Récit de la course : 24 heures de Brive 2004, par bibi

L'auteur : bibi

La course : 24 heures de Brive

Date : 20/5/2004

Lieu : Brive La Gaillarde (Corrèze)

Affichage : 1231 vues

Distance : 218.202km

Objectif : Objectif majeur

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Le récit

Ça fait déjà 1 semaine que j’ai couru mon 24H,et c’est comme si c’était hier……Je plane ....Aujourd’hui je suis dans un état second…..terrassée par le fatigue,je n’arrive pas à « m’échapper de cette course », les amis, la famille voulant connaître le déroulement de cette épreuve qui leur semble inhumaine…

Le soir de l’épreuve je suis assez détendue…Papy et moi arrivons à Brive vers 19h15,allons vite retirer le dossard et retrouvons mes amis a la terrasse d’un café ou j’apprécie une bonne pression…..Il y a Claude et Claudette, président de l’ASPTT AUXERRE et Philippe(entraîneur de D Provost) qui me suit (sur ma demande)depuis le 100KM de Saint Nazaire . Ils ont la liste définitive des engagés,je ne veux pas la voir…..Je me concentre sur moi,les autres je m’en fou , je dois faire 200Km, les autres ont des objectifs différents…Le repas est très conviviale ,sympa mais l’heure du dodo approche…Je règle ma montre à 7h45 pour le réveil…..précaution inutile,dès 6H suis éveillée (bizarre non ???)Je tourne et retourne dans mon lit et à 7H, hop debout….bonne douche et petit dèj. 8H. Je suis beaucoup moins sereine que la veille,je me sens envahir par le stress, vais « péter un plomb »…Papy sens bien que je suis très nerveuse, lui a l’air cool, serein et il arrive même a m’énerver d’être aussi calme. Ma tension a montée d’un cran quand Papy s’est « cru obliger » de me montrer Joëlle Semur qui déjeunait 2 tables plus loin. Je ne la connaissais pas physiquement et me suis senti toute petite devant cette grande dame des 24H…

Arrivée sur le site de la course,je retrouve Claude ,Dominique Philippe….échange quelques paroles avec Bruno qui se trouve juste a coté de notre « Team ».Quelle joie de revoir Chico je lui dis que je suis « morte de trouille », il me rassure car lui aussi est tendu…Ouf,c’est donc normal ;-)))) Pendant que les hommes organisent le stand , je vais avec Claudette et Francine reconnaître le parcours a pied…Au sortir du ravitaillement il y a une zone de pavés qui doit faire mal au pattes après plusieurs heures,il y a 2 grandes lignes droites et ensuite ça « tournoie » pas mal , à noter un petit raidillon sympa qu’il faudra essayer de « grignoter »en douceur…Le cadre est sympa, le circuit me plait (c’est mieux pour se genre de challenge). 20 min avant départ Papy me fait allonger dans la voiture de Claude pour m’isoler un max, j’essaye de faire le vide tout en repensant a la stratégie mise en place avec mon « Team »

Ca y est le départ est donné….je donne vite fait ma montre a Papy, il ne veux pas que je m’occupe du chrono, c’est son rôle de me donner le tempo de la course et de s’occuper de mon ravito, moi je dois seulement être a l’écoute de mon corps,essayer de devancer les pb physiques qui peuvent venir dans la durée, rester lucide mentalement…

Dès le départ on a choisi(plutôt Papy a choisi…) l’option que je cours jusqu'à ma table de ravito. Là ,je marche environ 15s le temps de boire et manger et je repars pour un tour et ainsi de suite…..J’avoue que ça a été dur pour moi de marcher dès le 1er Km ,étant bien sur très fraîche…L’Papy devait presque se mettre au milieu du passage pour que je fasse cette petite pause marche ;-)))) En plus j’étais la seule a avoir adopter cette stratégie, Joëlle et Véronique prenant leur ravito a la « volé » sans marcher….Pourtant Papy m’avait convaincu du bien fondé de cette pause forcé,moi qui découvrais les 24H, je devais être prudente et surtout ne pas me « griller » mais entre un schéma de course idéal et son application,on ne peut pas s’empêcher de cogiter,de se poser pleins de questions, est-on dans le vrai ? les filles expérimentées font autrement, pourquoi ?

En fait au bout d’1 heure de course mes doutes se sont vite estompés .Cette tactique me convenait parfaitement, quand je recommençais un tour, j’avais hâte qu’il se termine pour pouvoir échanger quelques paroles avec Papy, me tenais au courant de la course de Claude, je disais ce que je voulais pour le ravito suivant, et tout ça en 15 secondes de marche….Mais qu’est ce que ça réconforte…En plus par rapport aux filles , je voyais que je suivais facilement, les quelques mètres qu’elles me prenaient (durant mes mini pause) je les reprenaient tranquillement au train…Papy et Philippe me signalent que je suis en avance par rapport aux prévisions (elles se trompent souvent ;-)) ) mais me voyant bien ils me laisse gérer a ma guise, me rappelant tout de même de faire ma course sans s’occuper des autres….(plus facile a dire qu’a faire…).Pour ne pas refaire certaines erreurs du passés, je fais bien attention de ne pas mener « la danse » et de rester en embuscade tout en observant le déroulement de la course….Les heures passent et je suis vraiment bien,il y a une super ambiance dans le peloton,des mots gentils ,des encouragements des conseils…J’en oubli même la chaleur,trempant régulièrement ma casquette dans les seaux d’eau ,bizarrement cette sensation de bien être me fait peur,quand est ce que je vais souffrir ?beaucoup de coureurs me disent que la nuit est souvent terrible,attendons…

Ce n’est qu’au bout de 5H de course que je demande à Papy le nombre de KM fait :54 km,bien ,je pense ,surtout toujours sans soucis….Bizarrement,en fin d’après midi un peu de lassitude m’envahi….tiens,tiens,il faut que je sois vigilante et je dois réagir mais comment…Alors chaque fois qu’il y a l’animation musicale et bien je chante en même temps , ça a amusé plusieurs coureurs (chacun sa méthode pour faire passer le temps..).D’ailleurs je trouve qu’il y avait trop de blabla du speaker (qui m’appelait toujours la petite Bec,et jamais le petit Chico ;-)))) et pas assez de musique pour mettre de l’ambiance .Justement j’ai remarqué que ce coup de blues venait quand les spectateurs rentrèrent chez eux ,voyant l’orage arriver……Qu’ils étaient noirs les nuages et les 1 er coup de tonnerre n’étaient pas rassurant.. L’orage va durer pendant un long temps (je ne saurais dire précisément),l’eau tombait violemment, on était en « aquaplaning » sur le circuit…on a été trempé….(quand je pense que durant la phase d’entraînement,quand il pleuvait je restais tranquillement a la maison a faire du tapis de course…) Je me suis changée 2 fois de haut (toujours durant mes 15 ou 20s de marche) mais suis resté en short, je n’avais pas froid….au contraire, ce changement de temps m’a été bénéfique, ça m’a relancé dans la course. Il y a eu une rupture dans la monotonie de tournée en rond, et c’est avec joie que j’ai vu la nuit arrivée .Dans ma tête, je me suis dis que j’avais bien passée la chaleur et que j’allais atteindre les 100 Km dans de bonne condition.

En effet,je passe les 100Km en 9H 40 , la moitié du chemin est déjà fait et je sais que la nuit est à moi…Il est 20H45 ,c’est fou cette course, çà passe vite et lentement a la fois. Depuis plusieurs heures je ne m’occupe pas des filles ,étant régulièrement informé malgré moi par le speaker et Papy (je lui dirai d’ailleurs que les autres je m’en fou ,courant après les 200km..).Et puis on ne peux pas calquer indéfiniment sa course sur les autres, Joëlle et Véronique s’arrêtant + souvent, mais quand elles me dépassent,je ne peux et ne veux pas les suivrent, restant fidèle à mon « diesel »

Comme je l’avais prévu,la nuit sera magique, j’aime cet atmosphère particulier,ou les hommes deviennent des ombres , ou les visages deviennent figés, ou les paroles deviennent muettes…La 1 ère fois que j’ai couru la nuit c’était durant le Raid28 et j’avais été emballée….C’est d’ailleurs pour cela que je me suis engagée 1 an + tard à la Saintélyon pour retrouver les frissons de gambader dans l’obscurité (au passage, merci de m’indiquer des belles courses qui se déroulent la nuit )

Durant cette nuit je vais penser a pleins de choses autre que la course : mes enfants,RV qui doit être scotché au micro ; maman qui doit courir avec moi dans son lit (elle avait tellement peur de cette course), tous mes amis du Club qui croient en moi(ne pas décevoir),la récup d’après course…Le centre de Brive était très calme ;a part quelques jeunes qui allaient en boite, les bars et resto se vidaient tranquillement. Pour maintenir ma lucidité et faire travailler mes neurones,je calculais l’heure réelle par rapport aux heures courues…Sur le parcours,les coureurs étaient peu nombreux, certains optant pour des petites poses, au niveau des tables de ravito, l’activité était moindre,certains accompagnateurs sous une couverture,dormant sur leurs chaises …Moi,je ne ressentais aucune fatigue .Mon Team était présent,Papy toujours autant « expressif » et aux petits soins avec moi…Claude était parti se reposer après avoir passer les 100km, Philippe voulait me couvrir +, apparemment il faisait froid,j’ai répondu qu’avec mon short et mon tee-shirt, j’étais très bien…Ils m’ont proposé un massage, pourquoi ? tout allait bien : surtout ne pas dérégler la machine……Papy voulu a tout prix que je fasse des étirements ou du moins m’accroupir, je lui répondis que comme je faisais régulièrement « pipi », je m’accroupissais naturellement sans pb.

Après 21h30 de course (il est 8h30 du mat) je passe la barre mythique des 200 km, j’ai gagné mon combat contre moi-même, je savais que je pouvais y arriver, je ne me suis pas déçu ;-))) J’ai presque envie d’arrêter, mais mon Team me ramène à la réalité…Je suis 1ère femme depuis plusieurs heures et en position d’être Championne De France…c’est surréaliste, je chasse presque cette idée de ma tête, suis venue pour les 200km, alors je veux profiter de ces quelques heures qu’il reste pour savourer « ma victoire », tous les coureurs commencent a me féliciter, et m’encourage a tenir cette 1 ère place, a gérer….On m’informe que j’ai 5 t d’avance sur Véronique, c’est beaucoup et peu a la fois…..Un récent souvenir de St Nazaire vient m’envahir l’esprit ou j’ai « caracolé » en tête durant + de 70 KM et après le descente aux enfers……pour terminer 4 ème.. A partir de là mon état d’esprit sera très confus déchiré entre la joie des 200 km et la peur de louper quelque chose d’inaccessible. Moi qui suis généralement ambitieuse,je me contenterais d’une 3 ème place sur le podium (alors que je suis en tête) je demande souvent a Papy si la 4 ème est loin…..Je crois qu’il ne m’a jamais répondu correctement, me disant d’aller de l’avant au lieu de vouloir me retourner….

205,210km…..je n’en peux plus,j’avance grâce a l’ambiance EXTRAORDINAIRE qu’il règne a l’approche du dénouement final…c’est marrant, plus je fatigue mentalement et physiquement et plus les gens s’agitent comme pour me donner de leur énergie….La dernière heure de course sera démente, suis dans un état second……Je vois tout le monde s’agiter autour du circuit, Claudette, Francine et Loulou font du fractionnés a travers le parc pour me soutenir le + souvent possible, les appareils photos crépitent (la tête que je dois avoir..) et le Papy qui me « gonfle » avec ces 220 bornes, je le remballe un petit peu lui disant que la « coupe est pleine » et que je veux arriver lucide….Philippe est moins gourmand et il m’encourage a profiter des derniers instants en marchant…..Je dis vouloir rester lucide mais a 30 min de l’arrivée, avec 5tours d’avance sur Véronique, je demande a tout le monde si c’est bien gagné…Malgré que le speaker annonce ma victoire,je ne suis toujours pas tranquille…..sur le circuit je cherche Véronique…Quel bonheur quand Chico a couru quelques mètres avec moi, vraiment des gamins, lui qui était aussi tendu que moi avant départ et là on se retrouve libéré, vidé mais Heureux

Les 3 derniers tours avec Cyrano sont mémorable, qu’il est cool, apaisant, zen

Le top du top c’est faire le dernier tour avec Claude, mon président de Club, 66 ans, 1er 24H et 120 km au compteur, chapeau bas !

Il reste encore 5 min avant la fin de l’épreuve,je décide avec mon Team (Papy moyen sur ce coup) de rester vers le ravito ,profiter de la foule et de passer une dernière fois la ligne totalisant 218,202KM.



A peine arrivée, mes oreilles bourdonnent, un brouhaha envahi ma tête….tombe dans les pommes mais reste consciente. Les secouristes me prennent en main,ne suis pas en hypo,juste une « très grande fatigue »qui me tombe dessus (normal non ??)



Après tout a été trop vite……Ce podium, La Marseillaise,les applaudissements pour moi qui étais venue juste pour faire mes 200 bornes…..J’en ai encore la chair de poule



Bibi

2 commentaires

Commentaire de gdraid posté le 07-02-2008 à 18:43:00

Bravo Bibi, et respect.
Je viens de lire vos 2 récits, celui de Papy, et le tien .
Tu l'as bien mérité ta Marseillaise !
Je penserai à vous deux, le 1er mai prochain, à Brive...
JC

Commentaire de momoVH3 posté le 24-05-2009 à 09:34:00

BRAVO Bibi. Je viens à l'instant de lire ce récit pour voir si on avait les mêmes sensations, homme ou femme. En te lisant,j'ai revu ma course mais la mienne s'est faite à un rythme plus lent. Chapeau bas. L'avenir d'ailleurs n'a fait que confirmer tes possibilités.

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