Récit de la course : SwissPeaks Trail - 360 km 2020, par Philippe8474

L'auteur : Philippe8474

La course : SwissPeaks Trail - 360 km

Date : 30/8/2020

Lieu : Oberwald (Suisse)

Affichage : 433 vues

Distance : 360km

Objectif : Pas d'objectif

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Game Over à la Grande Dixence

Le lien vers le récit sur mon blog

Swiss Peak 360


Voilà la Swiss Peak est terminée… Elle n’est pas allée au bout pour moi…

Une belle déception.

Un abandon à gérer…

Mon désir de m’inscrire sur un tel type de course est arrivé àmon sens dans la continuité de ma vie de sportif.

Après une première période d’Ultra de 2003 à 2012, j’avais saturé de ces distances.

Puis en 2018, j’y replonge avec une approche à mon sens plus apaisé et plus consciente.

L’inscription cette année sur la SP arrive à un moment opportun, à une certaine maturité de ma pratique et de ma vie de coureur.
J’ai l’impression de l’ouverture d’une fenêtre de tir. Elle correspond à une pratique plus apaisée et plus sereine, à un volume accumulé ces dernières années.

Cette fenêtre ne devrait pas durer des années, ni mon désir d’une telle course d’ailleurs.
Je n’envisage d’ailleurs ma participation que comme un one shoot.
Je pressens l’investissement pour ce type de course bien trop conséquent.

 

Ce récit ne peut débuter que le 26 juillet en fin de journée.
Par la fin de notre Haute Route de Belledonne en 3j avec Jean et Julien.
Je souris à Jean, je suis serein, je me sens prêt.
Le mois d’Août va être consacré à me maintenir.
Mais le taf a été fait et j’envisage les choses de belles manières.

Dimanche 2 août, une forte gêne apparait à mon talon gauche. Le lundi, j’ai du mal à poser le pied à terre…

Je passe les détails, mais le mois d’Août sera quelque part une lente déconstruction physique et mentale.
Je ne chausserais pas une seule fois mes baskets de tout le mois d’Août…
3 sorties en vélo tout de même à J-15, sous forme de test… rien d’absolument concluant.
Une douleur, une tension qui diminue au fil du temps, mais qui reste beaucoup trop présente. Et ce jusqu’au départ …

Cette incertitude va me tarauder l’esprit pendant un mois : départ ou pas départ ?

Je pense avoir essayer de compenser tout cela en consacrant beaucoup de temps à la préparation matérielle de la course.
Mais ce temps passé va augmenter en même temps et au fer et à mesure mon « mal-être » vis-à-vis de la course…
Un spirale un peu négative s’est mise en place et s’est autoalimenté …

La décision d’y aller coûte que coûte sera prise à J-10, J-7 je pense… Tout est tellement prêt, je n’arrive pas à lâcher, j’espère toujours… Et de toute façon tout est en place.

Lundi 31 août

Après une première partie de trajet avec Lola jusqu’à chez mes beaux-parents, puis une deuxième avec mon beau-frère jusqu’au Bouveret, je me retrouve dans le train direction Bettermalp.

Voyage sans encombre. Les sommets sont enneigés. A Brig, changement de train, je me retrouve avec 3 gars, du Tor, de la SP… J’ai l’impression que peu de touristes seront au départ… et que je suis le touriste en fait !

Montée en téléphérique à Bettermalp, magnifique.

Entrée dans le gymnase, récupération du sac suiveur, fixation du GPS sur le sac.

Je m’installe pour préparer mon sac. Fin d’après-midi, début de soirée à osciller entre préparatifs, tentatives de siestes, prise de repas.

A 23H00, je me prépare, on est appelé rapidement pour le briefing. Je finis fissa et file dehors. Dernier pipi. Et je me range dans le sas de départ.

Je ne ressens pas grand-chose. Je reste un peu en dehors.

Impatient de savoir quelque part ce que je vais ressentir physiquement. Si je vais devoir m’arrêter au bout de 3, 4 km…

Musique officiel, un clip sur la chanson officielle, recomposé par un coureur-joueur de banjo.

 

Un léger crachin s’est levé. Mais les prévisions météo sont bonnes. Il devrait faire froid les premiers jours, mais avec du beau temps, puis chaud pour la fin.

Le départ est donné. Je suis immédiatement focalisé sur mes sensations.

Je me retourne un peu pour voir le cordon de frontales.

Ne pas donner grands choses.

Une première partie montante, sensations mitigées… pour l’instant plus liées à mon manque de cap du dernier mois.

Puis on bascule dans cette première descente, 1600 m pour se chauffer…

… Je ne vais pas pouvoir détailler la course dans ces moindres détails, juste dire que cette première nuit va être horrible dans ma vie de coureur…

Tout est déréglé, la douleur aux talons apparait rapidement, je compense avec la jambe droite, et musculairement je ne suis pas assez prêt, la descente me détruit les cuisses…
Et donc mentalement c’est affreux, je ne sais plus ce que je fais là, je subis totalement, je me désagrège…

On tape le fond de la descente… je suis défoncé, les jambes déjà totalement cuites, à la limite des courbatures…

Pour couronner tout ça, le moral étant complétement largué, je ne fais attention à rien : alimentation, hydratation… je n’ai envie de rien, aucune envie de me pousser, de m’obliger… Bref c’est n’importe quoi.

Remonté pour arriver au premier ravito (Ried Brig), je bois, grignote mais erre un peu sans but…

Je me sens mal intérieurement, j’sais pas quoi faire de ma carcasse, je repars…

Ça monte, je me renferme, reforme ma bulle…. Mais je me sens mal…
Et pour couronner le tout, je me sens complètement crevé, je tombe de sommeil…

Petite discussion avec Théodore (toto38 sur Kikourou) (que je reconnais grâce à ma mémoire photographique des visages – j’ai toujours peur que ça fasse flipper les gens ça !), et pote à d’Arnaud et mon Julien.

On s’échange nos impressions, il m’encourage à ne pas lâcher et filer au moins jusqu’à la première BV.
J’suis en route, mais je me sens tellement à la dérive !

On repasse en montée. Je suis dans mon brouillard. J’erre. Je me sens à côté de la course, de l‘évènement. C’est horrible de ne pas vivre le moment, l’évènement attendu/préparé toute l’année
Je ressasse, je dérive…
Et je subis totalement…

Deuxième ravito, Lengritz. Ça pèle, pas grand, en extérieur et on est encore nombreux. Je profite de bouillons, et repars en buvant un thé je crois.

Un couple était là, au même moment au ravito… Pourquoi certains sont toujours obligé de la ramener parler fort, brasser…

La suite est le premier col, Nanzlicke. Le jour se lève, le paysage est parsemé de neige, c’est alpin, magnifique, d’ampleur !
Mais je ne suis pas totalement conscient, je reste dans une enveloppe noyé dans un brouillard personnel.

La descente qui suit me permet de retrouver mes jambes totalement déjà saturé… Tout me semble totalement en vrac, déréglé…
Heureusement le jour qui s’est levé me permet de reprendre un peu un fil de conscience !
Je sens la faim, je reprends à m’alimenter normalement.
Je laisse mon corps cheminer.

Troisième ravito : Giw, dans un resto d’altitude, très sympa. Mon couple arrivant, je me dépêche de me barrer.

La descente qui suit pour arriver à la première base de vie m’use de nouveau fortement. Je n’y suis pas, je force, je ne suis pas fluide… et surtout je m’use, je me fatigue, je ne suis pas relâché, je prends tout dans les cuissots… Et j’ai déjà des courbatures…

J’arrive en bas, juste avant un raidard pour arriver à la base vie, j’appelle Céline. Mon tel s’amuse à me jouer un tour à ce moment-là car j’entends Céline très loin.

J’entends quand même : «  pose –toi, prend le temps, repose-toi, réfléchi, dors si il faut… »

Je me rend compte en raccrochant qu’en fait je suis en colère, absolument furieux intérieurement, je boue !
Furieux contre moi-même, contre ce que je suis en train de faire, de vivre, furieux d’imposer ça à ma femme, ma fille, et réfléchir à abandonner déjà, furieux de l’investissement personnel pour en arriver là, furieux de tout et de rien, furieux de me sentir comme ça, furieux de ressasser les sensation de Belledonne, furieux, furieux furieux…

Eisten. Je récupère mon sac, ne réfléchit absolument pas, et fait comme si j’étais en course et que je continuais… Machinalement, automatiquement, sans me poser la moindre question…
Impossible de dormir comme me l’a suggéré Céline, trop jour, trop énervé, trop de trop…
Le couple se pointe et se cale à côté de moi… Encore une raison de plus de me barrer au plus vite, insupportable de les entendre chouiner.

Voilà je ne me suis même pas changer (hormis chaussettes et chaussure) pour respecter mon plan de course comme si tout allait bien.

Allez je rends mon sac d’allègement et file.

Il fait chaud, beau, on grimpe.

Je prends mon pas, je crois que je mets la musique et pose un message vocal sur mon WhatsApp pour expliquer mon début de course et mon état mental à tout le monde.

WhatsApp me fait du bien, tous ces encouragements, ces conneries…

Je pose un peu le cerveau, me laisse aller, porter par les chemins sans trop plus réfléchir…

Ravito de Grächen dans un hôtel au bord d’un lac, excellent comme la part de gâteau que j’englouti en plus de mon traditionnel potage/pain.

Traversée d’un village en bas puis on réattaque une montée en direction de Augstbordpass.

Un ravito dans la montée : Jungu.

Un traileur arrive en même temps que moi, il ne fait pas parti de la course, mais il se met à mon service. Il va me chercher de quoi manger, rempli mes flasks, m’apporte à boire... J’en suis presque gêné, surtout que la barrière de la langue nous empêche un peu de communiquer, et aussi surtout mon esprit qui dérive un peu…

Je repars. Je renfile mon T-shirt à manche longue immédiatement après. Le soir commence à tomber, il commence à faire frais.

Je me rends compte que depuis Eisten, ça va mieux quand même. J’ai les jambes courbaturées, la cuisse droite contractépe à force d’avoir couru que sur elle… mais le talon me laisse assez tranquille finalement. C’est étrange comme sensation état d’esprit. Je subis, mais ça glisse sur moi.

Dans la montée, sur un dernier rayon de soleil, je me fais un micro-sieste au top de 15 min un peu à l’écart et sur un terrain plat. Je crois avoir le souvenir d’avoir tenté un micro sieste auparavant, mais qui n’avait pas pris. Là avant d’essayer de fermer les yeux, j’ai pris le temps de bien m’habiller. Et je sombre et me réveille instantanément à la sonnerie du réveil.

Pourtant derrière je ne me souviens absolument pas de ce col, Augstbordpass.

Ni de la descente. Je me souviens par contre du ravito de Blüomatt. C’est raclette party.

Je prends mon temps mais le froid commence à me chatouiller dans cette grange. Je préfère repartir, le prochain ravito est annoncé à 7,8 km, mais entre les 2, le col de Forclettaz avec 1000 m à monter.

La première partie se passe bien.

Puis on attaque un cheminement qui me semble ne plus en finir, et le col n’arrive jamais. Le froid est bien présent, la neige est éclairée par la pleine lune, je suis en train d’exploser, je suis défoncé, je n’avance plus, obligé de m’arrêter au moins deux fois, le souffle est court (altitude + fatigue, je paye tout de suite cash). C’est horrible, sans fin. J’abandonne dans ma tête. Zéro plaisir. J’ai limite peur. Je me sens seul et limite dans ce col. Faut arrêter les conneries là. Et pourtant il me faut continuer à avancer, ne pas lâcher, il fait beaucoup trop froid. Petit pas par petit pas, le col finit enfin par se profiler, puis s’approcher, puis être là…

J’ai payé, cher.

Puis c’est le ravito de Tsahélet, « juste » derrière le col. Il fait du bien celui-là. Sous barnum, 4 bénévoles au cœur de la nuit. Assis sur un banc !

Un avertissement de la part d’un des bénévoles : une longue descente, puis du plat vallonné sur 3km avant la base de vie.

Au fer et à mesure de la descente, sans forcer, je récupère un peu.

On arrive en bas, reste le vallonné…

En fait ça va s’avérer sans fin, c’est long, les lumières du village apparaissent, mais elles sont loin, on chemine et ça ne s’approche jamais…

Sans fin… Puis on arrive enfin sur la route… Mais non ça repart encore sur un chemin, ça monte… Ça ne va jamais arriver…

Enfin la base vie de Grimentz, 3H56 du matin !

Cette descente m’a permis quand même de refaire surface, de reprendre pied… et j’arrive à la base vie regonflé, sans pensée négative. Objectif : du repos, et repartir, et voir Céline me rejoindre sur le parcours ! Direction Grande Dixence.

Accueil tranquille, récupération du sac, d’un lit dans une chambre sans limitation de temps de repos.
Première chose prendre une douche : chaude, bienfait, réconfort immense. Me masser à l’arnica. Puis je décide de dormir direct. Je mangerais en me réveillant. Ça va permettre à mon bide de se reposer et « s’assainir » un peu. On est 4 dans le dortoir. Ça se lèverait plutôt vers 7H00 pour un départ vers 8H00, je préfère prévoir un levé à 6H°° pour partir à 7H00.

Je me couche. La fatigue est immense, buff sur les yeux et boule quiess… Mais le sommeil ne vient pas immédiatement, j’ai des hallucinations qui me viennent. J’ai l’impression d’être devant un écran, et de voir des fenêtres publicitaires s’ouvrir en cascade sans interruption. Déstabilisant.

Heureusement je finis par sombrer… mais me réveille vers 5H00. J’essaie de dormir un peu… mais ça ne fonctionne pas, donc plutôt que trainer, je préfère y aller. Je sors le plus discrètement possible mes affaires dans le couloir pour refaire mon sac. Puis descend au réfectoire. Mange une assiette de pâtes avec un peu de viande. Rends mon sac. Et c’est reparti.

Traversée de la station. Je marche. Les jambes sont complétement courbaturées.
Mais tout va bien. Je suis encore dans le jeu, c’est tellement inespéré. Le jour se lève. La météo est belle. On attaque la montée. Je discute avec un gars qui était dans ma piaule et qui s’est levé en même temps que moi. Echange très sympa. Encore un qui a fait le Tor si je me souviens bien. Je lui raconte un peu mon état d’esprit et le plaisir de me sentir encore là ce matin.

La montée se continue. Cela va être mon meilleur moment de la course. Mon acmé, même si je ne le sais pas.
Et je crois être remis totalement dans le jeu.
Je pense qu’il ne me faut que durer, rien chercher d’autres.

Cette montée aux Becs de Bosson ce matin-là est magnifique une fois dépassé les pistes de skis. Le col est superbe. Le cheminement jusqu’au refuge superbe. Pour la seule fois de la course je crois, je me sens bien. Ça se voit dans les échanges que j’ai avec mon WhatsApp, je reprends même à faire quelques photos.

L’accueil à la cabane est tiptop, en terrasse au soleil. Thé, grignotage. Je file peu après l’arrivée de mon compère du départ de Grimentz.

De nouveau le cheminement au départ de la cabane est majeur, magnifique. J’en prend plein les mirettes.

Mais c’est aussi une descente de 1600 m qui s’offre à nous. Le temps de s’émerveiller, puis subir, puis revenir, puis subir de nouveau…

Je tente une sieste. Mais le terrain est claffi de pet de mouton, du coup je m’allonge sur un rocher, qui me communique sa fraicheur. Je n’arrive pas à sombrer.

La fin est animée par la jonction avec un concurrent ce qui nous permet de nous motiver un peu. Même si je relâche un peu sur la fin.

Evolene. Ça fait du bien de s’assoir dans l’herbe. Potage, pain, j’ai un peu arrêté le coca… déjà 2 jours à chaque ravito, ça fait un peu trop, il vaut mieux varier un peu.

Je redémarre après l’arrivée de mon compère de Grimentz. Dernière fois où l’on se verra. J’espère que tu as réussi.

La montée jusqu’au ravito suivant (Chemeuille) se passe bien, même si je baisse un peu d’intensité sur la fin, et que j’y arrive bien entamer. J’essaie de prendre ce qui me convient. La fraicheur est vraiment en train de tomber.

Je repars, fait un arrêt technique très rapidement.
Pas trop de souvenir de nouveau de cette montée. Ma mémoire est un film rempli de trou. C’est encore aujourd’hui assez déstabilisant.

Final du Col de la Meina. Il paye bien celui-là de nouveau.

Au sommet on voit apparaitre le barrage de Grande Dixence. J’apprends que Céline m’y attend.Au sommet on voit apparaitre le barrage de Grande Dixence. J’apprends que Céline m’y attend.

Je m’assois et mange un bout en dessous du col.

La descente va se mériter aussi. Le final est d’ailleurs horrible pour le moral, car on s’enfonce dans la vallée en tournant le dos au barrage. C’est long. J’ai l’impression de revivre l’arrivée à Grimentz.

Puis Céline m’attend au détour d’une route. C’est à la fois un immense plaisir, un véritable soulagement de la voir me rejoindre alors que je suis encore en course, et à la fois je veux tellement en finir de cette étape !

Dans ma tête, plus aucun doute, direction la base vie n°4, à Champex. Et j’envisage aussi la suite. Je me sens enfin dans la course. Même si physiquement je suis loin d’être bien.

D’ailleurs je compte me retaper au max à Gde Dixence. Me faire masser, bien manger, une grosse nuit de récupération. Essayer de repartir au petit matin avec le max de balles neuves dans mon sac !

D’abord finir cette étape. Il nous reste une grimpette, pas mal de bitume, de bord de route (une voiture me dépasse à grands coups de klaxon d’encouragement !!)

Puis du sentier qui ne passe pas si mal. C’est assez court en fait. Et Céline m’attend.

On se rejoint au pied de l’hôtel.

Je pointe dans le ravito à 19H16. Génial ! A moi du temps de récupération…

Douche froide instantanée… Uniquement 2heures de sommeil sont autorisées en chambre.

Je me prends un uppercut dans la tronche. Je suis déstabilisé. Tout mon château de carte s’effondre !

D’abord la douche. Sans récupérer ma chambre pour ne pas soustraire aux deux heures de sommeil, mon temps de douche, massage, repas…

Puis massage. Une seule personne pour les massages. Pas d’autres bénévoles se sont présenté, ont été trouvé. Elle est toutes seule et va masser jusqu’à 23H00.

Moment vraiment bienfaisant et sympathique.

Petit délire commun lorsqu’un concurrent entre (alors que je suis en train de me faire masser) pour demander s’il peut utiliser une table de massage pour se faire masser pas sa mère, il n’y a qu’une table de massage mais OK sur les tables de bureau sur des serviettes. Avec masques s’il vous plaît. Et la maman qui met la musique pour détendre son coureur, sans demander si ça dérange, échanges de regard avec la kiné, on est scotché, elle réagit et leur demande d’éteindre la musique…

Je suis gelé en sortant, pas assez couvert et effet du massage. Je file manger avec Céline.

Je ne sais pas quoi faire avec ces 2 pauvres heures de sommeil, j’aurais tellement besoin de plus… J’envisage sérieusement d’aller dormir dans le van. Un message de Yannick et mon papa me remette dans le droit chemin.

Adapter, s’adapter.

Ce sera donc deux heures. Je quitte Céline qui va dormir dans le van et monte récupérer une chambre. Elle est occupée par une personne. Mais je suis toujours mal par rapport à ces deux heures qui me perturbent. Et j’ai mal anticipé ça. Je n’ai pas d’eau alors que je meurs de soif. En plus il fait chaud. J’ai de nouveau du mal à m’endormir, Hallucination. Je dérive un peu entre conscience et sommeil.

L’occupant de la chambre est réveillé une heure avant mon réveil. Je bois dans mes flasks mais rempli avec de la boisson iso. Ça ne me désaltère pas comme il faut et me laisse un gout sucré pâteux dans la bouche à ce moment-là.

Puis c’est à mon tour d’être réveillé… Tentation d’en avoir rien à faire… Mais je n’arriverais pas à dormir en ayant pas la conscience tranquille. J’aurais peut-être dû car j’ai quand même trainé une demi-heure sans voir de nouveaux occupants arrivé…

Je descends au réfectoire. Mange de nouveau. Puis c’est le départ.

Nuit noire, 1H00 du mat environ je crois.

Montée au barrage, tout va bien. Le corps se remet doucement en route.

Le lac et les montagnes alentours est magnifique éclairé par la lune !

Je poste un message vocal sur mon WhatsApp plein de d’entrain et de vigueur, je pense. Je suis en course, je repars, direction la base vie n°4 !

Ça continue de montée, on passe une épaule, puis de la descente.

Là je paye. Le genou gauche. J’ai mal, je commence à douiller pour de bon… Et j’ai l’impression qu’on est plus sur du musculaire, du tendiniteux là. J’ai l’impression d’un mal profond, au cœur du genou… J’ai mal, et j’ai peur.

J’arrive en bas de cette descente. J’abandonne. J’ai trop mal… C’est fini.

Je vois Lola. Je l’entends me dire qu’elle aimerait bien que je finisse cette course, je l’entends déçu cette été de ne pas avoir penser à faire le vœu que je finisse cette course quand on regardait les étoiles filantes en Ardèche avec mes parents…

J’ai abandonné mais je continue à avancer sur le chemin. Ça repart en montée. Ça va mieux. Je n’avance pas mais le genou me laisse un peu plus tranquille. Ne se rappelle à moi que sur certains appuis.

Le cheminement vers le col de Prafleuri est sans aucun doute majeur. Dans la nuit, en solitaire, il est incroyable, prenant, inquiétant en ne se sentant pas au mieux.

Un, deux, ou trois concurrents me passent dans cette montée, mais j’ai un rythme tellement lent qu’ils disparaissent rapidement à chaque fois.

De nouveau, l’altitude lié à la fatigue me lamine doucement.

Le col finit par arriver. Pas de répit il fait vraiment froid. J’hésite à enfiler ma doudoune en plus de mon TS MC, mes 2 ML, mon coupe-vent et ma gore tex. Je bénis d’avoir emporté mes gants de skating depuis le départ !

J’embraye donc sur la descente.

De la bonne pierre, de la neige… Rien de trop stable. Le genou crie. Fort.

Je suis mal. Vraiment mal. Seul. Je subis. Ça ne va pas. Ça ne va vraiment pas.

J’ai peur des 1800 de descente après le prochain ravito. J’ai peur de m’enferrer dans une voie sans issue.

Je craque. Retenir l’état dans lequel je suis. Pour comprendre demain ce que je suis en train de faire.

Je fais demi-tour.

J’ai trop peur de sauter dans le vide de cette descente.

Trop peur d’être coincé à devoir continuer avec cette douleur.

Je suis rassuré par le fait de savoir encore Céline à Grande Dixence.

 

Je remonte au col, bascule côté Grande Dixence et attaque la descente.

 

Je croise ceux qui montent.
Ceux qui compatissent, parlent, ceux qui disent un simple bonjour et ceux qui ne disent pas un mot…

Dans quelle catégorie je me range quand je suis de l’autre côté de la barrière ?

La descente est laborieuse sur le premier tiers, le genou couine.

Puis je suis enfermé dans ma bulle, ressassant sans cesse.

Le dernier tiers avec le petit bout de remontée ne passe pas trop mal. C’est horrible je ne me sens pas saccagé comme je l’ai été là-haut.

Un concurrent me dit avoir vécu la même chose l’an dernier au même endroit, m’encourage à aller à la base vie, bien boire, bien manger et... repartir.

Cette idée me fait naitre un clapotis de révolte en moi. Une mini étincelle s’est réveillé.

Je cogite, j’arrive à Grande Dixence, et ne rentre pas direct dans le ravito. D’abord voir Céline.
Je la réveille dans le van. Un peu sidéré de me voir là, alors qu’elle me pensait parti, loin…
Que dire. Céline est là pour m’accompagner. Dans les bons moments, mais dans les durs elle est là aussi. Elle me tient, me soutient.

Je remonte au ravito. Je ne rends pas mon dossard tout de suite. Réfléchi. A quoi ? Je ne sais pas. Je ne rends pas mon dossard. Mais je ne me sens pas la force de refaire ce que je viens de faire et de défaire.

J’attends que le temps passe et que le moment soit inéluctable.

Céline m’a rejoint. Je regarde les derniers concurrents partir. On traine au ravito.

Allez autant abandonner. Je file me doucher. Plier mon sac. Manger un dernier bout. Repartir au van.

Voilà c’est fini.

 

Maintenant va falloir gérer cet abandon.

 

Félicitation pour son record du monde de D+ et discussion sympa avec Patrick Bohard, garé juste à côté de notre van sur le parking. Sa fille prend le départ du 170. Sa femme me demande si je n’ai pas été encouragé hier en montant au barrage par une voiture. Oui c’était bien eux !

 

Puis on enchaine 2 jours en van avec Céline sur Champex (ou je dois aller récupérer mon sac qui était déjà parti là-bas)

Ces 2 jours vont me faire du bien pour analyser cet abandon. Céline va me prêter une oreille attentive alors que je ressasse tout cela sans cesse.

 

 

Que dire ?

Je suis content malgré tout d’être allé jusque-là « sur une patte ». Ça fera 160 km, 12000 m de D+ au final.
Bien insuffisant au regard du programme du chantier. Mais je prends la petite satisfaction d’avoir quand même réussi à être dans la course. Et avoir tenu un minimum.

 

Je sors immensément frustré. C’est le sentiment dominant je pense.
Frustré car je n’ai pas eu l’impression de pouvoir réellement défendre mes chances, jouer mes cartes.
Terriblement frustrant par rapport à la préparation (même si chaotique avec, la blessure aux côtes au mois de janvier , le confinement …).
Frustré par rapport à la préparation et le temps perso et familial investi.
Frustré car dès le départ j’ai énormément puisé mentalement pour me maintenir en course… et quand il a fallu chercher encore plus loin, quand ça a été le moment, la bascule, je n’avais plus rien, plus aucune fraicheur mentale…
Frustré car une fois reposé, après ma première sieste, les jambes se sont délié, musculairement ma carcasse s’est assoupli, et les courbatures avait quasiment disparu 12h00 après mon abandon.
Frustré enfin de ne pas pu/su profiter plus de ce que m’offrait la course.

 

J’ai aussi subi une énorme déception, quand après mon abandon, j’ai regardé le profil… J’étais à moins de deux kil du ravito de Grand Désert lorsque j’ai fait demi-tour !! Et surtout ma peur des 1800 m à descendre ensuite résidait dans le fait de ne pas savoir si il y avait un échappatoire arrivé en bas, à Plampro.
Et oui il y en avait un. La route montait au ravito. Céline aurait pu venir me chercher. Je ne serais pas resté coincé.
Ce sera une grosse leçon. Sur ma prochaine feuille de route, sera indiqué les accès possibles en voiture. Ne plus être dans l’inconnu comme là-haut.

 

Et aussi j'ai craqué là-haut! Tout simplement!

 

Ce one-shot n’en sera pas vraiment un. Car évidemment devant notre fondue (bourguignonne !!!) à Champex au soir de mon abandon j’évoquais à Céline mon inscription pour l’année prochaine.
Je ne pense pas que ce soit de totale gaité de cœur pour elle, mais elle me connait par cœur (même si ce n’est pas elle qui a eu le meilleur score au sondage de François). Elle le savait avant même que je lui dise de toute façon. Elle m’encourage même à me déclarer tout de suite, pas tourner autour du pot, me projeter. Elle sait que je vais en avoir besoin.

 

Un tel parcours, une telle  distance demande, surtout pour un novice comme moi, de l’attaquer en pleine possession de ses moyens, d’être à 100%.
J’ai vraiment l’impression que mon mois de d’août m’a déconstruit aussi bien physiquement que mentalement.
Les deux dernières semaines passées à préparer les sacs, en ayant le sentiment de ne plus y être ont été peu propice mentalement.

Peut-être ne suis-je pas fait pour une telle distance ? Peut-être. Mais je n’ai pas l’impression de me l’être prouvé cette année.
Je dois aller voir l’année prochaine !



6 commentaires

Commentaire de FLØ posté le 18-09-2020 à 21:22:31

Salut Philippe,
vraiment désolé pour toi. Bon, ça semblait mal barré avant même le départ, et de temps en temps, presque un peu d'affolement.... Aïe !

Mais déjà l'envie de re-signer !!! C'est bon ça !

En tout cas, encore un beau récit à lire. Et le ravito-raclette, rien que pour ça ....

Forza pour la suite.

A+

Commentaire de Philippe8474 posté le 20-09-2020 à 17:45:48

Merci Flo!
Affolement on peut rajouter ça aussi effectivement dans mon récit :)
J'ai voulu aller voir, essayer... la suite on verra l'année prochaine... si... si... si ...
En ce moment faut pas trop faire des plans sur la comète :)
A bientôt!!!

Commentaire de le-lent posté le 21-09-2020 à 00:00:06

A priori je t'ai croisé lorsque tu redescendais... Je ne sais plus si j'ai compati, salué ou gardé le silence (je pense que dans la plupart des cas la réaction de celui qui continue dépend du regard échangé au moment de se croiser, et là il faisait nuit); j'avais trouvé en tout cas que c'était très loin de Dixence pour revenir et que tu n'avais l'air ni blessé ni malade (tu descendais d'un bon pas). Avec l'ultra à chaque course on apprend! Bonne continuation

Commentaire de Philippe8474 posté le 21-09-2020 à 08:44:56

Merci le-lent
Aucun jugement de ma part dans la réaction que ceux que j'ai croisé... Je me pose vraiment la question de ma réaction dans le cas inversé, alors je ne vais surement pas donné de leçon!
Je sais de toute façon ne pas être le plus réactif, souvent un peu dans ma bulle, peur de ne pas avoir le bon mot, pas sur que dans ces moments là on ait vraiment envie d'échanger...
Et pourtant certains échanges m'ont touché dans mon cas... Comme quoi tu as raison ça passe au feeling (et c'était pas évident dans la nuit).
Et puis pas obligatoirement facile d'échanger avec quelqu'un quand toi-même tu peux lutter pour ta "survie" dans une course. Ca m'était arrivé sur un UTMB. J'étais allé dire bonjour à un Kikoureur, au moment où celui-ci venait d'abandonner... Je m'étais vite éloigné, trop moi-même à la limite à ce moment-là.
Et oui l'apprentissage n'est sûrement jamais terminé avec l'Ultra
Bravo pour ta course et merci pour ton petit mot sur mon récit!

Commentaire de annouk posté le 28-09-2020 à 15:42:39

Salut,
moi j'étais en couple sur le SP 314, mais ouf je ne pense pas qu'on était parmi ceux que tu n'as pas aimé, on était bien derrière toi.
Visiblement c'était dur. Je compatis.

Commentaire de Philippe8474 posté le 29-09-2020 à 12:14:21

Merci pour ton commentaire.
Ca a été un petit dur mentalement, mais c'est comme ça! On verra l'avenir...
Bravo à toi d'être aller au bout! Immense chapeau!

Je reviens juste les personnes croisées après mon abandon, je n'ai pas "pas aimé" qui que ce soit :)
Vraiment!
C'est juste qu'effectivement il n'y avait pas un seul comportement mais pleins (sans jugement encore une fois de ma part, surtout que jusqu'à ce jour, je ne devais pas être le plus expressif lorsque j'étais dans le cas contraire!)
Merci encore!!!

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