Récit de la course : Lavaredo Ultra Trail - 120 km 2022, par shef

L'auteur : shef

La course : Lavaredo Ultra Trail - 120 km

Date : 24/6/2022

Lieu : Cortina d'Ampezzo (Italie)

Affichage : 160 vues

Distance : 120km

Objectif : Pas d'objectif

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Lavaredo UT, les Dolomites en cinemascope

J’ai « coché » l'ultra Lavaredo dans un coin de ma tête depuis pas mal de temps. Ce trail doit son nom aux célèbres Tre Cime des dolomites, dans lequel de nombreux alpinistes du XXe et XXIe siècles se sont illustrés.

C'est un massif calcaire très minéral et vertical (Georges Livanos, qui l'a arpenté dans tous les sens, a eu cette superbe formule « Et la paroi déjà verticale se redressait encore »). Je m'attends donc à en prendre plein les yeux. Ceux qui l'ont couru le décrivent comme spectaculaire. Un début pas très intéressant majoritairement de larges pistes, mais de nuit, et ensuite des paysages majestueux. Je tente ma chance à la loterie, et j'ai la chance d'être pris.

 

Cette grande course arrive tôt dans l'année, fin juin. Il me manque quelques grosses sorties en montagne, même si globalement la forme est là, elle n'est pas optimale comme lorsque je cours fin aout.

Autre petite particularité, comme nous sommes hors vacances scolaires, je vais faire le déplacement seul, sans le soutien familial direct.

Je pars dès le mercredi après-midi avec le van, parce que « c'est beau mais c'est loin ». Je passe ma première nuit au bord de lac de Garde. Ça donne envie de revenir avec plus de temps pour visiter.

Jeudi je fais le restant de route jusqu'à Cortina, ou je fais un petit repérage de parking (le seul parking gratuit au mois de juin, pas trop loin de l'arrivée), puis je vais passer la nuit un peu à l'écart.

 

Vendredi, jour de course!

Réveil très tôt. J'en profite pour amener le camion sur le parking déniché la veille. La dette de sommeil accumulée en ce mois de juin pèsera dans la balance de la performance.

J'ai le ventre un peu en vrac, je mets ça sur les avocats pas très mûrs du diner de la veille. Il va falloir arriver à faire passer ça avant le départ, tout en alimentant la chaudière. Ça commence bien cette histoire.

Après un bon capuccino et un tour au magasin pour prendre 1 petit souvenir pour Lena et les 2 bricoles oubliées à la maison, je rejoins la patinoire olympique (jeux de 1956) où se fait la remise des dossards. Aucun contrôle de matériel, masque FFP2 obligatoire (je suis le seul à en porter). Très peu de resquillage (je suis étonné). La queue parait longue, mais ça va globalement assez vite. La sortie se fait via le « salon du trail » façon IKEA, c'est à dire qu'on doit passer par tous les stands sans pouvoir s'échapper (je croise Pau Capell qui se prête au jeu des selfies).

Repas de midi assez simple (moi qui voulait profiter d'un bon resto italien) pour ne pas trop fâcher le système digestif, puis je rejoins le camion pour tenter de me reposer l'après-midi.

Vers 18h un bel orage éclate. 21h30 la pluie s'arrête, c'est l'heure de préparer sacs de course et d'allègement, avec un peu de change et de nourriture.

 

Je rejoins ensuite le Corso Italia, ou il y a déjà une belle foule et une sacrée ambiance, musique à fond (je suis placé juste sous l'enceinte, on est plusieurs à se mettre les mains sur les oreilles). Viennent ensuite les 30 minutes que je déteste le plus dans mon sport: on se colle, on se bouscule, on se fait presser, on fait venir ses copains depuis l'arrière (on se fait presser encore), mouvements de foule etc.

Depart sur le Corso Italia

Puis vient enfin la musique de départ (Ennio Morricone - The Ecstasy of Gold) et nous sommes lâchés dans les rues de Cortina. Pas mal de monde et une belle ambiance.

Comme prévu les premiers kilomètres se font sur de la large piste très roulante, à l'inclinaison plutôt faible, qui autorise la relance. Il faut se maitriser car bien sur tout le monde ou presque trottine, alors qu'il reste plus de 100km à avaler. Le peloton est très dense (environ 1500 partants), à la moindre pause on perd 30 places. La première descente (rendue un peu technique , racines glissantes) se passe bien, les coureurs sont plutôt respectueux, c'est moins le cas sur les premiers ravitaillements, il y a du monde et ça manque un peu de place pour accéder aux tables.

La pluie fait son apparition vers 1h du matin un peu avant le premier ravitaillement d'Ospitale, et elle va nous accompagner une paire d'heures. Encore pas mal de piste jusqu'au point suivant, au Passo Tre Croci. J'imprime un rythme correct sans m'entamer (message à Clemence: « départ ultra prudent, je suis bien, 1h de pluie »). Chacun est bien dans sa bulle, entre la nuit et la pluie. On ne voit rien du paysage, mais on est plutôt dans des forêts, puis sur le domaine de ski de piste. Je n'ai pas vraiment de souvenirs marquants de toute cette partie jusqu'au troisième ravitaillement au lac de Misurina. La pluie a cessé, les vestes sont rangées, et le jour se lève.

 

40 kilomètres magestueux

A partir de ce point, on entre dans la partie la plus « dolomitique » du parcours. Les paysages sont superbes dans les lumières de lever du jour. La montée au refuge Auronzo se fait dans une forêt clairsemée, au pied de hautes falaises calcaires, et loin au-dessus de nous on aperçoit les faces Sud des Tre Cime.

 

On atteint le refuge, où se trouve un point d'eau bienvenu car il reste encore 17 kilomètres jusqu'au prochain stop. On se sent ici vraiment tout petit au milieu d'une nature minérale immense.

 

On contourne les Tre Cime jusqu'au Forcella Lavaredo, qui donne accès aux faces Nord. On se sent écrasé par la verticalité des 3 faces. Les mots manquent pour décrire ce paysage. Il est classé au patrimoine mondial de l'Unesco, et on comprend aisément pourquoi. Reviennent également en tête les lectures de récit d'alpinisme se déroulant dans ces faces, et l'on remet un peu les choses en perspective. Quelle claque !

 

 

La trace prend ensuite la direction du refuge Locatelli, et peu avant de le rejoindre, on plonge dans la grande vallée de la Rienza. 1000m de descente, sur un sentier assez caillouteux. En quelques kilomètres le paysage change complètement, on a l'impression de « redescendre sur Terre » depuis le cirque de Lavaredo. On bifurque ensuite plein Ouest, pour un bon faux flat bien éreintant qui mène jusqu’à la base vie de Cimabanche, km 67.

Cimabanche, mi-course, puis le Far-West en Italie

Je récupère mon sac de change. La grande tente barnum semble dévolue uniquement au stand de ravitaillement. Pour se changer, il faut aller dehors, ou 2 petits bancs seulement sont proposés. Je trouve ça un peu limite pour une course avec 1500 personnes. Si la météo était restée à la pluie, on n'aurait pas vraiment rigolé. Je me change, recharge la montre, l'eau, crème solaire, bref, un bon stop d'environ 45 minutes pour repartir bien frais. J'ai environ 20 minutes d'avance sur le roadbook, tout semble OK.

On a d'abord une petite bosse d'environ 500m. Je monte correctement sans être saignant. La chaleur commence à venir. Le col s'ouvre sur de belles prairies surmontees de cretes et sommets calcaires (photo ci-dessus). Puis on redescend sur Malga Ra Stua, ravitaillement où l'on rejoint/croise une autre course du week-end. Il y a pas mal d'animation. Il faut prendre un bon volume d'eau, car la section suivante de 20 kilomètres s'apparente souvent à la traversée du Far-West (aussi bien pour les paysages que pour la chaleur). Je repars assez vite de ce poste qui se trouve au milieu de la descente. Je m'amuse beaucoup sur le sentier joueur vers Pian de Loa, où l'on croise pas mal de randonneurs.

Je suis dans un bon moment (message à Clemence « plus qu'un marathon. Jambes à peu près OK, alimentation OK, hydratation OK. Bon moral, j'attaque la grosse montée ») et comme souvent, un moment faible va suivre. Plus de 10km de remontée. Le ciel est un peu couvert, ce qui rend la chose moins désagréable. La pente est plutôt facile, donc devrait pouvoir se courir, mais je manque d’énergie et d'entrain. Au moins les paysages sont vraiment superbes. On est d'abord dans un vallon encaissé. avec de grandes parois, on longe un torrent. Un peu plus loin, le torrent disparait et le vallon s'élargit, on remonte dans un immense lit de graviers.

Puis plus loin on retrouve des alpages. Et pour finir, dans un paysage calcaire très minéral. Au bout d'un temps qui m'a paru bien long, on bascule et de l'autre cote, c'est la route, le col Gallina avec les motards et pas mal de monde. On a un peu de piste à faire avant d'y arriver, mais malgré tout le changement est vraiment frappant. En quelques minutes, on « clos » un chapitre de plusieurs heures perdus dans la pampa.

J'arrive au ravitaillement du col, le plus dur est fait, il reste quelques montées bien sèches mais courtes, et surtout l'immense descente vers Cortina (mes quadris appellent déjà à l'aide). Message à la famille: « Col gallina. Elle m'a bien séché celle-là. Et la suivante va piquer aussi ». Je prends près de 10 minutes pour me reposer un peu et prendre plusieurs tartines de pain à l'huile d'olive et au sel (nouveauté sur les ravitos que j'aime beaucoup).

La suite est un peu à l'image de la section précédente, mais en miniature: on contourne la montagne (alors qu'au col Gallina on était juste au-dessus de Cortina) par un sentier assez raide qui amène au rifugio Avero, puis on descend sur le Passo Giau. Là encore, un monde fou, énormément de motos, voitures,... Encore du pain à l'huile au ravitaillement, et quelques infos aux suiveurs (« Passo Gio. J'ai dû oublier mes quadris à la maison. La fin va faire mal. »). Encore une très courte section va suivre (c'est amusant, on rencontre 5 stops sur les 90 premiers kilomètres, et 3 sur les 25 derniers), avec deux montées très sèches mais plutôt courtes. En fait comme j'ai assez significativement ralenti mon rythme global, je n'ai pas l'impression d'y rester scotché. On continue en fait à faire le tour de la ligne de crêtes au Sud-Ouest de Cortina. Avant de passer l'ultime col, on se trouve sur un grand et haut plateau herbeux, très joli, avec encore de belles parois verticales au fond. La lumière de fin d'après-midi baigne le tout. Plaisir des yeux, comme on dit.

Après le col, il reste pas loin de 15 bornes de pure descente. J'y vais tranquillement pour ne pas allumer ni mes genoux, ni mes quadriceps. Passage au dernier ravito (à mon sens, dispensable) a Croda da Lago. Puis la descente plonge littéralement. C'est tellement raide et plein de racines qu'on ne peut qu'y marcher. L'avantage c'est que l'altitude tombe vite.

La fin de la descente parait un peu interminable, sur une grande piste forestière. La déclivité est assez faible à cet endroit et j'arrive à bien relancer, mais quand même, les premières habitations se font désirer. On entre enfin dans Cortina, on remonte légèrement (obligé de relancer car il y a du public) et on retrouve le Corso Italia qu'on a laissé presque 20 heures plus tôt. Il est 18h30, les terrasses sont blindées, les gens acclament le quidam, ce qui fait plaisir malgré tout, et la rue en faux-plat descendant incitent naturellement à une petite accélération orgueilleuse pour franchir la ligne d'arrivée.

  

Après-course

Il est vrai que cet ultra est particulier (existe-t-il un ultra qui ne le soit pas?). Il est plutôt roulant, avec quand même quelques brefs passages très techniques. La densité est incroyable, pendant les premières heures notamment (et je ne parle pas de la promiscuité dans le sas de départ), la moindre pause se traduit par la perte de dizaines de places. Une des difficultés je pense, c'est de gérer son effort pour relancer suffisamment les parties qui le nécessitent (je pense à l'interminable remontée vers Cimabanche), mais savoir en garder sous la pédale pour la fin et notamment dans l'immense val Travenanzes où on doit pouvoir gagner pas mal de temps si on peut trottiner.

Les paysages sont bien sur exceptionnels, et en particulier sur la portion du km 40 au km 80, mais la fin n'est pas en reste, même si le fait de croiser de grandes routes m'a semblé "casser" un peu le côté sauvage. J'y suis d'ailleurs retourne avec la famille en été pour leur montrer et nous nous sommes régalés.

D'un point de vue personnel, je crois que c'est la première fois que je suis tout seul sur une course aussi grande, mais grâce au téléphone on arrive quand même à garder le lien. Je suis arrivé sur cette course en manquant un peu d'entrainement et de volume, et aussi de confiance. Je fais un résultat à peu près dans mes standards, mais plutôt dans la moyenne basse, ce qui traduit bien ma baisse de régime après le km 80 (même si je ne me suis pas complétement écroulé et que j'ai pu gérer correctement la fin).

Il faudra aussi qu'on m'explique pourquoi ces droles de batons un peu tordus avec une immense sangles et surtout bien trop courts pour etre efficaces ont un tel succes en Italie : je n'en ai jamais vu autant ici!

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