Récit de la course : 12 heures de Bures-sur-Yvette 2002, par Phil

L'auteur : Phil

La course : 12 heures de Bures-sur-Yvette

Date : 26/5/2002

Lieu : Bures Sur Yvette (Essonne)

Affichage : 1866 vues

Distance : 95km

Objectif : Pas d'objectif

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Le récit

C'est une petite course, gratuite, mais qui a tout d'une grande. Les 12 heures de Bures-sur-Yvette, dans l'Essonne, est idéale pour se faire une première expérience sur une course "horaire". Je l'avais faite à l'aube de mes vingt ans, en 1992, et j'avais déjà eu l'expérience d'une ambiance et d'une organisation irréprochables. J'ai retrouvé tout ça sur cette 12e édition de l'épreuve. Avec 95 kilomètres, ma performance n'est pas fantastique, même si je finis - dans la douleur - 2e senior et 8e au scratch. Mais c'est un premier pas vers les 100 bornes. Et surtout vers les 24 heures.



Je cherche toujours un truc pour commencer mes récits de course, une anecdote, une parole, une pensée qui permettrait de démarrer fort, de faire partir le lecteur sur les chapeaux de roue, sur un résumé éclatant de ce qu'a été cette journée... A chaque fois c'est la même chose : c'est mon état d'esprit du matin qui conditionne ma journée...

Tout commence donc au petit matin, au très petit matin. Il fait encore nuit noire et un peu frais. A 4h30 en ce dimanche 26 mai 2002 de fête des mères, je viens d'arriver à Bures-sur-Yvette, dans le département de l'Essonne. Dans 30 minutes, je partirai pour ma plus longue sortie jamais réalisée. Douze heures qui me feront passer toute la journée à courir et courir encore. Le pied, quoi.

De la décontraction au départ

Cette course, je l'ai déjà courue en dilettante alors que j'étais à la fac, voilà 10 ans. Le parcours à l'époque était très pentu mais j'avais tout de même fait, dans cette folle jeunesse, environ 67 kilomètres pour 7 à 8 heures d'effort. J'étais parti et arrivé comme sur un nuage, complètement inconscient de ce que pourrait représenter pour moi ce type d'épreuve quelques années plus tard. En tout cas, le virus de l'ultra m'a sûrement pris un peu sournoisement ce jour là.

Aujourd'hui, je gare ma toute nouvelle voiture (c'est l'acquisition qui est neuve, pas la voiture...) tout prêt de la ligne de départ. La plaque immatriculée 75 me donne le droit de me mettre n'importe où puisque le parisien est de fait un emmerdeur. J'en profite mais de toute façon personne ne me fait la moindre remarque. En dehors de Paris on est de fait vachement sympa. Une légère agitation naît à quelques mètres de moi. Les frontales des organisateurs et de quelques coureurs qui arrivent déjà se baladent dans le noir et je comprends qu'il est temps d'aller m'inscrire. Je remplis ma feuille, hésitant un peu à remplir la case "palmarès" destinée à l'animateur... De toute façon, je n'ai rien à mettre à part une sortie longue de 52 km, quelques marathons, des médailles en natation, et deux ou trois traversées de la France en vélo. Tant pis pour lui, Papy Turoom devra s'en tirer sans ça.

Papy Turoom, c'est l'animateur, l'organisateur, le catalyseur. Je ne le connais que de nom, uniquement par internet et j'ai vu sa photo, un jour, dans Jogging International. Déjà les bénévoles et autres coureurs locaux présents lui parlent avec décontraction et bonne humeur. Pour un coureur comme moi qui va se flinguer les muscles pendant 12 heures, c'est important, de sentir de la décontraction. Papy Turoom et ses amis des Joggers du Dimanche Matin (JDM) organisent ces 12 heures chaque année, et chaque année, c'est gratuit. On retrouve les mêmes à l'origine du désormais célèbre Raid28.

Quelle comète, ce flambeau !

Je porte le numéro 6. J'ai mis les collants, un t-shirt à manches longues et un autre à manches courtes par dessus avec mon dossard. Le temps est frais mais il devrait s'arranger avec les premières heures du jour.

Une trentaine de lève-tôt se rassemblent derrière la ligne, et le départ est donné à 5 heures pétantes. Nous devrons tourner autour du bassin d'expansion de Bures pendant 12 heures. La boucle mesure un peu plus de 2,6 kilomètres et le chemin est en grande partie composé de sable et de graviers. Pas mal pour courir longtemps. Pas mal du tout. En tout cas, ça change du parcours bétonné d'il y a dix ans.

Les premières foulées, ce sont mes préférées. Un coureur ouvre la route avec un flambeau et déjà plusieurs groupes se forment. J'écoute les conversations, les exploits des autres : "Quand j'ai fait Cléder, je faisais jusqu'à 120 km par semaine... Le jour J, j'ai eu l'impression d'aller plus vite sur le deuxième 50 km que sur le premier, alors que finalement, je suis parti à 11,5 km/h pour finir à 10,5 km/h." Le grand barbu à short rouge, que je vais retrouver plus loin, parle ensuite de tonus musculaire... Je me force à ralentir un peu. Je n'ai pas l'expérience de ces sorties longues et si lui part à cette vitesse, c'est que moi je dois aller bien moins vite. Pendant ce temps, le flambeau avance à une vitesse de folie, une vraie comète. J'ai du mal à croire que les premiers arrivent suivre la cadence. Et pourtant, si.

Calages techniques pendant les premiers tours

A ce moment, je crois encore que chaque tour mesure 2,2 km. C'était du moins l'indication donnée par Papy Turoom lorsqu'il a annoncé sa course sur la liste Jogging. Je boucle le premier en plus de 16'30 ! Incroyable ! A peine 8 km/h... Pendant ces premiers tours, un certain nombre de questions existentielles essentielles vont assaillir mon cerveau devenu malade : Est-ce que le balisage de mes lieux d'entraînements est correct ? Est-ce que j'ai bien mesuré mes rythmes ? Quand je cours à 10 km/h, suis-je vraiment à cette vitesse ? Est-ce que le tour du bassin fait vraiment 2,2 km ? Au bout de trois tours, le premier me double une première fois. Il a donc une moyenne de 11 minutes au tour et comme il va faire environ 130 bornes, une boucle complète doit plutôt mesurer dans les 2,5 km...

Je reste fidèle à ma réputation de toujours couper les cheveux en quatre en regardant depuis le départ mon pouls. Il bat à 160 alors que ma limite haute en endurance se trouve à 158. Mais je n'ai pas l'impression d'aller si vite. De plus, si le tour fait bien 2,2 km, il m'est psychologiquement impossible de ralentir encore plus ! Je m'arrête deux minutes après le 4e tour pour me changer en me disant que c'est peut-être la chaleur naissante qui accroît mon rythme cardiaque. Court vêtu, je respire mieux mais les pulsations restent sensiblement à 158-160. Peu importe, on verra bien.

Pendant les premiers tours, je m'occupe donc l'esprit avec les calages techniques. Mon pouls doit baisser un peu, je dois demander à un bénévole combien mesure un tour, je dois me trouver une stratégie marche/course qui tienne la route, je dois gérer mes ravitaillements pour ne pas me gaver mais quand même pouvoir tenir les 12 heures sans faiblir, je dois faire un petit coucou à Papy Turoom en lui balançant un petit mot spirituel qui lui donnerait un indice sur mon identité. Pas de quoi s'ennuyer et peu à peu tout se précise.

Un groupe très soudé avec la première féminine

Au ravitaillement du 5e tour, je pose à une bénévole la question des distances. Elle me répond avec une voix claire et ne laissant aucune place au doute : "2 kilomètres 600 et je sais plus combien..." Aahhh ! Rapide calcul, je suis sur une base de 110-115 kilomètres, arrêts compris. Je peux donc continuer sur des tours chronométrés entre 16'30'' et 17'. Je décide également assez rapidement de manger et de boire un verre d'eau tous les tours pairs et de prendre juste un verre d'eau les tours impairs. Concernant la marche, là encore, je fais rapidement le choix de courir les 100 m qui séparent la ligne de départ du ravitaillement, puis de marcher à chaque tour jusqu'à ce que le chrono (remis à zéro sur la ligne) indique 2 minutes. Cela me fait environ 1'30'' de marche à chaque tour. Ayant beaucoup lu sur ce type d'épreuves, je sais que c'est moins que le 1/5e de proportion de marche habituellement préconisé - je devrais en effet plutôt marcher entre 3 et 4' - mais tant pis. Tout ce petit train-train devient vite réflexe et ne me quittera plus jusqu'à la fin (sur le principe, du moins).

Les tours défilent à bonne allure et sans soucis. La première heure, je double peu de monde et vois même les trois ou quatre premiers me prendre allègrement un premier tour. Leur manège continuera durant toute la course mais à intervalles de plus en plus longs. Eux aussi souffrent. Je cours à peu près à la même allure qu'un vétéran 2 ou 3 qui est dans une forme physique remarquable, extrêmement régulier, pas énervé. Il est à une vingtaine de mètres devant moi pendant quelques tours. Je le doublerai définitivement ensuite à la faveur d'un arrêt un peu long.

Je repère également un autre groupe qui me semble très soudé et qui le restera. C'est celui qui s'est formé autour de la 1ère féminine. Les trois ou quatre coureurs qui l'accompagnent ne semblent pas être là pour l'aider et c'est d'ailleurs assez surprenant. Ils prennent leur temps et fonctionnent comme une équipe qui veut arriver entière au bout des douze heures. Au fil de la journée, je ne les jamais vus séparés de plus de 10 mètres et de toute manière, ils s'arrêtent à chaque tour pour repartir ensemble. Ils ont bien calé leur rythme, même s'ils vont nettement ralentir au fil de la course. Leurs pauses au ravitaillement sont plus longues que les miennes et restent statiques. Pour ma part, je prends vite la bouffe, je bois mon verre d'eau et mange en marchant.

La mi-course et pas de problème particulier

Pendant assez longtemps, ils seront devant moi. Assez loin. Je les repère grâce au maillot rouge d'un de ses membres. Puis, je commence à les rejoindre aux ravitaillements, tandis qu'ils me doublent à nouveau dans le même tour. Plus loin dans la matinée, je les double sans qu'ils ne me rattrapent et enfin, à la faveur d'arrêts plus longs de leur part, je finis par leur prendre quelques tours avant la mi-course. Je reste sur le même rythme pendant ces six premières heures, avec juste l'introduction de quelques minutes d'étirements toutes les deux heures. Elles se sont imposées à moi naturellement et me font le plus grand bien.

D'autres coureurs rythment ma course, d'une certaine façon. Ainsi, j'en rattrape certains vus au départ et qui m'avaient un peu laissé sur place. Comme c'est agréable de se dire qu'on a des heures et des heures pour grignotter des places ! A aucun moment je ne m'inquiète de ma position car je sais que je tiens une moyenne raisonnable. Et mon seul objectif à ce moment là, c'est de dépasser les 100 km. Si possible...

Vers le 10e tour - 22,5 km et environ 2h20 -, j'ai le grand barbu au short rouge en point de mire. A chaque fois que je le vois repartir du ravitaillement, il a une foulée légère et bondissante. Il a l'air plutôt bien et je ne comprends pas vraiment pourquoi l'écart se réduit tellement j'ai l'impression d'être lent. Un peu après 11 heures du matin - la mi-course - je le double. J'ai fait 22 tours soit environ 58 km et je prévois de m'arrêter à la fin du 23e pour m'étirer.


Vingt-deux tours et 58 kilomètres à la mi-course. Une drôle de surprise m'attend à la faveur de mon arrêt étirements...


Cet arrêt va marquer un tournant dans mon esprit. Alors que je courais en dilettante, j'entends les commentaires ravageur de Papy Turoom et notamment l'annonce des classements à mi-course. Je savais même pas qu'il y avait un classement ! Il commence par les dames, en partant de V3, et en toute logique finit par les seniors, dont je fais partie. Je commence à me dire que je n'ai pas vu beaucoup de gars de mon âge devant moi... Et j'entends finalement que je suis troisième. C'est pas que je sois fondu de compétition ni de médailles, ni de coupes, et je n'aime pas trop l'idée de battre quelqu'un à part moi-même... mais je sens l'instinct du chasseur naître en moi. Malgré tout, une seule chose change fondamentalement dans ma façon d'appréhender la course : je finirai les 12 heures, même si je dois terminer en rampant !

Je ne le sais pas encore à ce moment-là, mais de toute façon c'est le commencement de la fin... 24e tour en 22'45'' étirements compris, 25e en 18'07'', 26e en 19'06''... la baisse de forme est arrivée insensiblement, sans vraiment que je m'en rende compte, ni que je puisse rien y faire. C'est comme ça. Depuis le 16e ou 17e tour environ, j'observe ainsi une légère dérive cardiaque sur mon cardiofréquencemètre qui indique des pulsations à 165 de moyenne. J'en tiens compte en ralentissant, en allongeant à chaque tour le temps de marche, jusqu'à ce que je me rende compte que les douleurs ne me laisseront de toute façon plus tranquille.

Pluie glaciale et pause massage

Dès le début de ce déclin, je pense à plusieurs choses. D'abord à Jamel Balhi, qui situe la difficulté de l'ultra entre le 60e et le 80e kilomètre, en la considérant plus psychologique que physique. Bon, je ne suis pas Jamel Balhi, cette pensée ne m'est pas d'une grande aide... Je pense aussi à un phénomène intéressant que j'ai lu dans plusieurs compte rendus d'ultras : le retour de forme. Pour moi et mon expérience de marathonien, le mur, c'est la fin de tout. Pfiou ! Plus rien, plus de jus. Or, ces dernières semaines j'ai été frappé de lire plusieurs expériences de coureurs qui selon toute apparence avaient passé ce cap douloureux. Donc, je mélange un peu tout ça, je secoue bien, et je me dis finalement qu'en mangeant bien, ça devrait passer après le 80e... Avec bien sûr une fin au sprint.

Manque de pot, je ne me sens pas spécialement fatigué... J'ai surtout des courbatures, le tendon d'Achille gauche tendu au maximum, le grand adducteur droit qui hurle à l'aide et les coups de pied en feu. On se rassure comme on peut : aucune de mes douleurs "habituelles" - à la hanche ou aux genoux - ne se fait remarquer. Avant d'avoir définitivement des mauvaises nouvelles à lui annoncer, j'appelle ma moitié. Elle n'a pu venir mais je m'efforce de la rassurer. De son côté, elle me prodigue son attention pour ces quelques fugitives minutes. Je prends ça comme une sorte de massage psychologique bienvenu à ce moment de la course. Et je repars... sans le téléphone !

Après deux tours de pluie battante, froide et soudaine, je décide de faire une pause massage vers 12h30. C'est la fin de mon 27e tour, je passe l'arche du départ et m'oriente vers la pelouse sur la droite, le long de l'Yvette. Qui c'est qui masse ? Je regarde les gens qui sont là, tente de croiser un regard, quelqu'un qui comprendrait sans que j'aie besoin de m'égosiller... Un gentil monsieur me fait un grand sourire : "Un massage ?" Ah oui ! Oula, ça se voit tant que ça... Hop, me voilà sur la planche, la tête confortablement calée pour dix minutes de bonheur musculaire. En repartant, j'ai l'impression que je vais pouvoir partir comme un cabris. Deux pas plus tard, je déchante et repars en clopinant.

L'état psychologique idéal

Comme il faut bien s'adapter, je décide de marcher désormais 4 minutes au début de chaque tour ainsi que dans les quelques légères montées. Je tiens trois tours à ce rythme. Vers la fin du 30e, je croise mon masseur qui doit rentrer chez lui. Il est en vélo, toujours tout sourire, et me demande si ça va. Bien sûr je lui réponds : "Oui oui, pas d'problème !" . Une façon de le remercier, en somme. Mais j'ai de plus en plus de mal à trottiner et je pense simultanément : "NON !!! ça va PAS DU TOUT !!! mais alors pas du tout !" Bon, j'en rajoute sûrement un peu, c'est pas si terrible. Un peu plus loin, je double un autre coureur à la dérive. Je lui souhaite bon courage. L'échange de sourires est bref, mais réconfortant. La galère, ça unit. Toujours dans le même tour, je passe deux marcheurs à peine moins rapides que moi mais bien plus frais : "Hé mais il est bien régulier le numéro 6 !" Je grommelle un truc et tente un sourire. Je sais que le prochain tour se fera en marchant. Et peut-être aussi les suivants. Au bout du tour, il me dépasseront et je ne les verrai plus...

Au ravitaillement suivant, je retrouve le dernier coureur doublé. On s'étire en même temps, tout en se jaugeant, mais pas à la manière de deux adversaires. Plutôt pour se sentir un peu moins seuls. En somme, lui aussi est complètement décalqué, et ça aide un peu à repartir. Je suis en plus mauvais état que lui puisque je ne peux plus que marcher. Je marche donc, et du plus vite que je peux, en tirant sur les bras. Etirements compris, je mettrai 32'47'' à boucler le 31e tour, puis 26'37'' pour le suivant.

En marchant, je n'ai rien à faire, alors je laisse mon esprit tenter de prendre le contrôle de mes douleurs. J'essaie de trouver un état psychologique idéal, me raconter une histoire, me transposer dans un conte qui donnerait à ces 12 heures une dimension plus motivante. Je me vois tour à tour indien Tarahumara courant pendant des jours pour capturer un cheval sauvage puis, plus prosaïquement, je m'imagine courant pour alerter les secours d'un accident terrible. Oui, c'est con, mais à ce moment là ça change les idées. En tout cas, pendant ce temps, je suis toujours autour du bassin de Bures à marchouiller comme un pingouin.

Au début du 32e tour, ma chère maman vient souhaiter sa fête elle-même à son fils indigne qui a choisi ce jour-là pour faire ses bêtises. Comme je marche, elle fait quelques mètres avec moi, et finalement le tour complet ! Si on m'avait dit qu'un jour elle me suivrait sur une course, j'aurais pouffé avec désinvolture. Je me serais peut-être même étranglé. Nous bouclons le 33e tour en 27'07''. Je ne m'arrête plus au ravitaillement. Mon père me file la bouteille d'Isostar après la ligne et je ne mange plus rien, ça passe plus.

Deux p'tites fleurs...

Il reste 1h30 avant le gong final, donc trois tours. Je suis deuxième et je sais que la troisième place de Senior est gagnée si je ne fais qu'un tour. La fin de ma souffrance peut s'arrêter dans une petite demi-heure... Je n'ai pas vraiment mal, puisque j'adopte la position de marche qui ne tire ni sur le tendon d'Achille, ni sur les coups de pied, ni sur le petit orteil gauche compressé dans la chaussure... Je dois avoir une démarche bizarre. On pourrait appeler ça, la démarche adaptative, si on veut parler joliment. Sinon, on peut aussi dire que c'est juste n'importe quoi.

Je fais seul le 34e tour puisque ma mère doute un peu de ses capacités physiques et trouve que je vais quand même un peu vite. Elle décide de finir avec moi et m'encourage même à m'accrocher. Ce n'est pas que j'en ai vraiment besoin, mais sait-on jamais. En tout cas, c'est vachement agréable de voir qu'elle comprend bien cet effort. A aucun moment elle ne me dit d'arrêter, même si je grimace de temps à autre. Selon mes calculs, boucler 35 tours devrait m'assurer la deuxième place de Senior. J'ai identifié le troisième actuel et il est encore loin. Quant au premier, le barbu au short rouge, il y a bien longtemps qu'il m'a rattrapé, doublé, redoublé, etc. Il doit m'avoir pris plus de 5 tours depuis mon massage.

L'envie me prend un instant de m'arrêter à la fin du 35e. Bah, un tour de plus, qu'est-ce que c'est ? Et puis, je veux me rapprocher le plus possible de la barre des 100 bornes. J'en suis à 92 km environ. Encore un petit tour et je ne serai plus qu'à 5 ou 6 kilomètres du 100 en une seule et même étape. Sans me chercher d'excuse, pas besoin d'ailleurs, ça sera pas mal du tout vue ma préparation actuelle, conçue pour m'emmener mi-juin au marathon du Mont Saint-Michel. J'ai quasiment 40' pour finir le 36e tour. Je les prends et je boucle mes 12h en 11h55'27''. Ma mère est là mais s'écarte pour ne pas passer la ligne. Elle aurait pu, même sans dossard. J'ai quand même pu lui offrir deux p'tites fleurs des champs cueillies sur le bord du chemin. Je me rattraperai l'an prochain, ici-même, et sur tous les tableaux. Promis.

Epilogue

Passé la ligne d'arrivée, je "fonce" au stand d'ostéopathes car les masseurs ne sont déjà plus là. Les ostéopathes font malheureusement passer leur dernière coureuse avant de partir. Je n'insiste pas car ils ont dû pas mal bosser pendant ces 12 heures.

Deux charmantes dames me félicitent en repérant que j'avais fini les douze heures. On discute et je les remercie, un peu gêné. J'hésite entre partir tout de suite et attendre la remise des coupes. Je sais que malheureusement je ne pourrai pas parler à Papy Turoom, absorbé par son rôle d'animateur. Par contre, la moindre des politesses, pour le remercier ainsi que les bénévoles, c'est de ne pas leur imposer un podium avec seulement deux coureurs. C'est pas terrible, ça.

Je reçois ma coupe, super gêné, mais je crois que je pourrai m'habituer ! Il m'en faudrait quelques unes de plus.

Je remercie mes parents. Encore une fois. Encore une fois. Encore une fois. ça en devient ridicule.

Je repense aux bénévoles et aux coureurs d'aujourd'hui, surtout les lents, les opiniâtres. Je pense à cette femme vétéran 3 qui m'a impressionné la première fois que je l'ai doublée et toutes les autres. Elle m'a aussi impressionné par sa fraîcheur à l'arrivée.

Et bien sûr, les premiers, les vétérans : des princes de la route.

Le lendemain de la course, impossible de marcher. Le surlendemain, ça va mieux. Au bout de deux jours, la douleur au tendon d'Achille a quasiment disparu. Reste quelques courbatures sans importances, il me semble...

1 commentaire

Commentaire de runner14 posté le 03-06-2006 à 16:36:00

Salut Phil!Tu as été impressionnant lors de cette épreuve l'as preuve en est que tu es en très forte progression sur le plan physique et mental tu peux donc entrevoir de nouveaux progrès qui vont t'amener sur le devant de la scène,courage et ne laches rien
bravo à toi!Runner14.

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