Récit de la course : Gran Trail Valdigne 2007, par stef73

L'auteur : stef73

La course : Gran Trail Valdigne

Date : 14/7/2007

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 1187 vues

Distance : 84km

Objectif : Pas d'objectif

4 commentaires

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Gran Trail Valdigne : En Ultra, rien n'est acquis ...

J'arrive au ravitaillement de Pré St Didier (46ème km) après 7h30 d'effort.
Je suis lessivé, des crampes dans toutes les jambes depuis bien longtemps, chaque pas est une douleur.
Je m'assois sur un banc, puis au bout de 5mn je me lève et prends un coca puis demande à un bénévole comment faire si j'abandonne ?
Cela me surprend d'avoir posé la question, comme si ce n'était pas moi qui avais parlé. Je croyais que je n'en étais pas capable.
Elle m'indique la personne qui s'occupe des abandons, vers laquelle un autre coureur se dirige pour rendre son dossard.
Je regarde ce coureur que je trouvais en meilleure forme que moi quand il m'a doublé il y a 20 mn. Je lis sur ses lèvres, il explique qu'il n'en peut plus.
Je n'arrête pas de le regarder.
Je suis tiraillé ! J'ai le vendre noué de penser que moi aussi, je peux connaître l'abandon, que moi aussi je peux ne pas finir, que moi aussi il peut m'arriver que ma tête ne dirige plus mon corps..
Je me dis pourtant que ce n'est pas possible !
Un sursaut d'orgueil : je remplis ma gourde, prends des tucs, mets mon lecteur MP3 et repars sous les applaudissements des spectateurs et bénévoles.
Je repars pour la montée du Col Croce avec ses 1400m D+.
Puis au bout de 10mn, je m'arrête fait demi tour, retourne au ravitaillement et rends mon dossard.
C'est fini pour moi, ce sera mon 1er abandon en ultra ...

Quelle souffrance intérieure !!!

Pourtant, Le Gran Trail Valdigne[/url] avec ses 84km et 5000m D+,  est un Bijoux !
Un cadre fantastique avec tout le massif du Mont Blanc en toile de fond.
Un parcours de toute beauté dans des forets de mélèzes, au milieu de magnifiques alpages, par des cols vertigineux, le long de beaux lacs de montagne, ...
Une équipe au top : bénévoles, logistique (j'ai testé avec mon rapatriement sur Courmayeur !), organisateur, et une ambiance impressionnante avec tous les habitants de la vallée qui vous encouragent.
Je vous le recommande vivement !

(Juste le départ à 10h, que je trouve très très tardif pour une course mi-juillet)

Comment ai-je pu en arriver à rendre mon dossard ?

Après le Trail du mercantour avec ses 102km et 6600m D+[/url] où j'étais content d'avoir bien fini et d'avoir très vite récupéré (reprise de l'entrainement 3 jours après); je décide de m'inscrire finalement à ce beau trail de préparation au lieu de faire un gros WE Off en montagne comme l'année dernière (courmayeur-Chamonix)

Ayant trouvé que l'enchainement des compétitions (Trail de chevreuse, Nivolet Revard, GR73) m'avait bien aidé pour le Mercantour, je décide de continuer dans ce sens.

Cela faisait un moment que je lorgnais du coin de l'œil ce beau trail pour sa 1ere édition, avec un parcours de toute beauté, et une distance annoncée de 70km (en fait 84km) qui semble correcte pour une dernière compétition avant l'UTMB.

Hélas, je n'aurais pas de copains avec qui y aller, m'étant décidé au dernier moment.

Une  semaine de boulot encore bien speed, avec pas mal de déplacements (Toulouse, Paris) et des repas de boulot pas vraiment adaptés pour une compétition le WE.
Voilà encore un peu de fatigue supplémentaire !

J'arrive le vendredi soir à Courmayeur.
Petite nuit dans un camping dans le Val Ferret (magnifique coin que j'adore).
Je récupère mon dossard à 7h le samedi matin, mais le départ ne sera donné qu'à 10h.
On nous annonce que le parcours fera bien 84km et non 70km. La distance était calculée sur la base des cartes italiennes.
Cela m'inquiète un peu, vu les 31 degrés que la météo a annoncés à Aoste. La chaleur, c'est pas mon truc !

Le départ est donné du centre de Courmayeur pour les 280 partants.

Je suis juste derrière Marco Olmo (vainqueur UTMB 2006) et Topher Gaylord (Manager de The North Face europe et très bon Ultra-traileur).
Après la traversée du vieux Courmayeur, nous attaquons directement une route avec une forte pente, puis un chemin large puis des singles tracks.
Je suis bien placé (dans les 20 premiers).
Je me persuade que ce serait bien de rester dans ce classement compte tenu de mes derniers résultats.Une belle erreur

Impressionné par le rythme et le paquet de coureurs qui suivent, je garde un rythme trop élevé (10 pulsations/mn supérieur à mon départ du Mercantour).
Je me dis que je suis moins en forme, et que c'est donc pour cela que mon coeur bat plus vite; mais n'envisage pas de ralentir sous peine de me faire doubler par pleins de paquets de coureurs.
Ralentir et prendre un coup au moral d'être loin de la tête de course OU continuer comme cela au risque de perdre des cartouches ... je choisis (pas vraiment consciemment) la 2ème solution (esprit compet' et fierté, quand tu nous tiens !!!).
Mais malgré mon rythme, je me ferai quand même doubler par une dizaine de coureurs.

La montée Au Col Licony est impressionnante.

Puisqu'en 7,5km, on grimpe de 1450m D+, avec des portions très raides et une fin carrément ... verticale.
Je n'ai pas mes bâtons habituels (complètement HS après le Mercantour) et cela me perturbe pas mal dans mes appuis (1er utilisation ce jour).
Je passe le col de Licony (2670m-7,5km-1h34).
Je n'ai pas de bonnes sensations. L'impression d'avoir les jambes coupées, en coton.
La descente est plus tranquille sur un chemin facile (après le Mercantour, tout les chemins sont faciles !). Je vais redoubler 4 coureurs sans effort.
J'essaye de me décontracter, mais mon coeur ne veut pas descendre; il reste à un niveau trop élevé, que je n' atteins pas normalement en descente, même lors des entrainements costaux (???).

Après le point d'eau du 12ème kilomètre, je suis pris de crampes très violentes dans les mollets.
Je descends mes manchon BV Sport et cela va mieux. Je prends vite de la Sporteine en espérant que comme souvent, cela disparaitra.

Nous arrivons au ravitaillement de Planaval (18ème km - 2h46) par un magnifique sentier en balcon dans les mélèzes. Le parcours est de toute beauté.
Aie, j'ai une ampoule sur le dessus des orteils, cela ne m'étais jamais arrivé en course, ni à l'entrainement ! (que se passe t-il aujourd'hui ?)

Au ravitaillement, je ne suis pas très bien.
Un peu perturbé par ce début de course. Je sens les jambes déjà bien entamées avec des début de crampes à chaque faux pas.
Je remets de la poudre dans mon camel, mais j'en mets la moitié sur mon sac (bien perturbé, le garçon!).
Je m'alimente un peu et repars en marchant.
Je suis comme vidé de ma substance énergétique.
Cette 2ème montée se fait en plein soleil, alors qu'il est 13h. Un enfer !!!
Je choisis ma progression sur cette piste qui monte très régulièrement en fonction de l'ombre (faut chercher !).
Au 20ème kilomètres, j'en ai marre. Plus le goût...je me dis qu'il est temps d'abandonner, de rentrer à Courmayeur et à la maison, retrouver femme et enfants et d'aller à la plage du lac.

Et puis, je double un coureur en plus mauvais état que moi, et je vois que derrière on me double moins, alors je continue.
Je suis au radar, pourtant je m'alimente bien en gel (1/heure) et n'arrête pas de boire.
J'ai souvent la tête qui tourne et des vertiges bizarres.
Dès que je passe à côté de l'eau, je trempe ma casquette pour garder un peu de frais sur la tête. La chaleur est vraiment accablante dans cette montée.

La fin de cette deuxième montée (1000m) se termine par une magnifique arrête pour atteindre le Testa Fetita (2623m-26km-4h25- 45ème position) où juste avant je me ferai doubler par la 1er eféminine (qui abandonnera à Morgex) et par celle qui terminera 1ere (Kim Gaylord, 13ème au général).
La descente est très belle puisque nous restons sur une magnifique arrête (sans chemin) avant de plonger par un bon sentier dans les mélèzes jusqu'à Charvaz (33ème km).

Je fais le plein d'eau et repars tranquillement.
Je suis obligé de m'arrêter souvent pour faire passer les crampes, elle deviennent de plus en plus fréquentes et douloureuses.
Beaucoup de muscles sont atteints (mollets, cuisses, bras, abdos (!)), et je suis assez pessimiste sur l'évolution.
En effet, plus on descend dans la vallée, plus la chaleur est étouffante; d'autant plus que nous passons dans des endroits sans ombre et empruntons également la route qui renvoie la chaleur du goudron.

J'arrive dans la vallée, à La Salle (36ème km- point d'eau); qui marque la fin de cette longue 2ème descente de la journée.
Je demande à m'assoir et en profite pour me masser les jambes à l'arnica.
Je prends bien 10mn à essayer de reprendre le dessus (ne jamais abandonner quand on arrive à un ravitaillement).
Après cette longue pause, je me persuade de continuer et au moins d'atteindre le prochain ravitaillement.

Puis je repars tranquillement avec 2 coureurs.
Les 5km pour atteindre le 2ème ravitaillement de la journée seront longs et éprouvants tellement la chaleur est suffocante.
J'essaye encore de courir sur les portions plates et marche dès que cela monte un peu.
Je me fais doubler mais cela reste raisonnable.

Enfin, j'arrive à Morgex (939m-41km-6h26)

Il me faut bien 5mn assis sur le banc, avant d'aller prendre un verre de coca.
Il y a beaucoup de coureurs qui sont en train de s'alimenter et pas mal ont abandonné (100 coureurs abandonneront à ce point).
Je prends le temps de manger des biscuits salés et quelques pâtes (excellentes!)
Ce long arrêt (bien 15mn) m'aura fait du bien (au moral); mais les jambes sont dans un sale état.

Je décide de repartir et de faire le point au prochain point d'eau à Pré St Didier, 5 km plus loin.
J'ai retrouvé du jus, mais les crampes sont devenues incessantes.
Quand ce n'est aux mollets, c'est aux cuisses, ...
Dans les descentes, cela devient encore plus dur où je suis obligé de m'aider de mes bâtons pour soulager les douleurs.
Je réalise qu'à St Didier, il me restera encore 38km et 2500m D+ et surtout 2300m D-.
Je suis en train de me convaincre que c'est impossible.
Que d'aller plus loin, c'est prendre des risques pour l'Utmb; d'autant plus que je sens des débuts de tendinite au niveau des tibias.
Qu'il faut garder le gout à l'effort
Que je n'ai plus la motivation de me faire mal, de souffrir, ...
Que c'est une bonne leçon pour moi d'avoir si mal géré cette belle course, et que cela sera une bonne façon d'être plus modeste à l'UTMB et ne pas faire de fautes d'orgueil.
.... La décision commence à être prise, et elle sera définitive après mon départ de St Didier.

Cela fait 24 heures, mais j'ai toujours du mal à encaisser cet abandon.
Même si je viens de voir que seuls 147 coureurs (sur les 280 partants) ont bouclé le parcours, et que j'étais entre 30-45 à Pré St Didier.

Je ne suis pas désespéré ou le moral dans les chaussettes ; mais plutôt perturbé.

Je suis sûr de certaines erreurs :

- Pas vraiment le goût de faire la course (un peu une obligation dans un planning de préparation), donc pas la motivation au top
- Un départ beaucoup trop rapide !
- Un manque de lucidité par rapport à ma gestion de course
- Avoir trop pensé à l'abandon (d'habitude, je ne le mets même pas en option dans la gestion de ma course)

Par contre, je n'ai pas les réponses :

- Comment se fait-il que j'ai eu autant de crampes (alors que je prends magnésium, ...) ?
-> Si vous avez des solutions, je suis preneur.
- Est ce le fait d'avoir relâché l'entrainement après le Mercantour, qui explique cet état physique ?



Bon, maintenant :
C'est un peu de repos cette semaine, puis 2 semaines en vacances en Aquitaine qui me permettront de courir sur le plat, 1 semaine en altitude (au dessus de La Grave à 1850m) pour refaire un peu de dénivelé et le plein de globules.
Et 2 semaines de peaufinage, avant le grand RDV de l'année ...

4 commentaires

Commentaire de Jerome_I posté le 16-07-2007 à 10:10:00

Salut stef,

Et bien donc on a eu la mème saison et la mème course samedi... Bon repos, moi je coupe un peu, puis ca sera la reconnaissance en rando du CCC.

Bonnes vacances, on a 6 semaines pour faire du jus.

Sportivement

Jérome

Commentaire de gdraid posté le 16-07-2007 à 10:45:00

Comme Jérôme et tant d'autres coureurs, tu as été victime de la chaleur de ce 14 juillet.
Merci stef73 pour ce CR courageux et instructif pour tous.

Pour amener un élément de réponse à ton problème de crampes, Peter KLUKA, Tchèque, vainqueur des 8 jours de la NFL 2006 à Monaco, m'a conseillé d'avaler 2 cuillères à café de bicarbonate de soude par 24 heures, au cours des 6 jours d'Antibes de juin dernier. L'action du bicarbonate de soude, contre l'acidité excessive dans l'organisme, serait salutaire, d'après lui.
Je l'ai remercié après l'épreuve de 6 jours, car à aucun moment, malgrè la forte chaleur des 3 premiers jours à Antibes, et ma prédisposition habituelle aux crampes, je n'ai connu aucun soucis de crampes, ni à l'estomac, ni aux jambes, ni ailleurs...

Bonne récupération, bonnes vacances en famille, et bonne course prochaine à l'UTMB.
JC

Commentaire de Khanardô posté le 16-07-2007 à 11:27:00

Salut à toi.
Un récit impressionnant, qui montre bien ce qui se passe dans la tête du bonhomme quand tout se passe mal... C'est très très instructif, et cet abandon sera profitable à d'autres que toi, j'en suis persuadé.
Tu as donc subi le même coup de chaud que Jérôme, et tous les deux, vous avez eu la sagesse d'arrêter, heureusement !

Pour ce qui concerne les crampes, j'utilise avec satisfaction de la Sporténine, as-tu essayé ?

Allez, récupère bien, et repose-toi surtout, car une épreuve pareille laisse plus de traces qu'on imagine, même si on se sent bien, les réserves sont bien entamées...

Alain

Commentaire de jongieulan posté le 16-07-2007 à 14:29:00

Stef,

c'est pas un peu de repos cette semaine, c'est BEAUCOUP de repos cette semaine!!!...écoute toi....regonfle un peu la motiv'!!!...

profite bien des bienfaits du sable et de l'océan!!

bonnes vacances!!

Fabrice

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