Récit de la course : Raid du Golfe du Morbihan - 178 km 2008, par robin

L'auteur : robin

La course : Raid du Golfe du Morbihan - 178 km

Date : 27/6/2008

Lieu : Locmariaquer (Morbihan)

Affichage : 2320 vues

Distance : 178km

Objectif : Pas d'objectif

7 commentaires

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Pas de deuxième nuit

Il y a une semaine, j'étais sur la route direction le golfe.

 

J'ai l'impression d'y être encore parfois !

 

Plein d'images dans la tête. Elles se bousculent, s'entrechoquent. Pas facile d'en sortir un récit.

 

Je n'ose essayer de décrire ces paysages du golfe. Je vous invite à aller voir les photos des uns et des autres sur le fil de Kikourou consacré au raid golfe. Ne loupez pas la vidéo de ce diable de Castor ! Non seulement il court bien et vite mais en plus il vous livre la vidéo qui va bien ! Maître, je m'incline !

 

 

 Vous y découvrirez toute la douceur  du golfe. Ses moulins à marées, ses zones humides. Ses chemins côtiers qui épousent tous les contours. C'est splendide, tranquille !

 

De mon semi-raid de l'année dernière, j'ai ramené une image qui est souvent revenue me trotter dans la tête pendant la prépa. :

 

Aux alentours de 4 du matin, le coureur est devant moi, légèrement courbé, enveloppé dans sa pèlerine pour se protéger de la pluie. Fantôme hantant ce chemin côtier. Au bruit de mes pas, lentement il se range sur le côté sans un mot.

 

Je le passe en lâchant un faible merci, impressionné par l'image de cet homme.

 

En mon fort intérieur, je me jure que jamais oh jamais je ne me lancerai dans une deuxième nuit sur ce raid.

 

Pendant toute ma prépa, cette image me poursuit.

 

Prépa classique avec trois courses de préparation :

 
  • La trail du vignoble nantais pour renouer avec le long après une nouvelle saison de cross
 
  • Le raid de l'estuaire course de nuit  de 88km bonne répétition pour le raid
 
  • Le trail de radon : dernière longue sortie avant le raid et l'occasion de faire connaissance avec plein de kikous !
 

Somme toute un parcours commun à de nombreux raiders.  Au départ de la navette,  je retrouverai des coureurs entrevus pendant ces épreuves. S'y  ajoutent les autres membres de l'équipe des kikourous du Phare Ouest ( benos, olycos, Castor junior et sénior ) ainsi que Olivier37 compagnon du raid de l'estuaire.

 

L'arrivée à Locmariaquer me permet de mettre un visage sous les pseudos : Chacal ( pendant le raid nos chemins se croiseront souvent ), Coli, RTH, La mouette déjà vue à Radon.

 

La petite boule qui depuis une semaine me taraude est partie. Je suis au pied du mur. Il ne reste plus qu'à l'escalader. Envolée la petite voix qui me disait : Es-tu bien sur d'être capable de boucler le tour ? Tu n'as jamais fait aussi long !

 

Dans le gymnase, le rituel d'avant-course procure quiétude et apaisement. Tous ses gestes familiers forment une bulle.

 

17h c'est parti. Avec Olivier nous pensons tourner aux alentours de 28,30 heures. Surtout ne pas passer une deuxième nuit.

Le départ est tranquille. Il fait bon, pas trop chaud le vent souffle. Le paysage invite plus à la contemplation qu'à l'action.

 

1er ravito, mise en place du rituel :

 
  • Contrôle de la poche à eau
  • en fonction de la distance à parcourir pour atteindre le prochain, remplissage ou non de la poche
  • un peu de grignotage sur place puis on emporte quelques nourritures qu'on se boulotte en marchant.
  • c'est reparti pour le prochain !
    

un peu après ce 1er ravito, j'arrive à la hauteur de Koline célébrissime UFO, reine de la diététique. C'est avec plaisir que j'échange quelques mots.

 

L'aventure se poursuit direction Saint-goustan.

 

Au ravito de Saint-goustan, je suis rejoint par Olivier37.  Nous repartons ensemble. Le duo du raid de l'estuaire se reforme.

 

Après ce ravito j'ai bien du mal à ordonner ce récit. Cela se bouscule dans la tête. Je revois telle ou telle portion mais désolé je n'arrive pas à les coucher sur le papier.

 

Pour ceux qui ont couru pas de problème ils se passeront leur film.

 

Pour les autres il faudra aller voir ces magnifiques paysages. Le bono, Larmor-baden.

 

J'arrive à gérer mon allure, à m'alimenter et à m'hydrater.

 

Notre binôme fonctionne. C'est avant Vannes qu'Olivier m'annonce que ses pieds chauffent. Nous passons plus souvent en mode marche.

 

Le jour s'est levé depuis un moment. Nous avons hâte d'y arriver à ce ravito mais il se fait désirer.

 

Vannes et ses détours. On sent qu'elle est proche mais la belle se fait désirer !

 

Vannes c'est la bascule. La deuxième moitié, plus roulante au moins jusqu'à Noyalo. Celle où il ne faut pas arriver entamé !

 

Nous y arrivons enfin mais nous sentons que nous sommes moins frais qu'espéré. Olivier file soigner ses ampoules. Je vérifie mes pieds, ils chauffent mais à priori pas d'ampoules. Je remets de la nok comme tous les soirs depuis février.

Nous allons passer pas mal de temps à Vannes.

Nous repartons direction Noyalo. L'objectif de moins de trente heures est parti. Ne reste plus que celui de finir. Et ce n'est pas gagné !

Entre Vannes et Séné les chemins sont roulants mais nous n'avons plus la même pêche. Les pieds sont plus que sensibles. Le reste est ok, seuls les pneumatiques font défaut !

 

Plusieurs images me reviennent :

 

-          Près de Séné un Papy en train de débaliser

-          Une mariée en pleine séance photo. Une pensée vers ma femme. A un jour près, il y a 17 ans nous nous marions. A cette époque son fou de mari n'avait pas dépassé les semi-marathons.

 

Je découvre les paysages que j'ai traversés de nuit l'année dernière.

  

Nous arrivons finalement à Noyalo.

 

Cela devient dur, les pieds font mal et la fatigue tombe.

 

Noyalo est un havre de paix. A tous les ravitos, nous avons eu de super bénévoles. Mais Noyalo et Sarzeau sont au top.

Les mamies sont aux commandes et sont pleines d'attention. Elles viennent prendre commande, nous servir, nous demandent si cela va ! Nous sommes chouchoutés, dorlotés.

 Un grand merci à elles et à tous ceux qui nous ont accompagné pendant ce périple

 

Il nous reste plus que 52 km, il nous reste encore 52 km

 

Jamais oh jamais je ne me lancerai dans une deuxième nuit sur ce raid !

 

Jamais oh jamais je ne dirai oh jamais. Car la deuxième nuit c'est sur j'y aurai droit

 

A Noyalo nous nous octroyons une demi-heure de repos. Olivier dormira un peu, moi non mais cela fera du bien de tout relâcher même si le départ est dur.

 

Les pieds font mal, tant pis on décide de faire ces 20 km en mode marche. Ils seront longs, très longs. Nous finirons par courir même si les pieds font mal. Cela n'avance pas. Il y a de longues portions de ligne droite. C'est monotone. Peu intéressant au niveau paysage.

 

Je me souviens de cette longue ligne droite juste à côté de la départementale. Je hais les départementales pas vrai Jean Yanne ?

 

Je ne sais même plus si c'est avant Noyalo ou après ! Je crois que c'est avant

 

Nous avons chacun un bâton cela aide à progresser ! Mais mon dieu que c'est long. La retraite de Russie, les cosaques et la neige en moins !

 

Nous finirons par atteindre Sarzeau. Nous filons soigner nos ampoules. Nous retrouvons le Chacal qui lui aussi à les papattes qui chauffent !

 

Super accueil au ravito ! on peut même choisir sa soupe. Grand luxe !

 

Seul je crois que j'aurai laissé tomber; Marre ! Plus envie, pas envie. Mais nous sommes deux et la présence de l'un motive l'autre. Nous passons du temps au ravito. Ce temps qui s'échappe, fuit, glisse entre nos mains. Pas grave !  L'objectif des trente heures n'est plus qu'un rêve ! Il n'y a qu'un seul but : rallier Le Crouesty !

 

Il faut finir. Le fils d'olivier l'a dit à son papa Et comme je suis avec son papa, je n'ai plus qu'à finir C'est simple !

 

Avant de partir nous nous interrogeons sur le fait de repiquer un repos d'une demi-heure. Mais il fait encore jour et nous avons envie d'en profiter. Je crois me souvenir qu'il existe une possibilité de dormir à l'avant dernier ravito à Porh Nèze. Nous décidons de mettre les bouts.

 

Aie que c'est dur de repartir. Il ne reste plus que 32 km, il reste encore 32 kilomètres.

 

Nous allons alterner marche et course à pied.  La nuit nous rattrape. Je reconnais certains passages.

 

Nous retrouvons les sentiers côtiers. Pas mal de marches qui paraissent immenses. Pas mal de racines qui sont autant de pièges à éviter.

 

Nous arrivons au bout de nos 14 km séparant les deux ravitos. Une tente de repos étant bien présente, nous nous octroyons une demi-heure de repos. Le temps s'écoulera tant pis nous avons abdiqué face au chrono.

 

La reprise est dure ! Nous trouvons le moyen de jardiner un peu à la sortie du ravito. Finalement nous retrouvons le chemin.

 

Il ne reste plus que 18km deux fois neuf ! Court et long à la fois !

 

Je suis devenu un fantôme me rangeant sur le côté à chaque passage des concurrents du semi.

 

Olivier est devant. Je le rejoins à la faveur de ses haltes. J'en ai marre. J'ai l'impression d'avancer pour avancer. Le plaisir n'est plus là. Je crois qu'il m'a quitté depuis un moment. Il s'agit juste d'avancer et on avance. Parfois on arrive même à courir !

 

Ce qui fait qu'on arrive au dernier ravito à neuf bornes de l'arrivée dont 6 bornes à  peu près de sentier côtier. Les derniers. Après c'est Port-Navalo et les quais du Crouesty. Une arrivée qui paraît interminable. Je n'en suis pas surpris ayant fait le semi. Mais pour celui qui boucle pour la première fois, c'est l'horreur !

 

Olivier me propose un dernier défi. Passer sous les 36 heures. J'y réponds par la négatif. Je ne suis plus à une dizaine de minutes près. Nous sommes loin des trente heures ! Je sais que c'est fini alors 10, 15 ou 20 minutes de plus.  Bof pas grave ! je vais bien finir par la couper cette ligne d'arrivée !

 

Je vois Olivier s'éloigner. A plus tard !

 

La pointe de Port-Navalo passée, je jette un dernier coup d'œil vers Locmariaquer. Yes c'est fait même si étrangement ce n'est pas l'euphorie !

 

M… je viens de courir 36h et je suis en train de finir une course de 177 km et ce n'est pas l'extase ! Ben Robin ! tu dors ? Active ton dernier neurone et be happy !

 

Encore des détours dans Port-Navalo, le tour des quais ! Finisher !

 

Le jour commence à poindre. Je ramasse mes affaires et file rejoindre la voiture. Petite discussion avec Olivier et nous allons dormir dans nos voitures.

 

Je me réveille au moment où Olivier s'en va. Signe de la main ! Merci Olivier de ton aide pendant le raid !

 

Je vais trainer les pieds ( doucement car ils ont encore mal ) sur les quais ! Je rencontre Le castor qui m'apprend sa perf. Wouah ! cela décoiffe. Encore Bravo !

 

J'assiste à l'arrivée de Bénos et de RTH. Yes ! Cette année tu l'as eu ! Bon courage pour la suite de tes aventures. Après la mer la montagne ! 2008 c'est l'année de Benos !

 

Il est temps de repartir rejoindre le Mans. Je ne pensais pas passer cette deuxième nuit dehors ! Alors je sens que le retour va être dur ! Je préfère partir assez tôt pour assurer un retour dans les meilleures conditions possibles !

  

Quelques jours après, je suis heureux de l'avoir fini ! Déçu d'avoir eu ses ampoules alors que pourtant j'avais bien préparé mes pieds.( nok tous les soirs depuis janvier ! ).

Je ne sais pas pourquoi j'ai eu ses ampoules alors que sur le raid de l'estuaire malgré tous les passages dans la flotte, la boue et malgré les 14h de courses je n'avais rien eu !

 

C'est un peu le mystère. Je me demande si ce n'est pas les grains de sable ( sentier côtier, chemins en faluns )  qui les ont provoquées. Est-ce qu'il n'aurait pas fallu mettre des guêtres ?

 

Lors de la prochaine tentative il faudra trouver la solution pour pouvoir approcher des 30 heures.  Peut être l'année prochaine, peut-être pas ! En espérant que le ciel soit aussi clément que cette année !  ….

   

Kenavo les kikous !

 

Détails plus techniques  :

 

J'ai utilisé des chaussures de route

 

J'ai déposé un sac à chaque ravito

 

A l'intérieur, deux tee-shirts un manche courte, un manche longue, une paire de chaussette.

 

Sur celui de vannes sont ajoutées :

 

Des doses pour ma boisson

 

Du ravito supplémentaire : ( gel,gateaux)

 

Des lingettes

 

Dans mon sac à dos salomon, le matos obligatoire + de la nok + de l'artrogel, un buff,   pq, pansements. J'ai pris mes bâtons dès le départ, n'étant pas sur de croiser Bénos pour qu'il me refile les siens en cas de blessure comme au raid de l'estuaire.

 

7 commentaires

Commentaire de L'Castor Junior posté le 07-07-2008 à 11:00:00

Superbe ce récit robin.
Plein d'images très fortes et d'émotions intenses.
Je revis à te lire ces ajustements de pronostics, d'objectifs, permanents tout au long de la course au gré des coups de moins bien et des coups de fouet.
Je crois qu'on est tous passés par là, et c'est ça qui fait toute la difficulté et le charme des courses d'ultra.
Heureux de t'avoir rencontré en tout cas, et bravo encore pour être allé au bout, après avoir craint ces fantômes lors de ton semi...
A bientôt !

Commentaire de BENIBENI posté le 07-07-2008 à 11:55:00

Alors on a peur des fantômes ? Beau récit, vécu de l'intérieure, j'ai l'impression de me revoir en train de me dire que les 20 dernières bornes c'est que dale mais aussi un vrai chemin de croix...
Bref, ce raid , tu l'as bouclé merde et ça c'est pas rien !

Commentaire de canard49 posté le 07-07-2008 à 15:55:00

Salut Robin,

C'est le récit d'une drôle d'expérience mais tellement réaliste et précis dans les émotions vécues. Tu as vaincu l'ultra-marin et même si l'arrivée, après tant de galères, n'était pas jubilatoire, tu vas sentir une joie t'envahir doucement avec le sentiment du devoir accompli. C'est le plus important après tant d'heres d'entrainement...
A bientot je pense sur une course, repose toi bien et... achète-toi de nouveaux pieds !!

canard49

Commentaire de Olivier37 posté le 07-07-2008 à 15:56:00

Ah la la, je m'y revois encore ! A enfiler les kilomètres comme les perles d'un collier dont on a oublié de faire un noeud au bout... Y'a pas à dire, le long, c'est vraiment long...
Enfin, on est finisher ! et c'était bien là l'"Objectif" (avec un grand O) du départ. Je garderai de ce Raid beaucoup d'images (un peu, beaucoup, en désordre) des sensations (aïe ! les pieds...), des réflexions "profondes" naissant de la répétition infinie des pas... Mais le plus beau, je crois, sont ces kilomètres courus et marchés côte à côte en silence, sans que le besoin de parler ou de déranger le mutisme de l'autre ne me vienne à l'idée. Bref, au bonheur de l'Ultra, j'ai bien mordu maintenant et je te remercie pour ton soutient et ta présence.
L'année prochaine peut-être ? mais cette fois sous les 30 heures, promi, juré, hein ?!

Commentaire de Zeb posté le 08-07-2008 à 11:00:00

Bravo Robin,
Bravo pour être aller au bout malgrès les espoirs de "chrono" qui s'envolent, malgrès la douleure et les ampoules...
Mais l'essentiel est ailleurs, encore une bien chouette histoire.

Seb

Commentaire de gdraid posté le 10-07-2008 à 19:07:00

Merci robin pour ton récit intéressant.
Bravo pour ta course, terminée dans la douleur !

Alain DUPUIS, aux 6 jours d'Antibes en juin dernier, préconisait
la crème MYTOSYL plein les chaussures,
et la suppression des socquettes,
quand la NOK ne suffit pas sur le très long ...
Ses pieds étaient comme neufs, après ses 546km de course.
JC_qui_essaiera_la_prochaine_fois_à_la_NFL

Commentaire de frankek posté le 05-09-2008 à 13:48:00

bravo pour ton raid ! je vois que tu as aussi un peu souffert ! encore bravo...

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