Récit de la course : Marathon de Berlin 2004, par L'Zoreil

L'auteur : L'Zoreil

La course : Marathon de Berlin

Date : 26/9/2004

Lieu : Berlin (Allemagne)

Affichage : 1596 vues

Distance : 42.195km

Objectif : Terminer

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CR Marathon de Berlin

Bizarre, étonnant.... Il y a si longtemps, un pauvre type est mort après avoir parcouru un peu plus de 42 km parce qu’il était porteur d’une nouvelle urgente.... Etonnants, tous ces gens qui s’acharnent à refaire cette course: courir 42 km, et ne pas mourir...

J’ai donc décidé de devenir marathonien, et ce sera à l’occasion du marathon de Berlin, 26 septembre.

Ma préparation est aussi sérieuse que possible. Ca fait trois mois que je m’entraîne spécialement, ce qui signifie essentiellement que j’essaie de courir plus longtemps, et plus vite... Et après 8 ans de course, je sais aussi certaines choses sur moi:
je supporte bien à peu près tout ce qu’il est raisonnable d’envisager comme ravito (bananes, gels etc.);
je ne suis pas sujet aux crampes;
je supporte TRES bien le froid (en course seulement);
j’ai une vieille déchirure au mollet droit, qui m’avertit quand je force trop, mais qui veut bien me laisser en paix la plupart du temps;
je suis assez fort mentalement pour supporter de moyennes baisses de régime, mais le mental n’est pas mon point fort....

Je suis en queue de peloton: 35 000 participants. Il fait froid, et je cherche la chaleur humaine auprès de mes compagnons d’aventure.

Le départ est étonnant, car il se fait en trois étapes: d’abord les pros, puis ceux des sas de moins de 4h00, puis le dernier sas: les plus de 4h00 et ceux qui n’ont jamai fait de marathon. Du coup je pars dix bonnes minutes après les pros (tant pis, je ne voulais pas gagner!), et je passe sous la banderole de départ 6 minutes après le coup de pistolet de mon sas. Evidemment on marche beaucoup au début, puis on trottine. Je commence à doubler des gens, je me réchauffe petit à petit, je commence à être dans l’allure. Le parcours emprunte les plus beaux quartiers de la ville, en tout cas ceux qui méritent d’être visités.

Que de monde! Autant sur la route que sur le bord. Les journaux indiqueront 750 000 spectateurs.

Je double, je double, je double, c’est fatigant.... Je dois constamment prévoir ma prochaine foulée, qui doit tenir compte de celle de la personne que je double, et des flaques d’eau (ben oui, il pluviote, on est à Berlin, tout de même!). Et je passe de gauche à droite, de droite à gauche.... Je me suis fait engueuler une fois, par une fille dont j’ai touché le bras .

Au bout de 40 minutes je dépasse la Tarine, qui elle, était partie au début du sas des plus de 4h00. On discute un chouia, elle me donne un de ses gels quand je lui aprends que j’ai oublié le mien au départ (la Tarine, c’est la gentillesse incarnée), puis je repars à mon rythme. 57 minutes pour les 10 premiers km. Je n’ai jamais été aussi lent sur cette distance. Dans un premier temps ca m’énerve, car je vois bien que c’est en grande partie à cause de tous ces gens, puis je finis par me dire que ce n’est pas si mal, car il se pourrait bien que cette lenteur me serve vers la fin, quand il faudra puiser dans les dernières réserves. Je continue donc sur ce petit rythme, qui sur le moment me semble très rapide, avec toute l’attention que je dois porter à mes pas.... Je marche à chaque ravito, sur toute la longueur des tables. Pour l’instant tout va bien.

C’est au bout de 20 km que c’est devenu un peu plus dur. 1h49 pour les 20 km, d’un côté je suis content, car j’ai mis 5 minutes de mois sur les km 10 à 20 que sur 0 à 10, mais je n’en suis pas encore à la moitié!
J’attends l’après-semi: toute la famille Zoreil m’y attend.... Je serai pour quelques mètres celui à qui les encouragement seront destinés. Je passe le semi, je commence à scruter la foule plus précisément, le point de rencontre est en vue, j’apercois des voisins, la Tarinette, mais pas de famille Zoreil.... Déception (il y a dû avoir un problème avec les enfants....), quelqu’un du public court à ma hauteur........ c’est Ma’me Zoreil, qui me rattrappe pour me donner un gel! Tout ca pour vivre ca! Juste ce moment où quelqu’un qui vous est cher vous court après pour vous donner de quoi finir votre rêve en bon état... et repart illico s’occuper des enfants qui sautent dans les flaques depuis 1 heure, puis leur faire à manger, les surveiller.... Je ne me souviens pas en avoir douté, mais j’en ai une certitude supplémentaire: ma vie est là.

Le moral à bloc, je passe le 22ème km en 2h00 pile. Content, heureux, parce que je le sais déjà: je mettrai moins de 4h00. Pas question de faiblir. Et pour soutenir mon mental, je cherche quelque chose, et en regardant la foule hurler des noms, des encouragements, brandir des pancartes, je décide que ces noms, ces encouragements seront pour moi. Je prends ca personnellement pour moi. Après le km 22, je me suis donc appelé Thomas, Thorsten, Jürgen, Papa..... et on m’a averti de plusieurs choses par pancartes:
„Depêche toi, le Champagne réchauffe!"
„Allez, dans 14 km, une bonne bière!"
„ Depêche toi chéri, je t’attends à la maison!" (Heuuu, m’enfin, Madame!)

Que ca fait du bien! Je ne pense plus à mes jambes, qui commencent à ne plus trop apprécier la plaisanterie, je ne pense qu’à doubler, et à regarder la foule. Comme le peloton est moins compact, c’est faisable.

Au 30ème km, beaucoup de coureurs se mettent à marcher. C’est le mur, et ca doit être psychologique. C’est pas possible que des gens qui allaient à peu près bien jusque là n’aillent plus d’un coup, tous au même moment. Ca me permet de doubler encore plus de monde.... 37ème km: mom mur à moi. Incroyable! Les jambes ne veulent plus, ne peuvent plus avancer. Alors je décide de passer au ras de la foule. Ca me hurle dans les oreilles, ca fait des frissons partout, ca donne envie de pleurer, et ca fait avancer. Après un sacré coup de blues, je me rattrappe, et je repars de plus belle. Je raccourcis mes foulées, et du coup leur cadence augmente. Je ne cèderai pas, je finirai en moins de 4 heures. L’arrivée sur le Kurfürstendamm (+/- les Champs-Elysées locaux) est grandiose. La foule hurle, applaudit, ca ressemble à du délire, et ca fait avancer. Je marche quelques mètres après le ravito des 40 km et je fonce vers l’arrivée. Les km 41 et 42 sont les plus rapides de ma course. Mais il fallait voir tous ces gens encourager!!! Des crécelles, des sifflets, des tambourins, des trompettes, des couvercles de casserole..... ca fait un bruit incroyable, c’est hallucinant!
Passage sous la Porte de Brandenburg, l’arrivée juste derrière: 3h51’. Ceux qui savent ce qu’est le bonheur d’un marathonien à ce moment-là comprendront que je n’arrive pas à le décrire.

1 commentaire

Commentaire de Kiki14 posté le 07-05-2005 à 08:53:00

Merci beaucoup pour ton récit l'Zoreil ecoute je n'ai pu empecher une larme de couler c'est bête hein...! moi je cours mon 1 er Marathon le 12 juin celui de la Liberté a Caen (les plages du débarquement) alors toutes tes paroles je crois que je vais les vivre aussi ...j'ai habité Berlin en 69et 70 et c'était super chouette les années hippie la vie y était ...comme si on devait mourir le lendemain.... bon encore merci et bonne journée a toi

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