Récit de la course : Raid 28 2009, par daloan

L'auteur : daloan

La course : Raid 28

Date : 17/1/2009

Lieu : Bures Sur Yvette (Essonne)

Affichage : 1594 vues

Distance : 85km

Objectif : Terminer

15 commentaires

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

Enfin la vérité sur ce raid

 

Vous n'avez de cette course que des récits des adeptes de la secte TUROOM, des inconditionnels chercheurs de balises extrêmes dans des terrains improbables.

Tiens «inconditionnels chercheurs d'improbables balises dans des terrains extrêmes» ça marche aussi.


Pourquoi ce nom ? Vous arrivez cassé le Lundi au boulot, en bombant le torse (exercice pas simple un lendemain de course) et tel Rambo vous annoncez « j'ai fait le Raid28 ». Aucune chance de trouver un collègue admiratif ou une secrétaire qui se pâme. C'est pas un marathon, un ultra-truc, un extrême-machin. C'est pas vendeur. Et puis j'ai pas osé le dire à l'époque, mais « N'eau limite » sur l'affiche l'année passée, ben yavait une faute d'orthographe.


Et ces joyeux organisateurs ensuite. On voit bien aux 12h de Bures que le type au micro est suspect. Tout sourire 10 heures de rang à nous voir lentement nous transformer en Playmobils. Il se nourrit de notre malheur ce gars, à moins que cet acte bénévole ne soit destiné à expier les vices déployés à faire baver les coureurs de Janvier.


Bref, Il était grand temps de vous dire la vraie vérité d'un adepte de la chaleur, des sentiers tracés et de la course au grand jour.


Pourant, le Raid 28 pour moi, c'était non.

Déjà parce que la course m'a effrayé à mes début de JDM : pas le niveau pour oser y penser, ensuite parce qu'on en parle à chaque sortie, qu'on va rechercher des balises fictives et qu'enfin vu qu'ils font tout ce qu'il faut pour qu'on n'ait pas envie d'y aller, ben j'ai pas envie d'y aller.

L'an dernier, première alerte chaude avec le JDM et les Z'Amis en mal de coureur. Là, excuse béton : un Week-end en amoureux planifié.

Cette année, ben je me suis fait baiz-avoir :

  • Démarchage téléphonique en règle.

  • Le couplet de Bernard «je comprends que tu n'y ailles pas, mentalement c'es très dur...» pour faire grimper mon taux de testostérone

  • François, le Capitaine-Orienteur que je ne vois jamais,.rencontré en sortie de RER

  • Fractionnés du Mercredi Soir avec un seul coureur : Anne Marie, la féminine de l'équipe.


Pour mettre les points sur les « i », je me fends d'un mail le soir même en précisant que si vraiment il n'y a personne, en dernière extrêmité, mais alors vraiment si on peut pas faire autrement,je ferai le 5ème. Je le soumets à ma tendre moitié qui le traduit immédiatement en langage féminin comme suit : tu te débalonnes, là tu viens de leur écrire que tu courrais avec eux.

Le destin.


En s'inscrivant si tardivement, on échappe aux longues sorties hivernales faites pour souder l'équipe. C'est vrai que patauger dans la boue ça soude. J'ai droit à une sortie commune de jour et c'est la fin du mythe : 2h50 et 20,5km.

Ce qui soude l'équipe, c'est la loi du silence, ne pas avouer le Dimanche aux coureurs normaux que l'on avance à un train de sénateur. Cette première sortie avec les Z'Amis complète parfaitement l'impression de l'an dernier avec l'équipe ennemie du JDM puisqu'on avait alors péniblement parcouru 11km en 2h04. Je comprends aussi pourquoi l'organisation impose une féminine dans l'équipe : une ça se gère, en mettre deux, ce serait un sacré bordel, regardez ce qu'a donné le congrè de Reims.


Parlons ambiance. C'est presque la guerre civile. Je viens de me pré-peut-être-inscrire du bout de mes chaussures de trail avec les Z'Amis et je ne peux déjà plus supporter l'équipe adverse. Vous l'avez compris, le classement final, on s'en fout totalement, mais il faut être devant le JDM, qui veut être devant nous. Une course dans la course. Une guerre dans la course. Malheur au perdant qui devra baisser humblement les yeux durant un an, 10 yeux qui se baissent d'un coup.J'y vais peut être un peu fort...


Et les statistiques ne nous sont pas favorables puisque nous n'avons jamais gagné. Contre toute logique, on s'accroche à ce qu'on peut :

  • on a une pêche collective d'enfer : François a pris 5 kilos, Roger est tout frais et tout dispo à force de ne pas s'entrainer, Francis arrivera tout droit de Sibérie et le décalage horaire sera surcompensé par son acclimatation au froid, Anne Marie a mal là, là et là, mais pas là, là c'est la crève, et moi et moi et moi.

  • D'habitude les Z'Amis battent le JDM lors du trail préparatoire de Décembre. Là, non. A t-on touché le fond à cette occasion ? Va t-on continuer à creuser ?





Le 9 Janvier une dépêche AFP tombe « Bernard a officiellement cédé sa place à Fred pour le Raid28 ». Quelle surprise ! Me voilà lancé : c'est sûr, je vais faire en 2009 pour la dernière fois mon premier Raid28. Je me fends d 'un mail de motivation primaire, tribal, tel que j'adorais les entendre dans les vestiaires de rugby « on va les tuer, leur marcher sur la g... leur bouffer les c... », avec en variante la possibilité d'inverser le c et le g, c'est ça la poésie. Et des mails, on va en échanger, et pas qu'un peu. Notamment Bernard, très en verve depuis qu'il est moins en jambes et Frédérique et ses glands.



Flash-back, extrait du mail de motivation du 10/01 :   « Plus ce sera dur, pluvieux, chiant, froid et plus ce sera dur aussi pour les autres. Une anecdote de rugbyman pour illustrer ce propos. Si vous n'avez jamais essayé la Percutalgine pour chauffer les muscles, faites moi alors confiance : ça chauffe, ça brûle ça pique les cuisses. Mon talonneur en mettait plein son visage. A ma remarque ébahie "t'es con, ça brûle", il me répondait, le regard aussi expressif qu'une moule farcie "ouais, mais ça brûle les deux piliers d'en face". Donc, vive le temps frisquet et humide, on les z'aura..

Assez rigolé, il y a une équipe qui nous nargue depuis trop de temps. Z'ont même réquisitionné le nom du JDM alors que près de la moitié de l'équipe n'habite même pas à Bures. En plus pour une fois c'est pas sûr qu'on soit en moyenne plus vieux qu'eux. Anne Marie, tu as comme mission de préparer un succulent repas laxatif pour Gilles Vendredi soir. On les z'aura. »



Côté stratégie, pour reprendre une théorie des Shadoks qui dit que pour se fâcher avec le moins de monde possible il suffit de taper toujours sur les mêmes, on est dans le vrai puisque François est à la fois Capitaine et Orienteur. Sous réserve d'acceptation d'Anne Marie, il pourrait devenir le parfait souffre douleur en courant en string et assumant le rôle de féminine de l'équipe. A valider avec Patrick Pilorget. En ayant un orienteur au lieu de deux, on se trompera deux fois moins et on sera plus souvent d'accord. Il faut juste faire sucer un pain de sucre de Durozan à François 6h avant l'épreuve et hop, ça va galoper. T'inquiète pas Roger, on t'en mettra un peu de côté.


En parallèle, comme dans toute guerre, la campagne d'intox pour l'équipe ennemie, avec ce mail perfide et un faux-vrai bruit de gants Mappa :


« Et si on laissait de côté notre rivalité ancestrale ? On pourrait faire courir les 2 équipes ensemble, planquer un fût de bière, faire un méga feu de bois et laisser le comité d'organisation nous retrouver au milieu de la forêt ivres morts ? ... » 




L'intox est venue des joyeux organisateurs : on part et on arrive à Bures. Pour tous ceux ayant tricoté dans le Sud de l'Essonne; c'est parfait, on vient de marquer un point au compteur du moral. Euh, en fait, non car on est aussi aller tricoter dans le Sud de l'Essonne. Reste quand même un super motif de satisfaction : François faisant toujours une grosse bêtise en début d'épreuve (je tairais mes sources), ben voilà, il l'a faite avec cette spéculation foireuse sur le lieu des festivités.


La date fatidique arrive, les prévisions météo rythment maintenant notre vie quotidienne. L'idée est de savoir si on va se les geler sec ou mouillé ? A 3 jours du départ, on penche franchement vers le trop arrosé.

Et Bernard qui continue à ne pas arrêter d'envoyer des messages : il est mainfestement libéré d'un poids et très content de pouvoir contempler en spectateur le malheur des autres. Alors, une dernière fois je tiens à vous rappeler que cette épreuve n'est pas obligatoire et que si vous ne voulez pas la faire, ben vous ne la faites pas. J'en suis le parfait exemple, non ?





Le 15 Janvier



Maintenant, c'est Jeudi. Conseil de guerre des Z'Amis chez l'Orienteur-Captitaine et futur Souffre Douleur pour mettre au point les derniers détails, c'est à dire à peu près tout. Notamment le contenu des sacs et une spéculation intéresante sur la nécessité des accessoires suivants : une calculatrice, une brosse à dents, un aspi-venin, un piège à loup, une pelle à gâteau, un extincteur et naturellement des gants Mappa.

Pour les non initiés, une soirée de préparation consiste à se remémorer les erreurs passées, à se les remettre dans les dents (courtois et viril), à essayer de découvrir le parcours du prochain WE tout en essayant de savoir si les autres (lire l'équipe ennemie) l'ont aussi trouvé.

Ensuite on m'explique comment ça fonctionne : on te donne plein de cartes, des indications pour les balises, tu mets les balises sur les cartes et hop il n'y a plus qu'à suivre la carte pour poinçonner les balises. Des fois, Odile nous attendra avec des épreuves vachardes impromptues, mais ça, on verra sur place et puis on peut toujours snober Dam'Odile et ne pas faire sa spéciale pour ne pas être minables face aux barrières horaires.

Vu que j'avais proposé plusieurs idées tordues au Kloug, je me dis qu'on pourrait tomber sur une grosse rigolade made in Moi cette nuit. Si tel est le cas, je ne dirai rien, pas envie qu'on change de bouc émissaire au beau milieu de la course.

Il faut aussi assimiler la ruse de coyote pour annoncer à celui qui a la carte à pointer qu'on a trouvé une balise et qu'il faut se ramener dare-dare, mais discrêtement.




Samedi 17 Janvier avant la course



Samedi. Nous y avoilà. Dans un jour tout sera terminé. Zéro faute côté organisation : le matinée pour arroser généreusement le terrain de jeu (ils peuvent se le permettre, au prix des inscriptions), l'après-midi sec pour préparer le gymnase sereinement et planquer les balises.

Comme disait Roger Jeudi soir : la pluie c'est supportable, le pire c'est le vent en plus.

Nous aurons donc droit au pire cette nuit.


Mon sac est plein et lourd, forcément avec toutes ces bouteilles d'eau qu'il faut trimbaler.

J'avais cuisiné Patrick Pilorget pour savoir si la rumeur d'un ravitaillement en eau à mi parcours était fondée. Il avait manifestement compris la question, vu son oeil vif et pétillant, et commencé sa réponse par « nous sommes là pour répondre à toutes les questions ». Quinze minutes plus tard, il réaffirmait « nous répondons à toutes les questions », j'en était presque convaincu, mais il faut bien reconnaître que si réponse il y a eu, elle était aussi limpide que les bourbiers promis pour la prochaine soirée. Alors je n'ai pas tenté de question plus compliquée.


Veillée d'armes chez le Capitaine à 18h30. RdV donné à Francis à 18h pour tenir compte d'une ponctualité elastique. Francis a planté le décors par mail: je ramène une gastro en souvenir de la Sibérie. Il arrive dans une ambiance survoltée à 19h10 et commence par rendre visite aux WC. Nous voilà bien.


Défilé de mode Queshua Raidlight et Salomon dans le gymnase de Bures à partir de 20h, très sympa de voir des têtes connues venues nous saluer, nous plaindre. Merci tout particulièrement aux pom-pom-Girls du FMS





La course, enfin...



Pan, on part. Une précision s'impose : je ne suis pas orienteur, pas spécialement attentif à la course en soi, donc comme d'habitude les quelques lignes qui suivent se réfèrent à un événement réel avec des personnages tout aussi réels, mais avec un zeste d'imprécision et d'interprétation. Des balises, je ne me rappelle que la 76, mais elle vaut potentiellement de l'or...

 

 


Donc, Pan, on continue de partir. Enfin non. On reste au gymnase et je n'ai pas trop compris ce qu'il fallait faire que déjà Roger et François sont partis. La gastro ?

 

J'avais cru comprendre qu'il s'agissait de l'orienteur et de son secours, voilà donc les 3 autres coéquipiers à genoux avec les cartes : n'a t'on pas merdé un peu ?


Alors on met des ronds sur la carte en transposant les indications du roadbook. Les z'Amis étant dans une tranche d'âge Afflelou comptaient sur moi pour lire ce qui est marqué en petit. C'est moche, j'ai pas appris et j'ai pas mes lentilles.

 

 

20 minutes plus tard on se prend la grosse soufflante du Roger avec en seconde voix François qui nous disent en substance à 120dB « hardi les z' Amis, allons de l'avant ». Enfin ça voulait dire ça. Il faut dire qu'ils ont mis les balises du prologue pour notre équipe toute autour du labo de Roger, il n'a donc pas eu à forcer son talent pour les retrouver.


Donc on va de l'avant. Suffisait de demander gentiment. Nous voilà dans une sortie JDM de nuit, temps doux, on court le long de l'Yvette sans encombres jusqu'au bassin de Saulx les Chartreux, ce qui laisse le temps de mettre au point l'acte de trouilloter. Première trempette pour passer sous la N20 et c'est vrai, je le jure : les pieds ça se réchauffe vite quand on les sort de l'eau froide.


Un tronçon de 440m avec de l'eau jusqu'aux genoux en bonne partie sur un secteur sous-terrain nous prouvera que plus vous avez mis les pieds dans l'eau plus froide plus longtemps et moins lesdits pieds se réchauffent plus vite. Mais ce n'est rien à côté de l'odeur de vase qu'on va trainer toute la course. Le roadbook indiquait « interdit d'y aller tout seul », et offrait un bonus temps tellement important que nous avons tous fait trempette. Les autres équipes aussi semble t-il avec une option de course qui a fait un tabac. Anne Marie y a laissé un genou.



Arrêt sur image pour quelques précisions techniques pour les non initiés :


le pointage se passe comme cela : le roadbook donne des indications précises qu'il faut reporter sur une carte et, miracle la balise sera là.


Ensuite, pour repérer la balise, c'est facile



  • Soit l'orienteur est bon.


  • Soit c'est long.

 

 

 


 

 

Maintenant, plusieurs variantes pour mettre la main dessus (la balise, pas l'orienteur):


  • C'est pile sur le chemin.

  • C'est pile sur le chemin, en fin de journée et l'équipe zombie juste devant vous ne la voit pas. La nature humaine fait que vous bombez le torse en espérant qu'ils ne vont pas se retourner quand vous, le super-héro allez la poinçonner.

  • C'est sur le chemin, mais un couillon a enlevé la trouilloteuse (rappelez-vous la balise 76).

  • On la voit bien du chemin, et on voit bien qu'on est du mauvais côté de la rivière.

  • On la voit bien du chemin et on voit bien qu'elle est du mauvais côté de la rivière.

  • On la voit bien là haut et il faut se faire la courte échelle pour la pointer.

  • On la voit bien, mais manque de bol c'est le co-équipier avec le brassard bleu, rose, orange ou vert qui doit la poinçonner et évidemment j'ai le jaune.

  • Y'en a plusieurs avec le même numéro et une seule est la bonne. Laisser l'orienteur faire ses grigri et finalement poinçonnez plus ou moins au hasard.

  • Juste à côté de 3 comme la précédente, il y en a une toute seule alors qu'on commençait à s'habituer à devoir faire un choix judicieux entre 4 (tiens, ça me revient, c'était la balise 72, ça vous en fait une belle). Chercher les 3 balises qui n'existent pas, ça énerve, j'vais faire des trous partout.

  • Combinaison des variantes précédentes, un peu planquée que vous voudriez bien pointer, mais faut pas sinon l'équipe derrière va la voir aussi et on a l'espoir qu'ils aillent jardiner un peu plus loin et là, on sautera sur sa proie.

  • Dans le même style fourbe, l'équipe devant masque la balise et vous éclaire en pleine poire, ou la repose et, manque de bol avec un tour de 90° on la voit beaucoup moins bien.




L'approche de la balise peut aussi changer, si vous vous défiez de votre orienteur ou si voulez simplement l'énerver, ou gagner du temps. Cette stratégie consiste bien évidemment à faire de l'orientation adaptative :


  • pour la balise dans le lavoir de Truc, on va plus vite à demander son chemin à la mamie du coin. Il faut juste éviter l'infarctus car on vient de passer une nuit épouvantable, habillés à faire peur aux moineaux et, regardez, y'a même une fille avec eux et qui sent pas bon non plus.

  • Pour une balise indiquée par une vue satellite, faites le tour du site à fond, vous finirez bien par tomber dessus.(l'escargot)

  • Si un gugusse est en train de courir à fond ou éteint sa frontale, c'est qu'il vient de faire des trous dans son carton, il suffit d'aller au départ du sprint.



 

Mais revenons à la course. Nous nous étions quittés les pieds mouillés au sortir d'un tunnel rempli d'eau. Il fait beau, il fait doux, ça manque un peu de sable chaud. Tous des vendus à la météo. Eux qui nous avaient annoncé la pluie pour toute la nuit. D'ailleurs, sur la photo, tout le monde il a l'air content ...  

 

 

 

N'ayant pas de montre, je ne sais pas à quelle heure la pluie a commencé à tomber, mais elle a rattrapé le temps perdu. L'équipe Turoom faisant bien les choses (qui ont une fin), la pluie s'est finalement arrêtée d'un coup. Juste le temps de recharger les nuages et Papy Turoom nous a envoyé la grèle.

Merveilleux..

Avec le vent du Sud : pile dans le sens de progression de la course.

Admiratif...

Je me suis mis à penser qu'ils allaient avoir du mal à faire tourner le vent au Nord juste pour le trajet retour, ce qui leur aurait en plus permis de nous offrir blizzard et neige.


Roger nous a sorti sa cap bleue style Superman, mais avec le vent qui s'engoufre dedans, il ressemble à une grosse pomme. Et il est tard, Roger et Anne Marie frottent. Pour plus de détails, observez-les discrêtement en fin de 12h de Bures.


Plus envie de parler, le couteau entre les dents, on continue. Les passages péri-urbains rajoutent à l'ambiance et les quelques fêtards isolés nous voyant passer ont du se dire que, décidemment, ce soir le Whisky c'était pas ça.

.

Un peu plus tard, il fait toujours nuit et il pleut autant, on arrive au PC 10 avec la première barrière horaire passée haut la main (et mouillé le pied). Provoc ultime de Bernard qui propose à chaque équipe 5 litres d'eau. Avec ce qu'on vient de ramasser et sachant que je l'ai remplacé sur cette course, je trouve qu'il prend des risques inutiles et il est à 2 doigts du lavement. Pour mémoire, ce même Bernard nous a fait rentrer dans le tunnel boueux à Longjumeau.


Pour traverser la N20, un passage souterrain piéton. Les équipes s'y engoufrent et on a l'impression d'arriver dans un abri anti-aérien : mines déconfites, bruit feutré, regards hagards, coureurs en papillotes dans les couvertures de survie. En dépit de la promiscuité et d'une odeur d'urine entêtante, personne n'est pressé d'en sortir et de nombreuses équipes jetteront l'éponge ici.

Mais pas nous, les sangliers du coin. Rappelez vous la harangue d'avant course :

« Plus ce sera dur, pluvieux, chiant, froid et plus ce sera dur aussi pour les autres ». Ouais, mais il y a des limites, et elles ne sont pas loin d'être atteintes.


Un peu comme un gars il y a longtemps qui faisait de la prose sans le savoir, François se met à l'humour « allez, on reste pas là, on va se refroidir ». Donc on repart, mais on se refroidit quand même. Mais faut pas contrarier le Capitaine.Ni l'orienteur.


Tiens, il n'y a pas de raison de le cacher : il y a au moins 3h que la lampe de Roger est en panne, elle aura duré plus longtemps que d'habitude parait-il et aura droit à une nouvelle réparation de fortune pour la prochaine fois. Pendant ce temps Francis est dans le rouge à cause de sa gastro. Il sert les dents, mais il n'y a plus de morceaux. Chapeau, car il faudra tenir encore près de 10h comme cela.


Premier conflit sérieux au lever du jour. Quand est-ce qu'on s'arrête pour prendre le café ? Anne Marie penche pour le lavoir et sa balise, mais c'est loin, François le prendrait bien en perfusion pour ne pas s'arrêter, Roger porte le café et s'en débarasserait bien, moi je m'en fous du moment que je bois avant Francis. 2 crèpes à la confiture plus tard (merci François), complétées par du Lonzo et du Comté au pain pour moi, nous repartons. Il ne pleut plus, et honnêtement étant trempé comme une soupe, je ne sais plus trop dire s'il a beaucoup plus après. Ah si, au moins une grosse pluie et de la grèle, quand même...



La deuxième partie du parcours consiste à gérer sa progression pour récupérer un maximum de balises tout en restant dans les temps. On tient compte de la fatigue, du paramètre truc et machin et en fait on trouvera toutes les balises que nous chercherons sur notre route, sauf une bleue.




Juste un arrêt imprévu qui menace l'équipe d'explosion : il est midi, je veux m'arrêter pour manger. Je trimbale depuis hier une boite de foie gras, mon pain poilâne et une fiole de muscat. L'idée était de resouder l'équipe mais il faut trancher entre la gastronomie d'un côté et le temps nécessaire à ouvrir la boiboite de l'autre. Pour moi, il n'y a pas à hésiter, je ne vais pas ramener tout cela à la maison. Déjà que c'est le sort réservé aux bouteilles d'Anne-Marie... Cool, une de chaque côté ça équilibre bien le sac. On voit que je porte encore élégamment le buff Kikou...

 

Maintenant que la course est terminée, on sait que l'équipe JDM a fini avec 15 mintutes d'avance en temps corrigé. Savoir qu'on, on a perdu face au JDM grâce à cet arrêt aussi superflux qu'indispensable c'est rigolo non ?

 

 

 

Revoici la balises 76, accrochée sous un pont à gauche en contrebas de la route. Manque de bol, pas de poinçon. Mais appareil photo et hop, c'est dans la boite.

 

François continue à optimiser le parcours, Roger essaie de faire quelques retouches avec diplomatie pour éviter une grosse cagade toujours possible et l'on papote enfin à moitié en courant et à moitié en marchant.

Francis continue tant bien que mal, pour nous. Un doute affreux : moi aussi je cours « pour nous », si ça se trouve personne n'avait envie de courir et n'est là que pour les autres ?



Mais non, passer une folle nuit dans les bois avec Anne Marie poursuivis par un Gilles angoissé pendant près de 18h, ça ne se refuse pas. (Gilles, le mari d'Anne Marie est l'orienteur de l'équipe ennemie).


Les ragots vont bon train, mais chut, c'est un secret, vous n'aviez qu'à prendre ma place. Une seule certitude : toi aussi lecteur on t'a taillé au moins un costard.


Pour la course en détail, avant le balise 76, il y avait la 75 et après on a poinçonné la 77. Voilà.

 

 

Vers la balise 80, changement de stratégie de Francis : bon, maintenant je m'arrête plus. Il se met en Seconde et restera en mileu de peloton jusqu'à la fin de la course. D'où l'intérêt de matérialiser la ligne d'arrivée : arrêter Francis.

 

 

 

 

 

On revient sur les terrains connus des sorties dominicales, mais la progression est de 5km/h, donc de Villejust à Bures, il faut compter 1h30.

 

 

 

 

A l'aise pour la barrière horaire ! Nous nous regroupons une dernière fois pour franchir la ligne ensemble et nous jetons sur le bol de soupe offert par l'organisation. Mille merci pour leur dévouement tout au long de l'épreuve, les encouragements, les sourires , les ostéopathes, les douches chaudes et ma maman qui entendant le vent Samedi soir n'a pas dû trop fermer l'oeil de la nuit. Et pourtant, pas la peine de s 'inquiéter, Sabine le fait très bien pour deux.


Finalement faire le Raid28 est un excellent alibi pour ne pas être bénévole.


Mardi soir, la course n'est pas terminée. Cette fameuse balise 76 nous a été refusée avec le bonus temps qui permettrait d'écrabouiller l'équipe du JDM. Cette incertitude est assez symbolique : nous allons de fait être séparés par quelques minutes, dans un sens ou dans l'autre. Chaque coéquipier des deux équipes peut trouver dans ses erreurs et bonnes décisions de quoi faire gagner ou perdre son équipe...


Mais le classement donne une idée de la difficulté : 23 équipes arrivées au complet, 3 hors délais, 8 incomplètes et 22 abandons. JDM et z'Amis classés 10ème et 11ème, mais dans quel ordre ?... Jeudi, on sait : JDM 10ème.

 

 

 

15 commentaires

Commentaire de la panthère posté le 24-01-2009 à 13:42:00

super récit!
vetchar fan de ta prose.....

Commentaire de redpanda posté le 24-01-2009 à 14:26:00

et maintenant? comment vous allez les écraser les JDM? hein?

Commentaire de l'ourson posté le 24-01-2009 à 16:35:00

Dommage de se faire griller au poteau par les JDM à cause d'un péché de gourmandise ;-(

L'Ourson_la_prochaine_fois_n'emmène_pas_de_foie_gras_;-)))

Commentaire de shunga posté le 24-01-2009 à 21:11:00

excellent

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 25-01-2009 à 17:16:00

Excellent !!! Je me suis marré tout du long ! Ma prose fait l'effet d'un rapport d'expert-comptable à côté de la tienne ! Et bravo d'avoir terminé !

Commentaire de Rag' posté le 25-01-2009 à 19:13:00

Un récit comme je les aime. Fluide donc agréable à lire.
Bravo.
Le foie gras: bonne idée. Je le note pour la semaine prochaine.

Commentaire de daloan posté le 25-01-2009 à 19:24:00

Quelques remarques importantes :

- la pause foie gras sera imposée par Turoom l'an prochain, pour iveler les forces en présence. 300g minimum et contrôle de grille pain au départ. Attention de ne pas faire trempette avec le pain de mie avant.

- l'activité de frottement décrite a soulevé des interrogations. Que les yeux prudes se rassurent, elle n'a rien qui mette en péril la vertu des personnes dénoncées, je faisais référence uniquement à une démarche un peu lourde en fin de course. Sur terrain gras, pour faire autant de bruit il faut en vouloir.

Voilà...

Commentaire de LtBlueb posté le 25-01-2009 à 21:39:00

excellent récit . merci à toi . & bravo à toute l'équipe . chahuter les grand frères de chez JDM c'est fort !!

Commentaire de lepidop posté le 26-01-2009 à 10:52:00

Super récit mais on ne sent pas trop la souffrance...
quelque chose me dit pourtant qu'elle était là!

Commentaire de L'Castor Junior posté le 26-01-2009 à 10:52:00

C'est écoeurant que ça se soit si bien passé.
Et je ne parle même pas du foie gras. Indécent...

Commentaire de ouster posté le 26-01-2009 à 12:26:00

Elément stratégique le foie gras, bravo :)

ouster_inconditionnel_chercheur_du_subjonctif

Commentaire de taz28 posté le 26-01-2009 à 13:24:00

excellent ce récit !! J'adore, autant que le foie gras d'ailleurs :-))

Merci Daloan !!

Commentaire de fabzh posté le 30-01-2009 à 23:05:00

Bon ben, finalement c'est assez simple le Raid 28 ;-)

Je me suis régalé à te lire . Merci

Commentaire de supermaloya posté le 01-02-2009 à 12:07:00

Excellent ce CR, on s'y croirait, de plus ton expérience ressemble beaucoup à la mienne (ah bon, c'est normal puisqu'on était dans la même équipe et que c'est moi l'orienteur ?)

Commentaire de tounik posté le 13-02-2009 à 20:00:00


Quel enthousiasme, on ressent bien tout le plaisir de faire partie de cette aventure. 9a fait envie ...

Si y'a du foie gras, je suis partant pour le Raid28 version 2009.

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Accueil - Haut de page - Version grand écran