Récit de la course : Raid 28 2004, par annick

L'auteur : annick

La course : Raid 28

Date : 18/1/2004

Lieu : Bures Sur Yvette (Essonne)

Affichage : 2705 vues

Distance : 80km

Objectif : Pas d'objectif

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Le récit

C’était mon 2ème raid 28, avec une équipe un peu refondue.

Je ne savais pas encore si j’allais reconstituer une équipe pour la 11ème édition de 2004 ; mais un appel du pied en septembre de Rémy Mercier à la recherche d’une féminine et d’un orienteur pour compléter son équipe me fait y songer sérieusement. Je me réserve cette possibilité et met en contact Rémy avec une autre féminine intéressée en la personne de Dominique Duval. Je me garde aussi mon orienteur préféré sous le coude au cas où je déciderais de remonter une équipe.

En octobre, l’idée a cheminé et je reprends contact avec ceux de l’équipe des « Cagouilles » de 2003 qui avaient émis le souhait de récidiver l’année suivante. Tous sont partants. On y retrouve l’orienteur Jeannot, Etienne, Christophe et j’y adjoins Phil kidnappé pour l’occasion et échappé des griffes de l’équipe 2003 des « Zanimaux du Zoo ». Christophe pour des raisons familiales est contraint de renoncer et Phil suggère immédiatement de le remplacer par Steve.
Tous connaissant à l’exception de Steve, ce que recouvre ce type d’épreuves, les échanges d’infos relatives à l’organisation et à la préparation de l’équipe se limitent au strict minimum, juste histoire de savoir où, quand et comment nous allons nous retrouver sur place.
D’un commun accord, on troque le patronyme des Cagouilles contre celui d’Ultrafondus. Je soupçonne que la dénomination « Cagouilles » soit empreinte pour certains de superstition négative, et nous nous reconnaissons forcément tous dans Ultrafondus.

Nous ne nous sommes jamais rencontrés auparavant une seule fois tous les 5 ensemble, mais chacun a déjà couru à des occasions diverses avec au moins 2, 3 voire les 4 autres membres de l’équipe, sans jamais les retrouver tous réunis. Pour ma part, j’aurai à faire connaissance avec un nouvel UFO, Steve.

Je suis à peu près certaine de la cohérence de l’équipe et de sa relative homogénéité, et quoique les niveaux de vitesse de chacun diffèrent, chaque membre a donné la preuve de capacités d’endurance qui sont prédominantes dans ce type d’épreuve, et a suffisamment expérimenté dans des expériences de grande distance où l’esprit collectif est bien présent (UTMP, UTMB, raid 28, raid hivernal normand) pour que les conditions de réussite d’une course en équipe soient préservées. C’est donc de mon côté avec l’esprit serein et tranquille, que s’amorce cette épopée.

Je n’effectue aucune préparation particulière. J’ai entamé depuis début novembre un Heubi plan qui doit me conduire au printemps prochain à d’autres objectifs et dans lequel le raid 28 fait figure d’anachronisme. Disons simplement que je suis loin d’être inactive, et que mon entraînement à raison de 5 séances par semaine, s’il n’est pas destiné à m’aider spécifiquement dans cette épreuve, peut contribuer à me rendre les choses plus aisées.

J’ai limité les sorties avec sac à dos à trois essais. Je teste pour l’occasion un nouveau sac prêté par Laurent (pseudo=Loran). J’opère ce changement car le mien est plus lourd à vide. Je me rends compte à la 2ème sortie que ce nouvel équipement tire trop vers le bas du dos. Idiote que je suis, j’ai tout bêtement négligé de le réajuster à ma taille en tirant au maximum sur les sangles pour le porter plus haut. Il faut dire que Laurent me dépasse largement ! Il a plutôt le gabarit de mon orienteur préféré (voir photo sur le site d’Etienne). Au 3ème essai, c’est parfait, au bout d’1/4h, j’oublie que j’ai le sac sur le dos qui pèse alors 4,6kg.

Le matin du départ, se pose la question de l’alimentation que je vais adopter pendant la course. Comme je n’ai pas encore trouvé la nourriture idéale et que mes intestins sont régulièrement soumis à rude épreuve, tant en course qu’à l’entraînement, je finis par ne plus m’en préoccuper sérieusement, considérant que c’est de toute façon un problème. Je décide pour une fois de ne pas faire « l’autruche » et d’en tenir compte un tant soit peu, en adoptant les formules éprouvées les plus simples qui me réussissent le mieux. Pour la boisson, ça ne peut être que St-Yorre et Caloreen, et côté solides, ce sera pain et œufs durs, et fromage à pâte dure. J’ai promis aussi qu’Herman serait de la fête. J’ajoute un peu de café à prendre avant le départ, pour garder les yeux bien ouverts.

Me voilà fin prête. J’ai juste à ne pas rater le RV avec Etienne qui me prend à Paris où je suis de passage. Nous nous retrouvons à l’heure et à l’endroit fixés, avant d’embarquer Steve 5-6 rues plus loin. Nous empruntons en voiture une partie du parcours Paris-Versailles, et notamment la fameuse « Côte des Gardes », avant de nous éloigner de la capitale, et de retrouver à Bures le reste de l’équipe, et celle emmenée par Rémy.

Entre la fin du repas et le départ, il y a presque 3 heures qui passent à une vitesse folle. On (je) pense pouvoir tranquillement préparer mon sac, voire somnoler, mais en réalité il y a peu de temps…mort. Et puis d’abord, j’aime pas préparer mes trucs 3 heures à l’avance !!! (voir photo sur le site de l’Electron). Je discute aussi avec Dominique (Duval) pour la persuader de prendre plus de boisson qu’elle ne le prévoit, et de choisir un vêtement imperméable le plus léger possible.

Quelques minutes avant le départ, les capitaines sont appelés pour recevoir des consignes notamment de sécurité. Je retransmets à l’équipe. On se fixe quelques règles élémentaires du genre « on s’attend », « on ne refait pas les mêmes bêtises que l’an passé », « on place un minimum de balises sur la carte avant de quitter le gymnase, pour être plutôt dans les premiers partants que dans les derniers » ! On répartit aussi les rôles de chacun. Jeannot l’orienteur décide plutôt de « contrôler » Etienne qui s’était porté volontaire pour être « orienteur second ». Steve accepte de pointer les balises. Et Phil ? On ne va pas trop lui en demander, il est peut-être un peu fatigué ces temps-ci. Et puis il va bien prendre quelques photos, quand même. Et moi ? Ben je vérifie que tout va bien, quoi ! ET TOUT VA BIEN !

Que s’est-il passé entre Bures sur Yvette minuit le 17 janvier et Bures sur Yvette le 18 janvier 15h24 ? Par où sommes-nous passés ? Quels villages avons-nous traversés ? Quelles forêts avons-nous arpentées ? Je n’en sais presque rien ! Etienne et Jeannot nous tracent la route, nous mènent de balise en balise, nous emmènent à travers champs, nous font naviguer à travers les sous-bois, emprunter un « labyrinthe » conçu à l’occasion à travers les ronces et les broussailles. Je perçois de temps à autre leurs échanges, leurs interrogations, leurs prises de décision, leurs correctifs. Ils font leur œuvre de guides, et je m’en remets complètement à leur science. Là, vous avez oublié qu’à cet endroit, il y avait une balise à poinçonner ? Et puis plus loin, vous nous faites revenir un peu sur notre chemin ? C’est bien ça le jeu de l’orientation, on ne gagne pas à tous les coups, et l’erreur est permise, non ? Je n’ai pas besoin de repères, ce sont eux mes précieux repères ainsi que les autres membres de l’équipe.

Bon alors, qu’est-ce que j’ai bien pu faire pendant ces 15h24mn ? Je me suis laissée agréablement guidée par les orienteurs, ai cherché parfois à ralentir l’équipe ou à trouver le rythme le plus adapté à l’effort à venir, essayé d’encourager si nécessaire dans les moments plus difficiles, tenté de respecter les périodes de fatigue des uns ou des autres, papoté de temps à autre, restant à l’écoute des signes des uns ou de autres, parfois plus repliée sur les messages que m’envoie mon cerveau ou mon corps.

18 janvier, quelques petites minutes après le départ effectif, nous sommes déjà dehors. Je sens mes compagnons bien hâtifs qui se lancent dans une course un peu rapide à mon goût. Eh, on a le temps, on a toute la nuit, et encore plus si on veut ! En restant à l’arrière, je donne un tempo plus lent en souhaitant qu’ils se caleront sur cette allure. Très tôt après le départ, je sollicite un arrêt pour changer les piles de ma lampe. J’avais bien constaté qu’elles étaient faibles, mais mon optimisme m’avait présomptueusement laissé croire que l’éclairage que ma lampe me procurerait serait suffisant. Je me rends à l’évidence, je ne vais pas pouvoir avancer longtemps dans ces conditions. L’effet du changement de piles est…spectaculaire ! Des 3 raids d’orientation à mon actif et de toutes les autres courses où j’ai dû utiliser cet ustensile, c’est la première fois que j’apprécie pleinement son efficacité. Je n’ai pas bien compris d’où venait ce changement et cette luminosité si intensément nouvelle à mes yeux. Je joue alternativement avec les deux faisceaux de ma PETZL Duo qui me semble alors magique. Je fais définitivement son adoption cette nuit-là !
Je sollicite très vite un 2ème arrêt pour raisons techniques. Je vais peut-être finir par les énerver, quand même ! Phil m’attend gentiment, on rattrape les autres, sauf Jeannot qui reste introuvable. Devant, derrière ? Jeannot a pris le large, enfin plutôt… les devants. Après l’avoir hélé par tous les moyens, s’être interrogé si on devait faire marche arrière, nous décidons d’un commun accord pris lors d’un conciliabule au sommet d’aller jusqu’au poste suivant. Je m’inquiète un peu, me sens un peu responsable, mais je ne vois pas comment Jeannot aurait pu se volatiliser. Jeannot des ailes peut-être à la place des jambes, nous attend tranquillement au poste suivant. Bon si on essayait de rester un peu plus groupés ? Ca nous éviterait des montées d’adrénaline.

Groupés, nous le sommes pratiquement toujours restés par la suite.

Pourtant j’ai bien cru me faire larguer dans cette parcelle où les Ultrafondus se sont mis à courir dans tous les sens. Le jour était levé. J’ai vu tout d’un coup Jeannot et Etienne s’engouffrer dans la parcelle, suivis de Phil et Steve. Puis à ma gauche ont surgi deux coureurs très rapides qui filaient droit vers un point choisi. Les types se sont arrêtés, pour pointer une balise et aussi vite sont repartis vers un autre point. Et alors Phil s’est mis à les courser. On aurait pu croire qu’ils jouaient aux gendarmes et aux voleurs. Je ne cherchais de mon côté qu’une chose, c’était de garder en point de mire l’un ou l’autre des Ultrafondus. Je perdais Phil de temps à autre, retrouvait au loin la silhouette de Steve. Je crois même l’avoir appelé un moment pour me repérer au son de sa réponse.Ca a duré un petit moment comme ça, c’était complètement surréaliste. Il m’a fallu un laps de temps pour traduire qu’on était entré dans la première spéciale CO. Etais-je à ce moment en train de dormir debout ? Cet épisode m’a forcément réveillée. Le sol de la parcelle était jonché de débris végétaux, monceaux de brindilles enchevêtrées, autant de pièges à chutes qu’il fallait enjamber sans retenue. A un certain moment, j’ai cru que c’étaient ensuite les deux inconnus qui coursaient les Ultrafondus. Et puis brutalement toute cette agitation a cessé. Il ne restait alors que les commentaires satisfaits de l’équipe qui avaient récupéré de précieuses balises à bonification. Et Jeannot qui disait à ce moment qu’il avait faim.

Et il y a eu aussi ce moment de légère inquiétude quand nous avons retrouvé les parents de Phil et que ce dernier a tardé à nous rejoindre. Etienne et moi nous sommes alors demandé s’il avait connu un problème, jusqu’à ce que je les vois réapparaître tous deux, Etienne ayant décidé de retourner à sa rencontre.

Les passages forestiers m’ont semblé plus rares que lors de l’édition précédente. Nous avons parcouru de longs chemins très rectilignes à travers les plaines. Là certains se sont régalé plus que d’autres. Il y a eu ce long passage vers 5 heures du matin, quand la neige fondue sous l’effet du vent nous giflait la joue droite. Phil semblait adorer. Il s’est mis à doubler tout le monde et il est parti à l’avant. Pendant ce temps, Jeannot commençait à souffrir de la fatigue et se « reposeait» en marchant. Steve à ce moment avait repris le dessus après avoir connu un passage plus difficile. Etienne surveillait sa carte, afin de ne pas rater les changements de direction. Arrivés à l’intersection d’une route où Phil attend, il signale qu’on peut encore continuer droit devant. Ni une, ni deux, Phil s’exécute, et sans regarder où il met les pieds, les fait plonger directement par le plus droit chemin dans la jolie flaque d’eau qu’il nous permettra d’éviter ensuite. Merci, Phil !

Il y eut la fameuse surprise annoncée mais non dévoilée par les organisateurs. Pour nous, ce fut au moment où le jour se levait. Après un certain poste, on nous fait entrer dans une zone très broussailleuse où les organisateurs ont tracé un « labyrinthe ». A nous de choisir le bon cheminement pour rejoindre un point donné. Le suspense n’a pas duré très longtemps. Après quelques minutes dans le dédale, je crois apercevoir un chemin en contrebas. Ce que je prends alors pour un chemin n’est autre qu’un bras d’eau, et quelques encablures plus loin, nous nous retrouvons dans une file d’attente, chacun devant passer de l’autre côté du bras d’eau sur un pont de singe. Pas d’hésitation pour les Ultrafondus, enfin…les autres Ultrafondus, tous plus agiles les uns que les autre (voir photo d’Etienne sur le site d’Etienne). Je me pose sur ce pont, mais ça bouge ce truc…moi j’aime la…stabilité et je saute de la corde pour... rester sur la même rive. Plusieurs coureurs passent pendant que je demande la profondeur de la rivière. Ben oui, si je dois tomber, je serais mouillée. Donc autant traverser directement par l’eau, non ? « C’est pas vraiment profond, mais l’eau est glacée », me répond-on. « Sinon, vous avez un pont à environ 300 mètres, mais l’autre rive n’est pas vraiment dégagée pour s’y frayer un chemin ». Là, je commence à avoir sérieusement honte…Il n’est plus temps de raisonner ou chercher une excuse. Les Ultrafiondus sont de l’autre côté, sauf moi ! Je ne peux pas laisser tomber le reste de l’équipe pour si peu ! Après avoir regardé quelques concurrents supplémentaires faire la traversée et pris quelques conseils, je me repose sur la corde. « Tu tiens la corde supérieure sous ton bras, et ça l’empêchera de bouger ». Bon, ça a l’air d’être vrai. « Tu fais glisser tes pieds sur la corde inférieure sans les soulever ». Ca aussi, ça a l’air de fonctionner. J’avance à pas de… « cagouilles », forte de tous ses conseils, mais pas joyeuse pour autant. J’entends ma respiration haletante, et des encouragements bienveillants, mais ne veux pas céder à la déconcentration. Un temps interminable après, je suis à peine arrivée de l’autre côté que je me retrouve face à une lumière violente qu’on me balance en plein figure pour connaître mes impressions. Ben c’était pas évident alors mes impressions ? Pendant ce temps, je secoue violemment mon bras droit complètement ankylosé jusqu’à l’épaule et pris de fourmillements intenses et très désagréables. Pendant tout le reste de la course, je conserve cette même sensation à la main droite, qui du poignet jusqu’au bout des doigts me fait perdre toute sensibilité. C’est un peu les mêmes symptômes que ceux de la maladie de Raynauld, et il m’est impossible d’utiliser ma main droite à une tâche quelconque. Plus tard, je me retrouve avec les lacets de ma chaussure droite défaits, et comme je n’ai pas l’usage des 5 doigts de la main droite, je les rentre tant bien que mal dans la chaussette d’où ils finissent par s’échapper. Là, il me faut de l’aide si je ne veux pas me payer une gamelle. Timidement, je demande à Phil, et c’est comme ça que, euh, ...Phil se retrouve un peu confus je crois, à mes pieds !
J’ai échappé, comme tout le monde, au 2ème passage sur pont de singe. Dommage, j’aurais pu apprendre au cours d’un 2ème essai, à trouver ça amusant !

Comme toujours, c’est la fin de course qui semble interminable. Le soleil resplendit. Gants et bonnet ne sont plus de mise. Après avoir traversé St-Rémy de Chevreuse, seul nom de localité qui me restera en mémoire, les rives de l’Yvette tranquille nous accueillent, parmi ses promeneurs du dimanche. Je sens à nouveau les jambes de Jeannot prendre leur envol, celles de Phil semblent plus lourdes et plus douloureuses. Etienne a l’air super bien, et Steve ne laisse pas paraître de signe de défaillance. Je me tiens et me maintiens à l’arrière, en souhaitant conserver un rythme constant et régulier. Je m’étonne même d’y parvenir, alors même que cela me semblait quelque temps auparavant impossible. Un dernier effort pour monter les marches d’accès à la salle d’accueil du stade Chabrat et la boucle est bouclée.

A l’arrivée, j’ai confié que je ne referai plus ce type de course, raid 28 ou raid normand hivernal. J’ai un peu le sentiment d’avoir fait le tour de la question, sauf à souhaiter me perfectionner dans l’orientation. Je préfère à ce jour aller vers d’autres expériences encore inconnues. Mais bon, je dis ça aujourd’hui...

Annick

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