Récit de la course : L'O'Rigole - 67 km 2006, par Geronimo

L'auteur : Geronimo

La course : L'O'Rigole - 67 km

Date : 3/12/2006

Lieu : Le Perray En Yvelines (Yvelines)

Affichage : 2560 vues

Distance : 69km

Objectif : Pas d'objectif

4 commentaires

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La corne de brume...

La corne de brume, ou quelque chose de similaire retentit au Perray en Yveline. C’est pas toutes les nuits que cela doit arriver, surtout à cette heure fatidique, minuit.

C’est mon premier « ultra », m’étant inscrit au Trail des 5 Moulins à Mondeville sur les 45 kms mais pour divers raison n’ayant pas pu y participer. Aujourd’hui c’est pas du même acabit : 67 kms initialement, 69 en vrai, 1480m de dénivelé, départ minuit en décembre…c’est du lourd, de l’UFO pur et dur, le genre d’épreuve que tu regardes de loin en te disant que c’est pas pour toi.

L’objectif n’est autre qu’un bon entraînement pour le RAID 28 auquel je suis inscrit : l’équipe les CINQ AMIS RAID, avec JPH chef de groupe et orienteur hautement qualifié et Le Bulot sur Kikourou, et deux féminines. Alors faire les deux premières boucles, 23 + 22, ce serait déjà pas mal. Ben oui quoi, un entraînement c’est un entraînement.
Mais sur ce coup là je ne me prends pas la tête, déjà heureux d’être là, la nuit est douce, l’ambiance est bonne, la forêt de Rambouillet nous tend les branches. Ce que je crains le plus sont les barrières horaires : 3h pour la première boucle de 23km, 4H pour la seconde avec un dénivelé de 3 ou 400m… D’après mes calculs sophistiqués ça devrait passer, au moins sur la première. Après on verra.

On démarre à un rythme soutenu, mais les festivités commencent vraiment après quelques kilos : la forêt, ses sentiers avec racines, ses dépressions, ses murs a grimper que l’on ne discerne pas vraiment dans la nuit, sinon à la traînée laissées par les frontales.
Le parcours a été hyper balisé, tous les 30 mètres avec fluo. Ca plus les concurrents précédents, aucune chance de se perdre, enfin pour l’instant. Je fais la route avec un couple qui va bon train, cela me convient parfaitement.

La première boucle est paraît-il la plus facile, d’après l’organisateur. A vrai dire avec le recul, en dehors du dénivelé, ce n’est pas tout à fait mon avis. Il faut rester concentré sinon la chute guette. L’allure s’en ressent évidemment, et il n’est pas question pour moi de doubler qui que ce soit.
Parlons un peu des rigoles : pour les avoir pratiquées on est certain que le mot ne vient pas du verbe rigoler… surtout la nuit. Pas d’autres solutions que d’y descendre, de remonter, et d’y redescendre encore, avant bien sûr de remonter encore… La nuit, à quoi d’autre se fier qu’aux rubalises ?
La première boucle je la parcours en 2h37, soit une moyenne de 8,74km/h ! Incroyable mais vrai. J’ai donc un peu de temps avant d’entamer la seconde. Je change de chaussettes, trempées, je mange mais sans plus. Le ravitaillement, dans le gymnase du Perray, est copieux. Je commets l’erreur de me dévêtir.
Je repars au bout de 15 ou 20 minutes. La boucle noire, la cruelle, celle qui va écrémer les participants. La aussi un couple qui participe au relais m’accompagne, dés le départ, et ceci jusqu’à l’arrivée.
J’ai un peu froid au début, heureusement une longue ligne droite me réchauffe. C’est vraiment reparti. J’alterne course et marche rapide. Le parcours est du même acabit, rigoles, montées plus ardues, dépressions, et petits ponts.
On crapahute pas mal, je butte trop souvent dans des racines, ça fait mal au bout des orteils, mais ça passe. La gadoue parfois, les feuilles mortes bien glissantes par endroit, les mares à longer qui la nuit paraissent êtres des précipices sans fonds.
Je change pour la seconde fois les piles de ma frontale. Changer des piles en pleine nuit n’est pas forcément évident. Mais pas trop de temps de perdu. On fait l’accordéon avec le couple relais. Je suis rarement devant et l’on s’interpelle quand une difficulté risque d’être occultée par le suivant. Bref on s’organise et on avance.
Je ne suis pas très fort dans les montées et ils me prennent un peu de distance, que je rattrape dés que cela s’adoucit.
Et nous voici déjà à l’entrée de la ville du Perray. La lumière du stade, il est 6h20 du matin. Quand je rentre il y a beaucoup de concurrents qui ont pris leur douche… et s’apprêtent à rentrer dans leur foyer.

Ma décision est prise : je repars pour la 3ème boucle, je me sens bien, un peu mal aux jambes mais sans plus. Je reste là à peine 10 minutes. Pour être dans les temps, 10h30, il faut que j’enchaîne la dernière boucle en moins de 4H.
J’ai un doute en sortant sur le parcours à suivre à la sortie du gymnase ; Poleni, l’organisateur, m’indique la route à suivre. Tu verras me dit-il, le jour va se lever, ce sera magnifique.
Me voici en plein champ, seul, il fait encore nuit, la température est clémente : alors j’extériorise ma joie en criant, ce matin là rien n’aurait pu m’arrêter, qu’ils arrivent donc ces pentes abruptes aux dénivelés dévastateurs, ces marécages à traverser –dixit l’organisateur- ces sentiers que même un âne aguerri ne pourrait emprunter !
Calmes ta joie : à la première racine gluante je m’étale lamentablement… même pas mal !
Je galope, ou plutôt me déplace, seul durant deux heures, dans cette forêt que je ne connais pas, ou si peu.

Je discerne une frontale, au loin, épisodiquement. Je ne suis donc pas le seul à être reparti, ou tout au moins pas le dernier. Le jour se lève, enfin. Le parcours d’un seul coup change. Les rubalises fluo sont positionnées dans des dépressions que maintenant je peux contourner, puisque je vois les suivantes.
En fait d’une frontale, il y en avait deux ; deux humains qui me rattrapent, me dépassent à la faveur d’une montée à 20%. Ils ont adopté la stratégie : je fais la 3eme boucle en marchant. Moi je peux courir un peu, ce que je fais en repassant devant. Mais pour peu de temps : leur stratégie est la bonne, ils me redépassent, cette fois définitivement.

Je rejoins un autre concurrent et nous symphatisons tout de suite. Il est d’origine tunisienne, à fait plusieurs courses dans le désert, et a fait les 100 bornes de Millau. On ne se pose pas la question de savoir si on fait ou non le chemin ensemble, nous le faisons c’est tout.

Arrive ce qui devait arriver : à force de papoter, de bavarder, on a pas été foutu à la porte avec un rapport de M. ***,non, mais on a bel et bien perdu notre chemin. Où sont donc ces rubalises qui en plein jour ne brillent plus ? On tournicote pendant un bon quart d’heure et soudain au loin, je repère un compétiteur avec une veste orange (comme celle des deux précédents). Il reste sur place, je cours en leur direction : non seulement ce ne sont pas des compétiteurs, mais il n’y en a qu’un, un brave homme qui promène son chien !
Il nous indique ou se trouve, à vue de nez, Le Perray et nous suivons la direction indiquée. Il avait bon puisque nous tombons sur une voiture ou un pointeur relève nos numéros. Il reste 3 kilomètres, il est un peu moins de 10h. Ca va être du just pour être classés.
Guy (j’ai su son prénom sur le classement) me dit qu’en 20 minutes on peut faire 2kms. On démarre et le centbornard qu’il est fait la différence. Il va doucement mais sûrement. Moi je suis obligé d’alterner course et marche.
Il est 10h25, je suis dans le Perray, le gymnase est derrière ce virage, j’accélère… j’y suis..
10h26’56 !!!

Voilà j’ai fait un ultra de 69kms à une moyenne de 6,6km/h, je suis le dernier classé, 66ème sur 112 partants. Il y a eu 40% d’abandons, moins que l’an dernier. Bravo à tous !

Et maintenant le RAID 28…DANS 34 JOURS !

4 commentaires

Commentaire de Kiki14 posté le 10-12-2006 à 13:32:00

Bravo Géronimo...encore une fois ton récit est comme si on y était ...courir la nuit dans des conditions pareils ça c'est vrai y'a pas de quoi "rigoler"...bref tu t'en est bien tiré encore merci pour ton grand récit et pour la toute petite photo......

Commentaire de agnès78 posté le 10-12-2006 à 15:58:00

merci beaucoup pour ce CR qui me donne envie de faire le 67kils l'année prochaine... Bonne continuation et à bientôt sur le raid28.
Bises
agnès

Commentaire de XDams posté le 10-12-2006 à 23:19:00

Respect pour toi... finisher !

Commentaire de gdraid posté le 16-12-2006 à 16:57:00

Bravo Geronimo !
Bon récit, motivant.
L'an prochain je m'inscris sur l'O'rigole, pour arriver comme toi, le mental entre les dents, et si possible dans les temps.
PS: je prendrai sans doute mes bâtons...

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