Récit de la course : Grand Raid 73 2008, par yayoun

L'auteur : yayoun

La course : Grand Raid 73

Date : 24/5/2008

Lieu : Cruet (Savoie)

Affichage : 1113 vues

Distance : 73km

Objectif : Pas d'objectif

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Le grand Raid 73: de l'autre côté du miroir: journal de bord d'une bénévole

Dimanche 4 mai: Nivolet Revard 

     Tout commence au Nivolet-Revard où je rencontre Paspeur et Mme Paspeur. Ils me parlent de leur bébé: le GR73. Ils cherchent ddes bénévoles. Avec mon entorse, je ne peux pas courir alors pourquoi ne pas mettre à profit cette période de repos pour faire bénévole? En plus, c'est quelque chose qui me trottait depuis longtemps dans la tête. Après tout, c'est grâce aux bénévoles que je peux faire mes trails tous les week-ends sans me préoccuper de rien. Alors ce serait la moindre des choses de passer de l'autre côté de la barrière au moins une fois de temps en temps. Je n'imaginais pas encore que ce serait aussi enrichissant et aussi puissant. Alors, c'est décidé. Avec Langevine, nous allons être bénévole sur cette course. Premier travail: faire connaître la course grâce aux nombreuses publicités que nous donnent Paspeur et Mme Paspeur.

Deux semaines s'écoulent: 

    Pour moi, peu de travail comme bénévole. Mais, à travers ce récit, je tiens à rendre hommage au formidable et immense travail fourni par tous ses bénévoles qui nous permettent de vivre notre passion. Alors pendant que j'attends ce week-end avec impatience, d'autres s'activent comme autant de fourmis pour que tout soit prêt le jour J. Alors que l'on vit pour courir, eux vont vivre ces deux semaines avec comme seul but de nous rendre la course agréable avec le lot de pressions, d'angoisses, de soucis que cela comporte.

Vendredi 23 Mai:

    Fin de la journée de travail, je quitte Lyon vers 18h direction Cruet. Je récupère le Castor à la gare de Chambéry et j'avoue que c'est littéralement un sauvetage de Castor au milieu du carrefour. La fine équipe se dirige vers Cruet quand j'aperçois une voiture orange dans mon rétroviseur. Ne serait-ce pas Debizej? Mais si, le timing est parfait. Nous rejoignons sur le parking de Cruet. Entrée dans la salle polyvalente de Cruet dans laquelle les bénévoles sont depuis ce matin et ont fait un travail monumental: toutes les tables ont été préparées, la distribution des dossards a commencé, la pasta party bat son plein. Pour une course de cette envergure, on mobilise plus de cent bénévoles aussi bien à l'organisation qu'à la distribution des dossards, à la cuisine, à la sécurité, au balisage, etc... La tâche semble immense et le sens de bénévole prend tout son sens. Benevole, étymologiquement signifie vouloir le bien et tous ces gens réunis ce soir veulent effectivement une seule et même chose: le bien de tous les coureurs. Paspeur nous accueille et nous explique notre programme très chargé:

         - 2h30 du matin: distribution des dossards jusqu'à 4h30

         -4h30: pointage des coureurs

         - 5h: allumage des torches et départ du GR73.

         - 5h30: petit déjeuner des bénévoles

         - 6h: distribution des dossards pour le petit savoyard

         - 8h: pointage des coureurs.

         - 8h30: départ du petit savoyard.

        - 9h: installation du ravitaillement dans un petit hameau agréable au doux nom de Montlambert. 

         - 21h: retour du ravitaillement

Waou!!!La journée va être longue et je sens que je vais être encore plus fatiguée que si je courais. Je ne croyais pas si bien dire. 

     Paspeur nous distribue un joli T-Shirt de bénévole, nos tickets repas et nous rejoignons les autres à table. Nous partageons les spaghettis avec Langevine, Debizej, Le Castor, Petitjean, Mme Petitjean, Paspeur, Mme Paspeur. Nous faisons connaissance avec Celia: la fille dans la famille Paspeur. Nous discutons avec plein de gens, l'ambiance est très sympathique même si on sent la pression monter. Paspeur ne tient pas assis cinq minutes à la table.

    Paspeur nous montre ensuite notre chambre: une mezzanine au-dessus de la salle où nous déroulons nos matelas et sacs de couchage. Quelle bonne idée d'avoir prévu des sacs de couchage - 10°, il fait au moins 30° Alors que les filles, peu douillettes se préparent à dormir sur des matelas auto-gonflants de 5cm d'épaisseur, ces messieurs se sont préparés un vrai matelas gonflable 10cm d'épaisseur qui fait un bruit terrible dès qu'ils se retournent Tout le monde se couche mais cela ne signifie pas qu'on dort. Ca déconne sévère là-haut, ça papote, ça délire, ça rigole. Mais l'heure tourne et on ne dort toujours pas. Or, si Langevine, Debizej et moi-même sommes bénévoles, Petitjean et le Castor courent eux. Résultat: on commence à s'endormir vers une heure du matin. Le réveil sonne: deux heures du matin. 

Samedi 25 mai: le grand jour

    Deux heures du matin: waou, vous êtes malade, c'est pas une heure pour réveiller une yayoun ça. La yayoun, elle est pas de bonne humeur quand elle a pas assez dormi Mais on n'a pas vraiment le temps d'avoir des états d'âme. Quand je pense que lorsque je dois me lever à 5h du matin pour faire une course, je trouve que c'est inhumain et bien maintenant je pense aux bénévoles qui eux n'ont pas dormi de la nuit. Juste le temps de se donner un visage à peu près humain, d'enfiler une tenue appelée à changer au gré de la journée en fonction du temps. Un petit déjeûner rapidement avalé, une grande tasse de thé et ça va déjà mieux. D'ailleurs, en passant, un grand merci à la jeune femme blonde qui dès deux heures du matin et jusqu'à 23h est restée debout derrière le comptoir pour assurer le service des boissons. Good job!!! Mais déjà, les premiers coureurs arrivent...

    2h 30- 4h30: 

  C'est parti pour la distribution des dossards.Les coureurs du GR 73 ont été prévoyants et sont venus en grande majorité retirer leurs dossards la veille au soir. Nous retrouvons Martinev et Badgone. Martinev et le Castor se préparent à partir pour le GR73. Je distribue les dossards aux kikoureurs ce qui me permet de faire connaissance avec certains surnoms aux visages jusqu'alors inconnus. On démarre tranquillement avant d'entrer dans le feu de l'action...

     4h30-5h: Pointage et départ:

   4h30: je rejoins le couloir des coureurs avec Langevine. Elle me donne le numéro de dossard et armée de ma frontale et d'un stylo, je pointe les coureurs pour savoir exactement qui prend le départ. Alors amis coureurs, un petit conseil: svp: accrochez votre dossard à un endroit où il est lisible: pas sous le sweat, pas sous le camel bag mais rendez le visible, les bénévoles apprécieront Les numéros s'égrènent, j'ai à peine le temps de regarder la tête de tous ces sportifs qui me passent devant mais le numéro 99 restera dans les annales

   Tous les coureurs sont dans le sas, y compris les retardataires qui n'ont pas compris que pour une course parte à l'heure, cela demande un travail de chacun. 

   Il est l'heure d'allumer les torches pour baliser les deux cent mètres suivant le départ: c'est très surnaturelle comme ambiance. Les coureurs forment une guirlande de frontales, les bénévoles une haie de torches, moment de communion entre les deux faces de la course. J'ai l'impression d'assister à un rassemble des chevaliers de la table ronde. La musique renforce cette ambiance médiévale. Mais revenons à l'époque moderne, il est temps de dégainer l'appareil photo pour immortaliser le départ. Moment émouvant avec un mélange de fierté chez les bénévoles que tout ce soit bien passé jusque là et une pointe de regret et de mélancolie pour la coureuse que je suis à voir ce peloton partir sans moi. Mais aujourd'hui, ce n'est pas mon tour de courir, j'accompagne.

    5h-8h: retrait des dossards

     A peine le temps d'avaler un deuxième petit déjeûner et de combattre un premier coup de barre que le coup de feu commence réellement. Les coureurs du Petit Savoyard arrivent pour retirer leurs dossards. Je croise Mamanpat, Graindesel, Jess 06 mais pastrop le temps de discuter, les coureurs attendent. Je débute alors une tâche très répétitive et commence à fonctionner comme un perroquet: numéro de dossard du coureur, vérification du nom, recherche de l'enveloppe, répétition d'un discours bien rôdé: "dans l'enveloppe vous trouvez votre dossard, votre ticket repas. Voici un petit sac avec un magasine sur la région et vous pouvez retirer votre tee-shirt sur votre gauche, rose pour les femmes, vert pour les hommes". Je ne sais pas combien de fois je vais répéter ces mots. En tous les cas, la même question revient de la part des coureurs: "vous n'auriez pas des épingles? " Heureusement, Mme Paspeur avait prévu un sac mais évitez d'oublier vos épingles, on ne peut plus en donner sur les courses. 

    La plupart des coureurs sont très sympathiques, concentrés sur leur course, agréable.

Mais un petit carton rouge: Les participants d'une course représentent le microcosme de la société et comme dans la société, il y a des gens biens et puis il y a les autres. Alors petit rappel: les bénévoles travaillent sur une course gracieusement, en prenant sur le temps libre dans un souci d'altruisme. Ils sont effectivement là pour servir les coureurs mais ce ne sont pas des esclaves. Et certains coureurs seraient certainement plus polis s'ils demandaient leurs dossards à une machine. Les bénévoles sont des êtres humains, ni plus ni moins et pas plus que d'autres on ne peut s'octroyer le droit de se montrer désagréable. N'oublions que si on vient courir, c'est pour vivre notre passion, pour se faire plaisir alors évitons les tons péremptoires, colériques. Il est de plus en plus dur de trouver des bénévoles pour faire vivre une course, ne les faisons pas fuir au risque un jour de ne plus pouvoir courir. D'ailleurs, avis personnel, certains mériteraient qu'on leur retire leurs dossards et qu'on les interdise de course un certain temps mais ce n'est qu'une opinion personnelle. Que cela ne nous fasse pas oublier que la majorité des participants est courtoise, polie, bien élévée, aimable et passionnée. 

    Pointage: après avoir endossé le rôle de distributrice de dossards, je débute celui d'hôtesse de l'air ou d'hôtesse de trail. Placée à l'entrée du sas, je répète les numéros pairs à droite, les impairs à gauche. Et là, nombreux sont les regards interrogateurs: mon chiffre, il est pair ou impair? Aie, aie, aie le manque de sommeil et le stress sont dévastateurs

Petit photo des kikoureurs et le départ va être donné: le jour s'est levé sur Cruet et nous découvrons les magnifiques montagnes qui nous entourent. Le paysage est splendide, nouveau pincement au coeur: je ne le décrouvrirai pas en courant cette fois-ci mais en réalité l'aventure va être extrêmement forte et émouvante. 

9h-21H: ravitaillement à Montlambert: KM 66

     Préparation du ravitaillement: bon, c'est pas tout ça mais pas le temps de se reposer. Il est temps de monter au ravitaillement. On charge des litres de boissons, des kilos de victuailles. La montée est lente mais nous arrivons au poste. Nous découvrons là bas une super équipe de bénévoles adorable, sympathique, dynamique que nous allons apprendre à connaître durant cette journée. Pour toute cette équipe, pour tous ces bénévoles, pour tous ceux qui sont bénévoles sur les différentes courses, vous méritez une première place:  

   Quand nous arrivons, les tentes ont déjà été montées, les tables installées. La soupe se cuit sur le réchaud, le thé est prêt à être lancé. Il est temps de préparer toutes les victuailles. Sincèrement, à chaque fois que je suis servie à un ravitaillement sur une course, je n'ai jamais pensé qu'il y avait un tel boulot derrière: installer les verres, les remplir d'eau plate, gazeuse, coca, préparer les assiettes, les garnir de tucs, abricots secs, pruneaux, couper et préparer le chocolat, le saucisson, la tomme, les bananes, les oranges. La tâche est titanesque mais le ravitaillement pantagruélique. Les coureurs devraient apprécier. On prépare la musique: ça y est: on n'a plus qu'à attendre les coureurs.

    Petite pause: je profite d'une petite relâche pour aller explorer les environs. Je cours (et oui, on ne se refait pas) jusqu'à l'aire de parapente d'où je découvre une vue à couper le souffle sur la vallée. Waou, c'est magnifique, je domine les nuages, je fais face aux montagnes, je me sens toute petite (je sais, je ne suis déjà pas grande alors c'est dire, le paysage est grandiose et magique. Je redescends au ravitaillement, nous profitons de cette petite pause pour faire connaissance avec les membres de l'équipe. On parle du sport, de la vie. Nous ne connaissions pas et pourtant nous allons vivre des moments très forts. 

   Les coureurs du Petit Savoyard: le premier coureur est annoncé: on prépare la musique: we will rock you de Queen colle bien avec l'ambiance. Les bénévoles lui font une haie d'honneur et une petite chorégraphie en rythme. Les deux premiers passent comme des flèches sous nos applaudissements. Le troisième, entendant la musique en haut de la côte, effectue la descente tout en dansant avec nous, premier moment de convivialité et d'émotions. Puis les coureurs arrivent au compte goutte. Je photographie les premiers, annonce les numéros de dossards puis c'est parti pour les ravitos. On accueille les coureurs avec un verre d'eau plate, gazeuse, de coca. On discute, on partage, on les encourage. La course a vraiment l'air difficile et il faut gérer avec les premiers problèmes: coureurs qui vomissent, qui abandonnent, qui ont des crampes. Les kikoureurs arrivent, Petitjean et Badgone. Je déchausse Badgone pour lui enlever des cailloux de sa chaussure. Il ne peut plus se baisser à cause de crampes récurrentes. Mamanpat arrive derrière suivie ensuite par Graindesel et Jess06 et d'autres kikoureurs Eric74 mais je ne sais plus l'ordre avec précision. L'ambiance est bonne enfant, ça rigole, ça danse, la musique a l'air de bien rebooster: nous entendrons la musique de Rocky Eye of tiger une bonne centaine de fois dans la journée

     les coureurs du GR 73:

Tandis que tous les coureurs du petit Savoyard ne sont pas encore arrivés, nous attendons l'arrivée imminente des premiers du GR 73. De longs moments d'attente se passent où on ne voit aucun coureur. Les coups de barre se font sentir. C'est pas tout ça mais on commence à avoir faim nous aussi. On grignote, on se ravitaille. Dans la journée, nous mangerons de manière complètement anarchique. Le premier arrive enfin, c'est impressionnant. Il déboule comme une flèche, ne s'arrête pas au ravitaillement et enchaîne directement sur la descente. Le 2e mettra  près de 40 minutes à rejoindre notre ravitaillement après le passage du premier. Grande chance pour nous, il ne pleut pas et il commence même à faire beau, le soleil perce. On change le pantalon pour le short, on passe au t-shirt et on profite d'une petite pause au soleil. Difficile à croire mais, alors que je ne cours pas, je commence à avoir mal aux jambes et aux pieds à force d'être debout et de piétiner. Les premiers s'égrènent lentement, s'arrêtent peu aux ravitaillements tandis que nous aidons en même temps les arrivées du Petit Savoyard.

     Le positionnement de ce ravitaillement est intéressant. Petit à petit, les coureurs du GR 73 arrivent. La fatigue commence à se lire sur leurs visages, ils ont besoin d'encouragements, d'écoute, d'aide, de repos et les échanges avec ces personnes que l'on connait pas sont très riches, touchants et émouvants. En tant que coureuses avec Langevine, nous avons une idée assez précise de ce que nous attendons d'un ravitaillement. L'équipe des bénévoles est formidable: les assiettes et les verres semblent sans fond mais pourtant, ce n'est pas l'oeuvre d'une force occulte mais celle de bénévoles géniaux qui travaillent dans l'ombre pour permettre aux coureurs de ne se soucier de rien.

    Ce serait trop long de décrire tout ce ravitaillement alors je vais décrire en vrac quelques moments forts: 

- Arrivée de Martine: nous l'attendons depuis un moment, elle arrive, nous l'encourageons, préparons les ravitaillements. Très concentrée dans sa course, elle repart et se dirige vers la victoire.

- Arrivée du Castor: au moment même où nous nous demandons comment le Castor tient la course avec une heure de sommeil, il surgit en haut de la descente à la 50e place. On discute, on rigole, on lui recharge son camel. On ne croirait pas qu'il a couru 66km et pourtant, il finira 52e.

- Arrivée des derniers du Petit Savoyard: on leur met la musique, on leur fait une haie d'honneur et on les accueille sous un tonnerre d'applaudissements.

- Arrivée d'un coureur fatigué: il rit, il pleure, il ne sait plus où il est. Il faut l'écouter, discuter avec lui, l'encourager et lui donner envie de repartir. C'est très fort. Je me rends compte qu'à ce niveau, les coureurs arrivent épuisés, sans défense, ils ne soucient plus de ce que l'on peut penser d'eux, ils s'offrent à nous sans fausse pudeur dans toute leur vérité, leur émotion et leurs souffrances et ça c'est très fort. Les mots me manquent pour décrire ce que j'ai pu ressentir à ce moment là.

- Arrivée d'un coureur proche de l'abandon: je suis partie le chercher dans la montée à la demande d'un de ses copains et il m'annonce qu'il veut rendre son dossard. Je ne connais pas son nom, pas son numéro de dossard et pourtant je ne l'oublierai pas. Je lui demande, il n'est pas blessé. Il n'en peut plus. On a tous couru ce moment où on en a marre, où on veut arrêter et on sait tous qu'on retrouvera ensuite en nous des ressources insoupçonnées et que si l'on abandonne, on s'en voudra. Je lui explique qu'il lui reste huit kms, qu'il n'a pas le droit d'abandonner. Il est venu pour faire cette course, il ne peut pas arrêter. S'il le faut, je la finirais avec lui. Je lui dis aussi que la fois où un bénévole m'a dit ça, soyons honnête: j'ai eu envie de lui dire de la fermer (et oui, la fatigue, la souffrance peuvent rendre de mauvaise humeur), d'aller se faire voir et qu'il ne sait pas ce que ça signifie huit km quand on en a autant dans les jambes. J'explique à mon coureur à la dérive: premier sourire, c'est exactement ce qu'il pense. Je commence à le remotiver mais la bataille va être rude. Il s'asseoit, je lui remplis son camel, lui apporte une soupe. On discute, partage nos souvenirs de course, je le masse pour délasser un peu les jambes. Il commence à se détendre, à sourire. On va rester 20 minutes à discuter et à partager ce moment. Et puis finalement, ça y est, il décide de repartir à son rythme. Mes derniers mots pour lui seront: "surtout, faites vous plaisir et profitez".   Je le recroiserai à l'arrivée, au repas à 23h. Il vient me voir pour me remercier, il a réussi à finir la course et il est fier de lui. Ca me touche énormément et je trouve ça très émouvant.

- Un autre coureur marquant: il s'agira d'une dernier coureur. Il va falloir lui appliquer le même traitement: de l'écoute, de la motivation, de la pompomthérapie. Je lui donne mon strap bleu pour son genou, il prend le temps d'avaler une soupe, il discute avec nous et finalement il repart à son rythme. Il passera la ligne d'arrivée au bout de 16h58 de course et montera sur le podium où on lui remettra un lot avec en prime une  bise de Karine et moi. D'ailleurs, je lance un appel ici, certains ont pris des photos de ce moment et j'aimerai beaucoup l'avoir si c'était possible. Merci. Ce coureur me remercie en me désignant comme la petite jeune fille au maillot bleu. Ca pourrait être mon grand- père. Il m'explique que je l'ai vraiment aidé à finir et il me met les larmes aux yeux.

- Et puis il y a tous ces coureurs et coureuses qui chacun nous ont apporté leur lot d'émotions, cette famille qui était venue encourager le papa, cette maman qui a suivi son fils tout le long de la course (c'était son premier long trail après un grave accident), ces coureurs aux bords de leurs limites physiques et mentales qui nous ont laissé entrer dans leur humanité sans crainte ni peur. Et puis, un grand bravo à ces quelques femmes rares qui se sont confrontées au GR 73: oublions le côté féministe, en toute honnêteté, elles sont arrivées dans un état de fraîcheur bien meilleure: elles donnaient l'impression de gérer magnifiquement leur course avec une grande régularité, une immense force de caractère, une bonne humeur et un souci permanent.

Alors merci à vous, vous coureurs qui nous avez remercié. Vous nous avez rendu au double ce que nous vous avions donné. Alors merci pour vos remerciements, pour vos émotions, pour vos sourires, pour vos moments de rigolade, pour nous avoir fait partagé vos souvenirs, dans votre performance, dans votre expérience, merci pour nous avoir laissé dans votre intimité, merci pour ces moments magiques et d'une très grande force.

 

   Fin de la course: 

   Mais pour nous, la course ne s'arrête pas là. Il faut tout ranger, démonter, ramener au camp de base. Nous arrivons vers 21h. Je suis levée depuis vendredi 6h avec une heure de sommeil. Je n'en peux plus, j'ai faim, j'ai des crampes aux jambes alors que ça ne m'arrive jamais en course, j'ai mal aux pieds mais j'ai la tête pleine de souvenirs merveilleux. Et le partage continue autour d'une polenta et d'un grand thé. Que de moments de pure émotion. Ce soir, c'est sûr nous allons dormir. On se couche à minuit. Réveil sept heures: et oui, il faut ranger la salle, démonter les tables, les chaises, tout nettoyer. Je repars à 11h, arrivée à Lyon à 12h30. Je rentre chez moi et devinez quoi, je dors, je fais une sieste de trois heures, la yayoun, elle a plus de batterie.

 

Bilan: 

Merci aux organisateurs du GR 73 de m'avoir permis de vivre cette expérience extrêmement enrichissante.

Merci à tous les kikous et les coureurs d'avoir rendu ce week-end inoubiable et empli de moments forts et émouvants.

Et RDV sur l'UTMB où j'accompagnerai Jerome_I_Debizej. Je ferai un autre récit qui à mon envie sera lui aussi rempli de moments forts, émouvants, de moments de partage...pour une nouvelle expérience inoubliable 

 

 

12 commentaires

Commentaire de Mamanpat posté le 03-06-2008 à 21:18:00

Merci Yayoun pour ce somptueux et émouvant récit.

Il vient de faire remonter à la surface un flot d'émotions propres à 12 belles années de bénévolat perso et plus de 40 de mon papa, infatiguable sportif passionné... Dommage que les cartons rouges que tu évoques finissent par gacher autant d'abnégation...

Bravo d'avoir endosser ce rôle le temps d'une course, et quel temps ! Les bénévoles vainqueurs sont à l'inverse des coureurs ceux qui auront passer le plus de temps sur le parcours !!!

La passion, l'abnégation, la philantropie existent encore dans ce bas monde, c'est rassurant !

Encore merci et à bientôt, baskets aux pieds !

Pat

Commentaire de L'Dingo posté le 03-06-2008 à 21:26:00

yayounette,
Tu fais vraiment honneur à l'esprit du sport.
De l'altruisme, de la sensibilité, un zest de punch, le tout enveloppé dans un sourire radieux voilà des bénévoles que l'on voudrait avoir partout.
Et quand elle est coureuse c'est pareil :-))

Commentaire de stef73 posté le 03-06-2008 à 22:47:00

C'est super de pouvoir lire tout cela et de comprendre la course de l'intérieur.
J'ai beaucoup aimé ce ravitaillement, parce qu'il y avait une atmosphère vraiment très chaleureuse, vraiment top !

Même en étant fatigué, j'essaye de toujours remercier les bénévoles, parce que c'est grâce à vous qu'on fait de belles courses

Encore merci

Stef73
(Dossard 16, et 16ème sur le GR73)

Commentaire de L'Castor Junior posté le 03-06-2008 à 23:09:00

J'vois pas ce qu'il a de plus que moi ce numéro 99... :p
En tout cas, comme tu le dis, ce weekend fut très riche en émotions. Une intensité rare, mais un bonheur vraiment intense.
Merci encore pour tout.
Bisous

Commentaire de laurent05 posté le 03-06-2008 à 23:27:00

bravo sarah pour ce beau récit plein d'émotion
bénévole ça devrait être obligatoire au moins une fois pour se rendre compte des efforts fait par
les organisateurs sur les courses
bises
laurent

Commentaire de Jerome_I posté le 03-06-2008 à 23:48:00

Bravo pour ce CR. Le 99 est mieux que le Castor d'accord mais alors il n'a rien à voir avec le rital... ;-P

Bon allé cool ces récit du coté obscure de la course... Le Bénévolat, sans eux, on ne pourrait courrir. On devrait tous passer par là, ca rendrait leur boulot seulement positif sans les cartons rouges ;-)

Jérome

Commentaire de eric74 posté le 04-06-2008 à 09:07:00

Merci de nous avoir fait ce rappel si important l'importance des bénévoles ... et l'humilité que l'on doit avoir face à ces bénévoles..

Merci yayoun

Commentaire de corto posté le 04-06-2008 à 11:30:00

Coucou Yayoun,
Tu ecris autant que tu parles!!! Lol. Bravo pour ce recit et très content d'avoir tailler la discussion avec toi au Pic.

Commentaire de yayoun posté le 04-06-2008 à 12:10:00

Alors pour l'anecdote extra-sportive, j'avais effectivement noté le numéro 99 mais le truc, c'est que ce dossard , je ne l'ai jamais revu sur le ravitaillement: c'est le seul dossard qui s'est perdu, c'est pas de bol quand même ;-)

Commentaire de paspeur posté le 04-06-2008 à 15:25:00

Merci Sarah pour ton récit.
Je pense que c'est un texte à afficher sur toutes les manifestations sportives.
Ta proposition pour l'an prochain est enregistrée, serre file sur le 73, voilà une excellente idée.
Denis

Commentaire de Françoise 84 posté le 04-06-2008 à 15:52:00

Merci pour ton récit sur l'envers du décor, ça donne envie effectivement de s'y essayer! A une prochaine!

Commentaire de millénium posté le 05-06-2008 à 07:45:00

vraiment très beau ce récit qui nous fait (re)vivre les bons et moins bons moments du bénévole...
Chapeau sarah !
Gros bisous (désolé , j'avais le 366 , pas le 99 )

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