Récit de la course : Raid Normand Hivernal 2004, par Mogwaï

L'auteur : Mogwaï

La course : Raid Normand Hivernal

Date : 31/1/2004

Lieu : Le Trait (Seine-Maritime)

Affichage : 3181 vues

Distance : 65km

Matos : Entièrement reprise dans le CR
Aussi bien vêtements que matériel technique ou pharmacie

Objectif : Terminer

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Le récit

Le décor est planté : 65Km de nuit, en course d'orientation, par équipe
de 4 en Normandie (nord de Rouen). Mes partenaires : Le poc, la tortue
et le papy. Moi, c'est le mogwaï. Une autre équipe "d'animaux" nous
accompagnait : l'électron, la langouste, le chacal et le bourrin.
Quelques flash-back d'un WE qui restera gravé comme un moment fort de ma
vie de coureur, aussi bien dans les instants de joie que ceux plus
difficiles.

Le matériel

Ce type de raid nécessite un équipement particulier. Voici le mien au
départ de cette course : Des chaussures de trail indispensables au vu de
la quantité de boue présente (du début à la fin). Je me suis encore
félicité de mon achat de l'année passée chez DK : des New balance 704.
Les chaussettes sont des DK 500 qui ont la particularité de ne pas avoir
de couture et qui évitent donc les ampoules. Malheureusement, ce ne fut
pas parfait et là se situe mon point faible dans la préparation de ce
raid (voir ci-après). Le collant du club est impeccable, même la nuit et
quand il pleut. Aucun problème de ce côté-là. Pour le haut, le manches
longues Coolmax du club et une veste gore-tex Patagonia avec capuchon.
Ensuite, le cache-cou, cadeau de fin d'année du club et une bonne paire
de gants.

Cette course est en autonomie complète sans possibilité de
ravitaillement. Il faut donc prendre tout son matériel. Le sac est un
Lafuma 25 litres acheté chez DK lors des soldes. Dedans, on y trouve
comme rechanges la veste de training R90 du club, une paire de
chaussettes et une 2ème paire de gants. Comme boisson, la poche à eau
2litres avec Caloreen, une bouteille de coca (50cl) et une bouteille eau
et sels minéraux (33 cl). Le solide est composé des classique barres
énergétiques et de 2 croques-monsieurs. Ensuite, le matériel obligatoire
pour chaque coureur : boussole, couverture de survie, sifflet, brassard,
canif.

Pour la lampe de poche, un copian de club m'en avait prêté une avec 2
leds. J'avais eu l'occasion de la tester lors d'une sortie en soirée le
jeudi précédent le raid, avec un excellent résultat. Cependant, un
parcours connu, en dur et en endurance est tout à fait différent des
conditions rencontrées. Le papy est venu avec un sponsoring où chaque
membre de l'équipe avait une lampe à 7 leds, qui s'est rapidement
avérée… insuffisante lorsqu'il s'est agit de trouver une balise. Pour ce
genre d'effort, une lampe halogène est indispensable. Enfin, la trousse
médicale qui contenait une crème anti-frottements, un
anti-inflammatoire, un antiseptique, du Dafalgan (non effervescent!),
des compresses, des pansements, des ciseaux, des Compeed et de l'Arnica
5ch qui complétait la préparation.

Le voyage aller

Petit voyage très agréable en Thalys : Andenne-Bruxelles-Paris Nord en
3h30'. (J'en profite pour directement raconter le voyage du retour où
j'ai du scier quelques stères des arbres rencontrés pendant la course…).
A la sortie de la gare, j'aperçois directement un bérêt bleu
caractéristique vissé sur la tête d'un animal qui m'est inconnu, à
savoir la langouste de Marseille. Il est directement rejoint par le
bourrin qui était parti à ma recherche. Nous montons dans sa poubelle
(dixit le proprio) pour aller gare de l'Est où nous accueillons un papy
en pleine PDT, allant jusqu'à nous dire avoir hésité de prendre le
train. En route vers Sartrouville et la maison de l'électron où nous
rejoignons le chacal, la tortue et le poc.

Mes amis, je peux témoigner : la cave à vins de l'électron existe et
vaut le détour! Réellement impressionnante et indescriptible, il faut la
voir pour le croire. Il va d'ailleurs organiser des visites guidées où
il vous expliquera son système de classement. Enfin, mes enfants, un
tout grand merci pour l'accueil de Mâme neutron. Moi qui pensais manger
léger, on a enfilé carottes râpées, pâtes, poulet, fromage, pain et
Bourgueuil. On a même du refuser le dessert. Un grand merci pour cet
accueil digne d'un AAB. Ensuite, départ pressé vers Le Trait où nous
arriverons moins d'une heure avant le départ.

La course – partie nuit

Le départ est donné à 2230Hr précises où 2 membres de chaque équipe font
une mini CO (3kms et 5 balises) dans les rues du village. Nous partons
le poc et moi pour revenir pratiquement 45' plus tard avec les pieds
déjà trempés. Nous recevons la 1ère série de 13 balises que nous
reportons sur la carte. Quand on se rend compte que la carte est une
1/15000ème alors que la 1ère était une 1/25000ème, nous pouvons
recommencer le tout, à l'aide d'une calculatrice de poche, et nous
partons dans les toutes dernières équipes. Mes amis, le début d'une
remontée impressionnante!

Que retenir de cette partie de nuit? Les sentiments suivants résumeront
le tout :
La Normandie n'est pas plate! Celui qui dit le contraire, vous lui
faites faire un saut à l'élastique du haut du pont de Brotonne. Ensuite,
il y a proportionnellement plus de boue en Normandie qu'ailleurs. Enfin,
la nuit y est sombre. La nuit, puisqu'on en parle, c'est fait pour
dormir, surtout pour un Mogwaï qui est censé ne plus rien manger après
minuit. J'ai eu un terrible coup de pompe entre 2h30 et 5h30 :
impossible de m'intéresser à la carte, recherche de balise sans
conviction, m'endormir lors des arrêts, pas de communication avec mes
équipiers,…

J'ai ainsi traîné ma lassitude pendant quelques heures, ce qui m'amène
les deux commentaires suivants :
1. La raison en est peut-être la suivante (si elle est plausible,
j'espère surtout qu'elle est pertinente) : en remplissant ma poche à eau
juste avant le départ, j'y mets d'abord mon caloreen que j'avais, par
facilité, dissous dans une petite bouteille à eau; ensuite j'y verse 2l
d'eau. Oubliant de mélanger le tout, j'ai amorcé le tuyau en avalant une
fameuse rasade… du sucre hyper concentré. Aurais-je eu le contrecoup 3
bonnes heures plus tard en faisant une hypoglycémie? Explication qui en
vaut une autre mais j'ai du composer avec une bouche sèche pendant toute
la nuit.
2. Bien qu'ayant certainement remarqué mon mutisme, mes 3 coéquipiers ne
m'ont jamais fait de remarque, n'ont pas essayé de me "pousser" ce qui
aurait certainement eu un effet contraire. Je me rappelle simplement
notre capitaine tortue me demandant ce qu'on était en train de f… là et
qu'on serait mieux dans son lit à la maison! Il m'a réellement remonté
le moral quand je me suis rendu compte que je n'étais pas le seul à
broyer du noir… Oui, j'avoue que j'avais même dur à répondre aux
questions que l'on me posait.

Cela m'amène à un instant d'autocritique : arrivés au seul endroit où un
petit ravitaillement était prévu (au 31ème Km, une barre énergétique et
une tasse de café autour d'un grand feu), j'ai réellement laissé tomber
l'esprit d'équipe. Pendant que mes compagnons plaçaient les balises
suivantes sur la carte, je me suis occupé de ma petite personne en
réajustant mes chaussettes et me chauffant près du feu. Je suis certain
qu'ils s'en sont rendus compte, mais ils ont eu la gentillesse, la
décence de ne rien m'en dire. Quand je les ai rejoints, un simple "on y
va Mogwaï" m'a accueilli et nous sommes repartis. Pour cela, je vous
suis très sincèrement reconnaissant. Merci… Ah, petite précision : nous
avions atteint ce 31ème Km en un peu plus de 8 heures de course… Moyenne
: 4Km/heure!!! J'avais cru qu'à cette heure là, nous aurions presque
terminé.

La course – partie jour

Avec le jour, le Mogwaï se réveille. Je dis au papy : "c'est chouette,
on va voir le jour qui se lève. Cela va être beau"; et l'énergie est
revenue. Première réaction d'un équipier qui m'indique que je recommence
à parler. Comme le dit l'expression : "c'était le jour et la nuit". Nous
sommes passés dans des endroits superbes, ce qui me fait encore plus
regretter de n'avoir pu profiter des paysages rencontrés de nuit. J'ai
enfin pu remplir mon rôle qui était d'aller poinçonner les balises. Nous
avons même fait une partie de CO à une allure incroyable vu les heures
écoulées depuis le départ (je pense particulièrement à la mini CO sur la
carte au 1/10000ème). Nous avons cependant du faire une croix sur 4
balises et 9,5Km qui nous auraient empêchés de rentrer dans les délais
impartis, à savoir la clôture des arrivées à 1200Hr. Heureusement, car
mes pieds n'auraient pas tenu le coup.

Que retenir de la fin de ce périple, sinon des moments forts et beaux :
en premier lieu l'arrivée au son du clairon orange fluo du papy (bien
utile la nuit pour ne pas s'éparpiller); ensuite le mélange agréable, à
un moment de la course, d'un croque-monsieur froid avec une rasade de
coca! Que dire de plus que les félicitations réciproques échangées où
les mots n'atteignent pas l'intensité et le pétillement du regard. Rien
que pour ce moment, comme toutes les fins de ce genre de course, alors,
oui… Et puis, puisqu'il faut être objectif, les quelques critiques
suivantes à l'encontre de l'organisation : les douches glaciales, pas de
bar pour prendre le pot de l'amitié, la remise des prix terminée et une
salle quasi vide quand nous sommes arrivés (et pourtant pas dans les
derniers). Dommage…

Mes coéquipiers

La tortue : capitaine de choc. A réellement pris les choses en main et
assumé son statut. A pris la place du mogwaï comme aide au lecteur de
carte; a multiplié les encouragements; a sous-estimé sa capacité à nous
accompagner; sa seule déception : s'était mentalement préparé à faire
l'entièreté et n'a pas tout de suite digéré le renoncement aux 4
balises. Brillant pour dénicher les balises introuvables (la 19), il se
casse les dents (héhé, facile) sur les 100 mètres de longueur du mur de
l'abbaye. Tout à fait dans la lignée de notre rencontre du médoc 2002.

Le poc : orienteur de choc, m'appelle le "Mogwé". Le temps de se
chauffer, a été impressionnant et est monté en puissance. La seule fois
où je me mêle de proposer une direction (par la gauche) et contredit par
la tortue (par la droite), indique le tout droit, ce qui nous oblige à
lever haut la tête pour voir où on doit passer. Des azimuths comme s'il
en pleuvait. Et puis le professionnalisme : "quand tu as senti les
premières balises, tu sais comment attaquer les autres"; "tiens, ce
n'est pas la même personne qui a tracé cette partie du parcours, elles
sont placées autrement". Et puis surtout, de l'humain, de la chaleur.
Thanks for all, cette première en appelle bien d'autres.

Le papy : égal à lui-même et toujours grand. Une gestion de course de
vieux routard : à l'arrière du groupe pendant les 8 premières heures
puis commence à remonter les bras qui baissent. Tire, pousse, encourage
jusqu'à 2 équipiers en même temps. Trompette quand on s'égard, indique
quand il faut boire (même quand toutes les poches et gourdes sont
vides), ramène le pitaine sur le chemin de la raison ("non, on ne fera
pas les 4 balises"), m'attend quand je dois changer de chaussette (sera
décoré rien que pour cela).

Le mogwaï (c'est moi cela) : a découvert que la nuit ne lui convient pas
mais ira en appel; pensait être bien préparé mais l'épisode glucose le
ramène à la dure réalité; devra faire attention à ses pieds, point
faible dès qu'ils sont mouillés (hé, c'est un mogwaï). A retrouvé son
punch quand le jour se leva et a terminé frais sur les balises.
Compagnon taciturne un moment mais qui a profité de la compréhension de
ses accompagnants pour s'écouter et "travailler sur lui-même".

En résumé, une équipe fichtrement bien balancée alliant expérience et
jeunesse avec une répartition des rôles bien pensée. Quant à l'autre
équipe, ces quelques commentaires :
L'électron : compagnon fort apprécié quand il n'essaie pas d'être de
mauvaise foi. Il ne sait plus quoi inventer pour expliquer la défaite;
Le chacal : d'une sobriété exemplaire sauf quand il décide de sauter du
pont de Brotonne sans élastique. Aurait pu se faire mal…
La langouste : a permis à l'équipe 2 de gagner en repérant le Mogwaï
gare du Nord. Il a préparé la relève en déposant une petite langoustine.
Que tout se passe bien…
Le bourrin : essaie de starter le papy en lui rappelant ses erreurs
passées de lecture de carte, en demandant si sa bagnole roule encore,…
Bref, s'endort sur la table entre un cacao et une belle veste bleue à
l'insigne du Running Club Namur.

Quelques mots sur les résultats…

Environ 56Kms parcourus en 12h39' d'effort. Et oui, la moyenne laisse
rêveur! Ce fut une belle expérience sportive avec des leçons à tirer. Ce
fut surtout une nouvelle leçon de vie avec la rencontre de personnes
attachantes.
A titre personnel, je souhaite recommencer l'expérience pour voir si le
passage à vide était accidentel. Néanmoins, la partie nuit, bien
qu'excitante sportivement, me laisse un goût de trop peu quant au
paysage que l'on aurait pu découvrir.
Par ailleurs, la lecture de carte ne s'improvise pas, ni le comportement
d'une plante de pied.
Si mes 3 compagnons me sollicitent à nouveau, c'est oui d'office, avant
même d'avoir demandé de quoi il retourne. Comment? Doubler raid 28 et
raid normand? Pas fou, non! Qui c'est qui va annoncer cela à la
Mogwaïette, hein? Plus sérieusement, je me sentais capable de partir sur
"n'importe quoi". Si ici, les kilomètres ne m'ont pas pesé, la durée
était longue. Je ne me vois pas facilement sur le 28, mais qui sait…
Aujourd'hui, deux jours après, sortie endurance d'une heure : aucune
douleur, aucune fatigue.

Mogwaï_bien_content_de_vous_connaître


"Telle est ma quête
suivre l'étoile
peu m'importent mes chances
peu m'importe le temps"
Jacques Brel

Mogwaï

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