Récit de la course : Saintélyon 2006, par Say

L'auteur : Say

La course : Saintélyon

Date : 3/12/2006

Lieu : Saint Etienne (Loire)

Affichage : 3679 vues

Distance : 68km

Objectif : Terminer

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La Saintélyon, vue du fond du peloton

"Mais qu'est ce qui a bien pu passer dans ma petite callebasse?" Je suis assis là par terre au milieu d'un hall grisâtre, noyé au milieu de milliers de coureurs venus en découdre sur une course reliant Saint Etienne à Lyon de nuit. La boule d'angoisse réapparait. La dernière fois qu'elle est venue me saluer, c'était lors de la première épreuve du baccalauréat. Elle m'avait porté chance mais fait visiter la moitié des toilettes du Lycée. Autres temps, autres terreurs. Là, j'ai choisi et même payé pour user mes petits pieds sur des chemins tortueux et des routes peu fréquentées.


Trois mois avant

Sur un forum un certain Neo s'interroge sur son inscription à une épreuve qui lui fait un peu peur. Là je suis carrément intrigué car il a accroché une épreuve de 6 jours à Antibes à son palmarès, embrayant sur les 12h de Bures le week end suivant et le tout sans se plaindre le moindre du monde. Si même un phénomène de résistance et d'endurance craint cette course... pourquoi pas moi? J'ai bien au moins une case en moins, celle du doute. Mais j'ai dû réfléchir à voix trop haute, ou a clavier trop proche de mes mains, pourtant je ne suis pas Italien, mais hop, voilà que le message est parti! Trop tard pour revenir en arrière. J'ai écrit que j'étais des leurs... Là ça se complique sérieusement. Je n'ai jamais couru plus de 10Km en compétition, et encore, dans des temps de grand débutant. Autres handicaps : j'embarque une belle surcharge pondérale (certains appellent ça du lest mais le lest se lâche au décollage lui!) et il n'y a quand même pas beaucoup de dénivelé en région parisienne où je cours.

Heureusement, la fée internet veille. Et je me réveille sur le site Kikourou où un post se créé pour l'occasion, distribuant moultes informations de logistiques et tactiques. Je bâti un plan d'entrainement à partir de ceux du site de Bruno Heubi. Ils sont prévus pour des 100Km, donc cela devrait suffire pour mes 68 à moi. De longues sorties en endurance, quelques unes en allures seuil et marathon. Et puis, il y a aussi ce groupe de coureurs qui habitentdans ma ville et avec qui je passe mes dimanche matin à essayer de ne pas trop me faire distancer. Ils sont en footing et moi le plus souvent au seuil mais ils me permettent de tenir des allures sur des durées que j'aurais du mal à assurer seul. J'ai même l'impression de progresser en vitesse.

Je ne sais pas pour vous, mais j'aime bien l'aventure, quand je connais la fin! Toujours armé de mon moteur de recherche préféré (et parfois de la carte bancaire qui va bien), j'ai sorti le kit de l'utra trailer (coureur hors route au delà du marathon) : tannage des pieds au citron (vu sur le site du Marathon des Sables), équipement allégé et chaud chassures à crampons accrocheurs, diététique d'avant course (hyper glucidique) et de course (barres de céréales, spiruline, cocktails énergétiques pour étancher sa soif). Sauf, que... J'avais tout prévu pour une température de -4°C à 4°C et la météo annonce 10°C cette fameuse nuit. Du coup, revue complète du paquetage 8 fois dans l'après midi avant le départ! Impossible de choisir entre les chaussures de route que j'aime bien, les trails qui me collent des ampoules, entre un cuissard, un short, un collant, entre la super veste polaire hors de prix et un simple coupe vent, etc, etc... Du coup, j'ai tout pris, entrant les derniers équipements au chausse pied dans ce sac de sport vraiment trop petit.

Le départ

Donc après 380Km et 1600m de dénivelé cumulé, me voici à l'assaut de mon Everest à moi, la Saintélyon. Rendez vous après 22h30 à côté des gradins avec les Kikourou/Ufo (groupes de coureurs du net). Après une bonne inspection des tribunes façon inspecteur Colombo "excusi moué missiou, savé vous oùki cé le zoo?" qui m'a valu l'opprobe de la plupart des personnes que j'ai -gentiment- bousculées, aucune trace d'eux. Tant pis, je m'installe dans un espace de "luxe" (1m² au sol) où aucun coureur n'a eu l'idée de poser ses affaires. Moi qui n'aime pas la foule, je suis servi.



Ca y est, au bout de 30 minutes, j'ai revêtu ma panoplie qui "court toute seule". Prêt à en découdre, allez où est ce départ? Qu'on en finisse, je suis une vraie pile électrique... affublé d'un sac de sport de 20Kg! Je l'avais oublié celui là. L'organisation s'occupe de transporter nos sacs au point d'arrivée. Bon point pour elle. Et dans le car où on dépose un peu en vrac nos chargements, je croise un des joyeux lurons Ufo, un de ceux qui trouvent que la course est trop facile et trop courte et qui s'amuse parfois à la courir en dans l'autre sens avant le départ! Second bon point pour l'organisation, elle me permet de retrouver mes amis du net sur le départ. J'ai l'impression de retrouver le fameux Néo. Enfin quelqu'un me dévisage comme si on se connaissait. Mon téléphone sonne. C'est un collègue triathlète qui a fait quelques Iron Man avec 4h au marathon à chaque fois. Un autre costaud. Je pars le saluer, on taille le bout de gras, il sert la palluche à un notable du coin. Et quand je lui dis goguenard qu'il connait tout le monde, il rigole en me disant que c'était un de nos boss. Aïe la gaffe!



Le départ des relais est un petit quart d'heure avant le départ des raiders solo. Mais tout le monde se masse déjà dans la rue du départ. Tant mieux, j'en profite pour atteindre ce stand de boissons, sorte d'Edelweiss intouchable en haut de la montagne de coureurs. Là, personne. Je peux enfin boire, grignotter quelque chose et tranquillement prendre place bien calé au fond du peloton de départ. Par le plus grand des hasards, je retrouve mon triathlète tout sourire, heureux d'être là et hop, on part... façon marathon de Paris, avec 5 minutes pour franchir la ligne de départ! 7500 coureurs au total, ça fait beaucoup. La vidéo du départ est là :
http://www.youtube.com/watch?v=Oil_GpEx5_M

Le speaker annonce goguenard que c'est parti. D'accord, mais si les 3000 et quelques personnes devant moi n'avancent pas, je ne vais pas pouvoir aller bien loin. Ce n'est pas grave, j'en profite pour continuer à me...moucher! L'avant veille je me suis traîné au bureau, prenant les escalators et autres ascenceurs car j'étais bien incapable de monter des marches étant fiévreux. Je ne voyais alors pas au delà de 3 m et encore dans un champs de vision plutôt réduit. D'ailleur mon médecin m'a arrêter la veille de la course : virus de type grippal mais moins costaud. Il m'a indiqué qu'il y avait de fortes chances que ça aille mieux le jour de la course mais que j'allais être très diminué. Etant sportif lui même, à son avis le mur des 30Km allait venir beaucoup plus tôt pour moi. Quelque chose comme au 2° kilomètre....

Ah, ça y est, on court. J'abandonne ma rêverie d'avant course. Mon collègue me distance tout de suite, c'est normal, il y a deux classes d'écart entre nous. Mais c'était sympa de faire quelques foulées avec lui. J'aurais bien aimé partir avec les kikoureurs aussi mais je ne peux pas être partout. La météo annonçant de la pluie et certains "éclaireurs du net" ayant repéré des passages dans de la boue, j'ai choisi de partir avec des guêtres pour éviter que la boue ne rentre dans les baskets. C'est une bonne idée, sauf que... je ne sais pas comment les mettre! Je m'arrête 3 fois dans le premier kilomètre pour les ajuster. Rien n'y fait, elles glissent et se coincent entre mes chevilles et les runnings. Tant pis, j'ai assez perdu de temps comme ça. Ca frotte un peu mais je suis déjà le seul coureur au milieu des randonneurs.

La sortie de Saint Etienne se fait piano. Je trottine à 8Km/h car à chaque fois que je passe au delà, mon cardio atteint des sommets himalyesques (180 pou rune FCM à 187...). Saleté de Virus. A la première montée (10m...), je sens mon poul qui bat dans mes tempes comme dans un concert des tambours du bronx. Là, ça ne va pas aller du tout. Je ne suis pas capable de courir. Il faut faire un choix. J'opte pour celui de marcher et de faire cette Saintélyon coute que coute. Du coup, tout s'enchaine très facilement.

Je laisse filer les derniers raiders que j'avais péniblement rattrapé en me disant que ceux qui sont meilleurs que moi sont à leur place loin devant et les autres, je les rattraperai à partir du 50° kilomètre. Je suis pessimiste car dès le premier ravitaillement (7Km, à Sorbiers), je commence déjà à en rattraper en marchant. Le problème de cette course, c'est son succès. Combien de personnes ai je croisé de personnes en jean, basket de tennis fashion style, pas de lampe, ni même de gourde? Ca me surprend au début, puis je les oublie en me disant qu'ils ont pris cette épreuve comme une belle promenade au clair de lune. Sauf que là, déjà, les secouristes sont à pied d'oeuvre. Déjà des ampoules à soigner, des crampes et j'ai cru voir quelqu'un qui s'était tordu la cheville alors que nous n'avons pas atteint les sentiers tant redoutés.

Le ravitaillement me fait de la peine. Les bénévoles sont charmants et font ce qu'ils peuvent mais visiblement, une tempête est passée et tout est en vrac. Les rues de Sorbiers sont jonchées de gobelets plastiques et d'emballages de barres ou de gels alors que les sacs poubelles sont à moitiés vides. Mesdames et Messieurs les coureurs insouciants, vous êtes des porcs et j'ai honte qu'on me prenne pour l'un de vous. Savez vous que dans ces villages des gens nous ont fait l'amabilité de nous recevoir, transformant leur cadre de vie paisible en oasis au milieu de notre nuit de dingue? Eux méritent davantage notre respect, pas vous. Ce ne sont pas les 10 secondes perdues à déposer vos détritus dans les poubelles qui vont vous faire perdre beaucoup de temps sur une course 68Km!

Je ne manque pas de remercier la gentille dame qui me tend une dernière madeleine (mon point faible) pour la route. Elle était toute émue qu'on lui dise "s'il vous plait" et "merci". Donc c'est avec le couteau entre les dents que je repars. De grandes gueules s'époumonnent depuis le départ à se raconter des blagues et autres bêtises pour masquer leur appréhension de la course. Je les entends bien et ça me motive de les rattraper et de les distancer, toujours en marchant. On attaque enfin les difficultés, de grandes montées noyées dans un brouillard qui m'apparait glacé. Je suis seul. Non, les grandes gueules sont toujours là, un peu derrière moi mais elles ont un peu baisser en volume. Des randonneurs me doublent, l'un d'entre eux me glisse que c'est normal car ils ont l'habitude de ce type de parcours et que je les rattraperai lors des descentes. Rendez vous est pris alors et je salue les deux ombres qui se glissent entre les volutes de brouillard. J'espère que je saurai les reconnaitre. Tiens, c'est curieux ce que je pense là. A aucun moment je n'ai réellement douté d'arriver au bout.

Cette fois ci, on arrive au ravitaillement de St Christo, 16° kilomètre. Les visages commencent à être marqués autour de moi. Je découvre les visages des personnes que j'ai avec qui j'ai marché. Mince, ils ont l'air de sportifs aguérris, alors pourquoi sont ils si fatigués? Leurs traits sont tirés, comme s'ils avaient passé une nuit blanche. Enfin c'est le cas, mais ils ne devraient pas être aussi lessivés après si peu de temps. Ils me disent de ne pas les attendre. Du coup je repars tout seul, ce que j'aime bien tout compte fait.

On arrive au troisième ravitaillement, à Moreau, 22° kilomètre. C'est rigolo : je croise à peine le panneau "Ravitaillement à 1Km" que le voici. J'ai fait 1Km en 25 secondes? Les kenyans n'ont qu'à bien se tenir. LoL! Du coup, c'est hilare que je remplis mon bidon. Le bénévole me propose de l'Isostar. Pourquoi pas? Je n'ai jamais essayé sur une longue distance. Malheureusement un homme, la soixantaine, font sur les secouristes : il n'en peux plus et désire abandonner. Ils lui expliquent qu'ils ne peuvent que le soigner et que les rappatriements se font à Sainte Catherine, à... 13Km de là. Je vois son visage décomposé, livide. Vite il faut que je m'en aille parceque sinon, je ne vais pas tarder à avoir un moral en berne. Je lui souhaite bonne chance pour la suite, mais il ne m'écoute pas. Il est au téléphone, demandant à ses proches de venir le chercher.

Je me sens mieux physiquement. La marche sportive aurait elle des vertues curatives? Je me sens de mieux en mieux et mon cardio me le rend bien en affichant des nombres enfin corrects. Je tiens un petit 6,5Km/h quelque que soit le dénivelé. Mais est ce que j'ai rêvé? Un brouillard encore plus dense que le précédent m'enveloppe et je vois même des flocons de neige (??) passer dans le mur de lumière blanche de ma frontale. Elle ne me sert plus à rien car avec dans de telles conditions, elle ne fait que m'éblouir. C'est alors que je me souviens d'un post sur kikourou qui conseillait d'avoir une seconde lampe à portée de main afin d'éclairer par le bas, comme pour les phares anti brouillards des voitures. Ce fut une idée... lumineuse! Car aussitôt pensé, aussitôt fait, je vois à nouveau devant moi. J'en profite pour doubler des coureurs accrochés à leurs frontales. Et eux en profitent pour les éteindre et me suivre. Ca faisait un peu maman canne avec des canetons derrière. Encore un bon moment de rigolade (intérieure) quand cette image m'est venue.

C'est vrai que je me sens de mieux en mieux. Mon nez se débouche. Je n'ai plus de vertiges (j'en ai eu jusqu'au matin du départ). Et de l'air frais arrive enfin au fond de mes petits poumons. Du coup une envie folle me prend : et si je recourais? Au début, ce n'était que des petits trottinements alternés de marche, comme lors de me débuts en course à pied, il y a peu de temps en fait. Puis sans m'en rendre compte, je rattrape quelques coureurs qui descendent très prudemment vers Ste Catherine. Là c'est le quart d'heure de folie qui me prend. Je dévalle les descente en courant d'abord puis en rebondissant de pierre en pierre jusqu'à Sainte Catherine. Mon cardio m'indique des pointes à 25Km/h! Ce devait être pendant que je sautais. Mais je ne suis pas si inconscient : sachant que je pouvais me faire soigner voire rappatrier un peu plus bas, j'y suis allé sans appréhension.

Ravitaillement de Ste Catherine, 28° kilomètre. Plus aucune grande gueule. Tout le monde est humble. Ceux qui le peuvent ne trainent pas trop à cet arrêt car il est terrible : les autocars de rappatriement sont pleins. Certes, il y a des relayeurs mais à la mine de la plupart, ce sont des abandons, la mort dans l'âme. Tant de kilomètres à l'entrainement, tant de sacrifices, réduits à une place au fond d'un autocar sordide. Un salut aux braves qui ont tout de même atteint cette étape et je m'engouffre de nouveau dans une montée à faire pleurer de joie pour un cabri, que je ne suis pas! Je paie au centuple mes efforts de la descente et je grimpe lentement, très lentement, les coteaux. J'y fais une nouvelle rencontre. Deux femmes dont l'une s'est méchament tordue la cheville. Elle ne voulait pas renoncer mais n'arrivait pas à se tenir debout. Il m'a fallu toute mon énergie pour lui expliquer qu'on n'avait fait que la moitié du parcours et qu'il restait 700 de dénivelé positif donc autant de méchants pièges. Je ne sais pas ce qui a fait le déclic (mes paroles convergentes avec celles de son amie ou le clin d'oeil que je distribue généreusement en lui disan qu'elle me mettrait la pâtée une autre fois) mais elle s'est levée et a demandé à son amie de la ramener au poste de secours. Et moi pendant, ce temps je m'enfonce de nouveau seul dans la forêt....

Après cette montée, on aborde alors une grande descente vers Saint Genoux. J'avais prévu de me réserver jusqu'à Ste Catherine et de lâcher non pas les chevaux mais le poneys à partir de là. Râté. Ce sont des descentes en sentiers étroits où il est quasiment impossible de doubler surtout de nuit. Comme je suis au milieu de randonneurs, je commence à sentir mes jambes se tétaniser car je ne suis pas à mon rythme. Et c'est avec un grand bonheur que j'atteins ce ravitaillement. Je me dis que là, ça y est, je vais pouvoir envoyer de la vapeur. Mais mes jambes ne veulent rien entendre. Ce n'est pas la fatigue, non, juste une sensation d'avancer dans de la melasse. Tant pis, je garde le moral et reprend la route avec mes randonneurs, même au milieu de grandes sections en bitume avec quelques rares chemins de terre.

Je jete un oeil à ma montre, je suis au kilomètre 41, sur un chemin bitumé, près d'une ferme où des chiens aboient. Anticipent-ils ma joie de franchir le seuil du marathon? Veulent ils participer à la fête qui bat à son plein dans ma tête? En tout cas, je décide de rédiger un petit SMS hors série à ma femme pour la remercier d'avoir supporter mon humeur de chacal depuis 2 jours, mes entrainements des semaines passées et de n'avoir jamais douter de moi. Il parait que dans des épreuves d'ultra, le mental joue plus que le physique. Ca tombe bien, avec cette image agréable (ma femme découvrant dans quelques heures ce message) je me remets aussitôt à trottiner. Pas bien vite mais suffisament pour passer le seuil du marathon en courant et non en marchant. J'alterne alors course et marche pour... me perdre! Jusqu'à présent, tout était bien balisé et je pense que j'ai râté une flèche car au bout de 10 minutes, je ne vois plus aucune lumière provenant de frontales devant ou derrière moi. Mince, je me suis perdu. Pas de panique, je fais demi tour et retrouve mes lucioles, mais là ça fait 20 minutes de perdues... J'arrive au ravitaillement de Soucieu, un peu penot de ma bêtise. Le réglement indique une barrière horaire à 11h au delà de laquelle tout concurrent sera déclassé et rappatrié sur l'arrivée. Ca va, j'ai 3 h d'avance :-)

Ce qui me surprend par contre, c'est de nouveau le sinistre du lieu. Le village est joli mais que les coureurs sont tristes! J'apprend qu'il y a deux types de coureurs sur place : ceux qui ont abandonnés comme à Ste Catherine et des relayeurs qui attendent leurs coéquipiers. Je n'en reviens pas. Comment avec ma faible vitesse ai-je pu arriver avant des relais? En fait, certains ont probablement abandonné aussi ou ont connu de grosses défaillances mais leurs équipiers ne le savent pas forcément et s'inquiètent donc. Je me fraie un chemin un peu autoritairement parmis ces ombres grisâtres vers la table de ravitaillement pour découvrir... qu'il n'y a plus rien! Est-ce l'angoisse de l'attente qui a poussé les relayeurs à tout dévorer telles des sauterelles? L'organisation a-t-elle vu trop juste? Je dois mon salut à un coureur qui me tend une grosse bouteille d'eau en me disant qu'il n'en avait plus besoin. Pour un peu je lui laissais ma carte bleue pour le remercier. Je crois que ma joie lui a gonflé le moral car il m'a doublé une dizaine de kilomètres plus loin, tout sourire lui aussi. Je ne m'attarde pas plus que ça et je file vers Saint Beaunant où je dois rencontrer des amis du forum.



Là la descente est monotone et je commence à ressentir non pas de la fatigue mais comme un durcissement général au niveau de mes jambes. Ah, c'est ça les crampes? Même pas peur, je continue tel quel, tranquillement sans serrer les dents car ça ne changerait rien. Et puis là ça y est, je rattrape deux coureurs qui demandent leur chemin à mes amis. On trottine ensemble jusqu'au ravitaillement qui se situe à 200 mètres. Je les abandonne pour profiter enfin d'un ravitaillement complet la faim et la soif commençant à se faire sentir. Du coup, on en profite pour faire quelques photos de ma pomme pris en flagrant délit de voracité. On m'explique qu'à partir de là, il reste une douzaine de kilomètres à faire mais qu'ils commencent par un véritable mur à 13% sur 1Km et qu'ensuite c'est un peu moins fort mais que ça continue de monter sur un autre kilomètre pour arriver sur une longue descente qui comporte des parties avec des... escaliers! Je blêmie d'un coup. Les organisateurs ont vraiment été vicieux sur ce coup là. Après plus de 50Km de course, nous sortir ce type de portion. J'en avale très lentement mes rondelles de saucissons pour profiter d'un peu de répis supplémentaire. Je crois que pendant cette course j'ai gouté tout ce qu'il y avait à manger et bu tout ce qui pouvait se boire (thé, soupe, café, eau, sirop de citron, de menthe) enfin quand il y en restait. Si j'ai un trou dans l'estomac, on saura pourquoi :-)


L'arrivée

Je repars vers cette montée qu'Enzo a prise en courant quelques heures avant. Je teste l'astuce des randonneurs pour monter les pentes qui consiste à les monter les mains dans le dos. Effectivement, je me sens plus à l'aise en montée. Trop car je me mets à doubler des coureurs, en fanfaronnant dans ma tête que je ne suis pas si nul que ça. En fait, si. Car si cette technique est très bonne, ce n'était pas une raison pour accélérer au dessus de mes moyens car dès que cette partie fut effacée, une vilaine douleur fait son apparition au niveau de mon genou faible, celui qui a été opéré. D'après ce que je sens, ce n'est pas l'articulation mais tous les muscles autour qui me crient d'arrêter le supplice. Pas question, d'autant qu'à ce moment là, des amis (AlainP et David91) m'envoient des SMS qui me déconseillent de repartir en arrière car je suis presque arrivé. Quel idiot j'ai été! Changer de technique de course à la fin d'un ultra où j'avais tout géré sans anicroche. Allez, je vais la finir cette course mais dans quel état. Je n'arrive pas à compter les personnes qui me doublent dans la grande descente de Ste Foy. Une bonne centaine. Je retiens juste les mots d'encouragement d'Emmanuel (Le Sanglier des UFO) et de son amie qui me dépassent toutes voiles sorties à 11Km/h environ alors que je claudique péniblement à 7... Sympa ce couple là, et quelle volonté de faire ce genre d'épreuve à 2 car on a rarement les défaillances en même temps donc c'est très difficile de tenir un rythme confortable.

La remontée de la Saône est comme indiquée sur tous les témoignages sur cette course : glauque le long du port fluvial, désertique, balayé par le vent et dans une ambiance de fin du monde. Et c'est tout au bout que MarieDeLyon refait son apparition pour m'aider à finir cette course. Je l'aurais bien finie seul mais c'est beaucoup plus agréable de discuter de vous les coureurs, du forum courseapied.net, de certains abus que du coup je n'ai pas vu le temps passer. La douleur est toujours là mais en parlant, on l'oublie un peu. On arrive au parc de Gerland.



Les panneaux indiquent progressivement 200m, 150m, 100m, 50m, 25m... et je manque de me prendre l'arche d'arrivée sur la figure! Qu'est ce que c'est que cette hallucination? Aurais-je grandi de 2 mètres dans la nuit?! Non, l'organisation a décidé de tout remballer avant même que les derniers finishers n'arrivent. Je ne sais même pas à ce moment là si ma puce a enregistré correctement mon arrivée car celle ci n'a plus ... d'électricité.



Lamentable, ça finit très mal. Je suis partagé entre ma joie d'avoir réussi ce pari un peu limite de faire cette course et balancer mon dossard aux responsables. En fait, il n'y avait plus de responsables mais quelques techniciens et hôtesses totalement perdus. Heureusement que malgré mes petits bobos je n'avais pas envie de voir un kiné car eux aussi ont levé le camp... Mais le sourire me revient, après tout, je m'en fiche des honneurs de l'arrivée (surtout à la vue de mon classement), cette course je l'ai faite et ça suffit à mon bonheur. Sur le coup, je me suis dit que je reviendrai l'année suivante sans être malade et je ferai 2h de moins. Mais maintenant, je me dis surtout qu'il me faut passer à autre chose. Peut être une vraie course d'ultra trail? Quelque chose de vraiment difficile et qui pourrait me faire revenir ma case du doute égarée comme mes dents lors ma permière chute en bicyclette?

A bientôt, sur la route, un chemin, mais toujours en courant je l'espère.

13 commentaires

Commentaire de raideur69 posté le 06-12-2006 à 01:52:00

Bravo!!!!colimaçon,super ton CR,moi je me suis régalé de le lire,tu es un grand finisher!!
C'est vrai,aussi ce manque de respect pour les derniers,j'en ai les "boules".N'hésite pas et passe au trail,essaye toi sur des cross c'est sympa aussi et une tres bonne école.
A la se voir sur un trail,fait moi signe ..qu'on se marrent

Commentaire de titi posté le 06-12-2006 à 08:06:00

chapeau - t es un finisher t as le mental d un champion tot ou tard ca va payer

Commentaire de akunamatata posté le 06-12-2006 à 08:28:00

Super CR colimacon! c'est vrai que l'arrivee est un peu ternie par l'empressement inexcusable de l'orga. Bienvenu dans l'Ultra, encore un petit effort et tu pourra venir dans l'ultratrail. La il y aura du respect pour tout le monde a l'arrivee.

Commentaire de Zeb posté le 06-12-2006 à 13:54:00

Félicatations !Colimaçon, finir cette course est, en soit, extraordinaire, quelque soit le temps à l'arrivée, on a tous bavé, (moi le premier), du 1er au dernier, alors bravo, et encore bravo ! tu est une ultrakikoureuse maintenant.

Bonnne récup et bonne préparation pour Belves.

Zeb_ultrakikoureur_heureux !

Commentaire de Zeb posté le 06-12-2006 à 13:56:00

heu, désolé, ultrakikoureur, pas ultrakikoureuse....

Commentaire de Say posté le 06-12-2006 à 17:21:00

Merci beaucoup pour vos réactions, ça me fait vraiment plaisir. Encore un peu de vitesse et de travail en côts et je pourrais essayer de courir à côté de vous.

A bientôt,

Coli

Commentaire de Tortue géniale posté le 06-12-2006 à 17:33:00

Bravo coli, sympa ton CR ! j'aurais aimé te parler à Saint Etienne mais avec ce bordel, je ne savais plus qui était qui !
Bonne récup !

Commentaire de jeanluc78 posté le 06-12-2006 à 23:41:00

Félicitations
Tu mérites bien plus le respect que d'autres, et notamment les andouilles qui se foutent de tout balancent leur saleté n'importe où.
Surtout continue, pérsevére et à bientôt pour de nouvelles aventures.
Super CR.
Jean Luc

Commentaire de le_kéké posté le 07-12-2006 à 09:58:00

Génial ton CR Colimaçon, beaucoup d'emotion et d'humour.
J'espère pouvoir te rencontrer au départ plus calme d'une prochaine course.
A+ Philippe

Commentaire de jcdu38 posté le 07-12-2006 à 18:41:00

Bravo à toi.

La force de caractère que tu montres dans ton compte-rendu est formidable.

J'ai beaucoup apprécié ton compte-rendu qui est plein d'humour et de bonne-humeur.

A bientôt peut-être sur d'autres courses plus intimes.

Jean-Christophe

Commentaire de paulo posté le 08-12-2006 à 20:00:00

trés bon cr de course. Tout ce que tu as ressenti résume en fait ce que l on retrouve sur l ultra, euphorie, passage a vide et à la fin un grand bonheur qui donne envie de recomencer. Cette envie, tu l'as. Alors, les autres courses ne seront que meilleures. Encore bravo et félicitations. paulo

Commentaire de l'ourson posté le 09-12-2006 à 15:14:00

Chapeau bas Colimaçon !!! je ne connaissais personne qui soit capable de passer du 10km aux 68km de la SaintéLYon !!!!! Quelle prouesse, 1000 bravos :-)))

Commentaire de Kiki14 posté le 10-12-2006 à 14:20:00

moi aussi je t'adresse 68 bravos car tous les kilomètres que t'as fait on les vis a travers ton récit palpitant et vraiment je suis très heureux que tu ai terminé ton "Everest" et qu'il te paraisse tout petit maintenant....mais pour moi ça reste un Everest donc encore une fois Bravo Bravo Bravo et MERCI pour le moment que tu nous a fait vivre....

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