Récit de la course : Le Cul d'Enfer - 21 km 2008, par MArcdugrillon

L'auteur : MArcdugrillon

La course : Le Cul d'Enfer - 21 km

Date : 31/8/2008

Lieu : Mondeville (Essonne)

Affichage : 2269 vues

Distance : 21km

Objectif : Pas d'objectif

6 commentaires

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Le cul de l'enfer

 Le cul de l'enfer

Vision du père

 

Quand votre principale activité physique est votre soutien à la production viticole Française et que passé le demi siècle vous vous mettez à trottiner. Il va de soi qu’illico presto il y a de menus problèmes articoulos mouscoulos.

Quand après un an de trottin, une votre copine vous invite à participer à un trail parisien. Aussitôt vous vous écriez :

-         avec grand plaisir, allons tricoter de la guibole ensemble !

Attention ! Entendons nous bien. Ceci, est en tout bien tout honneur. Une copine c’est sacré. De plus quand elle répond au romantique surnom de :" Madame Parcimonie", vous ne risquez pas la confusion des genres.

Toujours est-il que le fils apprenant mon comportement, ô combien respectueux de la guibole féminine et ô combien vaillant sur ces 21 bornes parisiennes. Il me jette tout innocemment : - - euh … ? dis voir père. Il y a une course fin août à Mondeville.

- D’accord lui dis-je.

Le temps n’ayant qu’une marche avant. Quelques jours avant la date de la manif je me suis quand même préoccupé de savoir comment allait se passer la chose et je suis donc allé sur le site.

 

 

Et, là !!! mes biens chers enfants, qu’elle ne fut pas ma surprise de découvrir le nom de la course : "le cul de l’enfer ". Aussitôt, comme tout mâle qui se respecte, ma libido est montée dans les tours. Mais comme vous le savez tous maintenant…elle redescendra très vite.

Ayant pris connaissance des infos nécessaires, je prépare mon petit matos. Sans oublier cette fois çi: mes baskets! Je dis ça parce que pour le trail parigot j’avais omis de les mettre dans mon véhicule. Alors je ne vous dis pas…si je vous le dis quand même. Faire 21 bornes en chaussures de ville. Déjà pour le look, c’est pas top et qui plus est ta fierté en prend un sérieux coup au moral. Mais tes arpions, eux, ils crient vengeance ! et ils se vengeront.

Bof, pas grave tout ça. Ça laisse des souvenirs.

Après une nuit très moyenne je me suis réveillé pas très frais ni dispo. Pourtant au cours de la soirée de la veille je m’étais contenté de l’absorption homéopathique de boissons fermentées. Enfin bref, je prends mes cliques et mes claques et me dirige à petite allure vers Mondeville où j’arrive une bonne heure à l’avance. Et là, je suis sidéré par le nombre, déjà présent, de poils follets prêts à tricoter une nouvelle histoire de…oups ! j’ai failli fourcher, du « cul de l’enfer ».

Le fiston se pointe une demi heure avant le départ. Tout de noir vêtu, la casquette vissée sur un poil ras, la barbichette au coef de pénétration dans l’air adéquat, prêt à en découdre et piaffant d’impatience. Je vous le dis. Il a fière allure le faiseur de grand père.

Le nombre d’arroseur de thuyas est assez impressionnant. Pourtant ils devraient savoir que de se vider les particules relève le centre de gravité. Qu’ainsi ils perdent de l’adhérence et prennent de la gite. D’autant plus que Madame météo avait annoncé la tempête. Alors moi, j’ai tout gardé. J’étais lesté !

Après un feu d’artifice un peu pâlichon, il n’y avait qu’une seule fusée. Trois cent paires de gambettes se mettent à brasser de l’air.

 

 

Allez… environ trois à quatre minutes après, le fils me dit :

-         regarde 

 Nous venons d’entrer dans un champ qui à l’équerre doit faire 1500 m, et là bas au bout du champ, pas très grands mais vivaces il ya les premiers concurrents.

     - J’y crois  pas, m’écriai-je.  Attends ? ils ont peur d’être en retard à l’apéro où qu’on leur pique leur bagnole ? 

 

Une fois quittés le champ nous entrons dans le sous bois et là je pige très vite le pourquoi du délestage avant le départ. Le chemin étroit et terreux n’est que plaies, bosses, ornières, caillasse et racines vicelardes. Il est effectif qu’il vaut mieux voyager léger pour survoler aisément ces avatars. Et après deux tangages intempestifs, provoqués par une nature vacharde je procède à un complet délestage, me procurant ainsi une adhérence plus fluide. Mais non, je n’ai pas délesté sur mes pompes. Tout est dans le centre de gravité, vous dis-je!

En tout cas pour la personne non voyante et son accompagnateur je ne dirai qu’un seul mot : ADMIRATION ! non j’en rajouterai un autre: RESPECT .

 

Il est clair que j’ai la vue qui baisse mais là elle était plus basse que basse, collée à mes baskets. Parce que, que vous alliez à une allure « pépère » dirions nous, ou à la véloce allure,  la rencontre impromptue du bout d’une pompe avec une résurgence arboricole ou un minérale du secondaire se termine toujours de la même manière…par des jurons que ma brave mère m’a interdit de retranscrire içi.

 

Fort heureusement, ma vision retrouve une horizontalité de bon aloi. Juste au bon moment pour apercevoir le premier bistrot jalonnant le parcours, l’instinct peut être.

Pas le temps de taper la jactance avec les bistrotières que le fiston est reparti. La première difficulté venue, le juste bien nommé : "cul de l’enfer " ne vous amène pas de pensées lubriques mais vous coupe simplement le souffle. Rien à voir n’est ce pas avec les photos placées en haut de la cote : le jeune éphèbe et le bas rein féminin au velouté de pêche. Moi je les aurais placés en bas, supplémentées d’une note : " ils vous attendent en haut " juste pour la motivation, quoi ?

 

Remarquez, je ne sais si c’est ce qui a motivé le fils mais par trois fois il s'est arrêté et retourné en jetant un regard souriant et protecteur sur son géniteur hagard. Tant et si bien que je lui ai dit d’aller à son rythme, que ce n’était pas aujourd'hui qu'il allait paumer son vieux padré.

D’autant plus que j’avais trouvé mon poisson pilote. Une Dame à la foulée qui me convenait parfaitement.

 

 

Plusieurs fois elle m’a demandé si je voulais passer devant. Que nenni !, je pense qu’il m’était plus facile de m’accorder et de me concentrer sur son pas que d’être lâché dans la nature. Je me connais, tête en l’air j’aurais chu au premier croc en jambes rupestre.

 

Et d'un seul coup je crois halluciner! "c'est pas vrai ! je fais l'overdose d'oxygène ou quoi?"  Ils ont déplacé la montagne ou quoi? la cote de Ballancourt ils appellent ça. C'est pas une cote, c'est un mur d'entrainement du GIGN! Et quand vous arrivez en haut, suant et soufflant, vous trouvez …du sable! Zut !j'ai oublié ma pelle et mon seau. Vous êtes quand même dans le pâté, car vous attaquez le 12 ième et il en reste 9 à faire. Bon an mal an, plutôt mal que bon vous arrivez au  15 et là, la douleur a pris ses quartiers dans vos cuisses. Les pieds deviennent difficiles à soulever et vous êtes content de ne pas être seul. La découverte d'un terrain que nous qualifierons de plat m'emmène devant. Seulement ce n'était qu'une embellie. Au bistrot suivant, en élongations que j'espère salutaires j'attends ma Dame.

- on finit ensemble?" me dit-elle.

 

 J'ai failli lui répondre: " avec plaisir" mais j'aurai du, car le partage est toujours un plaisir. Ensemble nous attaquons un champ. Qu'il va être long ce champ. Sans arbre, sans air avec juste un sournois soleil qui filtre à travers les nuages. Là bas , au bout, je vois mon grand, petit bonhomme. Chouette, il va!… 16,17,18, dernière difficulté! pas grand chose, mais énorme quand vous ne comprenez pas pourquoi vous avez tant de peine à avancer, même si vous avez mal. Ultime ravitaillement, derniers encouragements.

-         allez encore 1500m, me dit ma Dame.

Pas après pas, je la suis. Qu'ils sont bons! combien ils vous portent les encouragements de ceux qui sont déjà arrivés depuis longtemps et qui vous accompagnent de leur sourire chaleureux. Ma Dame ralentit encore

-         on finit cote à cote me dit elle.

Je vais chercher je ne sais où la force de me porter à sa hauteur et nous franchissons la ligne d'arrivée ensemble.

On se regarde. On se sourit.

 

      -    Merçi lui dis je. Comment vous appelez vous?

      -    Marie

-         moi c'est Marc, merçi Marie

-         on se fait la bise?

On s'est fait la bise et mon regard s'est porté vers le chrono: 2h 52

Qu'importe le temps. Qu'importe la douleur. Là, il s'est passé quelque chose. Un moment d'échange, un moment de chaleur, un moment de plaisir.

La vie doit être faite de moments comme celui là.

Merçi aux organisateurs et aux bénévoles. Merçi aux participants. Merçi  mon fils et Merçi …Marie.

 

Dourdan le 4.09.08

 

 

 

 

 

 

6 commentaires

Commentaire de shunga posté le 05-09-2008 à 20:51:00

T'inquiètes ! Toi aussi t'es beau quand tu cours !

Commentaire de chris78 posté le 05-09-2008 à 21:50:00

Quelle belle histoire !!! En fait ils ont fait quasiment toute la course ensemble !!
Heureusement que cette fois ci ton pere n'a pas oublié ses baskets...

Commentaire de francois 91410 posté le 05-09-2008 à 22:37:00

bon, ben le principal, c'est d'arriver, non ?! Intéressant de croiser les commentaires du père et du fils, et très sympa !

NB : On aurait pu faire la route ensemble, du Grillon à Mondeville ...

Commentaire de ETRURIEN posté le 07-09-2008 à 23:00:00

Une belle intronisation dans cette terre que je n'ai pas pu foulée
et effectivement intéressant ce regard croisé.

Commentaire de Rag' posté le 24-05-2012 à 16:54:35

Purée, je viens de trouver une perle!
Grand-papa Duhamel sur Kikouroù!!!! Le scoop!

Bravo pour la course; Mais ça, on s'en fout. Bravo pour le CR, j'aime bien le style alambiqué qui fait faire des noeuds dans la tête. Le décalé, j'adore.

Commentaire de Pegase posté le 24-05-2012 à 17:09:18

Quelle perle en effet.
Et les rencontres vaut mieux les faire à la fin parce qu'au début, ça peut couper les jambes. De plus les buissons du départ sont trop fréquentés.

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