilleur que les préfabriqués) avec un thé. Bernard lui est un adapte des biscuits Petit Dejeuner. On cache la clé du gite pour que le 1e arrivé puisse rentrer et on pars à 2 voitures pour Lavelanet, ça permet d’être indépendants et, vu la difference de niveau entre lui et moi, je prefère…

Arrivés au depart (lol), on traine pas pour aller se mettre au chaud à l’interieur jusqu’au dernier moment. Je perd mon compagnon de vue suite à une pause technique bien comprehensible, et donc je me retrouve seule sur la ligne de départ. Pas de Romain en vue non plus, tant pis, je m’élance au milieu de têtes inconnues.

Ca part tranquillement dans les rues de Lavelanet puis très vite on rejoint une piste puis un sentier plus étroit. 1e embouteillage, pour quelle raison? Une flaque. Mon dieu oui, quelle horreur, il faut l’éviter, on a pas envie de se mouiller les pieds! Comme quoi on se realise vraiment, mais vraiment pas, ce qui nous attend… Bernard me double un peu plus loin en me souhaitant bonne course, je ne le reverrai que le soir au gite…

Assez vite ça se met à monter raide et on commence à marcher, en reculant de 10cm à chaque pas. Ca me rappele la SaintéLyon, j’avais peur de m’épuiser à ce petit jeu là, aujourd’hui ça m’inquiète un peu moins. En plus j’ai les batons et je les remercierai toute la journée car il m’ont bien aidée, sans eux je serrai allée beaucoup moins loin je pense. On passe ensuite sur une partie plate ou la boue est très glissante (oui, vous ne savez peut-être pas mais il y a plusieurs types de boue, je prepare d’ailleurs une thèse là dessus) et c’est fatiguant… déjà! Arrive ensuite une des descentes les plus dantesques du parcours: une vrai patinoire, tout le monde y va de sa figure de style, moi je me dis que j’aurais du prendre des cours avec Bryan Joubert, ça m’aurais bien servi! Une chaussure qui reste collée au sol et voilà 10 min de perdues pour la remettre en place en se débattant avec les gants déjà trempés et boueux, les guêtres qui veulent plus tenir, les lacets qui veulent pas se défaire… bah, on reste zen, on a le temps…

En fait non, a n’a pas tant le temps que ça. C’est LE problême de cette course pour moi, les délais sont très shorts, ils l’ont confirmé au depart: 13h pour 73 kms et 3600 + et – dans ces conditions, c’est à dire presque du 6 km/h, c’est très vite, en tout cas pour moi. En plus il parait qu’il faut 1h30 pour faire les 5 derniers kms, ça aura son importance dans ma decision d’arrêter un peu plus tard…

Donc je ne traine pas et j’arrive au 1e ravito à Bélesta en 2h30 pour 18 kms, c’est à dire 30 min d’avance sur la barrière horaire. Pas du luxe.

Le village de Bélesta


Je mange un peu, recharge la poche à eau et je file. Pour rejoindre le 2e ravito il y a 15 kms. On passe par une endroit glacial, appelé “Le Gela”, et là il ne pleut plus, il neige! Je commence, déjà à avoir bien froid, surtout aux mains car je n’ai que des gants en soie fins. Mais j’ai encore le moral et je trouve l’endroit très joli, ambiance “Noel”.

La descente vers Fougax est longue, pas mal de plat, un peu de route, mais enfin j’y arrive en 5h, soit maintenant 1h d’avance sur l’horaire à tenir. Cool!

Je traine pas, comme toujours. Je suis une spécialiste du ravito express, il y a que là que je vais vite alors j’en profite! Un peu de soupe, 2 tranches de pain d’épices et c’est reparti.

Je m’attaque maintenant au “gros” morceau: les 15 kms qui me séparent de Montferrier comprennent le plus gros déniv, dont l’aller-retour à Montségur.

Le village de Montségur surplombé par la citadelle.


Je m’inquiète pas trop, je ne crains pas les montées, ni les longues ni les raides ni les 2 à la fois. On aperçoit la citadelle une première fois et je me dis “mais qu’est-ce que c’est loin…”. Mais non, pas de problême, avec de la patience on finit par y arriver! La montée au chateau est très raide, c’est vrai, avec beaucoup de marches. Ca me rappele La Flegère, la dernière portion de la CCC. Mais au moins il y a un point positif: IL N’Y A PAS DE BOUE! C’est le pied, enfin, d’avancer sans reculer. Dans ce trail j’ai peut-être fais 60 kms en marche avant mais… un certain nombre en marche arrière, c’est garanti!

En haut, petit controle de passage, petit tour du propriétaire: il devaient se geler les pauvres Cathares dans ces demeures perchées et ouvertes aux 4 vents… Je suis émue, je pense à eux, à leur vie ici, à leur fin tragique.

La redescente se passe bien, je suis prudente. De temps en temps j’entends mon potable sonner au fin fond de mon sac (je l’ai emballé dans 4 sacs étanches, il a pas froid, lui!): merci Juan, je t’embrasse, muahhh.

Descente vers Montferrier, je commence à avoir du mal à me souvenir de comment c’était… la fatigue devait déjà faire son œuvre de sape…

A Montferrier je trouve Romain. Enfin quelqu’un de connu, je suis heureuse de le voir! Malheureusement il m’annonce qu’il a arrêté juste avant Montségur, je suis désolée pour lui mais lui dit que c’est déjà bien d’être arrivé là vu les conditions terribles. C’est pas tout mais il faut repartir, je n’ai plus que 45 min d’avance, j’ai perdu un peu dans cette portion. Allez, encore 15 kms jusqu’à Roquefort puis 10 pour l’arrivée, ça doit le faire!



Hélas, dès que je recommence à monter je sens que je ne tiens plus du tout le même rythme. Bizarre… J’ai peut-être trop mangé au ravito, il est vrai que mes reserves de solides baissent plus qu’il ne faudrait car je ne bois presque pas, ma boisson étant glacée. Donc je mange plus et je commence à être à cours de munitions… surtout que je ne peux rien prendre à emporter aux ravitos car ils n’ont rien d’emballé, seulement des tranches de pain d’épices qui fondraient dans ma poche détrempée… Pas genial tout ça…

Je continue quand même mais lentement, trop lentement. Et je commence à avoir vraiment froid, jusqu’à maintenant c’était supportable mais ça devient petit à petit beaucoup plus difficile à gérer. Je suis seule au milieu de nulle part, personne devant ni derrière, trop loin du ravito pour faire demi-tour, et puis je me rends compte que je ralentis trop pour espérer être encore dans les temps, surtout avec ces fichus 5 derniers kms annoncés comme terrifiants. J’avance, je n’ai pas le choix, mais j’ai presque peur, je me dis que l’hypothermie me guette et qu’il faut que je trouve une solution avant que ça s’aggrave trop: la course n’existe plus, je suis une mode “sauver ma peau”! Alors quand je me trompe de chemin sous la citadelle de Roquefixade, que je ne vois plus de rhubalises mais un hameau en contrebas, je n’hesites pas une seconde: direction les maisons, et adieu la course. Je vais bien trouver quelqu’un pour me redescendre à Roquefort ou à Lavelanet… Sauvée, je suis sauvée! Ouf.

J’entre finalement dans un gite ou je suis accueillie à bras ouverts: je ne suis pas la seule, d’autres ce sont arêtes là ce matin, et d’autres suivront d’après mon hote. Quel bonheur, le feu dans la cheminée, du café, des sourires, des mots réconfortants: j’en pleure d’émotion. Après un moment une autre concurrente arrive, elle aussi perdue, gelée et démotivée. Elle est de Nice, comme le monde est petit parfois! Après avoir séché un peu nous seront raccompagnées à Lavelanet en voiture (une invention extraordinaire la voiture…) en dévorant un paquet de chips et des barres chocolatées. Ca va pas ensemble mais là, qu’est ce que c’était bon!

Les Pyrénées en toile de fond


De retour à la salle commune je prends un repas bien mérité, discute un moment avec Romain lui aussi redescendu, et puis je retourne à la voiture. Je fais un strip-tease sur le parking (pas question de conduire dans cet état, boueuse et trempée) que certains ont particulièrement apprécié je crois… grand bien leur fasse, c’était mon jour je bonté!

Bernard à terminé en 12h16, bravo champion, j’espère être un jour aussi résistante et déterminée que toi!


Conclusion
-------------
Un très grand MERCI à toutes celles et tous ceux qui m’ont conseillée, encouragée et accompagnée en pensée pendant cette journée “apocalyptique” (terme employé par Karine Herry à la remise des prix). 170 gars et 5 femmes ont survécus, ils ont toute mon admiration, ce sont de vrais durs! Moi je suis encore un peu tendre pour ce genre d’experience, lol!



A bientot sur les sentiers!

Line.

6 commentaires

Commentaire de Berty09 posté le 23-04-2009 à 23:53:00

J'en suis encore à me demander si je vais passer sur le 40. Alors quand je lis ton récit, je trouve que c'est déjà très fort tous ces km. On aurait aimé que tu en vienne à bout de ce trail. Bravo!

Commentaire de Berty09 posté le 23-04-2009 à 23:53:00

J'en suis encore à me demander si je vais passer sur le 40. Alors quand je lis ton récit, je trouve que c'est déjà très fort tous ces km. On aurait aimé que tu en vienne à bout de ce trail. Bravo!

Commentaire de laurent05 posté le 24-04-2009 à 09:14:00

bravo c'est sur que dans ces conditions pas évident
d'aller au bout surtout quand on vient du sud et qu'on est habitué au soleil...
bonne récupération
laurent

Commentaire de BENIBENI posté le 25-04-2009 à 01:24:00

C'est vrai que c'est une epreuve difficile , cette année je suis doublement déçu, d'une part j'ai été malade et j'ai du abandonner et surtout, oui surtout, j'ai raté ton Strip-tease !

Commentaire de Yvan11 posté le 25-04-2009 à 10:16:00

Bravo..Cette année ,il fallait déja du courage pour prendre le départ.Et je suis sur à te lire qu'il aurait pas fallu grand chose de plus ( quelques degrés ?)pour que tu finisses.
A l'année prochaine ?
Yvan

Commentaire de steve11590 posté le 25-04-2009 à 12:04:00

Il faut revenir l'an prochain. Ca fait 2 années de suite qu'il fait ce temps: jamais 2 sans 3 !!
Vue les conditions climatiques c'est déjà un exploit que d'avoir pris le départ.
Je me demande encore comment j'ai fais pour être finisher de bain de boue gelée !
Bonne continuation sur les sentiers.

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Accueil - Haut de page - Version grand écran