Récit de la course : Marathon de Berlin 2008, par Pierrot69

L'auteur : Pierrot69

La course : Marathon de Berlin

Date : 28/9/2008

Lieu : Berlin (Allemagne)

Affichage : 1179 vues

Distance : 42.195km

Objectif : Pas d'objectif

8 commentaires

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

Le récit

J'aurais pu donner bien des titres à ce récit...
"Chronique d'un échec annoncé", "Plus dur sera la chute", "Le miracle n'aura pas lieu", "De haute lutte", "L'essentiel est de participer"
Et bien d'autres encore mais je ne sais lequel retenir...

[2007/2008] Tout commence par cette course qui ne quitte pas mes pensées depuis de nombreux mois. Je veux mettre toutes les chances de mon côté et suis sérieux dans ma préparation malgré les difficultés à gérer celle-ci avec les vacances au milieu, le boulot et le reste.

[Août 2008] Nous arrivons fin Août, j'enchaine sans problèmes les 4 ou 5 séances hebdomadaires et le plan s'alourdit encore avec des semaines aux alentours de 60-70km.
La fin de préparation approche et bientôt la charge va diminuer. Une sortie longue d'un peu plus de 2h un dimanche de fin Août, un rythme tranquille, cela ne me pose plus de problème particulier. Cependant, le lendemain je ressens une légère gène sous le tibia mais n'y prête guère attention.

[02/09] Le mardi suivant, séance VMA de 2*(10*30"/30"). En partant, la douleur est bien là et je mets ça sur le compte des muscles froids. Effectivement, après un bon échauffement et quelques éducatifs je fais ma séance comme prévu avec même de bonnes sensations.
Le lendemain, c'est déjà une toute autre histoire. Dès que je pose le pieds par terre, la douleur part de la cheville et remonte jusqu'au tibia et me fait boitiller...
Je vais m'accorder quelques jours de repos et tenter de calmer l'inflammation en appliquant un peu de pommade.

[07/09] Humm... état stationnaire, pas d'amélioration en vue. Je fais du VTT ce dimanche en espérant que maintenant la guérison vienne rapidement.

[11/09] Les jours ont passés mais pas d'amélioration sensible, je me décide donc à aller voir un médecin du sport.
Je passe sur mes impressions avec ce médecin, toujours est-il qu'il diagnostique ce que je pressentais déjà à savoir une périostite. Il est bien évidemment réticent pour me laisser courir un marathon.
Me voilà donc avec des séances de kiné à faire en catastrophe pour essayer de résorber le mal. Étant donné l'urgence de la situation, je vais dans un centre spécialisé pour les sportifs et croise un kiné compréhensif qui me propose de venir le voir quotidiennement pour soigner ma douleur au plus vite.

[15/09] Les premières séances sont un supplice, la partie du mollet qui entoure le tibia est affreusement contracté ce qui a sans doute provoqué l'inflammation. Pourtant je n'ai pas oublié les étirements mais peut-être n'ai-je pas fait tous les bons mouvements...

[19/09] À la fin de la semaine, les progrès sont sensibles et la douleur disparait à la marche mais je n'ose tenter de courir car là je sens bien que ça coince. En parallèle, je fais du vélo d'appartement et essaye tant bien que mal de reproduire une semaine d'entrainement type.

[Lundi 22] Je fais un test de 2*10' de course pour voir où j'en suis. La douleur revient dès les premières foulées mais elle devient assez rapidement diffuse et j'arrive finalement à en faire abstraction. Ce n'est malgré tout pas très rassurant.

[23/09] De nouveau un peu mal au réveil mais rapidement la douleur s'estompe dans la journée. Le kiné m'annonce que selon lui il me manque un petite dizaine de jours pour une guérison complète. De toute façon je ne renonce pas à aller à Berlin et me dis que si je n'ai pas plus mal que la veille ça devrait passer!

[Samedi 27] Départ pour Berlin. Olivier mon collègue qui vit en Allemagne me récupère à l'aéroport et on joue au taxi pour 3 autres coureurs de Montpellier un peu perdus :)
Direction la foire expo pour récupérer les dossards et faire 2-3 emplettes. C'est un peu la foire effectivement et il y a de bonnes files d'attentes. En bon Français et malgré que je n'ai rien reçu de l'organisation, je monte directement au stand de récupération des dossards pour éviter la queue au support des inscriptions. Il suffit finalement d'annoncer le numéro de celui-ci (que j'avais pris soin de regarder sur le net avant de partir) pour que la charmante bénévole me remette l'enveloppe avec le précieux sésame. Ce n'est certes pas le bon sas de départ qui est indiqué dessus mais d'après mon collègue cela ne fait aucun problème.

[D-Day] Effectivement, le lendemain, après un échauffement léger sur la pelouse du parc devant le parlement (tiens, je ne ressens presque rien!) nous nous dirigeons vers le sas 3h30. Quelle cohue!!! Nous sommes agglutinés comme des centaines d'autres coureurs derrière les barrières mais il nous est impossible de rejoindre l'avenue de départ!
Bon... pas de panique. Le speaker souhaite la bienvenue au grand Hailé sous les applaudissements nourris de la foule. Finalement il nous faudra attendre quelques minutes que l'avenue se vide un peu pour sauter par dessus une barrière et s'élancer doucement vers l'arche de départ. Bizarre comme départmais peu importe, maintenant nous y sommes!

[Km 0] Une fois l'arche passée nous essayons de trouver rapidement notre rythme. 5'12" au premier alors que je me suis arrêté pour récupéré un gel tombé de ma poche... puis 4'59" au second, nous ne mettons finalement pas trop de temps à le trouver. Vu mon état, nous nous sommes fixé 3h35 (ah!ah! j'en ris encore!) et devons donc calmer un peu nos ardeurs. Après 3-4km je dis à Olivier que ça va le faire car la douleur est à peine là et complètement supportable. (j'ai la tête dure, les leçons ne rentrent pas vite...)

[Km 8] Notre rythme est toujours impec et même si je le trouve facile je ne me sens pas trop en jambes... Je me dis que ça va venir, après tout je suis des fois plutôt long à chauffer.

[Km 10] 49'30" à ma montre mais j'ai un décalage par rapport au kilométrage officiel et nous sommes plutôt en 50'30". Nous n'avons pas réussi à nous freiner beaucoup...

[Km 12] Tiens, la douleur se réveille. Une heure sans m'embêter c'est pas mal après tout. Pour l'instant c'est largement supportable mais la gène est bien là...

[Km 15] J'ai toujours cette désagréable impression d'être dans un faux rythme. Je commence à douter... (en fait je sais déjà que ça ne le fera pas)

[Km 17] Je sais que ça va devenir très dur assez vite maintenant. La douleur s'est bien réveillée et le rythme n'y est pas même si au niveau chrono c'est toujours le bon tempo.

[Km 18] Je dis à Olivier de faire sa course et lui demande de partir car j'ai compris que j'allais souffrir le martyr. On se donne rdv à 13h après l'arrivée. (Quel c...!!! La leçon va finir par rentrer! espérer faire moins de 4h dans c'est conditions...)

[Km 21] Je suis tout seul maintenant -enfin, façon de parler- Il y a une foule impressionnante, une ambiance de feu avec les groupes de musique, les supporters qui jalonnent le parcours. 1h48'21". Mon rythme a clairement baissé depuis que je suis seul.

[Km 25] Je n'avance carrément plus! En plus de la douleur sous mon tibia, voilà que je sens des crampes venir dans les cuisses et les fesses! Mon manque de préparation va se rappeler à moi bien plus vite que je ne l'esperais! Que faire, abandonner maintenant vue la distance qui me sépare de l'arrivée? Non, ce mot n'est pas à mon vocabulaire, désolé. Et je ne suis pas venu à Berlin pour repartir sur un tel échec!
La petite Pauline (ma nièce) qui est née cette nuit a fait bien plus qu'un marathon avec sa maman pour venir au monde et moi je pense à arrêter! Impossible, j'irai au bout quoi qu'il advienne!

[Km 28] Je sers les dents, des larmes de colère et de douleur me mouillent les yeux. Je dois tenir jusqu'au Km 30. Je commence à compter les hectomètres qui me séparent de chaque borne kilométrique.

[Km 30] Je prends mon temps au ravitaillement, fais quelques mètres pour trouver un arbre et faire quelques étirements. Allez! 2km en courant puis je marcherai à nouveau.

[Km 31] J'avais dis 2km!!!! Mais là je ne peux vraiment pas! Je marche un peu. Repartir devient de plus en plus dur... Des spectateurs m'encouragent et me hèlent par mon prénom (inscrit sur le dossard)! Ils ne peuvent pas savoir à quel point cela fait du bien!

[Km 32] Nouveau ravitaillement. Oui, tous les 2km ça me va bien tiens! Plus que 10! Qu'est-ce que c'est que 10km. Une paille pour mes chaussures qui en ont vu défiler bien plus.

[Km 37] Que s'est-il passé pendant ces 5km? Je l'ai déjà oublié. Je claudique, marchotte, trottine, me mord les lèvres, cherche un regard compatissant. Je tape dans les mains des enfants qui les tendent sur le bord pour nous encourager et en tire toute l'énergie dont j'ai besoin pour avancer. Il ne reste que 5km. Je vais aller au bout mais c'est un vrai chemin de croix.

[Km 40] Des hordes de coureurs me doublent, des grand(e)s, des maigres, des petit(e)s, des gros(ses). Je ravale mon amour propre et ma fierté. Eux continuent sur leur rythme régulier. Je les regarde s'éloigner. Mes larmes coulent à nouveau mais cette fois-ci j'ai évacué toute la tension qu'il y avait en moi. Je pense à Olivier qui doit bien se demander ce que je fous... Je m'attarde encore au ravitaillement. J'essaye de ne pas gêner ceux qui sont encore sur leur objectif chrono. Je trouve ça magique cet objectif que chacun se fixe et la volonté de vouloir le réaliser à tout prix quel qu'en soit le niveau. Aujourd'hui le mien a changé pour rejoindre celui de Coubertin et je ne vais plus le lacher!!

[Km 41] Nous venons de tourner dans l'allée rectiligne de l'arrivée. Ce n'est pas possible que ce soit aussi long un kilomètre! La porte de Brandebourg me parait être à une distance infinie et je sais qu'après il reste environ 300m.
J'ai une envie terrible de marcher (je ne l'ai pas fait depuis 1 bon km!) mais il y a tant de spectateurs pour encourager que cela m'est interdit.
Je passe sous la porte. Bon sang que l'arrivée me semble lointaine! Je continue sur mon rythme de robot et me rapproche de la ligne. Les applaudissements du public sont nourris alors que nous en sommes à plus de ... non, je n'ose le dire.

[Km 42] La ligne est franchie. Je ne sais pas quoi en penser. Le sentiment d'une fête gachée, la victoire sur moi-même...
Une impression bizarre et un goût amer mais la médaille chèrement gagnée va avoir une sacrée valeur pour moi.

En sortant de l'aire d'arrivée je vois les images d'Hailé sur l'écran géant.
Une belle journée que je n'aurais loupé pour rien au monde assurément...

 

img_2066_out.jpg      img_2065_out.jpg

 

8 commentaires

Commentaire de calimero posté le 29-09-2008 à 22:37:00

Tu as été au bout de ton courage et de ta souffrance, ta fille peut être fière!!
Là où beaucoup ont abandonné toi tu as été au bout, bravo!!!

Commentaire de Pierrot69 posté le 30-09-2008 à 07:18:00

Précision: Pauline est ma nièce mais le SMS reçu dans la nuit pour m'annoncer sa naissance m'a donné une énergie et un courage salvateur...
Ma fille (9ans) m'avait tricoté un tour de poigné tout bariolé pour l'occasion qui lui aussi m'a permis d'aller au bout!
Merci pour ton commentaire.

Commentaire de hellaumax posté le 30-09-2008 à 11:05:00

Bravo, chapeau pour ton courage! Je te souhaite te vite te rétablir, et de pouvoir d'ici quelque mois te retrouver à nouveau derrière la ligne de départ d'un marathon avec tous tes moyens.

Commentaire de CROCS-MAN posté le 30-09-2008 à 12:05:00

Bravopour ton courage, n'ait aucun doute, c'est une victoire. Remet toi bien.

Commentaire de frankek posté le 30-09-2008 à 13:57:00

bravo pour ton marathon ! j'ai couru Berlin l'an dernier et j'en garde un très beau souvenir! c'est une très belle capitale....

Commentaire de francois 91410 posté le 30-09-2008 à 14:08:00

Impressionnant l'ami ! Franchir la ligne d'arrivée coûte que coûte ... on n'est vraiment tous pareils ! Incorrigibles ...

Maintenant, soigne toi bien !

Commentaire de papy42 posté le 18-10-2008 à 17:39:00

bonjour . ce récit de ta course je vais pouvoir le "copier coller";il s'est passé exactement la même chose pour moi, j'ai fait les dernières 20 bornes sur une patte ;c'est l'engouement du public qui m'a mené au bout. Quelle course fantastique. pour moi c'est la plus belle.
aujourd'hui j'ai rechaussé les baskets une petite heure, la douleur ne s'est pas manifester. C'est reparti!!
mon temps à Berlin 3H 58'18" c'est mieux qu'a Rome
( Rome ,le plus difficile de tous les marathon )

Commentaire de papy42 posté le 18-10-2008 à 17:41:00

bonjour . ce récit de ta course je vais pouvoir le "copier coller";il s'est passé exactement la même chose pour moi, j'ai fait les dernières 20 bornes sur une patte ;c'est l'engouement du public qui m'a mené au bout. Quelle course fantastique. pour moi c'est la plus belle.
aujourd'hui j'ai rechaussé les baskets une petite heure, la douleur ne s'est pas manifester. C'est reparti!!
mon temps à Berlin 3H 58'18" c'est mieux qu'a Rome
( Rome ,le plus difficile de tous les marathon )

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Accueil - Haut de page - Version grand écran