Récit de la course : Marathon de New-York 2001, par akunamatata

L'auteur : akunamatata

La course : Marathon de New-York

Date : 4/11/2001

Lieu : New York (Etats-Unis)

Affichage : 7170 vues

Distance : 42.195km

Matos : deux ballons gonflés a l'helium ;)

Objectif : Terminer

3 commentaires

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un triathlete a New-York

bonjour a tous, Je m'etais pourtant jure de raccrocher apres l'ironman d'embrun de l'ete dernier. C'etait sans compter sur l'opportunite d'une expatriation aux USA. En outre le triathlon moderne ne tire-t-il pas ses sources de ce continent?

Dote d'une nouvelle motivation me voila en chasse d'une epreuve mythique type Hawai, cependant force est de reconnaitre que les epreuves estampillees "ironman" presentent des tarifs exhorbitants double d'une liste d'attente impressionante des mois a l'avance! A moins de gagner au loto... justement l'amerique aime les chanceux. A l'instar de la green card (carte de travail permanent) pour les immigres, ce systeme est reconduit aussi pour les grandes competitions internationales tel Hawai ou New-York. Trop tard pour Hawai la loterie est deja close depuis fin fevrier, reste l'epreuve de New york- la mecque des marathons - pourquoi ne pas se frotter a ce mythe, "quite exciting" comme on dit ici. En quelques clics de souris ma candidature est deposee sur le website, deja plus de 70 000 inscrit pour 30 000 places disponibles, une chance sur deux c'est jouable.

Fin juin un check sur le site du NYC marathon me remplit d'aise -qualified- , la chance me sourit, je vais "vivre" NY City sous un angle inédit et (j'espere) passionnant. Comme toute course d'envergure internationale, le deroulement est regle tel du papier a musique. Prise des dossards la veille- acheminement en bus au depart du marathon - aire d'arrivee suivant le dossard etc..- le depliant explicatif s'apparente en fait a un livret de vingt pages! J'ai rarement vu une logistique aussi detaillee et meticuleuse, 26000 coureurs plus les familles a gerer au sein d'une ville telle que New-York ne doit pas etre a la portee de tous. De plus [url=http://akunamatatamba.googlepages.com/nyc911]les evenements du nine-eleven[/url] (9-11, expression toute trouvee car elle refere aux evenements du 11 septembre et egalement au numero d'appel d'urgence de la police) ont mis les policiers du NYPD sur les dents, il y a litteralement un policier tous les vingt metres.

4 Novembre 2001 7:00 am, je suis deja dans le bus qui m'emmene de l'arena continental airlines (New Jersey) au depart situe au pied du Verrezano bridge (reliant Staten Island a Brooklyn). Si l'air frais matinal oblige les marathoniens a garder gants et survetement, un detail toutefois me singularise des autres coureurs: deux gros ballons gonfles a l'helium accroches a ma ceinture, l'un marque "I believe", l'autre "MOM I'M HERE", me surplombent. Parfois un zest d'originalite ici et la suffit a derider certains visages new-yorkais, et faire de ce marathon un evenement plus festif que sportif. Si certains sont deguises en "statue of liberty", "ET", superman, d'autres arborent patriotiquement la banniere etoilee (Drapeau, maillot, peinture corporelle...), cependant le plus touchant reste ces nombreux coureurs (et coureuses) anonymes dediant ce marathon a la memoire de proches disparus, une simple photo epinglee sur un tee-shirt blanc suffit a donner une tout autre dimension a cette course.

Le classique briefing d'avant course (en une dizaine de langues s'il vous plait) donne le ton, chaque nationalites faisant bruyamment acte de presence (selon moi les plus enthousiastes furent les americains puis les italiens suivis de peu par nos compatriotes), le discours du maire Rudolph Giuliani fut a la fois ceremonieux et plein d'espoir. De nouveau sa popularite parmi les new-yorkais confine a l'adoration, des "Rudy-Rudy" affectueux scandes en rythme emaillent chacune des ses pauses. En soulignant essentiellement le devoir de memoire ainsi que sa confiance en l'avenir ("New-York doit vivre de nouveau") , Rudi a su tape juste. Chaque acteur de cette journee sent intuitivement que cette simple course est symbolique a plus d'un titre, entre joie et tristesse, entre peur et defiance, l'evenement reflete bien la capacite des New-yorkais a se relever. L'hymne americain a capella plus quelques chansons historique (datant au moins de la guerre de secession) retentirent dans un silence religieux, les etrangers presents ont pu prendre la mesure de ce patriotisme fanatique.

 9h30 le depart est enfin donne, et tel un troupeau de mouton laché sur de verts paturages, la foule des coureurs s'allonge sur le Verrazano bridge. Je franchis la ligne de depart seulement une minute apres les elites, la masse encore compacte des coureurs rend le rythme un peu lent a mon gout, j'en profite pour admirer le paysage; a gauche la statue de la liberte, a droite le "borough" de brooklyn. Le trace que nous empruntons nous mene dans le quartier artistique voire boheme de brooklyn . Le long Bedsford Avenue les maisons, un peu decrepies, sont peinturlurees d'art deco, les nombreux New-yorkais presents sont d'origines tres varies (italiens, juifs hassidiques etc..), des groupes musicaux repartis sur le parcours expriment bien cette mosaique de cultures. L'ambiance du Queens est tout autre,

les rues sont larges, quartiers residentiels et industries se cotoient, la foule est toujours aussi passionnee, beaucoup d'encouragements du "balloon man" "halloween" pour les enfants (du a ma tenue integrale noir et orange) au "good job" "lookin' good" pour les plus grands. Incontestablement, la palme du succes revient au porteur du drapeau americain dont le passage provoque le reflexe quasi pavlovien des New-yorkais "God bless america".

 A mi-parcours, 1h35 (deja 5 minutes de retard sur mon objectif), nous enjambons le Queensboro bridge vers l'ile de Manhattan. Sur la 1st avenue (direction nord vers le Bronx) les jambes se font lourdes, et malgre une foule toujours enthousiaste je dois interioriser mon attention et analyser cette precoce baisse de regime, gatorade, gel squeezy rien n'y fait. Inexorablement je ralentis, le flot de marathonien s'inverse, gagnant des places depuis le depart, je vois depite 10, puis 100 personnes me passer. Subjectivement, le temps se contracte desormais, ma pensee est entierement dediee a l'ecoute de mon corps, cherchant a apprivoiser la douleur irradiant de mes jambes, de mes hanches.

Le Bronx est avale en un clin d'oeil, de retour a Manhattan je dois me resigner à gerer la fatigue en alternant course et marche. Lors d'une de mes marches, j'ai eu la chance de discuter avec un compagnon d'infortune, un kenyan, probablement de classe mondiale qui veut finir tout comme moi ce marathon, pour la beaute du lieu, pour le symbole. Enfin Central Park, juste le temps de sourire a la camera de JJacques a l'affut. La ligne d'arrivee en vue, je prends brutalement conscience de la foule, des autres coureurs, ma fatigue s'est envolee, tous mes sens sont en eveil de nouveau et comme exacerbes en ce moment precis. Je ressent une envie irrepressible de rire, une joie vraiment intense, (etrange sentiment apres le combat interieur de ces 10 derniers miles), m'accompagne jusqu'a l'arrivee.

Eprouvés mais fiers, le flot ininterrompu des "finishers" se dirige tres lentement vers les aires de vestiaires. La moindre contorsion pour s'habiller est une torture, mais chacun a le regard brillant de souvenirs. Toutefois, l'apres marathon fut moins penible que je l'imaginais, les amis: Jean-Jacques, Laurent & Victoire, Alain & Cathy, Christelle presents a New-York pour l'occasion y furent pour beaucoup. Attables dans un restaurant, les commentaires fleuris et colores d'Alain sur l'etat de decomposition de certains coureurs a central park, ont conclu cette longue journee dans la franche rigolade et bonne humeur.

Ainsi s'acheve la derniere chronique de mes peregrinations aux US, en souhaitant que ca vous aie donne un apercu de l'amerique sous un angle different. Je retourne en France bientot, riche de plein de souvenirs et rencontres. quoi ? mon temps ? Ah oui 3h38, j'ai connu mieux mais ce n'etait pas l'essentiel vous l'avez compris ;)

Akunamatata

3 commentaires

Commentaire de brague spirit posté le 04-11-2007 à 07:45:00

En lisant ces lignes,je fais un bon en arriere dans le temps,car la course à NY pour moi,c'est déroulé partiquemnt à l'identique.1h30 à mi course,3h42 à l'arrivée.C'est pourtant,je crois mon meilleur souvenir sur la distance,c'etait la premiere fois que je courai la distance.

Commentaire de L'Dingo posté le 13-08-2009 à 14:36:00

Ah les merveilles de la randomization.
Découvert ton CR du Marathon de NY , Akuna, puisque je ne l'avais pas lu en 2001 ( ah c'est vrai, kikourou existait pas , oops!! :-( )


C'est vrai que l'atmosphère devait être "spéciale", 2 mois apres le 11/9. En le relisant , tu dois te dire : "j'y étais" comme chaque fois que l'on fait une première de qqchose ou bien que l'on fait l'anniversaire d'une autre.

Depuis bien des choses ont changé ( en particulier la qualité, la taille et le nombre des photos :-))))))

Commentaire de moumie posté le 30-10-2012 à 21:36:00

Pour avoir fait le marathon en 2009, je confirme que l'ambiance est très particulière et que les américains sont très patriotiques. Mais alors en 2001, deux mois seulement après l'effondrement des tours, je veux bien croire que cela devait être impressionnant. New-York s'est relévé, j'espère que l'édition 2012 aura lieu malgré les inondations... ton récit donne espoir.

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